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Full text of "Revue francaise de l'™education des sourds-muets Vol. 5-7"

EDWARD MINER GALLAUDET 

MEMORIAL LIBRARY 

Gallaudet Collège 

Kendall Green 

Washington, D.C. 20002 



Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 



ïr-^>- 




REVUE FRANÇAISE 




LEDUCÀTION 
des 



S-MUETS 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
i cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLANGER 

Officier d'Académie 

Professeur à l'Institution Nationale des Sourds-Muets de Paris 

Membre de la Société des Études historiques 



CINQUIÈME ANNÉE 




PARIS 

GAL19flfl)ET COLLEGE [ 

WASHINGTON, 1). ^ 



REVUE FRANÇAISE 

DE I/KDUCATION 
des 

SOURDS-MUETS 



Î63955 



REVUE FRANÇAISE 



DE LEDUCATION 

des 



SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLANGER 

Officier d'Académie 

Professeur à l'Institution Nationale des Sourds-Muets de Paris 

Membre de la Société des Études historiques 



CINQUIÈME ANNÉE 




PARIS 

Imprimerie Eug. BÉLANGER 223, r. St-Jaeques 
1889-1890 



Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sôurds-Muets 

5™ année. N° 1 Avril 1889 



DESEINE 
Sculpteur sourd-muet, élève de l'abbé de l'Épèe 



Cette figure d'artiste sollicite tout particulièrement la 
sympathique curiosité <ie ceux qui prennent Mtérét à 
reconstituer les premières pages, un peu effacées par le 
temps, de l'histoire de l'art d'instruire les sourds-muets 
en France. En effet, Deseine est le premier des élèves 
de l'abbé de l'Épée qui se soit distingué par un talent 
réel dans la carrière des beaux-arts. Ce talent même 
n'est-il pas alors un éclatant témoignage des résultats que 
pouvait atteindre l'illustre maître, dans le développement 
intellectuel des malheureux qu'il s'était imposé la noble 
mission de rendre à une société qui, jusqu'à lui, les avait 
impitoyablement rejetés de son sein? 

La biographie de Deseine est encore à faire. Je n'ai 
pas les éléments nécessaires pour remplir convenable- 
ment cette lacune. Je suis parvenu tout simplement à 
recueillir cà et là quelques notes entre lesquelles on 
trouvera des vides, que tôt ou tard des' recherches plus 
heureusement conduites finiront peut être par combler. 

Un seul biographe a consacré quelques lignes à notre 
sculpteur: c'est M. Bellier de la Chavignerie, dans son 
ouvrage intitulé : Les artistes français du 18" siècle 
oubliés ou dédaignés (Paris, Renouard, 1865), puis dans 
son Dictionnaire général des artistes {1868), repris 
depuis et mis à jour par Louis Auvray.. 



— 6 - 

En dehors des renseignements trop laconiques fournis 
par M. de la Ghavignerie, il y a bien quelques livres qui, 
en s'occupant des sourds-muets à un titre quelconque, 
mentionnent incidemment l'artiste Deseine; mais 
malheureusement c'est le plus souvent pour augmenter, 
par des erreurs, l'obscurité qui s'est faite autour de son 
nom. On s'est laissé entraîner à le confondre avec un 
autre Deseine, sculpteur d'une réputation plus étendue, 
dont la vie est connue et dont les œuvres se remarquent 
encore aujourd'hui dans quelques-uns de nos monuments 
publics. 

On ne connaît pas la date de la naissance de Deseine. 

Dans sa troisième lettre â M. l'abbé de ***, en 1773, 
l'abbé de l'Épée consigne, avec un légitime orgueil» 
qu'un très habile architecte lui a dit : «qu'étant entré 
dans l'atelier d'un sculpteur, où il y avait plusieurs 
ouvriers, il n'avait-pu faire comprendre sa pensée qu'à 
un seul d'entre eux. Or, ajoute-t-il, c'était un sourd et 
muet de naissance qui venait prendre mes leçons. » 

Ce sourd-muet était Deseine. L'abbé de l'Épée ne 
donne pas le fait qu'il raconte comme s'étant passé tout 
récemment. Supposons raisonnablement qu'il remontait 
à 1770 : son élève Deseine aurait été en même temps, à 
cette époque, un ouvrier d'une vingtaine d'années, et 
nous poumons ainsi admettre qu'il est né vers 1750. 

D'autre part, nous savons que Deseine a été élève de 
Pajou. Il s'agit donc, dans le récit de l'abbé de l'Épée, de 
l'atelier de cet éminent statuaire et de l'ouvrier Deseine 
alors employé, comme praticien, à dégrossir et à mettre 
au point les nombreux et importants travaux du maître. 
Or, Pajou était né en 1730. Si nous lui donnons, par une 
juste estimation, une vingtaine d'années de plus qu'à son 
élève, c'est encore vers 1750 que nous faisons naître 
celui-ci. Il est impossible que nous soyons loin de la 
vérité. 

Jevous ferai remarquer, en outre, que c'est précisément 
en 1730 qu'est né son homonyme Louis-Pierre Deseine, 
dont la notoriété, attachée à un Grand-Prix de Rome et 



— 7 — 

au titre d'académicien, devait rejeter dans l'ombre la 
modeste personnalité de notre artiste sourd-muet. Ils 
vivaient, en effet, au même temps, s' avançant en quelque 
sorte parallèlement dans la carrière, et même paraissant 
avoir atteint tous les deux, à la même heure, la plénitude 
de leur talent. Pendant que notre Deseine, ainsi que je 
vous le montrerai plus loin, se faisait remarquer pour la 
première fois, en 1782, par une exposition de ses oeuvres 
au Salon dit de la Correspondance, l'autre était à Rome 
en qualité de Grand-Prix de 1780. Et c'est encore au 
moment où ce dernier était reçu membre de l'Académie 
(mars 1791), que notre artiste sourd-muet obtenait ses 
plus sérieux succès. 



* 



On n'a rien dit de la famille de Deseine. En 1840, dans 
une circonstance que je rappellerai en son temps, un 
mécanicien, nommé Durand, s'est tout à coup révélé 
comme le neveu et l'héritier de l'artiste. Ayant alors ce 
parent sous la main, on eût bien fait de lui demander sur 
son oncle les détails qu'on ne sait où aller éprendre 
aujourd'hui. On a même négligé de s'enquérir auprès de 
lui du prénom de Deseine, que nous ne trouvons cité 
nulle part. 

Si près de la vérité que soit une hypothèse, elle reste 
toujours avec la tache originelle de toutes les hypothèses: 
tout le monde peut la rejeter par un simple signe de 
dénégation. Le lecteur fera ce qu'il voudra de celle que 
je vais lui soumettre. 

Deseine ayant exposé aux Salons de 1791 et 1793, et 
les livrets de ces Salons fournissant, comme ceux d'au- 
jourd'hui, les adresses des artistes exposants, j'ai trouvé 
que Deseine demeurait « Hôtel des Ecuries d'Orléans, 
rue de Provence. » 

Je me suis alors demandé à quel titre notre artiste 
logeait dans une dépendance des bâtiments aflectés à la 



— 8 — 

Maison du duc d'Orléans, et j'ai cherché quels étaient 
les autres habitants de ce domaine royal. J'ai découvert 
que là était installé « M. Deseine, adjoint en exercice à 
l'audiencier garde des rôles de la Chancellerie. » Sans 
aucun doute notre Deseine vivait avec sa famille et très 
probablement l'adjoint qudiencier était son père. 

Ce fonctionnaire avait son appartement à l'hôtel de la 
rue de Provence depuis 1788 et faisait partie, depuis 
1786, de la Maison du 5 e duc d'Orléans qui avait laissé 
son titre de duc de Chartres l'année précédente, à la mort 
de son père. 

En voyant le père présumé de Deseine attaché, par sa 
charge, au prince qui allait bientôt devenir Philippe- 
Egalité, on peut s'expliquer, par l'influence du milieu où 
se passait sa vie, la tendance de notre artiste à traiter 
de préférence, comme onle verra, des sujets révolution- 
naires. 

Ici se place une autre observation qui servira à rectifier 
une erreur que j'ai rencontrée chez les écrivains qui ont 
eu à parler, si peu que ce soit, de Deseine. Ils l'ont 
présenté comme sculpteur du Roi et ils lui ont découvert 
un logement au Louvre. Cest l'autre Deseine, Louis- 
Pierre, l'académicien, qui logea, comme ses confrères, 
Cour du Louvre. 11 pouvait avoir le titre de sculpteur du 
Roi; il avait en tout cas celui de sculpteur du prince de 
Condé. Ce Deseine, contrairement aux penchants du 
sourd-muet, s'attacha à produire surtout des ouvrages 
qu'aujourd'hui nous appellerions réactionnaires. 11 a 
même laissé des] écrits empreints du caractère de ses 
œuvres plastiques. 



Cherchons maintenant à rassembler ce qu'il nous sera 
possible des ouvrages de Deseine. 
On sait qu'avant le décret de l'Assemblée Nationale 



— 9 — 

du 21 août 1791, les membres de l'Académie de peinture 
et de Sculpture avaient seuls le droit d'exposer leurs 
travaux au Salon officiel du Louvre. Toutefois, il y avait 
d'autres expositions artistiques, dues à des entreprises 
privées. Telles étaient celles de Y Académie de <S' Luc et 
l'exposition dite de la Jeunesse, place Dauphine. Deseine 
n'y a pas figuré. 

11 existait, en outre, place S' André-des-Arts, â l'hôtel 
de Villayer, un ' établissement dit: « Correspondance 
générale et gratuite pour les sciences et les arts.» 

Cet établissement ouvrait gratuitement un Salon 
destiné à servir, « à la manière des bourses de commerce, 
de point de réunion aux talents en tous genres et à tous 
les ouvrages qu'ils peuvent produire. » Disons que ce 
Salon faisait une concurrence sérieuse aux expositions 
de l'Académie royale. 

Deseine y envoya, au mois de Juin 1782, les œuvres 
suivantes, que je relève sur la liste publiée par la 
feuille hebdomadaire de la Correspondance : 

N° 32 — Une figure représentant V Amitié, exécutée 
en plâtre, par Deseine, sculpteur, sourd et muet de 
naissance, élève de Pajou; 

33 — Un autre représentant un enfant donnant la 
volée à un moineau, terre cuite; 

34 — Le buste de M. le baron de Bezenval, en 
plâtre ; 

35 — Le buste de M. le vicomte de Ségùr, terre 
cuite ; 

36 — Le buste de M. le vicomte d'Argental, en 
plâtre. 

Le j ournal « Nouvelles de la République des lettres et des 
arts » en donnait cette appréciation, dans laquelle on fera 
bien de ne voir que la bonne intention : « Ces ouvrages 
portent le caractère du mérite que l'on peut désirer â 
chacun d'eux : la manière antique, de belles formes et de 
la ressemblance. L'artiste se fait louer autant qu'il est 
malheureux par la privation de l'ouïe et de la 
parole. » 



— 10 — 

Lorsque Deseine modelait ces figures et ces bustes, 
il n'avait pas encore vécu dans l'atmosphère de la maison 
du duc d'Orléans. 

Une parenthèse : En 1782, le comité du Salon de la 
Correspondance voulant « rendre un hommage continuel 
aux Sciences et aux Arts, dans les personnes de ceux 
qui les cultivaient avec le plus de succès, » avait décidé 
que les portraits de ces personnes orneraient la salle 
des expositions. 

Parmi ces portraits figurait celui de l'abbè de l'Épée 

{A suivre) 

Th- Denis 



CAUSERIE PÉDAGOGIQUE. 

Du rôle de l'articulation dans l'instruction orale 
du sourd-muet 



Le titre que nous donnons à cette causerie pédagogique 
ne répond peut être pas aussi exactement que nous le 
voudrions à notre pensée, puisse-t-il cependant attirer 
l'attention de nos lecteurs et leur inspirer quelques 
réflexions salutaires, tel est le plus grand de nos désirs. 

J'ai entendu faire bien souvent, par des professeurs de 
sourds-muets, cexte réflexion trop judicieuse hélas ! Nos 
élèves parlent, articulent mieux au début de leur ins- 
truction, que lorsqu'ils avancent dans le cours de leurs 
études ; leur parole, au lieu de s'améliorer, devient alors 
moins claire, moins intelligible. 



— 11 — 

Cherchons les causes de cette modification, peut 
être nous montreront- elles les remèdes à y apporter. 

Tous en France, ou à peu près, faisons de la méthode 
orale; mais sommes-nous devenus tous des oralistes 
convaincus? 

Envisageons nous tous la méthode orale de la même 
manière? — La pratiquons-nous de la même façon? 

Sans doute, chacun de nous est convaincu que laparole 
est pour le sourd-muet le meilleur présent que puisse 
lui faire son éducateur. 

Chacun de nous s'applique de son mieux à lui en don- 
ner les éléments et le mécanisme. C'est bien la parole 
qui dans nos classes est la base, le pivot de l'enseigne- 
ment. — C'est donc bien la méthode orale'qui règne, me 
répond ra-t-on. Que voulez-vous de plus ? — La méthode 
orale, répondrai-je. Sans doute, nous sommes tous 
d'accord sur ces points importants. Mais sommes-nous 
persuadés que tout ce que le sourd-muet ne pourra pas 
dire avec une parole compréhensible, tout ce qu'il ne 
pourra pas lire d'une façon exacte sur les lèvres de son 
interlocuteur sera pour lui une acquisition à peu près 
inutile ? 

J'entends bien des exclamations sejproduire, comment, 
est-ce à dire que jusqu'à l'introduction de la méthode 
orale, l'instruction acquise par les sourds-muets, leur 
était d'aussi peu d'utilité ? 

Evidemment non, et nous n'avons nullement l'intention 
do prétendre que nos maîtres, pour lesquels nous pro- 
fessons le plus profond respect et la plus sincère recon- 
naissance n'ont pas rendu à nos malheureux élèves de 
très grands services. Que de choses, que d'instruments 
délaissés aujourd'hui ont eu, eux aussi, leurs moments 
de succès et n'en sont pas pour cela regrettés; nos musées 
sont remplis de ces vieilleries que nous admirons, mais 
dont nous ne voudrions certes pas nous servir. 

Quel est le but que nous poursuivons en instruisant le 
sourd-muet? Le rendre apte à tenir sa place dans la 
société, le mettre à même d'exprimer ses besoins, ses 



— 12 — 

désirs, lui fournir les moyens de communiquer avec ses 
semblables. — Evidemment ni les signes, ni la dacty- 
lologie ne pouvaient être pour lui un moyen de commu- 
nication; si nous écartons momentanément la parole il ne 
nous restera que l'écriture. 

Je demande, en toute sincérité, à ceux qui ont vécu 
avec des sourds-muets, ce qu'ils pensent de ce moyen 
pour ma part je n'hésite pas à affirmer que les difficultés 
d'une conversation soutenue de cette façon, les lenteurs 
de ce procédé le font rejeter bien souvent même par ceux 
qui ont acquis une instruction dépassant la moyenne. 

Avec la parole, au contraire, nous avons la langue de 
tous, des pauvres comme des riches, des humbles aussi 
bien que des savants, c'est là véritablement lalangue de la 
Patrie. L'écriture permettra bien au sourd de corres- 
pondre àiec ses amis; mais combien parmi nous écrivent 
peu ou point de lettres. 

La parole sera donc pour lui, le seul moyen decom- 
muniquer avec ses semblables et voilà pourquoi nous 
disions plus haut et; nous ne cesserons de répéter que si 
la parole du sourd n'est pas compréhensible, si la lecture 
sur les lèvres n'est pas sûre, l'instruction qu'il a acquise, 
sera pour lui lettre morte dans ses rapports avec la 
société. 

Il est donc d'une importance capitale que la parole du 
sourd s'améliore au lieu de s'altérer, se perfectionne au 
lieu de dégénérer. Je sais bien que quelques professeurs, 
peu nombreux, 'il'est vrai, 'prétendent! que l'articulation, 
une fois acquise, n'est susceptible d'aucun perfectionne- 
ment et partant de ce principe, se préoccupent unique- 
ment de développer l'instruction de leursélèves. Si la pa- 
role est bonne, tant mieux, si l'instrument est mauvais, l'air 
que l'on jouera avec aura le talent de l'améliorer. Je ne 
crois pas nécessaire de réfuter ce système qui est par 
lui-même la négation du progrés dans tout et qui porte 
certainement à nos élèves le plus grand préjudice. 

Si nous abandonnons à elle-même, dès le début, la 
parole de nos enfants, elle ne pourra que se dénaturer, 



— 13 — 

l'esprit de l'élève se portant de préférence sur le déve- 
loppement de la langue, il soignera^noins sa prononcia- 
tion, sans compter les défauts qui s'enracineront de plus 
en plus. 

Arrivons à un autre système, plus employé, celui-là. 
De l'articulation, j'en fais continuellement, nous dit le 
professeur, je la corrige à tout moment. Lorsque mes 
élèves parlent, je les arrête pour remédier à leur mau. 
vaise prononciation. On corrige, on corrige toujours, et 
le professeur finit par constater que la parole de ses 
élèves est moins compréhensible. La raison en est bien 
simple, c'est que l'on ne corrige rien ou plutôt les cor- 
rections portent sur des fautes de lecture et non sur les 
véritables défauts d'articulation, si l'élève dit je mangea 
pour dire je mangeai, vite on rectifie, mais si la ; est 
défectueux, il passe, si le son e est mauvais, il continuera 
à l'être. 

Que faire alors ? Pour arriver au but, mon Dieu, agir 
bien simplement, continuer ce que Ton avait si bien 
commencé, faire de l'articulation, ne pas se borner à 
donner à l'élève un instrument plus ou moins mauvais, 
mais le perfectionner chaque jour, l'améliorer, pour cela, 
suivre l'exemple du pianiste qui fait des gammes, qui se 
délie les doigts avant de passer à l'étude d'œuvres nou- 
velles. 

Pour le sourd»muet,les gammes, ce serontdes exercices 
de respiration amenant le sourd-muet à ménager son 
souffle, des exercices de syllabation combinant les diffé- 
rents sons, les différentes articulations, la voix elle-même 
ne sera jamais négligée, inutile d'ajouter que les sons 
défectueux devront être continuellement l'objet de soins 
spéciaux. 

Nous ne saurions trop engager nos confrères à consa- 
crer chaque jour un temps spécial à ces exercices, non 
seulement pendant la l ro année, mais pendant le cours 
complet des études; avec un peu de'tact de la part du 
maître, les élèves accompliront ces exercices avec plaisir 
pour leur plus grand profit. 



— 14 — 

En agissant de cette façon, la parole de nos élèves 
s'améliorera, et nous obtiendrons des résultats plus 
pratiques. 

Je sais bien l'objection que l'on fait à cette manière 
de procéder, vous perdez, nous dit-on, un temps pré- 
cieux, vos élèves n'acquerront qu'une partie des connais- 
sances qui leur sont nécessaires. Une réponse complète 
à cet argumentnous entraînerait trop loin, ce sera pour un 
prochain article; mais serait-il juste que je n'hésiterais pas 
à passer outre, je préfère de beaucoup voir nos élèves 
parler distinctement, avoir un champ d'idées, d'expres- 
sions, moins vaste, mais pouvant communiquer à tous ce 
qu'ils ont acquis, en un mot, se servir de la parole. 

C'est ainsi que nous ferons de la véritable méthode 
orale en formant des sourds parlant. 

Ad. Bélanger 



Henri KELLER 

IDÉES D'UN INSTITUTEUR SUISSE 

Contemporain de l'Abbè de l'Epèe 

Sur l'enseignement des Sourds-Muets 

(Suite) (1) 

Je n'en suis guère arrivé qu'à moitié chemin dan^ 
l'exposé des idées de Relier etje voudrais espérer que 
les lecteurs de la Revue ne trouveront pas ce chemin 
trop long. Les pages dont je vais donner la traduction 
en abrégeant quelques développements et en supprimant 
les questionnaires destinés aux élèves auront, je pense, 
cet intérêt de révéler, comme les passages que j'ai cités 
précédemment, un esprit droit et net. Elles n'ont pas 

(1) Voir Revue Française, n 05 de Décembre 1888 et Janvier 1889 



— 15 — 

sans doute un caractère bien original, mais il est des 
matières où c'est déjà beaucoup que de penser juste 
même en se tenant â la suite de ses devanciers. Je fais bien 
entendu toutes réserves à l'endroit des théories qui 
concernent l'emploi simultané des signes et de la 
parole et dont j'ai eu l'occasion de dire un mot par 
avance. 

Questions sur la Logique. 
Des idées 

La Logique est l'art de penser avec justesse pour arriver à 
la connaissance de la vérité. 

Les idées sont la représentation des choses dans notre 
esprit. 

Pour rendre ceci clair aux yeux de l'élève au moyen 
d'exemples et pour lui en donner dans une certaine mesure l'in- 
tuition, on peut lui expliquer que les choses qui sont en 
dehors de nous apparaissent à notre esprit comme on voit se 
refléter dans une eau limpide ou dans un miroir les images des 
maisons, des arbres, du firmament. Ou bien, après avoir mis 
quelque temps devant lui un certain objet, comme une fleur, 
on lui ordonnera de fermer les yeux et de tracer en l'air avec 
le doigt l'image de cet objet. En même temps on lui touchera 
le front et on lui donnera à comprendre que l'idée, la repré- 
sentation de la fleur est en présence de son âme. 

Je ne puis m'empêcher d'interrompre ici le vieux 
maître pour souligner l'aveu inconscient d'impuissance 
des méthodes allégoriques contenu dans ces seuls mots: 
" En même temps on lui touchera le front et on lui 
donnera à comprendre.." On lui donnera â comprendre ! 
mais c'est là tout le problème, c'est le grand pas à fran- 
chir. Et qui nous assure que ce pas sera franchi ? 
Combien n'avons-nous pas à préférer la méthode qui 
s'attachera â provoquer tout simplement la production 
d'un acte intellectuel ou à profiter d'une circonstance 
dans laquelle il se produit naturellement pour appliquer â 
cet acte sous la forme grammaticale du verbe le mot 
correspondant de la langue parlée. On fera penser l'élève 
et à ce moment même on lui dira qu'il pense. Ce qu'il y 
a de curieux, c'est que Keller avait très nettement 



— iô - 

-entrevu et signalé la possibilité de suivre une telle 
marche qu'il semble abandonner lorsqu'il serait le plus 
nécessaire d'y recourir. J'ai rappelé (page 206 du volume 
de 1888-89 les termes dont il s'est servi pour exprimer 
â cet égard une idée aussi juste que féconde. 

Idées claires. L'idée d'une chose ;dans notre esprit est claire 
lorsque nous pouvons faire la distinction de cette chose d'avec 
une autre. Au contraire l'idée est obscure lorsque nous ne 
pouvons pas faire cette distinction. 

Pour faire comprendre ceci à l'élève, on peut lui montrer, par 
exemple, dans une boîte à couleurs, la couleur rouge, lui faire 
voir que le rouge n'est pas noir, ni bleu, ni jaune, ni vert, 
et".. On fera la même chose pour d'autres couleurs. Si on lui 
montre, au contraire, ces diverses couleurs dans un endroit 
obscur, â une faible lumière, il ne pourra les distinguer aisé- 
ment les unes des autres et par conséquent ne pourra s'en 
former qu'une idée obscure. 

Idées précises. L'idée ou la représentation d'une chose est 
précise lorsque nous pouvons non seulement distinguer cette 
chose des autres, mais encore reconnaître et exprimer par des 
mots les earactères, les signes qui la différencient des autres. 
L'idée manque de précision dans le cas contraire. 

On peut faire comprendre ceci â l'élève par des exemples de 
toute sorte. Ainsi on lui demandera : Qu'est-ce que l'envie? 
L'envie est un chagrin que l'on ressent du bonheur des au- 
tres. Qu'est-ce qu'un esprit ? C'est une substance douée d'in- 
telligence et de volonté. 

Idées complètes. Une idée complète est celle qui nous permet 
de saisir clairement et de détailler tous les divers caractères et 
signes par lesquels une chose se distingue des autres. Elle 
est incomplète dans le cas contraire. 

Idées particulières et idées générales. La représentation d'une 
chose isolée dans notre esprit est une idée particulière. Les 
idées générales sont celles qui représentent à notre esprit une 
série de plusieurs choses ayant un caractère commun. 

L'idée de Jean, de Henri, d'un cheval, d'un brochet sont des 
idées particulières. Les idées de jeune garçon, de poisson et 
d'animal sont des idées générales. 

Espèces, genres. L'idée de la ressemblance que présentent 
entre eux des objets particuliers est l'idée d'espèce. La res- 
semblance des espèces donne naissance à l'idée de genre. 

Pour rendre accessibles les idées' d'espèce et de genre, le 
maître écrira les noms d'une série d'objets appartenant aune 



— 17 — 

même espèce et réunira ces noms par une accolade en face de 
laquelle il ajoutera le nom de l'espéee. 



Pierre \Espèce [ Aigle 

Paul | ! Moineau 

Marie [hommes ! Alouette 

Ursule | I Poule 



oiseaux 



Lion 
Ours 
Loup 
Chien 



I 



quadrupèdes 



On peut inculquer de même les idées de genre en réunissant 
par une accolade les noms d'espèces elen mettant en regard le 
nom du genre. 

Djs mots et des définitions 

Les mots sont formés par les sons articulés qui nous servent 
à exprimer et à communiquer nos pensées. Le sourd-muet,' 
dépourvu totalement du sens de l'ouïe ne peut pas plus se 
faire une idée des sons qu'un aveugle de la lumière et des 
couleurs; mais dès que l'art de son maître lui a appris a for- 
mer des sons articulés, à prononcer distinctement toutes les 
lettres, toutes l"s syllabes, tous les mots, l'ouïe se trouve 
remplacée pour lui par la sensation intérieure qui lui donne 
conscience de la production d" chaqu» son et lui fait distinguer 
les sons les uns des autres. Il a dans ses organes intérieurs 
de l'ouïe une sensation de l'articulation analogue à celle que 
produit, pour l'entendant le. son articulé Lors donc qu'il est 
question de sons articulés, il entend par cette expression les 
sensations d'articulation. 

Un mot qui n'est pas lié à une idée est un non sens. Un mot 
que nous associons à une idôi obscure est une expression 
obsenre. Des mots qui sont liés à des idées précises sont dos 
expressions précises. La liaison des mots constitue le discours. 

La définition est une représentation précise, complète d'un 
objet dans notre esprit, exprimée avec des mots précis. 

Des Jugements et des propositions 

La liaison ou la dissociation de deux idées constitue un 
jugement. Un jugpment exprimé par des mots est une propo- 
sition. 

Dans toute proposition l'on trouve : 1° Une chose qui fait 
l'objet d'une affirmation ou d'une négation, c'est le sujet. 2° 
ce qu'on affirme ou ce qu'on nie, c'est l'attribut. 3° enfin, le 
signe de liaison ou de séparation appelé moyen terme à titre 
d'idée intermédiaire entre les deux autres. 

Une proposition catégorique est celle dans laquelle l'attribut 
est assigné sans condition au sujet. Une proposition hypothé- 
tique est celle dans laquelle l'attribut n'est assigné au sujet 
que sous une certaine condition. 



— 18 — 

Une proposition générale est celle dans laquelle le sujet est 
pris comme terme général, l'attribut s'appliquant â tous les 
êtres ou objets particuliers compris dans l'idée générale. Au 
contraire, une proposition qui exprime un jugement particu- 
lier est celle dans laquelle le sujet est quelque chose de parti- 
culier : Cet homme est riche. Cet enfant est obéissant. 

Du raisonnement et du syllogisme 

Le raisonnement est une opération de l'esprit en vertu de 
laquelle on tire de la comparaison de deux jugements reufer- 
mant une idée commune un troisième jugement. Le raisonne- 
ment exprimé à l'aide des mots s'appelle syllogisme. 

Tout syllogisme doit renfermer 3 idées (ou termes), ni plus, 
ni moins, lise compose de trois propositions dont la première 
se nomme majeure, la deuxième mineure, la troisième conclu- 
sion. Les deux premières portent, l'une et l'autre, le nom de 
prémisses, 

La majeure est la proposition dans laquelle l'attribut de la 
cpnelusion se trouve lié au moyen terme. 

La mineure est la proposition dans laquelle le sujet de la 
conclusion se trouve lié au moyen terme. 

La conclusion est la proposition du syllogisme que l'on déduit 
de la comparaison des deux termes différents trouvés dans les 
prémisses. 

Le grand terme est l'attribut de la conclusion. Le petit terme 
est le sujet de la conclusion. Le moyen terme est, comme il a 
été dit, celui qui sert de liaison entre l'attribut et le sujet de 
la conclusion. 

La première prémisse d'un syllogisme doit toujours être 
une proposition générale affirmative ou négative. La seconde 
peut être une proposition particulière affirmative, La conclu- 
sion ne peut être que particulière et non générale. 

Pour rendre sensible, accessible à l'intuition de l'élève la 
construction du syllogisme et pour lui en imprimer plue pro- 
fondément les règles dans la mémoire, le maître peut se servir 
des signes suivants: On désigne par les trois initiales M, m et 
C, les trois propositions du syllogisme. Les n os l,2, 3 désignent 
respectivement le sujet, la copule ou mot qui relie entre eux 
le sujet et l'attribut, enfin l'attribut lui-même. Le sujet de la 
conclusion cherchée est représenté par la lettre X. Exemple : 

1 2 3 

Majeure (M) Tous les êtres pensants sont des esprits 
Prémisses X 2 1 

Mineure (m) Or l'àme est un être pensant 
X 2 3 

Conclusion (C) Donc l'àme est un esprit 



— 19 — 

A l'aide de ces signes ou peut faire apercevoir nettement à 
l'élève que le moyen terma désigné, par le n° 2 est commun 
aux deux prémisses et doit se retrouver daus la conclusion. 
De plus on peut lui montrer que le sujet de la seconde prémisse 
est en même, temps celui de la couclusion, tandis que l'atlri- 
but de la première prémisse forme l'attribut de la conclusion, 
en sorte que cette dernière ne doit comprendre que les trois 
termes représentés par 2, X et 3. 

Autre exemple : 

1 2 3 

M. Tous les vices corrompent l'àine 

X 1 

m. Or l'avarice est un vice 

X 2 3 

C. Donc l'avarice corrompt l'àme. 

Comme cette figure de syllogisme, (autrement dit : ce mode 
de disposition du moyen terme), est la figure la plus complète, 
celle à laquelle toutes les autres peuvent aisément se ramener, 
je crois superflu de surcharger l'esprit des élèves d'un surcroit 
de formes et de règles. Il vaut beaucoup mieux Leur enseigner 
à mettre sous la forme de syllogisme régulier le résultat de leurs 
propres réflexions et à se servir avec application de ce procédé 
Autant l'abus du syllogisme peut compromettre la rectitude du 
jugement, autant l'usag" en est avantageux et nécessai- 
re pour amener le soard-muet à penser par lui-même. 
C'est le moyen de lui faire concevoir des propositions et 
des idées générales, de l'habituer à l'abstraction, de lui faire 
acquérir l'aptitude à comparer les idées, à juger, à conclure' 
toutes choses qui sont pour lui de la plus haute utilité. Beau- 
coup de savants distingnés en sont encore aujourd'hui à 
considérer les sourds-muets comme des espèces d'automates 
chez lesquels tout se borne à un travail de mémoire et dont 
les réponses faites aux questions qu'on leur pose ne mettent 
enjeu que quplque chose de purement mécanique. Ils se per- 
suadent qu'il est impossible de les am"ner à penser et à réflé- 
chir par eux-inêmes et j'accorde volonliers que dans les réponses 
aux questions, la mémoire joue un grand rôle, le rôle principal 
peut être, que tout se fait au moyen d'un certain mécanisme 
qui n'a rien d° commun avec une pensîe personnelle. Mais ne 
devons-nous pas reconnaître qu'il en est ainsi de tout ce c,ue 
les jeunes entendants eux-mêmes apprennent à l'école, au 
collège? Qu'y a-t-il en cela autre chose qu'un travail de 
mémoire? Le travail de réflexion personnelle est un fruit des 
années de maturité et ne peut se produire que lorsqu'une cer- 
taine quantité da matériaux a été amassée dans la jeunesse. 
Mais peut-on en dire autant d'un syllogisme [régulier qu'un 



— 20 — 

jeune garçon aura formé d a lui-même ? J'en doute beaucoup. 
Aussitôt qu'un élève sait tirer de son esprit un syllogisme 
régulier ayant trait aux choses qui se présement à lui. dans le 
cours de la vie ou à ce dout il a conservé l'idée d'après les 
leçons de son maîlre; ou encore, s'il peut, lorsqu'une des 
propositions d'un syllogisme aura été écrite devant lui, tirer de 
sa réflexion les deux autres proposilions, je crois qu'on ne 
saurait lui dénier plus longtemps l'aptitude à abstraire à com- 
parer, à juger; qu'on doit lui reconnaître, au contraire, la 
faculté de penser par lui-même. 

Or. je connais de jeunes sourds-muets dont le plus âgé n'a 
pas 13 ans et qui, tous les jours, à certaines heures, même en 
l'absence du maître, couvrent le tableau de toute une série de 
syllogismes établis dans la meilleure forme et tirés de leur 
propre fonds, auxquels on n'a rien à reprendre. 

Il n'y a pas longtemps, qu'en présence d'une princesse d'Al- 
lemagne, un savant étranger écrivit, sous les yeux d'un de ces 
élèves la proposition suivante : « Tous les princes sont hom- 
mes. » Après un peu de réflexion, le jeune garçou ajouta les 
deux propositions que voici ; « Or, l'empereur est un prince, 
donc l'empereur est un homme. On écrivit sous les yeux d'un 
autre enfant: «Tous les fruits des arbres fruitiers sont bons. » 
Immédiatement il compléta le syllogisme en ajoutant : « Or, 
les poires sont des fruits. Donc les poires sont bonnes. » 

J'aurais souhaité, je l'avoue, trouver ici au moins- 
quelques conseils généraux au sujet des précautions à 
prendre pour user du syllogisme avec prudence. Plus on 
sepique d'une rigueur mathématique dans les déductions 
que l'on tire, plus on court fatalement au devant de l'erreur 
lorsqu'on édifie un raisonnement sur une base fausse, 
sur des prémisses insuffisamment vérifiées ou employées 
avec un degré de généralité qui ne leur appartient pas. 
Tout cela semble, au premier abord, trop simple pour 
qu'il soit besoin de le dire, mais que de gens l'oublient 
dans la pratique, soit que leurs pensées se déroulent 
sous la forain précise et méthodique du syllogisme, soit 
qu'elles revêtent une forme plus flottante et qui prête 
moins à une analyse rigoureuse. 

Je ne voudrais pas, au surplus, trop chercher querelle 
au bon Keller pour avoir omis de compléter en ce sens 
l'aperçu qu'il donne du syllogisme. Dire tout le néces- 



— 21 — 

saire et ne dire que cela n'eût pas été une tâche facile 
et puis ne voyez-vous pas que ces jeunes sourds-muets 
de sa connaissance, qui cultivent le syllogisme avec un si 
louable entraînement, ce sont ses élèves et qu'il est tout 
à la joie du triomphe? Songez donc ! ses élèves interro- 
gés en présence d'une Altesse, ses élèves achevant, à 
la satisfaction de tous les assistants, un syllogisme com- 
mencé par un grand personnage, un chambellan peut- 
être ! Quel sujet de douce et paternelle satisfaction pour 
le maître lui-même! Je conviens qu'un juge tant soit 
peu sévère aurait lieu de trouver assez médiocres les 
résultats de l'épreuve, mais ne faut-il pas s'en prendre 
surtout à ce digne chambellan un peu embarrassé, ce 
semble, de son rôle d'examinateur? L'une de ses propo- 
sitions: « Les fruits des arbres fruitiers sont bons », pour 
être inoffensive, n'est pas d'une exactitude absolue 
dans sa généralité. L'autre proposition : « Un prince est 
un homme », incontestable, celle-là, ne laissait pas que 
d'être passablement périlleuse. Que fût-il advenu si l'élève 
deKeller, préoccupé, avant tout, decette idée,trop natu- 
relle et trop juste hélas ! que tout homme est mortel, avait 
conclu par l'expression d'une vérité peu agréable à faire 
entendre à l'auguste visiteuse : «Donc un prince est 
mortel: »? Le petit sourd-muet a, par bonheur, évité cet 
écueil. Qui sait si ce n'est pas à dessein qu'il a préféré se 
tenir dans le terre-à-terre d'un raisonnement aussi peu 
compromettant qu'insignifiant, montrant ainsi ta pru- 
dence d'un philosophe consommé ? Et qu'on vienne dire 
après cela qu'un cours de philosophie ne sert à rien ! 

O. Claveau 
[A suivre) 



— 22 — 

BIBLIOGRAPHIE GENERALE 

de 

Tous les ouvrages parus en France ou en Langue Française 

sur l'enseignement des 

SOURDS- MUETS 

Suite 



Houdin (Aug.) Un concert vocal de sourds-muets. 
Réponse d'un instituteur spécial à un écrivain fantai- 
siste. ln-8, librairie nouvelle, 1875. 

Hugentobler (J.). Programme et plan d'études du Pen- 
sionnat des sourds-muets de Lyon. Extrait du compte 
rendu du Congrès universel de Paris, pour l'amélio- 
ration du sort des sourds-muets. 1878. 

Inauguration du buste de l'abbé de l'Épée dans la salle 
des séances publiques le 11 Mai 1840. ln-8, 28 p. 
Paris, Tersuolo, 1840. 

Jullian (L.) Orthophonie, Méthode naturelle ou physio- 
logique de lecture-écriture et d'orthographe, au 
moyen de laquelle on peut enseigner la lecture dans 
les écoles primaires, donner la parole aux sourds- 
muets et corriger les vices de prononciation, avec 40 
figures dans le texte. 1880. 

Laurent de Blois (A.) Exercices de grammaire élémen- 
mentaire pour servira l'instruction d'un jeune sourd- 
muet. In-8, Blois, 1825. 

Liège {Institution de). Rapports annuels. 

Rapport sur les travaux de la commission adminis 
trative depuis l'aDnèe 1830.jusques inclus 1838 et sur 
l'état actuel de l'instruction dans l'Institut. n In-8, 52 p. 
Liège, H. Dessein, 1839. 

Voir Rev,ue Française depuis le N° 1 de la 4 e année. 



— 23 — 

Notice historique, règlement, programmes et 

documents statistiques. Publication offerte aux bien- 

taiteurs de l'Etablissement et accompagnée de deux 

études sur le sourd-muet et l'aveugle, par M. Durup 

de Baleine, ln-8, vi et 94 p. Liège, H. Dessain, 1859. 
Annuaires depuis 1865 jusqu'à cette année. In-8 
Mènière (D r P.) Deuxième lettre à un médecin sur les 

sourds-muets qui entendent et parlent. In-8, 12 p. 

Paris, Mevrel. 
MÉTHODE (considérée au point de vue pratique) 
Enseignement de la parole. 

Épée (l'abbé de l'). L'art d'enseigner à parler aux 
sourds-muets de naissance. (V. Institution des sourds et 
muets et La véritable manière, etc. (1776, 175). 

Deschamps (l'abbé). Cours élémentaire d'éducation 
des sourds et muets, etc. (1779). 

— De la manière de suppléer aux oreilles 

par les yeux, etc. (1 780). 

Sicard (l'abbé). L'art d'enseigner à parler aux sourds- 
muets de naissance, (L'abbé de l'Épse), augmenté de notes 
explicatives. (1820). 

Bébian. Manuel d'enseignement pratique, etc. L'art 
d'enseigner à parler, etc. (1827). 

Ladrent de Blois (Alph). La parole rendue aux 
sourds-muets. (1831. 

Vaïsse (Léon). Le mécanisme de la parole, etc. 
(1838). 

— Principes de l'enseignement de la parole 

aux sourds de naissance, etc. (1870). 

Puybonnieox. La parole enseignée aux sourds-mnets. 
etc, (1843). 

Pirodx. Méthode pour l'enseignement etc. Tome I. 
Eléments de la parole (1860). 

Cyrille (F.) L'articulation. Guide, etc. d'après Hill. 
(1872). 

Magnat. Cours d'articulation. (1874). 

Colombat (E.) Méthode rationnelle d'articulation, etc. 
1875). 



— 24 — 

Hugentobler (J.) Cours d' articulation, etc. (1876.) 
Valade-Gabel(J. J.) et Valade-Gabel (A.) La parole 

enseignée aux sourds-muets, etc. (1878). 

Pierre-Célestin (F.) Livre tableau contenant des 

exercices d'articulation, etc. (1878. 

— Exercices d'articulation, etc. (1878). 

— Cours d'articulation, etc. (1881). 
Delaplace. Articulation française. (1881). 
Grosselin (A.) Manuel de la phonomimie (1881). 
Dupont. La voix du sourd. (1882). 

Goguillot (L.) De la période préparatoire, etc- 
(1883). 

M.. B.. (Frère,). Méthode d'articulation et de lecture 
sur les lèvres, etc. : Livre du maître, Livre de l'élève, 
1 ; Livre de l'élève II. (1885). 

Camailhac (F.) Syllabaire à l'usage des écoles de 
sourds-muets. (1889). 

Pour trouver le titre complet de chacun de ces onvrages 
consulter l'ordre alphabétique général. 

Enseignement de la langue.— Liores de lecture pour les 

sourds-muets. 

Épée(l' abbé del'). Institution des sourds et muets, etc. 
(1776). 

— La véritable manière d'instruire les sourds et 
muets. (1785). 

Deschamps (l'abbé). Cours élémentaire d'éducation 
des sourds et muets, etc. (1779). 

— De la manière de suppléer aux oreilles par 
les yeux, etc.(77S0). 

Sicard (l'abbé). Cours d'instruction d'un sourd-muet 
de naissance, etc. (1800). 2 e éd. (1803). 

— Théorie des signes, etc. (1808). 
Massieu (Jean). Nomenclature, etc. (1808). 

Bèbian (A.) Manuel d'enseignement pratique, etc, 
1827.) 

— Éducation des sourds-muets, etc. (1831.) 
Piroux. Le vocabulaire des sourds-muets. (1830). 
— Phrases primordiales. (1842). 



— 25 — 

Saint-Gabriel (Congrégation des frères de). Méthode 
d'enseignement pratique à l'usage des institutions de 
sourds-muets. (1853). 

— Méthode de Toulouse pour l'instruction des 
sourds-muets. (1864—1866 

— (D. D. (F.) Nouvelle méthode d'enseigne- 
ment pratique de la langue frauçaise. (1876). 

Valade-Gabel (J. J.) Le petit livre des sourds-muets, 
etc. {1838). 

— Nouvelles étrennes de l'enfance (1853). 

— Méthode à la portée des instituteurs primai- 
res, etc. (1857) 

— Guide des instituteurs primaires, etc. (1857). 

— Le mot et l'image. (1863). 

— Plan d'études, etc. (1879), 

— Des faits à l'idée (dernière édition,, 1880). 
Forestier (Gl.) Cours complet et méthodique d'en- 
seignement pratique des' sourds-muets. (1853). 

— Petit questionnaire, etc. (1856.) 

Pélissier, L'enseignement primaire des sourds-muets 
mis à la portée de tout le monde, etc. (1856). 

Chambellan. Petites leçons de morale, etc. (1860). 
— Grammaire pratique à l'usage des élèves 
sourds-muets de 2" année. (1862). — 3* année, (1862). 

Padern (Frère). Exercices orthographiques à l'usage 
des sourds-muets. (1870). 

Cyrille (Frère). L'enseignement intuitif d'après 
Hill ou livre de lecture, etc. (1870.) 

— Livre de lecture. (1872). 

Théobald (J). Petites lectures et exercices de narra* 
tion (1873). 2* éd. (1880). 

Magnat. Citolégie. 

— Album de gravures. 

— Livre de lecture à l'usage des sourds-muets 
faisant suite à la citolégie. 

— Leçons sur les premières connaissances 
usuelles, etc. 



— 26 — 
— Les nombres décimaux et simultanément 
le système métrique. 

— La terre et l'eau. (1883.) 

Institution nationale de Bordeaux. — iHistoire sainte 
élémentaire à l'usage des élèves de l'institution nationale 
des sourdes-muettes de Bordeaux. (1880.) 

— Cours gradué de langue française à l'usage 
des sourdes-muettes. l rc année, 2° semestre. (1885). 

— 2 e année. (1885). 

Premiers éléments de la langue maternelle à l'usage 
des élèves de l'institut de Woluwe SVLambert lez Bruxel- 
les. (1880). 

Pustienne(L. Petits récits d'histoire de France, à 
l'u3age des élèves de l'institution nationale des sourdes- 
muettes de Bordeaux. Première partie. (1885). Deuxième 
partie, (1886. 

Blain (L'abbé A.),Aide-mémoire ou petite encyclopé- 
die du jeune sourd-muet. (1886. 

Snyckers (M.) Le sourd parlant. Deuxième année 
d'études. (1886.) 

— Premières leçons de choses, de lecture, d'é- 
criture et d'orthographe. (1888.) 

— Petit cours méthodique et intuitif de langue 
française, etc. Livre A, Livre B, Livre G. (1888,) 

André et Raymond, Cours de langue française à l'usage 
des écoles de sourds-muets. 1™ année, (1887.)— 2 e année, 
(1888 . 

On tronvera le titre complet de chacun de ces ouvrages dans 
l'ordre alphabétique général. 

Morel (Ed.)- Notice biographique sur l'abbé de l'Épée. 

In-8, 15 p. Paris, Renouard, 1833. 
Nancy (Institution de). V. Piroux. 

Comptes-rendus des distribution de prix. 
Paris (Institution nationale de). 

Consulter : Documents officiels. — Circulaires de 

l'institut de Paris. 

Distributions des prix, comptes-rendus, années 



— 27 — 

1835, 1839 à 1865 — Bulletin annuel de l'institution, 
1866, 1867, 1868, 1869 et 1870. — Distribution des prix, 
comptes-rendus, 1872 à 1888. 

Piroux. Mémoire à M. le Maire et à MM. les Membres 
du Conseil municipal de la ville de Nancy, pour les 
engager à fonder un Institut de sourds-muets, ln-8 
15 p. Nancy, Vincent et Vidard, 1827. 

Piroux. Le vocabulaire des sourds-muets (partie icono- 
graphique). l r * livraison contenant 500 noms appella- 
tifs de la langue usuelle; interprétés par un pareil 
nombre de figures correspondantes. In-8, 50 et xvi p. 
Nancy, Grimblot, 1830. 

(A suivre) 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



2 e Congïès des professeurs de sourds-muets d'Alle- 
magne. — Ce congrès se réunira à Cologne les 24, 25 et 
26 septembre ; 478 personnes se sont déjà fait inscrire. 
Le premierjour, réunion de société, visite de l'institution 
de Cologne, visite éventuelle de l'institution de Brûhl. 
Lesdeux jours suivants seront consacrés aux discussions. 
Les thèses à porter devant le Congrès devront être 
adressées par leurs auteurs à M. le Directeur Weisweiler 
de Cologne dans un délai dont la durée a été fixée à deux 
mois et qui expire le 20 Mars. 



Nous attirons tout particulièrement V attention de nos 
confrères sur l'article méthode de la Bibliographie géné- 
rale qui paraît dans ce numéro. Sous ce titre, ils trouve- 



— 2S — 



ront la liste de tous les traités d'articulation parus en 
France jusqu'à" ce jour, et celle de tousles cours pratiques 
de méthode qui ont été publiés dans notre pays 

Ad, B, 



AVIS IMPORTANT 



Nous rappelons à ceux de nos lecteurs qui ne nous ont 
pas encore fait parvenir le montant de leur abonnement 
pour la cinquième année que: 

Le mode de paiement le plus simple est l'envoi d'un 
mandat par la poste soit à 

M. Ad. BÉLANGER, Directeur de la Revue, rue des 
Fossés-Saint-Jacques, 16, Paris. 

ou à M. Eug. BÉLANGER, Imprimeur -Gérant du 
Journal, 225, Rue Saint-Jacques, Paris. 
ABONNEMENT 

Pour la France, un an 9 francs 

Pour V Étranger, un an 10 — 



OUVRAGES REÇUS 

C. Perini. — Il sordo nato é l'otoiatria. 

L. Goguillot. — Enseignement de la parole aux sourds- 
muets, 

Michigan school. — Dix-huitième rapport bi-annuel. 

The Deaf. — Mute optic. . 

Institution de Rotterdam. — Compte-rendu annuel. 
— Règlement. 

Société d'assistance et de patronage ponr les sourds- 
muets du département du Rhône. 

11 sere rendu compte de ces ouvrages dans le prochain numéao. 

L'Imprimeur- Gérant , Eug. BELANGER rue SâUlt-Jtcquej 11.5, Piri». 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muets 

5°>e année. N° 2 Mai 1889 



DESEINE 
Sculpteur sourd-muet, élève de l'abbè de l'Épèe 

( Suite) 



Il faut maintenant attendrejiiFqu'en 1791 pour retrou- 
ver le nom de Deseine. 

Cette année-là, nous le voyons d'abord mentionné dans 
le procès-verbal de la séance de l'Assemblée nationale 
du 30 juillet, au soir. 11 y est dit : 

« M. Deseine, élève de la maison des sourds-muets, 
fait hommage à l'Assemblée du buste de M. l'abbé de 
l'Épée, instituteur de cette maison. » 

Rien que cette simple mention nous fournit la preuve 
irrécusable que Deseine a été l'élève de l'abbé de l'Epée 
et qu'il a exécuté le buste de son illustre maître 

En cette même année, le samedi 14 mai, M. de Boufflers 
présente à l'Assemblée nationale un buste de Mirabeau, 
dont lui fait hommage le sculpteur Deseine; et voici le 
texte du compte-rendu que le Journal. de Paris a consa- 
cré à cet incident : 

«. ..Nous ne sommes pas au temps où les sourds enten- 
daient et où les muets parlaient, mais les merveilles des 
arts, de l'esprit, ont pris la place des miracles. Les sourds 
et muets, à qui on a créé une intelligence en leur créant 
une langue, ont un commerce d'idées avec ceux qui 
parlent et qui entendent. Un de ces hommes qu'il ne faut 
plus appeler infortunés, puisqu'à la place d'un sens et 



— 30 - 

d'un organe qui leur manquent, ils ont des idées beaucoup 
mieux faites et plus justes que le grand nombre des 
hommes à qui il est si commun de ne comprendre ni ce 
qu'on leur dit ni ce qu'ils disent eux-mêmes; un sourd 
et muet a fait hommage à l'Assemblée nationale du buste 
de M. de Mirabeau. Cependant il n'a pai entendu Mira- 
beau, et le lire ce n'était pas à beaucoup près la même 
chose. » 

Ce buste de Mirabeau a donné matière à une légende 
à laquelle je me fais un devoir de subtituer la réalité, 
qui est sans doute moins flatteuse pour Deseine, mais qui 
ne porte néanmoins aucune atteinte à son talent. 

Cette légende a été créée par M. Durand, ce neveu de 
Deseine dont j'ai déjà parlé, et qui, dans une lettre que 
j'aurai a citer, a avancé que son oncle « remporta le 
prix du concours ouvert par l'Assemblée nationale pour 
l'exécution du buste de Mirabeau et que les plus grands 
artistes de l'époque avaient pris part à ce concours. » 

Or, l'Assemblée nationale n'a ouvert aucun concours 
de cette nature. La vérité, est que dès le lendemain de la 
mort du grand tribun, elle recevait de partout, à titre 
d'hommage, des bustes de Mirabeau, des portraits gra- 
vés, des projets de monuments, etc. 

L'hommage de Deseine est arrivé le 14 mai. Eh bien ! 
le grand statuaire Houdon, pour n'en citer qu'un, en 
avait adressé un semblable le 22 avril, vingt jours seule- 
ment après le décès de l'illustre orateur. « M. Houdon, 
dit le Journal de Paris, a fait hommage à l'Assemblée 
nationale du buste de M. de Mirabeau : ce buste est 
l'ouvrage de M. Houdon, c'est déjà en faire l'éloge. 
L'Assemblée nationale tout entière a paru frappée de la 
ressemblance et sûrement elle en est un juge difficile. » 
Ces hommages se sont continués assez longtemps, 
puisque le 7 juillet 1792 le graveur Bréa présentait encore 
à l'Assemblée nationale un portrait « d'après le buste 
moulé par Deseine. Ce portrait, ajoute une annonce du 
23 octobre suivant, est d'autant plus intéressant, qu'il 
est le seul gravé de grandeur naturelle. » 



— 31 — 

C'est vraisemblablement à la même époque que se 
rapporte cette mention de M. Bellier de la Chavignerie : 
« Nous connaissons du sourd-muet une pièce imprimée 
dont voici le titre; Adresse à l'Assemblée nationale 
(signée Deseiné). Paris, imprimerie de l'Institution des 
sourds-muets, près V Arsenal, (s. d.) In-8 de 3 pages. 
Il offre d'exécuter en grand le buste de l'abbé Sicard ; 
on trouve joint à cette pétition un certificat qui constate 
la parfaite resïemblance du petit buste primitif exécuté 
paj* l'artiste. » 

Puisque j'ai suspendu un instant l'ordre chronologique 
de ces notes, remarquons encore que Deseine apparais- 
sait souvent à la barre de nos Assemblées. Nous voyons, 
dans nn rapport de Roger Ducos, concernant un projet 
de création de six établissements nationaux de sourds- 
muets, que le 3 pluviôse 1793, notre artiste offrait â la 
Convention nationale, « par l'organe d'une citoyenne, 
le buste de Mutius Scévola et qu'il lui avait offert pré- 
cédemment les bustes de Lepelletier et de Marat. * 



* 
♦ < 



Nous arrivons au mois de septembre 1791, date de 
l'ouverture de la première exposition à laquelle, en vertu 
du décret du 21 août précédent, tous les artistes fran- 
çais et étrangers, membres Ou non de l'Académie, étaient 
également admis, 

Deseine y figure avec quatre ouvrages. 

Dans la liste alphabétique des exposants, placée à la 

fin du livret, notre artiste est ainsi désigné : «Deseine- 

Le-Sourd. » 
A cette époque, les sourds-muets instruits tiraient en 

quelque sorte vanité d'une infirmité qu'ils avaient eu le 

glorieux honneur de dompter avec les armes que Michel 

de l'Épée avait su mettre à leur disposition. 

Voici quels étaient les envois de Deseine : 



— 32 — 

N°514. Allégorie de la Liberté avec laquelle se trouve 
M. d'Orléans ; 
592. Buste de femme, en plâtre; 
594. Buste de Mirabeau; 
611. Buste de J. J. Rousseau. 
Au salon suivant (10 août 1793), Deseine ne comptait 
pas moins de douze ouvrages numérotés 74 à 85; en voici 
le catalogue, copié textuellement : 

— Un enfant, grand comme nature, assis sur un 
rocher, et tenant un oiseau ; 

— Un autre caressant un chien. Tous deux faisant 
portrait; 

— Un buste. Portrait de l'abbé de l'Êpëe; 

— Un buste. Portrait de Le Peletier de Saint-Far- 
geau; 

— Un buste. Portrait de la citoyenne Danton, exhu- 
mée et moulée sept jours après sa mort; 

— Trois autres portraits sous le même numéro. 

— Un Voltaire en pied ; 

— Un Rousseau en pied; 

— Plusieurs petites esquisses, terre cuite, sous le 
même numéro, dont une est un nouveau costume répu- 
blicain ; 

— Un petit buste d'enfant, terre cuite ; 

— Deux petits bustes d'hommes, terre cuite, sous 
le même numéro; 

— Un groupe en plâtre, d'environ un pied de haut. 



* 
■■ * 



Où sont maintenant les œuvres de Deseiue ?.. Une 
seule semble avoir échappé à ce néant où vont s'englou- 
tir, par monceaux, les marbres, les plâtres, les toiles, 
qui représentent les existences de milliers d'artistes, 
avec leurs espoirs et leurs déceptions. Reverra-t-on 
beaucoup, dans un siècle, de ces ouvrages qui arrivent 



— 33 — 

annuellement, par pleines charretées, dans les galeries 
des Champs-Elysées ?. 

Oui, Deseine vit encore parmi nous dans une de ses 
œuvres; et, voyez le mystérieux enchaînement de cer- 
tains faits, il doit encore cette survivance à celui qui lui 
insuffla jadis la vie intellectuelle : à Michel de l'Ëpée ! 

Le 4 avril 1840, le baron Degérando, président du 
Conseil d'administration de l'institution royale des sourds- 
muets, recevait cette lettre : 

« Monsieur le Président, 

Je me trouve posséder le buste de l'abbé de l'Epèe, fait 
d'après nature, par feu M. Deseine, mon oncle, Cet 
ouvrage a cela de particulier, que son auteur était 
sourd-muet. Ce fut lui qui remporta le prix du concours 
ouvert par l'Assemblée Nationale pour l'exécution du 
buste de Mirabeau. Les plus grands artistes de l'époque 
avaient pris part à ce concours, et mon oncle s'y était 
présenté sans appui, sans précédent. 

Je serai heureux. Monsieur, si le buste de l'abbé de 
l'Épée, exécuté par l'un de ses élèves les plus reconnais- 
sants, peut trouver place dans l'institution des j eunes 
sourds-muets et y faire vivre un souvenir de mon 
oncle. 

Je suis avec le respect le plus profond, etc. 

Amédée Durand. 

Le buste fut accepté avec reconnaissance (Lettre du 
président du Conseil à M. Durand, 12 avril 1840.) 

Le ministre de l'Intérieur fut informé de l'offre et 
de l'acceptation (Lettre du président du Conseil, 18 avril 
1840.) 

La remise du buste eut lieu le ?7 avril (Procès-verbal 
et lettre d'envoi de cette pièce au Ministre, en l'infor- 
mant qu'une cérémonie d'inauguration aurait lieu le 11 
mai.) 

Le Ministre approuva toutes les dispositions relatives 



— 34 — 

à l'acceptation et à l'inauguration du buste (Lettre aux 
administrateurs des sourds -muets, 8 mai.) 

Enfin un mémoire du président du conseil fut adressé 
au Ministre, pour lui rendre compte du la cérémonie 
d'inauguration (25 mai 1840.) 

Ces diverses pièces et le discours prononcé par M. 
Degérando dans la petite solennité du 11, mai, ont été 
publiés en brochure, sous ce titre : « Inauguration du 
buste de l'abbé de l'Épée. » Paris, Terzuolo, 1840, in-8, 
28 p. 

Il était donc inutile de les reproduire ici. J'y ajouterai 
seulement deux petites notes inédites. 

C'est d'abord ce post-criptum, d'un caractère plus 
intime, joint à la lettre officielle du 18 avril : 

P.-S. M. Amédée Durand, l'un de mes amis particuliers, 
mais, ce qui est plus, l'un des plus distingués mécaniciens, 
membre du jury pour la dernière exposition des produits 
de l'industrie, nous fait un sacrifice d'un grand prix, et 
il y a mis une rare délicatesse que j'éprouve de la jouis- 
sance à vous signaler. 

Vous comprenez, M. le Ministre, le désir que j'ai de 
vous offrir quelques explications, dans cette circons- 
tance, et j'aurai l'honneur, au premier jour, d'aller vous 
en entretenir. 

B. Degékando. » 

En effet, en portant lui-même au Ministre le procès- 
verbal du 27 avril, M. Degérando voyait une occasion 
de lui donner ses explications; mais il ne le rencontra 
pas, et voici les quelques mots qu'il laissa entre les 
mains de l'huissier : 

« Note particulière pour monsieur le Ministre. 

Le bon abbé de l'Épée n'a jamais voulu se prêter à ce 
qu'on lit son portrait ni son buste. C'est ce qui m'a fait 
mettre quelque importance à constater le plus authen- 
tiquement qu'il fût possible la fidélité de ce buste 
original et seul original. 

L'élève sourd-muet Deseine prit les traits de l'abbé 
de l'Epée, en assistant à sa messe, à l'insu de celui-ci, 



— 35 — 

pendant vingt jours; il avoua enfin à ce respectable et 
modeste instituteur ce qu'il venait de faire, et le bon abbé 
consentit à te laisser terminer. 

Voici l'explication des faits dont le procès verbal ne 
renferme que les résultats. 

Il a circulé dans le public de petits bustes de l'abbède 
l'Epée, qui paraissant avoir été tirés sur un moule que 
possède M. Amédée Durand et que le sculpteur Deseine 
sou oncle avait exécuté sur le premier et grand modèle. 
L'administration des sourds-muets en possède un. Mais 
ces petits bustes ne semblent pas très fidèles dans leurs 
détails. 

Voilà en substance les détails que je comptais avoir 
l'honneur de donner à M. de Rémusat, si je l'avais ren- 
contré, mais que je ne puis tarder à lui donner, pour lui 
faire comprendre l'importance que nous a.vons du mettre 
à constater exactement les faits! 

Son dévoué serviteur : B. Degérando. * 

Malgré ce qu'on vient de lire, je me demande s'il est 
bien avéré que l'abbé de l'Épée se soit opposé, avec 
l'obstination qu'on lui prête, à la reproduction et à la 
vulgarisation de ses traits? Berthier va jusqu'à nous 
conter que le vénérable instituteur brisa un jour, après 
l'avoir payé, un premier buste de lui fait par Deseine 
même. Pour moi, je ne vois encore ici qu'une anecdote 
frisant la légende. 

D'ailleurs, les portraits d'époque de l'abbé de l'Épée 
ne manquent pas : le beau profil gravé par son élève 
Paul Grégoire porte la date indiscutable de 1776, et le 
tirage a du en être important, puisqu'on en rencontre 
encore assez facilement des exemplaires chez les mar- 
chands d'estampes. Un portrait de l'abbé de l'Épée, je 
vous l'ai dit, figurait en 1782 au Salon de la Correspon- 
dance. Evidemment son concitoyen Houdon a fait son 
buste ^- malheureusement égaré — de son vivant. L'abbé 
Salvan possédait un portrait de Michel de l'Épée dû à 
Deseine même et qui a été gravé à Londres. Un autre 
portrait a été lithographie à Lyon, d'après un dessin 



— 36 — 

exécuté en 1779 par Maximilien Lefebvre, également 
élève de l'illustre instituteur. Le très beau portrait, 
gravé par Dumont, que M. Ad. Bélanger a publié dans 
son Étude Bibliographique et Iconographique de l'abDé 
de l'Épée, a été exécuté d'après un dessin daté de 1778. 
Et bien d'autres . . 

Non, je ne me représenterai jamais l'abbé de l'Epée 
faisant une guerre enfantine aux artistes — surtout à 
ses élèves — désireux de crayonner ou de modeler ses 
traits. C'était, en somme, un hommage auquel il devait 
se montrer sensible et qui lui révélait avant tout un des 
merveilleux effets de son apostolat. Je le vois plutôt les 
approuver d'un sourire à la fois doux et fier, comme 
celui qui devait animer sa paternelle figure, le jour où 
on lui vantait l'intelligence de son élève Deseine, alors 
praticien de l'atelier de Pajou. 

J'en conclus que Deseine a fait le buste de son maître 
dans de bonnes conditions. Il l'a travaillé avec soin et 
sans la crainte de déplaire à son modèle. Il lui a donné 
l'expression et la ressemblance, il l'a achevé conscien- 
cieusement; et telle était du reste sa satisfaction, que 
l'artiste n'hésitait pas à présenter son œuvre, d'abord à 
l'Assemblée nationale, puis à l'Exposition de 1793. 

Ce buste est précieusement conservé à l'institution 
nationale des sourds-muets; il occupe une place d'hon- 
neur dans la salle des délibérations de la Commission 
consultative. Mais quelles que soient les précautions dont 
il est entouré, il est fragile, il est en plâtre- Dans sa 
lettre du 7 avril 1840, adressée au Ministre de l'Inté- 
rieur, le baron Degérando exprimait le vœu que ce buste 
fût exécuté en marbre. Le vœu était raisonnable. 11 n'a 
pas été entendu jusqu'à ce jour- Je me permets de le 
renouveler à cette plaee. On aurait la bonne fortune de 
pouvoir confier le travail à un des anciens élèves de la 
Maison de l'abbé de l'Épée : on compte, parmi eux, assez 
de statuaires de talent pour avoir l'embarras du choix. 
Et je suis certain que, pas plus aujourd'hui que jadis, le 
bon abbé ne mettrait obstacle à la réalisation de ce 



— 37 — 

projet. Ce buste pourrait même être tout simplement 
coulé eu bronze, ce qui assurerait encore mieux sa vie 
contre les accidents. 

Et maintenant, s'il vient à figurer de nouveau, plâtre, 
marbre. ou bronze, dans une exposition publique, nous 
aimons à croire qu'on ne trouvera plus un rédacteur de 
catalogue pour nier qu'il a existé un sculpteur sourd- 
muet du nom de Deseine. 

Théophile Denis 



CAUSERIE PEDAGOGIQUE 



La méthode orale et l'enseignement de la langue — 
Du rôle de la parole et de l'écriture 

Avant de commencer avec ses élèves l'enseignement 
de la langue, le professeur de méthode orale leur donne 
les éléments de la parole. Il consacre à cette étude 
pratique de l'articulation un temps plus ou moins long, 
nous ferions peut être mieux de dire plus ou moins 
court, si grande est son impatience, bien pardonnable, 
hélas! de commencer l'enseignement de la langue 
maternelle. 

L'entente semble complète au début, il faut bien que 
l'élève puisse parler. 

Et cependant nous pourrions bien faire remarquer 
que le» uns ne consacrent que quelques mois à l'étude 
de l'articulation, que d'autres, au contraire, s'y emploient 

Nous remercions tout particulièrement ceux de nos confrères qui 
nous ont écrit pour nous assurer qu'ils étaieut en conformité d'idées 
avec les opinions émises dans notre causerie du mois dernier. Nous 
recevrons avec plaisir toutes les observations qui nous eeront faites à 
ce sujet et nous y répondrons, s'il y a lieu. Ad. B. 



— 38 — 

pendant toute une année. Il y a lieu de craindre que 
l'empressement des premiers à commencer si tôt l'étude 
de la langue ne soit préjudiciable à la parole de leurs 
élèves. On ne saurait trop s'attacher, nous l'avons dit, 
à obtenir une bonne articulation, et surtout une articu 
lation bien claire, bien nette, bien fixée. 

Nous avons vu qu'il s'en fallait de beaucoup que l'en- 
tente subsiste par la suite et que tous n'attachaient pus 
la même importance à acquérir, chez leurs élèves, cette 
pureté de parole, si nécessaire à notre avis pour que le 
sourd-muet puisse profiter de l'instruction qui lui est 
donnée. 

Ça n'est peut être pas la seule divergence que nous 
remarquerons dans la pratique de la méthode orale et 
nous nous proposons d'attirer en ce moment l'attention 
de nos confrères sur celles qui se produisent lorsque nous 
enseignons méthodiquement la langue à nos élèves. 

Nous ne voulons parler ni de la méthode d'enseigne- 
ment elle-même, ni de la composition de la leçon, encore 
moins de la progression, de l'ordre suivi, mais de la 
façon employée par le professeur pour présenter la 
leçon à ses élèves. 

Jetons un coupd'œil sur l'ancienne manière de procéder. 
Il s'agissait d'amener l'élève à la connaissance de la 
langue écrite, tout l'effort du maître se portait donc de 
ce côté, et la leçon nouvelle, écrite au tableau, était 
commentée, expliquée, soit à l'aide du signe, soit à 
l'aide de l'écriture elle-même. 

Au premier abord, il semblerait que la parole étant 
venu prendre la place de l'écriture, la leçon devrait 
être préparée et donnée à l'aide de la parole et de la 
lecture sur les lèvres; l'écriture ne devant arriver qu'au 
second plan. Cette façon de procéder, qui paraîtrait 
peut être extraordinaire à ceux qui ne sont pas initiés 
à la pratique de notre enseignement, devrait sembler 
naturelle à un professeur de méthode orale. Malheureu- 
sement il n'en est pas toujours ainsi . 

Voyons donc les différentes manières de procéder. 



— 39 — 

Quelques-uns continuent de donner leur leçon comme 
autrefois par l'écriture; la leçon est donc transcrite sur 
le tableau, la parole vient ensuite, puis, quelquefois, pas 
toujours la lecture sur les lèvres et on s'empresse de 
décorer cette façon de procéder du nom de méthode 
orale. 

De la méthode orale ! voyez les élèves de ces maîtres 
il s'agit d'un mot nouveau, d'une expression inconnue à 
leur enseigner, vous essayez de la prononcer, de la faire 
lire sur vos lèvres» Vite, du geste, l'élève vous indique 
le tableau, et réclame son moyen habituel, l'écriture. — 
C'est en effet un moyen moins fatigant pour l'élève et 
pour le maître» Mais cherchez les résultats? 

Une autre manière de présenter la leçon consiste à 
faire lire sur les lèvres d'un élève, un des exercices de 
la leçon, puis lorsqu'il a été reproduit, à le faire écrire 
immédiatement au tableau et de composer ainsi, en 
s'adressant successivement à chaque élève, une leçon. 

Certainement cette manière de procéder se rapproche 
bien plus que la précédente de la méthode orale, mais 
à notre avis, ce n'est pas encore la méthode orale elle-> 
même. 

L'attention de l'enfant se portera de préférence sur 
l'écriture qui suit de trop près la parole. La forme écrite 
restant ainsi devant ses yeux, transcrite ensuite par lui 
sans peine, sans effort, prendra tout naturellement dans 
son intelligence, la place de la parole fugitive à peine en- 
trevue. Si nous ne craignions de pousser trop loin notre 
critique, nous dirions qu'en procédant de cette façon, 
on fait semblant de pratiquer la méthode orale, et c'est 
tout. 

Rappelons-nous le but que nous poursuivons: Donner 
à l'élève l'usage et la compréhension de la parole et la 
manière de procéder nous sera tout naturellement 
indiquée» 11. est bien entendu que notre élève peut lire 
et articuler d'une façon convenable, ces deux conditions 
indispensables remplies toute leçon pourra être faite 
entièrement par la parole sans le secours de l'écrilure. 



— 40.- 

S'agit-il d'ordres donnés, l'élève doit les exécuter après 
les avoir lus sur les lèvres ; lui-même donnera 
oralement des ordres semblables à ses camarades, plus 
tard, il en rendra compte lorsqu'il les aura exécutés ; il 
reproduira phrase par phrase de petits récits faits ora- 
lement par le maître, il répondra aux questions qui lui 
seront adressées, lui-même racontera une promenade 
faite, reproduira oralement une leçon lue sur les lèvres, 
etc. Nous avons voulu indiquer quelques exercices pour 
montrer que des séries d'exercices de toute nature 
pourront être faits de cette façon. 

Ce qu'il faut avant tout, c'estque le mot soit exactement 
prononcé : pou r cela, il est nécessaire que l'enfant exerce 
d'abord sa mémoire sur la prononciation du mot, non 
d'après son orthographe, ce qu'il serait toujours tenté de 
faire si l'écriture arrive trop tôt, mais bien d'après la pro- 
nonciation effective. Développons donc, au préalable, la 
mémoire verbale, et lorsque l'enfant sera arrivé à ce 
point, Ja forme écrite qui, dans notre langue, diffère si 
souvent de la forme parlée n'aura plus aucuue influence 
sur sa parole. Nous n'abandonnerons pas pour cela l'écri- 
ture, nous lui réserverons son rôle secondaire*, elle vien- 
dra alors comme un nouveau moyen de contrôle qui 
frappera l'œil de notre élève et donnera la contexture 
exacte du mot. 

La parole aura encore un avantage que nous ne sau- 
rions passer sous silence, et sur lequel il est bon d'attirer 
l'attention. Lorsque nous donnons notre leçon par l'écri- 
ture, nous dépensons un temps précieux, on constate 
facilement que dans le même laps de temps, il eut été 
facile de faire quatre ou cinq fois plus d'exercices par la 
parole. 

La méthode orale pratiquée dans toute son acception 
aura donc pour nous des avantages très appreciables.au 
lieu de nous retarder, elle nous permettra de varier les 
exercices à l'infini, de les faire beaucoup plus nombreux 
et par suite, d'obtenir des résultats plus satisfaisants. 

Pour cela, ne l'oublions pas, deux choses, sont néces- 



— 41 — 

sairès, perfectionner constamment l'articulation, la pa- 
role de nos élèves, et reléguer l'écriture à la place qui 
lui convient. 

Ad. Bélanger 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



ITALIE 



Exercizi graduati di lettura proposti ai sordo-muti italiani 
da G. Ferreri e C. Morbidi délie sucole pie, maestri nel R. 
Instituto Pendola. (Exercices gradués de lecture à l'usage des sourds- 
muets italiens par G. Ferreri et G. Morbidi, des écoles pies, profes- 
seurs à l'Institut royal Pendola.) 3 e partie Sienne 1889 1 vol. In-12 
220 p. 

C. Ferreri. L'otologia e le Scuole dei sordo-muti (L'otologie 
et les écoles de sourds-muets) Sienne 

Prof. C. Périni. Il sordo-muto e l'otoiatria (Le sourd de naissance 
et l'otoiatrie.) Milan 

Les professeurs Ferreri et Morbidi, deux des vaillants 
maîtres de l'Institution' de Sienne, viennent de faire 
paraître la 3' et dernière partie de leurs Exercices gra-> 
dues de lecture à l'usage des sourds-muels italiens, œuvre 
importante sous une forme modeste et dont le but doit 
être, j'imagine, de constituer comme les répétitions 
écrites des leçons parlées données aux jeunes sourds- 
muets, comme la mise au net, le corrigé des cahiers dans 
lesquels un élève studieux aurait conservé le souvenir 
des leçons reçues dans la classe. Au moins est-ce ainsi 
que l'on doit concevoir, à mon sens, l'emploi le plus utile 
à faire de ce livre et le plus conforme à l'esprit de la 
méthode orale, l'ouvrage servant de guide pour le maî- 
tre, de texte à développer de vive voix avec plus ou 
moins d'étendue et de mémento pour l'élève. 



— 42 — 

Les exercices de lecture comprennent tout à la fois un 
cours de langue fondé sur une série d'exemples, des 
récits et des leçons de choses appelant au déploiement 
méthodique de nomenclature et de tournures de phrases, 
union harmonieuse du fond et de la forme pour la cultu- 
re de l'esprit, du jugement et de la mémoire. 

On peut dire, d'une manière générale, qu'au point de 
vue du cours de langue, qui est le principal, cette 3 e par. 
tie est spécialement consacrée à l'étude des moyens de 
lier les propositions entré elles, soit qu'il s'agisse de deux 
propositions distinctes dont la seconde rappelle la pre- 
mière par l'emploi d'un pronom relatif. (Le maître est 
entré dans la classe. Nous l'avons salué), soit qu'il s'a- 
gisse de propositions incidentes à faire entrer dans une 
proposition complexe. (Quand le maître est entré dans 
la classe, nous l'avons salué). Aussi, à part quelques 
exercices sur la lexicologie, sur le régime des adjectifs, 
(plein de..., nécessaire à.... charitable envers.,.), sur les 
pronoms relatifs, sur la conjugaison des verbes et sur 
le régime des verbes les plus usités, (inviter à..., per- 
mettre de..., vendre pour, aupiHx de...), voyons-nous 
dominer, dans la série des leçons, l'examen des formules 
de liaison et de dissociation des idées, soit de nature 

adverbiale, (comme..., aussi bien que ), soit de la 

nature de conjonctions proprement dites (quand, si, 
quoique). 

Le procédé d'exposition est ausai simple que logique. 
Les auteurs s'attachent d'abord à donner à l'élève l'intui- 
tion du sens de chaque expression ou tournure de 
phrase. Des exemples multipliés affermissent la notion 
ainsi donnée. De petits récits, des leçons de choses de 
difficulté graduée s'intercalent dans les exercices de 
manière à servir de cadre à la nomenclature do mots 
que comporte chaque sujet. Enfin, la matière de ces 
récits est retournée sous forme d'interrogations ou de 
dialogues. 

Voici un exemple de ces leçons constituant un réper- 
toire d'idées et de mots ; 



— 43 — 

Plantes à fruits 
Plantes d'ornement 

Où troum-t-on les plantes? — Dans les jardins 

Dans les champs 
Dans les bois 
Dans les potagers 

Les plantes sont utiles. 

On cultive beaucoup de plantes pour leurs fruits, 
On cultive certaines plantes ponr leurs graines. 
On en cultive d'autres pour leurs troncs, 
On en cultive d'autres encore pour leurs tiges. 

On emploie les fruits 
les fleurs 
les feuilles 
la tige 
le tronc. 
Beaucoup de plantes sont alimentaires. 
Quelques-unes sont médicinales. 
Le tronc de beaucoup d'arbres sert à faire des meu- 
bles, des portes, des fenêtres, des poutres, des voitures, 
des wagons, des navires, etc. 

Bois de construction 
Bois à brûler 

Bois 1 
Charbon I combustible 
Braise l 

Qu'est-ce que le chanvre ? — Une plante. 
Qu'est-ce que le lin 1 ? — Une plante. 
Le chanvre et le lin sont des plantes textiles. 
Textile signifie qu'on peut tisser. 
Le coton est aussi nie plante textile» 
Le chanvre, le lin, le coton, là laine et le soie s'ap- 
pellent matières textiles. 

La soie est-elle une plante? — Non. 
La laine est-elle une plante ? — Non, 



_ 44 — 

De là une transition à deux leçons subséquentes, l'une 
sur le ver à soie, l'autre sur le mouton. 

Je ne dois pas oublier, dans rémunération des leçons, 
les explications pratiques données à l'élève, par exem- 
ple au sujet de l'affranchissement des correspondances, 
des paquets, de l'emploi des timbres-poste et quelques 
modèles de lettres. 



Au cours de la préparation de ces « Exercices de 
lecture »', M. le Professeur Ferreri a dû consacrer sa 
plume à une œuvre de nature bien différente, et en faire 
une arme de combat. La brochure qu'il a publiée sous 
le titre : « Votologie et les institutions de sourds-muets » 
a pour but de repousser des attaques aussi peu fondées 
que malveillantes, dirigées contre l'Institution de Sienne, 
par uu médecin otologiste de Naples, M. Giampietro. Tel 
est aussi le but d'une série d'articles réunis en brochure 
par M. le professeur Charles Périni, de Milan, sous le 
titre : « Le sourd de naissance et l'otoiatrie », et qui 
paraissent avoir d'abord vu le jour dans la presse quoti- 
dienne. C'était faire beaucoup d'honneur à l'auteur d'un 
pamphlet dont la Revue Française, avec beaucoup de 
raison suivant moi, s'est abstenue d'entretenir ses lec- 
teurs. Les institutions de sourds-muets n'ont pas besoin 
d'être défendnes contre des accusations passionnées de 
charlatanisme, encore moins contre le reproche de sacri- 
fier les intérêts de leurs élèves en soustrayant ces enfants 
aubienfaitd'untraitementotoiatrique. Aussi, n'entrerons 
nous pas dans le détail des réponses que s'est attirées 
M. Giampietro. Il se mêle d'ailleurs à cette polémique des 
questions de fait que nous n'avons ni la mission ni les 
moyens de juger et dans lesquelles M. Giampietro serait 
compromis, des pratiques, soi-disant médicales très 
condamnables ayant, paraît-il. déterminé la suppression 



_ 45 — 

de la subvention annuelle fie 12,000 fr. que recevait, des 
autorités administratives de la province de Naples, 
« l'Institut otologique » fondé par ce même docteur et 
fermé aujourd'hui. Ceci relève des tribunaux répressifs, 
bien plus que de 'a pédagogie. Quant à établir contre 
M. Giampietro la possibilité d'instruire par la parole les 
sourds-muets de naissance, est-ce bien nécessaire pour 
nous, surtout lorsqu'on se trouve purement et simple- 
ment en face d'une affirmation hautaine, et du refus de 
s'en rapporter à l'étude des faits? Il prend fantaisie à un 
esprit paradoxal de nier le mouvement. — « Voyez 
pourtant, lui dites-vous comme fit certain philosophe 
de l'antiquité, je marche » — «Non, non. Je sais ce que 
je dois croire et je nie le mouvement ». Que faire en 
présence d'une obstination si peu scientifique? Rien du 
tout, peut-être. Renoncez à convaincre un contradic- 
teur qui se dérobe ainsi, et bornez-vous à« prendre pitié 
du pauvre aveugle», car il n'y a pire aveugle que celui qui 
ne veut pas voir. 

Mais si la défense de la vérité reste sans effet sur les 
esprits volontairement prévenus, elle a bien souvent le 
précieux avantage de faire rayonner la lumière sur les 
hommes de bonne foi et de bon sens, spectateurs acciden- 
tels du débat, c'est ainsi qu'un correspondant de M.Perini, 
étranger à la spécialité de l'enseignement des sourds- 
muets, M. Tessaroli a été amené à résumer la discussion 
sur le sourd-muet de naissance dans quelques lignes 
marquées au coind'unevéritablesagacité, insérées à la fin 
de la brochure du professeur milanais et qui appellent seu- 
lement quelques réserves. Pourquoi, dit-il en substance, 
verrait-on une difficulté à ce que le sourd-muet observe, 
reproduise les mouvements d'articulation et y attache 
le sens voulu? N'est-ce pas une mimique comme une 
autre? «Mimique si l'on veut, répondais-je d'avance dans 
mon Rapport de 1880 qu'on me pardonnera de citer moi- 
même, mimique si l'on veut— et cela peut être tout à fait 
vrai quand il s'agit des premiers exercices de lecture syn- 
thétique sur les lèvres — mais ayant ce caractère 



— 46 — 

unique les mêmes mouvements sont répétés avec le même 
sens par tous ceux qui parlent la langue d'un même pays 
que leurs éléments correspondent, sauf les anomalies 
orthographiques, aux éléments qui constituent les mots 
écrits de cette langue, qu'ils sont virtuellement comme 
le moule où viendra se couler la parole. 



On annonce la publication prochaine d'un manuel tech j 
nique qui sera lu avec intérêt par tous les professeurs. 
C'est le Guide pour l'enseignement de la parole articulée 
aux sourds-muets dont l'auteur est le professeur 
Constantin Mattioli, attaché à l'institution de Sienne. 

O, Claveau 



Les Artistes Sourds-Muets 

au 

Salon de 1889 
PEINTURE 

Ferry (Jean-Georges) 
Les Buveurs de cidre. 

Lodstau (Jacques-Léopold) 
Erasme. 
« Parlez au portier.» 

Princeteau (René-Pierre) 
Arrivée au pressoir. 

Berton (Armand) 
Deux fillettes : pastel. 
1 Rêve : pastel. 



— 47 — 

Colas (Auguste) 
Le village d'Asnois, lithographie. 

SCULPTURE 

Choppin (Paul -François) 
Sainte Cécile; statue, plâtre. 
Un volontaire de 92; statuette, bronze. 

Desperriers (René) 
Portrait de M u « F. B.; buste, plâtre. 

Hennequin (Gustave-Nicolas) 
Deux portraits : M. Ferdinand de Lesseps, 
M. Berson; médaillons plâtre. 

Martin (Félix) 
Portrait du duc de Padoue; buste, plâtre. 
Mort du centaure Nessus; groupe, plâtre. 



BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE 

de 

Tous les ouvrages parus en France ou en Langue française 

sur l'enseignement des 
SOURDS -MUETS 
Suite 



Piroux. Compte rendu de l'état actuel de l'institut des 
sourds-muets de Nancy. In-8, 16 p. Nancy, établisse- 
ment des sourds-muets, 1830. 

Piroux. Théorie philosophique de l'enseignement des 
sourds-muets. Discours. In-8, 24 p. Nancy. Etablis- 
sement des sourds-muets. Paris, Hachette, 1831. 

Piroux. Institut des sourds-muets établi à Nancy. 
Prospectus. In-8, 14 p. Nancy, 1832. 



- 48 — 

Piroux. Méthode de lecture, allant de la parole à 
l'écriture et de l'écriture à la parole. 2 e éd. Paris, 
Poilleux et Chamerot. In-12, 88 p. Nancy, Vidart et 
Jullien, 1834. 

Piroux. Organisation, situation et méthode de l'Institut 
des sourds-muets de Nancy. In-4, 50 p. Paris, Hachette. 
Nancy, Vidard et Jullien, 1834. 

Piroux. Petit catéchisme historique de Claude Fleury, 
disposé pour l'usage des sourds-muets. In-16, 207 p. 
Paris, Hachette; Nancy, Gonty, 1837. 

Piroux. Journée du chrétien, disposé pour l'usage des 
sourds-muets. In-16, v et 295 p. Paris. Hachette; 
Nancy, Gonty, 1837. 

Piroux. Maximes tirées de la Bible, et disposées pour 
l'usage des sourds-muets. In-16, 163 p. Paris, Hachette. 
Nancy, Auteur, 1841. 

Piroux. Phrases primordiales simples, complexes et 
composées à l'usage des sourds-muets. In-16, vin et 
256 p. Paris, Hachette, Nancy, institut des sourds- 
muets, 1842. 

Piroux. Congrès scientifique de France, tenu à Stras- 
bourg. Mémoire lu à la séance du 4 Octobre 1842. In 8, 
7 p. Nancy, Raybois et C ie 1842. 

Piroux. Congrès scientifique de France, tenu à Nancy. 
Mémoire et exercices de ses élèves, mardi 10 septem- 
bre 1850. In-8, 42p. Paris, Hachette; Nancy, G-rimblot 
et veuve Raybois, 1850. 

Piroux. Solution des principales questions relatives aux 
sourds-muets considérés en eux-mêmes et dans la 
société, au moyen de 25tableaux synoptiques annotés. 
In-4, 25 p. Paris, Hachette; Nancy, Grimblot, veuve 
Raybois, 1850. 

Piroux. Méthode complète de lecture à l'usage des 
enfants précoces, ordinaires ou arriérés: 5 me édition, 
In-16, 84 p. Paris, Hachette; Nancy, Grimblot et veuve 
Raybois, 1851. 

Piroux. Documents divers adressés à Messieurs les Curés. 
In-8, 44 p. Nancy, Vagner, 1857. 



— 49 — 

Piroux. Dissertation sur l'éducation des sourds-muets 
et prospectus d'une méthode de dactylologie. In-8, 
14 p. Nancy, 1859. 

Piroux. Méthode pour le premier enseignement des 
sourds-muets, des sourds parlants, etc. Tome i. Elé- 
ments de la parole. In-16, 48 p. Paris Hachette etC îe , 
1860. 

Piroux. Mémoire sur les travaux de M. Piroux, pour 
faire commencer l'éducation et l'instruction des 
enfants sourds-muets dans les familles et dans les 
écoles primaires; accompagné de pièces justificatives, 
In-4, 84 p. Paris, Hachette, 1864. 

Piroux. Méthode de dactylologie pour l'éducation, 
l'instruction et les relations des sourds-muets dans 
la famille, l'école primaire, l'institution et le monde, 
contenant les spécimens des principaux procédés 
du véritable enseignement des sourds-muets. In-8. 
115 p. Paris, Hachette, 1867. 

Piroux. Considérations sur les moyens d'instruire tous 
les sourds-muets avec beaucoup plus de succès. In-4. 
8 p. Nancy, 1873. 

Piroux. Critique l 9 de la méthode de M. D. de Paris pour 
l'enseignement de la parole à tous les sourds-muets'. 
2° de la méthode de M. B. de Paris pour l'enseigne- 
ment des sourds-muets dans les seules écoles primai- 
res; 3° de la méthode de M. G. de Paris pour l'ensei- 
gnement simultané des enfants sourds-muets et des 
enfants qui entendent et parlent, dans les salles 
d'asile et les écoles primaires, au moyen d'un alphabet 
mimé arbitrairement avec ou sans la voix. Citations 
concernant les méthodes de l'auteur, In-8, 32 p* 
Nancy, G. Crépin-Leblond, 1879. 

Piroux. L'ami des sourds-muets. (V. Ami des sourds- 
muets.) 

Pissin-Sicard. Prières enseignées aux Sourds-Muets de 
l'école de Rodez, In-16, l" partie, 108 p. 2 e partie 
167 p. Rodez. Carrère 1825. 



— 50 — 

Pissin-Sicard. Leçons de grammaire et de morale à 
l'usage des sourds-muets, accompagnées de quelques 
mots en faveur des sourds-muets, et dans l'intérêt des 
enfants qui entendent et parlent. In-8, 80, xi,, vm et 
64 p. Paris. G. Pissin, 1834 

Lettres à l'auteur des Leçons de grammaire et de morale 
à Tusage des sourds-muets. Impartie : In-8, 72 p. 
Paris, G, Pissin. 1835. 3 e partie : In-8, 80 p. Toulon, 
Duplçsis, Ellivault, 1837. 

Pissin-Sicard. Nouvelle manière extrêmement facile et 
applicable à toutes les langues, de parler, d'écrire ou 
d'apprendre l'orthographe ou alphabet manuel des 
sourds-muets. In-8, 160 p. Paris, 1835 

Pissin-Sicard. Association Bibliophilomutique. In-8, 
26 p. Marseille, 1835. 

Pothier (M u «), Mémoire sur l'éducation du sourd-muet 
etc. (F. Institution de Lançres) 

Pozzi (D r , V Darwin 

' A suivre) 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Cour d'assises du Loiret. Les 4, 5 et 6 Avril dernier 
une affaire très importante était soumise à la cour d'as- 
sises du Loiret, il s'agissait d'un meurtre commis par un 
sourd-muet nommé Mathieu avec la complicité d'une 
sourde-muette la femme Savignat sur la personne d'un 
sourd-muet Savignat mari de la sourde-muette. 

Vivant en mauvaise intelligence avec son mari, la femme 
Savignat songea à s'en débarrasser pour cela elle deman- 
da l'aide de deux sourds-muets Fresne et Chassignol et 
de son amant Mathieu, leur conseilla d'enivrer son mari, 
puis de le jeter dans la. Loire. Les trois complices après- 



- 51 - 

avoir rempli la première partie de leur programme hési 
tères pour remplir la seconde; Savignat rentra donc chez 
lui ivre-mort, c'est là qu'il fut assassiné par Mathieu aidé 
de la femme Savignat. 

La cour d'assises était présidée par M. Belon, les accu- 
sés étaient défendus, la femme par M e Charoy, Mathieu, 
par M e Huet, avocats. La cour était assistée comme in- 
terprète, de M. Boulestreau, Directeur de l'institution 
d'Orléans. Nous n'avons pu que résumer l'acte d'accusa- 
tion, nous n'entrerons pas dans les débats qui, d'ail- 
leurs, n'ont appris aucun fait nouveau. 

Les défenseurs avaient une tâche lourde, délicate, 
difficile. Tous deux ont plaidé avec raison, la responsa- 
bilité atténuée des deux accusés dans ce crime épouvan- 
table. L'un d'eux, M' Huet, nous avait fait l'honneur de 
nous consulter à ce sujet; comme lui, nous pensons qu'il 
fallait tenir compte, chez ces deux malheureux, d'une 
intelligence peu développée et surtout du défaut, du 
manque d'éducation. Pour nous, la responsabilité cri- 
minelle est atténuée, non pas â cause de l'infirmité elle- 
même, mais parce que, dans un grand nombre de cas» 
elle ne permet pas de donner à ces infortunés l'éduca- 
tion complète qui en ferait des hommes semblables à 
nous. D'un autre côté, il est indéniable qu'au point de 
vue médical, des troubles cérébraux ont pu, dans certains 
cas accompagner cette infirmité, diminuer l'intelligence 
et par ce seul fait la responsabilité. 

Cette théorie semble avoir été adoptée par le Jury, et 
après les brillantes plaidoieries des avocats, la cour a 
condamné la femme Savignat à 12 années de travaux 
forcés et Mathieu à 6 années de la même peine. Lesjour- 
naux de la localité rendent le plus grand hommage à la 
sagacité et au dévouement de notre confrère d'Orléans, 
qui servait d'interprète aux accusés» 

Ad. B. 



— 52 



AVIS IMPORTANT 



Nous ^appelons à ceux de nos lecteurs qui ne nous ont 
pas encore fait parvenir le montant de leur abonnement 
pour la cinquième année que : 

Le mode de paiement le plus simple est l'envoi d'un 
mandat par la poste soit à 

M. Ad. BÉLANGER, Directeur de la Revue, rue des 
Fossés-Saint-Jacques, 16, Paris. 

ou à M. Eug. BÉLANGER, Imprimeur -Gérant du 
•Journal, 225, Rue Saint-Jacques, Paris. 

ABONNEMENT 

Pour la France, un an 9 francs 

Pour l'Étranger, un an 10 — 

Afin d'éviter tout retard dans l'envoi du journal nous 
ferons toucher par la poste les abonnements qui ne nous 
seront pas parvenus avant le 20 Mai. 

Les frais de recouvrement étant à la charge de nos 
abonnés, ils auront à payer en plus 0, 40 pour la France 
et 0, 70 pour l'étranger. 



Nous envoyons à tous nos abonnés et à titre d'hom- 
mage, le tirage à part de la Bibliographie Générale de 
tous les ouvrages parus en France ou en langue fran- 
çaise sur l'enseignement des sourds-muets. Nous les 
prions de l'accepter' comme ,un témoignage d'aflectueuse 
sympathie du Directeur de cette Revue. 

Ad, Bélanger, 

L'Imprimeur- Gérant , Eug. BELANGER rue SaBit-Jacques *«y, Paris 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muets 

5"" annëe. N» 3 Juin 1889 



CAUSERIE 
Les Artistes Sourds-Muets 

AU 

Salon de 1889 

Peinture 

■— Entrons, avec M. Georges Ferry, dans ce cabaret 
normand, tout retentissant de refrains joyeux. Le cidre 
capiteux y met toutes les têtes en l'air. On mange, on 
boit, on fume, on chante, on lutine la fille; ce dernier 
rôle appartient à un galant militaire, qui est venu faire 
un tour au pays. Le ténor de cette société en liesse, qui 
célèbre le jus de la pomme, est monté sur un banc et 
lance à plein gosier ce refrain : 

« Vive le cidre de Nortnandie, 
Rien ne fait sauter comme ça. . . 

Parmi l'auditoire attentif, remarquez surtout ce gros 
fermier en bras de chemise, à la trogne rabelaisienne, 
qui ne perd ni une note, ni une bouffée de tabac. La 
lumière est de la fête: elle sourit à travers une fenêtre 
ouverte sur la campagne. C'est plein d'humour et de 
gaité. 

— Il n'est pas possible de passer devant le petit 
tableau que M. Lodstau intitule Erasme, sans que 
s'éveille le souvenir de Gérard Dow. La recherche de 
la composition, le travail minutieux des accessoires, 



— 51 — 

la tonalité générale, tout rappelle le petit maître de 
Leyde. Erasme est debout, un tableau noir à sa droite 
et devant lui quelques jeunes dissipiez attentifs à sa 
leçon. Un bâton de craie à la main, il explique un 
problème cosmologique en appuyant sa démonstration 
d'un geste de la main gauche. On suit parfaitement 
son raisonnement; on l'écoute, on l'entend, on applaudit 
le savant universel. . , et en même temps M. Loustau 
qui a mis tant de vérité dans cette scène. 

Je vous défie de conserver votre sérieux devant cette 
autre toile de M. Loustau : « Parlez au Portier. » Oui, 
parlez-lui; mais je vous engage à lui parler poliment 
et de votre voix la plus caressante, ou gare les mollets! 

Ce portier est un bouledogue. Il n'a pas les trois têtes 
de Cerbère, mais il en a une bonne, et sa mâchoire 
inspire le respect. Gravement assis sur le seuil de sa 
niche, il a du concierge parisien dans son air important 
et sa mine renfrognée. Ce n'est pas de la charge, c'est 
de l'observation et de l'esprit. 

— V arrivée au pressoir, de M. Princeteau, est un 
morceau d'une facture puissante, et la brosse qui a 
fait cette rude besogne a été conduite par une main 
dune rare énergie. Dans ce massif attelage de bœufs 
trapus et solides, on admire surtout l'animal du 
premier plan, robe blanche et jambes noires, dont la 
musculature est mise en jeu par les efforts que 
nécesssite le recul du charriot. Le relief anatomique, 
la couleur, les attitudes, les mouvements des bêtes 
et des ouvriers, tout cela est traité avec une .vigueua 
qui donne urne haute idée du tempérament de 
M. Princeteau. 

— C'est dans la salle des pastels que nous trouvons 
cette année, M. Armand Berton. Il y est traité en 
enfant gâté: ses deux cadres ont de vraies places 
d'honneur. Je me hâte d'ajouter qu'ils les méritent. 
Sa Rêveuse est couchée, enroulée dans les plis de 
mousseline où disparaît une partie de son corps. Les 



— 55 — 

yeux clos, elle dort. D'un mouyement inconscient, elle 
porte les doigts de la main droite sur une bague de 
l'annulaire gauche. Ainsi formulé, son rêve me semble 
une sorte de rébus dont M. Berton pourrait seul nous 
donner la clef. Rève-t-on bijou? Rève-t-on anneau de 
fiançailles?... .l'avoue que .je ne possède pas la science 
divinatoire du ministre de Pharaon. .Mai* quoi qu'il en 
soit, ce songe inexpliqué reste une bien charmante 
fantaisie . 

Dans les Deux Fillettes, du même artiste, où l'on 
remarque l'intensité de vie qui anime ces minois 
éveillés, la largeur du cra 'on aussi bien que la sagesse 
et la simplicité de^ moyens classent définitivement 
M. Berton parmi les maîtres les plus estimés de notre 
école de pastellistes. 

— Le Coin de Village Nivernais que nous montrait 
l'an dernier M. Auguste Colas, s'est agrandi. Il est 
devenu le Village d'Asnois. C'est une longue rue bordée 
des deux côtés de chaumières de l'aspect le plus 
pittoresque. Le soleil, qui les frappe obliquement, 
éclaire les unes, en opposition avec l'ombre qui répand ' 
sur les autres une tonalité plus sourde. Au premier 
plan, la route poussiéreuse est animée par des oies, 
des poules et deux ménagères ; puis le regard monte 
et s'enfonce dans une perspective habilement graduée. 
Cette lithographie originale a la vigueur et la coloration 
d'une eau-forte. 

SCULPTURE 

Pas d'oeuvre importante quant à la dimension : des 
portraits et de la statuetterie. 

M. Félix Martin a remplacé les proportions colossales 
que pouvait comporter la mort du Centaure dessus par 
de la grâce. Il en a mis beaucoup dans la petite figure 
de Déjanire qui se laisse glisser, tout effrayée, de la 
croupe de son ravisseur expirant et dont le torse est 
traversé par la flèche du jaloux Hercule. 



— 56 — 

M. Martin a ajouté à cet envoi un buste très soigné 
du duc de Padoue. 

—M. Paul Choppin expose, avec une petite réduction 
en bronze de son vainqueur de la Bastille, devenu très 
facilement un volontaire de 92, une statuette de Sainte- 
Cécile d'un beau sentiment hiératique. 

— Le buste de M ,1Ie P. B.,par M. Desperriers, est d'une 
exécution serrée et d'un modelé très souple. 

— M. Hennequin a deux médaillons, MM. Ferdinand 
de Lesseps et Besson, dont la fermeté de lignes et la 
finesse des détails dénotent une pratique habile et 
consciencieuse. 

Théophile Denis 
P.-S. — On nous signale, au moment de mettre sous 
presse, deux autres artistes sourds-muets exposants : 
un peintre, M. Le Carpentier, dont l'envoi a pour 
titre: La lettre anonyme; et un sculpteur, M. Tilden 
élève de M. Paul Choppin, qui expose « BxseteUl » sport 
national américain, statue plâtre. 



Henri KELLER 

IDÉES D'UN INSTITUTEUR SUISSE 

Contemporain de l'Abbé de l'Êpèe 

Sur l'enseignement des Sourds-Muets 



L'étude des Facultés de l'âme fait suite dans l'opuscule" 
de Keller aux notions de logique. 

T P L ^oT 6St com ? osé de deux substances, l'âme et le corps, 
tons vT. HT" 1 " 6St Une substa n<* matérielle que nous pou- 
îes fruft, l n °f T UX 6t A 0U( * er de noS ffiains - « ^ nourrit 
meut ir!jL ^ et de lA cha1r des animaux, croît, s« 
Tla fin P n ti ' S .! Pepo '!' vei ^< dort, vieillit, meurt et tombe 

et 1 12& ™ 6 ; Lame eSt Un esprit douéd'intelligence 
et de volonté, Elle est immortelle. 



— 57 — 

DE L'INTELLIOENCE 

L'intelligence est une faculté de l'âme grâce à laquelle nous 
hous formons des idées de nous-mêmes et des choses qui 
sont en dehors de nous* I>s premières idées nous arrivent 
par les organes des sens extérieurs et ces idées sont dites 
idées sensibles* 

Une sensation forte empêche de ressentir les sensations plus 
faibles. C'est ainsi que les étoiles qui brillent au ciel pendant 
le jour aussi bien que pendant la nuit sont éclipsées durant 
la journée par l'éclat du soleil. 

DE L'ATTENTION 

L'attention consiste en ce que nous arrêtons nos pensées 

sur un objet en particulier, les autres choses n'étant presque 

-plus remarquées par nous. Au contraire^ nous sommes distraits 

lorsque notre pensée» au lieu de se fixer sur certains objets, 

se porte d'une façon inconstante d'un objet à l'autre. 

On trouve l'image sensible de l'attention dans un papillon 
qui se pose sur une flpur et qui, pendant un certain temps, 
semble s'occuper d'elle avec assiduité. Il offre au contraire 
l'image sensible de la distraction lorsque, ne s'arrêtant nulle 
part, il voltige de ça et de là dans l'air. Pendant la durée d'un 
sommeil profond notre âme ne peut plus donner place à l'at- 
tention. 

La règle générale que doit suivre un instituteur de sourds- 
muets pour expliquer à ses élèves cette faculté de l'âme et toutes 
les autres est celle-ci : Faites connaître à l'élève chaque faculté 
au moment où elle s'exerce d'une façon prédominante, la mé- 
moire quand le souvenir s'éveille, la joie au moment de la joie, 
la bienveillance quand elle se montre. Un maître avisé qui, 
d'un œil pénétrant, Observe tout ce qui se passe dans l'esprit 
de son disciple, arrivera même facilement à placer celui-ci en 
situation de laisser se manifester telle ou telle faculté donnée 
de l'âme humaine. 

DE LA MÉMOIRE 

La mémoire est le pouvoir que possède notre âme de re- 
connaître comme les ayant déjà eues les idées que nous avons 
eues dans un temps passé. Conserver dans sa mémoire signi- 
fie : avoir constamment conscience d'idées antérieurement con- 
çues. Oublier signifie : ne pas reconnaître comme les ayant 
eues déjà les idées que l'on a formées antérieurement une 
bonne mémoire est celle qui embrasse rapidement un grand 
nombre d'idées et les conserve longtemps. Uue mémoire 
faible est celle qui embrasse lentement un petit nombre 
d'idées et qui les oublie presque aussitôt. 



— 58 — 

L'instituteur de sourds-muets trouvera dans son enseigne- 
ment quotidien de fréquentes occasions de faire comprendre à 
ses élèves ceite faculté de la mémoire d'après ce qui se présente 
dans ses leçons. 

DE i/lMAGINATION 

L'imagination est une faculté de notre âme grâce à laquelle 
nous nous représentons comme actuellement présentes des im- 
pressions sensibles que nous avons éprouvées autrefois. En 
rêve, l'imagination nous présente des tableaux que nous 
avons eus devant les yeux. 

Pour montrer à l'élève la manière dont la mémoire et l'ima- 
gination opèrent, il faudra saisir l'occasion où de lui même, il 
fait quelque récit des choses qu'il aura vues quelques semai- 
nes ou quelques années auparavant afin de le ramener àl'idée 
première qui a donné naissance à ces images. 

Tel élève a vu passer un religieux vêtu de blanc et de noir. 
Tout aussitôt il s'est rappelé qu'il a été visiter avec moi, il y a 
quelques années, un couvent habité par des religieux qui por- 
tent ce même costume. Sa faculté d'imagination lui a représen- 
té la majestueuse église, l'autel étin celant, les lampes d'argent, 
les somptueux ornements, les crucifix, les peintures et aussi 
le bon petit repas qu'on lui a offert. Ses paroles, ses gestes témoi- 
gnent suffisamment de la vivacité de ses souvenirs. On a saisi 
tout de suite ce moment opportun de lui montrer que toutes ces 
représentations sensibles avaient été amenées par la rencontre 
fortuite du religieux qui passait. 

La faculté dont notre auteur vient de décrire les 
actes ne paraît guère se distinguer de la mémoire 
s'exerçant avec une vivacité particulière sur des idées 
sensibles. Aussi fait-il entrer immédiatement après dans 
son énumération ce qu'il désigne sous le nom de 
faculté d'invention et qui se rapporte mieux à ce que 
nous nommons communément l'imagination. 

C'est dit Keller, le pouvoir qu'a notre âme de réunir ou de 
dissocier à volonté des idées sensibles, alors que l'ensemble 
résultant de cette opération de l'esprit n'existe pas en dehors de 
nous. 

I/EXPÉIUENCE ET i/EXPÉRIMENTATiON 

L'expérience est la connaissance que nous donne des choses 
l'attention se fixant sur nos propres impressions sensibles. Des 
expériences nombreuses conduisent à prévoir la répétition de 



— 59 — 

cas analogues aux cas observés. Le ciel est, par exemple, couvert 
de nuages, l'air étouffant. Des expèri onces répétées nous ont 
appris que dépareilles circonstances résulte la formation d'o- 
rages et de fortes pluies. Par suite nous nous attendons à ce 
qu'une violente tempête survienne. 

L'expérimentation consiste à £e placer dans les conditions 
voulues pour arriver à s'instruire par voie d'expérience. 

Les gens âgés ont beaucoup d*expSi'ience. Les enfants en 
ont très peu. L?s jeunes g n ns doivent donc, s'ils veulent ac- 
quérir la sagesse, s'en rapporter à l'expérience des vieillards. 

l'intelligence humaine 

L'intelligence ou la raison est une faculté de l'âme humaine qui 
nous sert à nous former des idées claires, à lier ou à dissocier 
des idées à déduireunjugementdeleur liaison ou de leur disso- 
ciation. De la liaison des jugements s° forme le raisonnement. 
C'estla raison qui distingue l'homme du reste des êtres vivants. 
C'est la raison qui sert à l'âme à concevoir des idées abstrai- 
tes en concentrant toute son attention sur une seule des qua- 
lités d'une chose et en considérant cette qualité comme isolée 
des autres. Au nombre des idées de cette sorte dérivées des 
sens il faut compter principalement les idées d'espèce et 
de genre qui prennent naissance lorsque nous mettons notre 
esprit tout particulièrement en face de ce qui est commun à 
beaucoup de choses diverses ehtre elles mais se ressemblant 
par ce caractère constant. Je crois m'être assez étendu dans la 
section consacrée à la logique, sur la netteté des idées et sur 
l'abstraction pour amener l'élève à comprendrecîs nolions. Qu'il 
mesoit permis maintenant d'ajouter quelques mots sur les mo- 
yens' à employer pour conduire les sourds-muets à la conception 
des idées abstraites. Le procédé habituel, unique pour arriver 
à des idées claires et complètes consiste à les décomposer en 
leurs élément constitutifs étales expliquerpar des périphrases. 
C'est là ce dont personne ne peut douter, mais la question s'é- 
lève de savoir quels signes il convienne, mettre en usage pour 
amener les sourds-muets â des idées nettes. Sera-ce la parole 
articulée, ce que nous appelons les mots ? Ou bien faudra-t-il 
donner la préférence à certains signes que nous désignons 
aussi sous le nom de mimique ? L'une et l'autre de ces deux 
opinions ont trouvé des partisans parmi des hommes de grand 
mérite et l'on a donné beaucoup de raisons pour les défendre. 
En mon petit particulier, je n'ai vraiment pu trouver encore la 
moindre opposition entre ces deux procédés et n'imagine pas 
pourquoi l'on adopterait exclusivement l'un ou l'autre, dépré- 
ciant l'un pour élever l'autre sur le pavois. La nature même qui a 



— 60 — 

mis en nous la propension à exprimer nos pensées par des 
sons articulés nous porte aussi, souventméme sans que notre 
volonté y participe, à accompagner nos paroles de gestes expres- 
sifs pour leur donner pleine force et énergie.ll est assurément 
difficile dans bien des cas, après avoir entendu un babile ora- 
teur, de décider si c'est par l'expression de son visage et par 
ses gestes ou bien par sa parole qu'il a produit le plus d'effet 
sur ses auditeurs. Nos connaissances en cette vie ayant, pour 
la plus grande partie sinon entièrement, un caractère symbo- 
lique, les gestes qui peuventservir à préciser nos idées ne sau- 
raient être trop multipliés. D'un autre côté,pourquoine pour- 
rait-on expliquer en périphrases à un élève des idées obscures 
et abstraites en se servant de mots, j'entends de mots qui 
lui sont connus, aussi bien qu'en se servant de signes métho- 
diques, en employant la langue parlée aussi bien que les gestes 
et en même temps ? Les mots et les gestes sont-ils choses 
incompatibles entre elles et dont on ne puisse faire usage con- 
jointement ? Je crois être suffisamment fondé à affirmer que les 
éclaircissements et les périphrases que l'on formulerajsimulta- 
némentpar la mimique et par la parole sont de la plus grande 
utilité. Combien ne se présente-t-il pas d'occasions où quel- 
qu'une des expressions employées pour définir une chose 
laisse une ambiguïté qui ne pourrait que s'augmenter si l'on 
voulait se servir de la parole pour éclairer l'esprit de l'élève, 
tandis qu'un geste bien choisi dissipe le doute et, donne à 
l'esprit plus de précision. Il est certain que l°s idées peuvent 
s'imprimer plus profondément clans l'esprit du jeune sourd- 
muet lorsque le maître se sert de deux espèces de signes ayant 
le même sens que lorsqu'il emploie une seule manière 
d'exprimer sa pensée. C'est ainsi que les objets qui frappent 
plusieurs sens produisent toujours une impression plus vive 
que lorsqu'il n'y a qu'un seul sens mis en jeu. Il faut du 
reste s'en référer a l'expérience pour déterminer quelle est 
la meilleure voie à suivre eu égard aux disposiiions des 
élèves et dès lors toute controverse deviendra inutile. 

C'est de la part de notre auteur un acte de grande 
sagesse que de soumettre à l'avance son sentiment aux 
leçons de l'expérience impartiale. Un examen plus 
pénétrant de la question lui eût fait reconnaître la 
nécessité de contrôler sûrement avant tout, par des 
expériences nombreuses et directes, l'assertion qu'il a 
cru pouvoir poser presque en axiome et qui sert de 
base, base fragile, à toute son argumentation : à savoir 
que la minique et la parole se prêtent une aide mutuelle 



— 61 — 

pouf l'instruction des sourds-muets. L'erreur était 
facile à commettre, il est vrai et la théorie séduisante. 
Qui eût pu penser que les deux procédés qu'on aimait à 
se représenter comme fraternellement unis dans une 
action commune ne sont au fond, en pareil cas, que des 
frères ennemis, des rivaux qui, selon lexpression du 
poète, ne s'embrassent que pour s'étouffer? Il était 
réservé à l'avenir d'instituer une critique scientifique 
plus rigoureuse et d'en faire le point de départ de 
nouveaux progrès. 

O. Claveau. 

{A suivre). 



LES ECOLES DE SOURDS-MUETS EN SUÉDE 



Un de nos collègues nous communique la lettre 
suivante, nous pensons qu'elle intéressera nos lecteurs 
en leur donnant des renseignements complets sur 
l'état actuel de l'enseignement des sourds-muets en 
Suède. 

Ad. B. 



Noua avons actuellement en Suède 19 écoles de 
sourds-muets. La plus ancienne, l'institut public des 
sourds-muets de Manilla (près de Stockholm) a été ou- 
verte en 1809; la plus récente, l'institution des sourds- 
muetsde Mariestad (au sud de la Suède) a été ouverte 
en 1888. 

Parmi ces écoles on compte trois instituts pour les 
sourds-muets adultes ( de 15 à 30 ans ) qui n'ont point 
été instruits, quand ils étaient en âge de recevoir 



— 62 — 

l'instruction. L'un de ces instituts est situé à Skara un 
un autre à Vadstena et le troisième à Bollnàss. Ces trois 
établissements qui contiennent ensemble 120 à 150 élèves, 
ont un caractère provisoire : de sorte qu'ils seront 
fermés aussitôt que nous aurons assez d'écoles pour les 
jeunes sourds-muets. Ces trois instituts, de même que 
celui de Manilla dépendent de l'Etat. Parmi les autres 
écoles, 8 sont départementales ( ou lans-Skolor ) et 7 
sont des écoles particulières. 

Toutes les écoles, sauf les trois écoles d'adultes que 
je viens de citer, sont des écoles d'enfants. 

La 'plus ancienne méthode suivie en Suède pour l'en- 
seignement des sourds-muets est la méthode des signes 
et l'alphabet manuel. L'an 1864, si je ne me trompe, on 
appliqua à Manilla la méthode orale. Puis des écoles 
s'ouvrirent dans toutes les parties de notre pays ; et dans 
ces nouvelles écoles on introduisit la méthode orale: 
pourtant on ne, voulait pas l'appliquer à tous les enfants. 
Aujourd'hui encore, la plupart des instituteurs desourds- 
muets de Suède ne veulent pas apprendre à parler à tous 
leurs élèves. Les maîtres s'imaginent que les enfants 
sourds-muets dont l'intelligence est faible, ne pourront 
dans la vie, tirer aucun profit de leur parole. C'est 
pourquoi ils n'instruisent par la parole que ceux dont 
l'intelligence est ordinaire ou supérieure. Et ils suivent 
ces principes avec une telle rigueur, ils mesurent l'in- 
telligence avec tant de sévérité; que 55°/o seulement de 
nos sourds-muets sont appelés à bénéficier de l'enseigne- 
ment oral. 

Jusqu'ici, il n'y a chez nous que 1 écoles qui pratiquent 
pleinement la méthode orale pure. 

Parmi nos institutions, ltsont des internats e«»5 sont 
des externats. Les élèves appartenant aux externats 
sont mis en pension dans des familles d'ouvriers. Chez 
moi, àUpsala, il n'est ni ne sera mis qu'un seul enfant 
dans chaque famille. Dans les externats (forestandare) 
plus anciens que celui dont je suis le directeur, ceux par 
exemple d'Orebro et de Venersfoorg, deux enfants, l'un 



— C3 — 

plus âgé que l'autre, sont placés dans chaque famille. 11 
peut arriver à Manilla, qu'un élève après avoir passé un, 
deux, trois, quatre, cinq et même six ans dans la section 
orale, soit remis après ce temps dans la section où 
l'enseignement est donné au moyen de l'alphabet manuel. 
Contrairement à ce qui se passe dans les autres écoles, 
la durée du cours d'instruction n'est à Manilla que de 
sept ans. Naturellement dans les instituts qui ne reçoi- 
vent que des adultes les cours durent moins longtemps 
( de 2 à 4 ans). De même, et cela se comprend, l'ensei- 
gnement est donné dans ces écoles, par la méthode des 
signes et Talphabet manuel. 

Le prix de la pension pour chaque élève à Manilla, 
est de 300 couronnes ( 1 ), mais cette taxe peut être di- 
minuée jusqu'à 150 ou 100 couronnes. Il y a à peu près 
90 places gratuites dont la plupart sont distribuées par 
les chapitres. Le nombre des élèves est de 135 environ. 

L'Etat paie en tout pour quatre instituts la somme de 
109.200 couronnes par an : Il paie annuellement aux 
autres écoles une subvention de 100 couronnes pour 
chaque élève, soit un total de 45.000 couronnes. 

Les écoles départementales obtiennent de leurs Con- 
seils Généraux, etc., diverses subventions, montant à 
SOOO, à 9,000, à 13,000 couronnes. Les écoles particu- 
lières peuvent aussi obtenir des subventions des 
Conseils généraux. Dans les institutions qui ne sont pas 
des écoles de l'État, les parents des élèves, ou les com- 
munes (si les parents ne le peuvent pas) paient une taxe 
annuelle de 75, de 100 ou de 125 couronnes pour chaque 
élève. 

Dans nos 16 écoles d'enfants, ( y compris celle de Ma- 
nilla) nous instruisons environ 600 élèves: les écoles 
d'adultes ainsi que je l'ai déjà dit comptent 150 élèves. 
Néanmoins, il reste encore environ 300 enfants sourds- 
muets qui ne reçoivent point d'éducation. 

1. Une couronne vaut 1 l'r E9 de notre monnaie. 



— 61 — 

Dans notre pays, il y a à peu près 5900 sourds-muets 
pour cinq millions d'habitants. 

L'institut des sourds-muets adultes de Vadstena fut 
ouverten 1878 ; celui de Shara en 1879 et celui de 
Bollnâss en 1880. 

Les 8 écoles départementales pour les enfants sont 
situéeâ : 

à Karlshrona, fondée en 1858 



- Goteborg 


» 


1859 


- Hernosand 


» 


1867 


- Lund 


» 


1871 


- Falun 


» 


1873 


- Orebro 


» 


1875 


- Venersborg 


» 


1877 


- Upsala 


» 


1885 


Les 7 écoles particulières sont situées : 


à Hjorted, fondée 


en 


1858 


- Stockholm 


» 


1859 


- Rephute 


» 


1862 


- Gumpetan 


» 


1874 


- Bollnâss 


•» 


1874 


- Linkoping 


» 


1888 


- Mariestad 


» 


18S8 



Vous remarquerez que Bollnâss possède deux écoles, 
l'une pour le* enfants, l'autre pour les adultes et que 
Stockholm possède également deux écoles si l'on compte 
celle de Manilla. 

Dans les 4 écoles de l'État, on reçoit de nouveaux 
élèves chaque année : dans toutes les autres on n'en 
reçoit que tous les deux ans. 

Le nombre des instituteurs et institutrices de sourds- 
muets de Suède est de 90. 

Enfin nous avons à Shara une école pour les sourds-- 
muets-aveugles. Ces malheureux sont au nombre de 40 
pour toute la Suède, dont 10 en âge de scolarité. Quatre 
deceaderniers reçoivent à présent l'éducation, par les 



— es - 

soins de Madame Elisabeth Nordin, femme du directeur de 
l'institution des sourds-muets de Skara. L'école de 
Madame Nordin reçoit une subvention de l'Etat ; elle a 
été fondée par une élève, en 1882. 
Veuillez agréer, etc. 

J. A. WILBN. 

Directeur de l'Institution des Sourds-Muets d'Upsalv 
(Suède). 



BIBLIOGRAPHIE GENERALE 

de 

Tous les ouvrages paras en Franàe ou en Langue française 
sor l'enseignement des 
SOURDS- MUETS 

Suite 



Poquet. V. Annales de l'institut des sourds-muets de 
S 1 Médard lez Soissons. 

t*radelle (.Ëm). De l'enseignement des sciences physi- 
ques et naturelles au Sourd-muet. Thèse pour 
l'agrégation. 22 p. Paris> 1863. 

Premiers éléments de la langue maternelle à l'usage 
des élèves de l'institut royal des sourds-muets et 
des aveugles à W"olu\ve-Saint-Lambert-lez-Bruxelles 
In-12, 115 p. Gand, Imprimerie de l'institut des 
sourds-muets, 1880. 

i*rieur (V. Documents officiels 1791 . 



— m - 

Ptistienns (L.). Petits récits d'histoire de France a l'usage 
des élèves de l'institution nationale des sourdes- 
muettes de Bordeaux. l re Partie, depuis les temps 
anciens jusqu'en 1461- In-, îv et 136 p. Bordeaux, 
V. Grespy, 1885. 

Pnstienne (L.). Petits récits d'Histoire de France. 2« par 
tie. depuis 1461 jusqu'en 1789. In-8, 112 p. Bordeaux, 
V. Crespy, 1886. 

Puy. (Institution du). Notice sur l'institution dépar- 
tementale des sourds-muets, etc. (V. Borie.) 

Puybonnienx(J.-B.), La parole enseignée aux sourds- 
muets sans le secours de l'oreille. In-12, 158 p. Paris, 
Kugelmann, 1384. 

Puybonieuxx (J.-B.). Discours sur l'état intellectuel et 
moral des sourds-muets- Paris, Lottin de Saint-Gfer- 
main. 1843. 

Pttvbonnieux (J.-B.)." Mutisme et surdité ou influence 
de la surdité native sur les facultés physiques, intel- 
lectuelles et morales. In-, XV et 41 p. Paris, J.-B. 
Baillière, 1846. 

Puybônnienx (I.B.), Droits des sourds-muets à l'assis- 
tance publique. In-8, 15 et 412 p. Paris, Baillière, 1846. 

Puybôunieux (J.-B.). L'Impartial. Journal de l'ensei- 
gnement des sourds-muets, etc. (V. Impartial.) 

Québec {Institution dé). Rapport annuel (abbé Alf. Bé- 
langer). ln-8, 8 p. Saint-Louis du Mile-end. Impri- 
merie de l'institution des sourds-muets, 182. 

Rabelais. Pantagruel, livre m, chapitre xix, p. 238 
Œuvres de Rabelais, Nouvelle édition, par L. Jacob. 
In-12, Paris, Charpentier, 1857. 

Rambosson (J.): Langue universelle. Langage mimique, 
mimé et écrit. Développement philosophique et pra- 
tique. In-8, 43 p. Paris, Garnier frères, 1853. 

Rambosson (J.). Recherches sur l'enseignement de la 
parole aux sourds-muets. 

Rambosson [J.) La religion mise à la portée du sourd- 
muet et de toutes les intelligences. Petit in^-8, 105 p. 
Par:j, Hachette, 1854, 



— 67 — 

Ramb'Vssoû (J.). Langue universelle, ln-8, 8 p. Paris 
1855. 

Rattel (D r J. A. A.). Des cornets acoustiques et de leur 
emploi dans le traitement médical de la surdi-mutité. 
Petit in-8, 135 p. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1886. 

Raymond. V. André et Raymond. Cours de langue fran- 
çaise, etc. 

Rscoing. Syllabaire dactylologique ou tableau d'une 
langue manuelle à l'usage des sourds-muets. Petit 
in-4, 132 p, 16 planches. Paris, Institution royale et 
Verret, 1823. 

Revue bibliographique internationale de l'éducation des 
sourds-muets et des sciences qui s'y rattachent publiée 
sous la direction de Ad. Bélanger. Première année. 
In-8, 104 p. Paris, P Ritti, 1885-1886. 

Les années suivantes de cette publication ont paru sous le 
nom de Revue Française de l'Education des sourds-muets. 
Revue Française de l'Education des Sourds-Muets. 
Bibliographie internationale de cet enseignement et 
des sciences qui s'y rattachent .Publiée sous la direc- 
tion de Ad. Bélangrer;2 mc année 1886-1887, In-8, 288 pô 
3 me année 1887-1888, ln-8, 2S8 p.; 4 nie année, 1888- 
1889, 300 p. 

Ce recueil est en cours de publication. La première année a 
parn sous le nom de Revue Bibliographique. 

Revue Internationale de l'enseignement des sourds- 
muets. 1" année, 1885-86, 321 p., 2 e année, 388 p.; 3 e 
année, 381 p.; 4 e année, 384 p. In-8, Paris, G. Carré. 

Rey -Lacroix . Sur les sourds-muets. (La Feuille Villa- 
geoise, 2 e année, n° 2, p. 43 à 48). In-8, Paris. Desenne, 
791. 

Rey-LaTOix. La sourde-muette de la Clapière ou le- 
çons données à ma fille. Essai élémentaire applicable 
aux enfants non sourds-muets. In-8, 134 p. Béziers: 
J.-J.Fuzier; Paris, veuve Panckouke, an ix. 

Richardin. Réflexions et citations sur l'état moral des 
sourds-muets sans instruction, sur celui des sourds- 
muets qu'on instruit et sur les méthodes en usage a 



— 68 — 

Paris et â Nancy, suivies d'un exposé succinct de la 
dactylologie ou moyen d'apprendre à converser à 
l'aide de l'alphabet manuel, d'une petite histoire de 
l'abbé de l'Épée et d'une notice sur l'enfance du sourd- 
muet Massieu. ln-8, 56 p., et 4 planches. Paris, 
Hachette; Nancy, Vidard et Jullien, 1834. 

Richardin. Sentences de morale et de religion. In-16, h 
et 314 p. Paris, Hachette, 1837-38. 

Richardin. Dactylologie ou art de converser avec les 
sourds-muets instruits au moyendel'alphabetmanuel, 
suivi d'un coup d'œil général sur l'instruction des 
sourds-muets, avec deux planches. In-16, 27 p. Nancy 
institut des sourds-muets, 1845. 

Riche. Essai sur la vie et sur les ouvrages de M. l'abbé 
de l'Épée. Extr. Rapports généraux de la Société 
philomatique de Paris. Tome 1" p. 39-70. ln-8, Paris, 
Bal lard, 792. 

Rieffel (L'abbé). De l'éducation des sourds-muets. Dis- 
cours. ln-8, 24 p. Chambéry, A Pouchet et Ç ie , 1867. 

Rieffel (L'abbé). Pensez-y bien ! Aux jeunes sourds- 
muets, souvenir d'un ami. In-8, 46 p. Chambéry, 
Puthod, 1871. 

Rieffel (L'abbé). Méthodes d'enseignement française et 
allemande. Discours- ln-8, 14 p. F. Puthod et C ie 
1874. 

Rieffel (L'abbé). Discours sur la nécessité des publica- 
tions à l'usage des sourds-muets. In-8, 12 p. Cham- 
béry, Châtelain, 1875. 

Rieffel (L'abbé). Petit catéchisme à l'usage des sourds- 
muets. 2 e éd. In-8, 42 p. Chambéry, Puthod. 1875. 3 e 
éd. In-12, 24 p. Namur, Doux fils, 1882. 

Rieffel (L'abbé). L'eucharistie. 2 e éd. In-16, 47 p. Aix- 
les-Bains, Gérente, 1877. 

Rieffel (L'abbé). Catéchisme à l'usage des sourds-muets. 
2 e éd. In-12, 60 p. Questionnaire. In-12, 16 p. Gre- 
noble, Baralier et Dardelet, 1879. 



— 69 - 

Rieffel (L'abbè). Sur l'excellence de l'œuvre de l'édu- 
cation. Discours prononcé à Saint Laurent-du Pont en 
1879. ln-8, 8 p. Grenoble, Earatier et Dardelet. 

Rieffel (L'a'bbë). La confession à l'usage des sourds- 
muets. ln-12, 12 p. Namur, Doux fils, 1880. 

Rieffel (l'afcfcé). La mes^e, à l'usage des sourds-muets. 
ln-12, 15 p. Namur, Doux fils, 1882. 

Rivière (P.). Manuel de jardinage et d'agriculture à l'u- 
sage des institutions de sourds-muets et des écoles 
primaires, précédé d'une préface par M. Dupont. In-8 
xv et 214 p, Paris, G. Carré, 1888. 

Robillard (J. 1..) Leltre à M. de Saussure louchant les 
moyens à employer pour faire parler les sourds et 
muets. In-8, Genève, 1779. 

Rodenbach (A.), Coup d'œil d'un aveugle sur les sourds- 
muets. ln-8, 220 p. 6 tableaux, une planche. Bruxelles, 
Louis Hauman, et C ie , 1829. 

Rodenbach (A.). Les aveugles et les sourds-muets. His- 
toire. — Instruction. — Education. — Biographie. 
Ouvrage orné d'un alphabet manuel des sourds-muets 
et de deux fac-similé de l'écriture de Massieu et de 
l'auteur, ln-8, 2S6 p. Bruxelles, J. A. Slingeneyer, 
aîné, 1883. 

Rodenbach (A.). Les aveugles et les sourds-muets, etc. 
2 e édition, ornée du portrait de l*auteur. ln-12, 288p. 
Tournai, J. Casterman et fils, 1885. 

Rodez (Institution de). Distribution des prix, 1862. 

Romule (Frère). Notice sur l'institution de S'-Claude- 
lez-Besançon. ln-8, 4 p. 

Rousseau (H.). Rapport sur le Congrès de Bruxelles. 
(V. Congrès.) 

Rousset (L'abbè). Abrégé de la doctrine chrétienne à 
l'usage des sourds-muets de Bordeaux. In-16, 49 p. 
Bordeaux, Lafargue, 1801. 

Saintard(D r ). Nouvelle méthode de langage par signes à 
l'usage des sourds-muets et de toute autre personne. 
In-12, 24 p. et 94 tableaux. Auteur, Herbeuville, 1863. 



— 70 — 

Saint-Brieuc {Institution de). V. L'abbé Gantier. Rap- 
port etc. 
Saint-Etienne, {institution de). V. Ch. de Beaamasset. 
Notice, etc. 

Discours prononcé par le frère directeur à l'occa- 
sion de la distribution des prix. In-8, 7 p. Saint- 
Etienne, Théolier et Cie, 1881. 
Saint-Gabriel. {Congrégation des frères de) V. F. Ber- 
nard—F. D. D. — frère M. . B . 

Méthode de Toulouse pour l'instruction des sourds- 
muets. Editée et adoptée par les congrégations des 
frères de St-Gabriel et des filles de la Sagesse. 

Premiers éléments de la langue. l re année, livre du 
professeur. In-8, iv et 436 p. 

Enseignement pratique de la langue. Tome 1 er , 2 me 
année, livre du professeur. In-8, 300 p. 

Enseignement pratique delà langue. Tome n me , 2 me 
année, livre du professeur. In-8, 352 p. 

Petites scènes de la vie écolière, 2 rae année, livre 
du professeur. In-S, xv et 287 p. 

Petit catéchisme, 1" année. In-8, iv et 84 p. 

Catéchisme. Texte continu, 2 ms année. Livre du 
professeur. In-8, 1 et 91 p. 

Catéchisme avec synonimies, 2 me année. Livre du 
professeur. In-8, xv et 388 p. 

Questionnaire correspondant : 1° au catéchisme 
(texte continu) à l'usage des sourds-muets ; 2° au 
catéchisme avec synoninimies. 2'" e année. Livre du 
professeur. In-8, 1 et 108 p. 

Leçons sur la géographie. Première année. In-8 
vin et 98 p . 

Abrégé de l'Histoire Sainte, In-8, xi et 231 p. 

Tableaux catéchistiques. Exercices phraséologiques 
sur quelques passages pu catéchisme. 2 ,n0 année. In-8 
vin et 287 p. 

Leçons sur l'histoire naturelle des animaux. 1" an- 
née. In-8, m et 139 p. 



— 71 — 

Poitiers. H. Oudin, 1864, 1865, 1866. 

Méthode d'enseignement pratique à l'usage des 
institutions de sourds-muets. Tome i, partie du maî- 
tre, x et 145 p. Tome n. Partie de l'élève, 192 p. 
Lille, institution des sourds-muets, 1853. 

Saint- Hippnlyte-du-Fort {Institution de). Rapports an- 
nuel*, 

Saint-Médard tes Soissons. (Institution de). Rapports 
annuels. V. l'abbé Poquet. Annales de l'institution de 
St-Médard. 

Saint-Sernin. Exercice public sur l'instruction des 
sourds et muets, dédié à MM. les Maire et officiers 
municipaux de la ville de Bordeaux. In— 4, 15 p. Bor- 
deaux, A. Levienx, 190. 

Saint-Sernin. Second exercice public que soutiendront 
les sourds-muets de naissance de l'école de Bordeaux, 
le 29 décembre 1791. ln-4, 14 p. Bordeaux, A. Levieux. 

Saint-Sernin et P. Vive. Les Instituteurs de l'Ecole 
nationale des sourds-muets de Bordeaux au Comité 
des secours publics de la Convention nationale (24 
nivôse, an n). ln-4, 48 p. Bordeaux, A. Lexieux. 

F.J.-J. Valade-Gabel. Notice sur la vie et les 
travaux de Jean Saint-Sernin. 

Sauveur (D r D.) Statistique des sourds-muets et des 
aveugles de la Belgique, du duché de Limbourg et du 
grand duché de Luxembourg, d'après un recensement, 
opère en 1<S:'5. (Extrait «lu Tome 111 du Bulletin de la 
Commission], ;<>ntrale de statistique), ln-4, 70 p. Bru- 
xelles, Haye?., 1817. 

Schmalz (Ed.) Instruction précise et claire pour 
reconnaître dès les premières années de la vie qu'un 
enfant est sourd-muet et pour prévenir, autant que 
possible, le surdi-mustisme, ainsi que pour élever 
convenablement ces enfants dans la maison paternelle. 
ln-12, 48 p. Paris, A. Franck; Dresde et Leipsick, 
Arnold, 1847. 



— 72 — 

Schmalz ( Ed. ). Traité sur l'art de saisir par la vue les 
mots parlés, comme moyen de suppléer autant que 
possible, à l'ouïe des personnes sourdes ou dures 
d'oreille. A l'usage des parents, des médecins, des 
instituteurs et des personnes dont l'ouïe est défec- 
tueuse. ln-8, 70 p. Leipsick, Hinrichs; Paris, Broc- 
khaus & Avenarius, 1844. 

Séguin (Ed.). Traitement moral, hygiène et éducation 
des idiots et des autres enfants arriérés, p. 325 à 331. 
ln-12, Paris, J.-B Bailliére, 1846. 

Séguin (Ed.). Jacob-Rodrigues Péreire. Notice sur sa vie 
et ses travaux et analyse raisonnée de sa méthode. 
Précédée de l'éloge de cette méthode, par Buffon. 
ln-12, Paris, J,-B. Bailliére, 1847. 

Selligsberger (Bernard). Quelques mots sur les sourds- 
muets. lrt-8, 56 p. Strasbourg, Schmidt etGrucher, 18 42. 

Sicard (L'abbé.) Exercices que soutiendront les sourds 
et muets de naissance, le 12 et 15 septembre 1789, 
dans la salle du Musée de Bordeaux, dirigés par M. 
l'abbé Sicard, Instituteur royal, sous les auspices de 
M. Champion de Cicé, etc. In-4, 18 p. Bordeaux, 
Racle. 1789. 

Sicard (L'abbé;. Mémoire sur l'art d'instruire les soui'ds 
et muets, de naissance, extrait du Recueil du Musée. 
ln-8, 38 p. Bordeaux, Michel Racle, 1789. suivi de : 
Conditions de la pension des sourds et muets de 
l'Ecole de Bordeaux. In-8, 4 p. 

(A suivre). 



— 73 — 



LE CENTENAIRE DE L'ABBÉ DE L'EPÊE 



Nous avons reçu de l'Association amicale des sourds- 
muets de France, la nouvelle circulaire suivante (l) 

Congrès International des Sourds-Muets 

Paris, le 6 Mai 1889. 
MONSIEUR, 



Le Comité chargé de l'organisation du Congrès qui se 
tiendra à Paris du 10 au 18 juillet prochain a l'honneur 
de vous faire part des renseignements suivants qui lui 
ont été demandés par un grand nombre de personnes 
désireuses d'y participer. 

1° Le Congrès siégera dans l'une des salles delà Mairie 
du' VI e arrondissement, place St-Sulpice. 

2 e II constituera son Bureau le 10 juillet, à 8 heures 
du soir et les séances auront lieu à la même heure les 
11, 12, 13 et 16 juillet.' 

3° Ce Congrès a uniquement pour but de constater les 
progrès accomplis depuis un siècle dans la situation 
morale, matérielle et sociale des sourds-muets adultes ; 
il n'aura donc nullement à s'occuper des méthodes d'en- 
seignement qui, d'ailleurs, ne sont pas de sa compétence. 

J. Voir Revue Française, 4 e année, No. 12. 



4" Les membres du Congrès qui ont leur domicile 
habituel en France verseront une cotisation de cinq francs 
pour couvrir les frais; ceux qui viendront des pays 
étrangers seront dispensés de cette cotisation. 

5" Pour qu'il n'y ait pas d'erreur, le comité du Con- 
grès prévient les personnes arrivant des départements 
de la France ou de l'étranger qu'il ne se charge aucune- 
ment des Irais de leur séjour à Paris. 

6° Une carte de légitimation sera remise à chacun des 
membres effectifs ou honoraires. 

7° Un avis ultérienr fera connaître: 1° le jour et 
l'heure où seront posées des plaques commémoratives 
sur la maison qui fut l'école de l'abbé de l'Epée et où il 
mourut en 1789; 2° le lieu du banquet international par 
souscription individuelle; 3* celui où les sourds-muets 
français offriront une soirée d'adieu à leurs frères de 
l'étranger et aux dames qui auront pris part au Congrès. 

8° L'entrée en France est libre; les passeports ne sont 
pas nécessaires; néanmoins chacun fera bien d'avoir 
une pièce constatant son identité. 

9" Les personnes qui entreront en France par l'Alsace 
Lorraine (Pagny-sur-Moselle et Avricourt), devront 
avoir un passeport pour retourner chez elles par ce 
pays. 

10° On peut toujours se faire inscrire comme membre, 
même pendant la tenue du Congrès, sous les réserves 
indiquées a l'article 4 ci-dessus. 
Veuillez agréer, Monsieur, les salutations amicales du 



Comité d'organisation. 



Le Secrétaire, 
e. dusuzeau 



Quelques renseignements sur les tarifs des voitures, 
les restaurants, les hôtels, etc., sont joints à cette 
circulaire. 



— 75 — 



INFORMATIONS ET AVIS DIVERS 



Exposition Universelle. C'est sur l'Esplanade des 
Invalides, pavillon de l'Hygiène et de l'Assistance, que 
nos confrères trouveront les travaux exposés par les 
Institutions nationales de Paris, de Bordeaux et de Cham- 
bèry. Dans un prochain numéro, nous nous proposons 
d'attirer plus particulièrement l'attention de nos lec- 
teurs sur ces trois expositions fort intéressantes et qui 
font honneur à nos institutions nationales , 



Société centrale d'éducation et d'assistance pour les 
sourds-muets en France. — Tous les deux ans cette so- 
ciété organise une loterie de 5.00Q billets à 1 fr. Chaque 
série de 10 billets donne droit à 1 lot et participe en outre 
au tirage des 3 gros lots représentés par des vases de la 
manufactures de Sèvres et des objets de prix. Nous re- 
commandons instamment à nos lecteurs cette loterie qui 
est une des principales ressources de l'œuvre. On sait les 
services que cette société rend : aux jeunes sourds-muets 
l'éducation aux malheureux, l'assistance de toute nature. 
Nos lecteurs peuvent se procurer des billets en s'adres- 
sant soit à M. le D r Ladreit de Lacharrière, secrétaire 
générale de l'œuvre, 1, rue Bonaparte, Paris; soit à 



— 76 - 

M. Ad. Bélanger, membre du Conseil, 16, rue des Fossés- 
St-Jacques, Paris. Le tirage de la loterie aura lieu le 
28 juillet 1889. 



Une fête de Sourds-Muets. — « La Société de secours 
mutuels des sourds-muets de Liège réunissait il y a 
quelques jours, en un banquet fraternel, de nombreux 
sourds-muets de Belgique, à l'occasion du 25 e anni- 
versaire de sa fondation. 

« M. Gathy, sécrétai re et fondateur de la Société, 
qui avait reçu la décoration de 1" classe des 
mutuellistes, a été félicité par les présidents des cercles 
'de Belgique, auxquels s'était joint M. Grégoire, 
professeur à Berchem-Sainte-Agathe. 

« Au dessert, plusieurs discours ont été mimés. 
Fête tranquille et charmante. 

« Cette société de secours mutuels rend de très 
grands services aux sourds-muets de Liège ; il serait 
à désirer qu'on songeât à Bruxelles à en créer une 
semblable. » 

La Chronique de Bruxelles. 



Tous nos abonnés ont du recevoir avec le dernier 
numéro, un exemplaire du tirage à part de la Biblio- 
graphie générale. Dans le cas ou le volume ne leur 
serait pas parvenu, nous les prions de nous adresser 
au plutôt une réclamation. 



L'Imprimeur- Gérant , Eug. BELANGER rue Saint-Jacques 2?s, Paris 



REVUE FRANÇAISE 
de l'Éducation des Sourds-Muets 

5"" année. N» 4 Juillet 1889 



L'Abbé Jules Tarra 



Une maladie presque foudroyante vient d'emporter 
dans la matinée du 10 Juin dernier, M. l'abbé Jules 
Tarra, directeur de l'institution des sourds-muets 
pauvres de la province de Milan. Cette mort pré- 
maturée — M. Tarra n'était âgé que de 57 ans — ne 
frappe pas seulement d'un coup cruel l'établissement 
auquel il avait donné un renom si bien mérité : Elle 
a mis en deuil la ville de Milan toute entière et la 
nouvelle en sera accueillie avec une tristesse pro- 
fonde par tous ceux qui s'intéressent à l'éducation 
des sourds-muets. 

Beaucoup de français ont connu l'abbé Tarra, pendant 
et après le Congrès deMilanetil ne manquerait pas 
de voix autorisées pour rendre à la mémoire de cet 
homme éminent l'hommage qui lui est dû. Peut- 
être ce devoir pieux s'impose-t-il plus particulière- 
ment à celui qui écrit ces lignes et qui, le premier 
d'entre nous, je crois, a eu avant le congrès de 
Milan l'heureuse fortune de voir à l'œuvre l'abbè 
Tarra, d'entrer avec lui en relations suivies et de re- 
cevoir de lui les témoignages d'une amitié qui ne 
s'est point démentie. 

Déjà à cette époque et depuis plusieurs mois, l'admi- 
nistration française, forte de convictions qu'avaient 
formées de sérieuses études, avait inauguré à l'Insti- 



— 78 - 

tution nationale de Bordeaux, pour toutes les élève* 
entrées à partir du l" Octobre 1879, le régime absolu 
de la méthode orale pure. Quel prix ne devait-elle pas 
attacher à s'éclairer au début par l'expérience de 
prédécesseurs, habiles, plus avancés de quelques années 
dans la carrière nouvelle, ayant présidé eux-mêmes 
aux transformations succesives dés méthodes et qui, par 
suite étaient plus que tous autres en mesure de 
résoudre les doutes ou les difficultés, de faire des résultats 
obtenus par eux le gage de ce que nous pouvions atten- 
dre de l'avenir ? Ils étaient là tome une pléiade de 
savants distingués dont l'Italie citait les noms avec une 
fierté légitime et qui nous offrirent libéralement le 
concours de leurs lumières : Le P. Pendola ,un grand 
esprit et un grand' cœur, dont, la verte vieillesse 
semblait défier les atteintes de l'âge et dont l'Institut 
Royal de Sienne porte aujourd'hui le nom vénéré, Jules 
Tarra, le P. Henri Marchio l'ardent pionnier du progrès, 
lieutenant déroué du P. Pendola, d'autres encore, 
tous disparus à l'heure présente, morts sur la brèche, 
comme aussi est mort inopinément, vers la fin de l'année 
dernière, le Commandeur Auguste Zucchi, président du 
comité d'organisation du congrès de Milan et dont la 
haute et vive intelligence avait été si remarquée. Ce n'est 
pas ici le lieu de rechercher minutieusement quelle est 
la part d'initiative qui revient à M. l'abbé Tarra dans 
l'adaptation de la méthode orale à l'enseignement des 
écoles d'Italie et surtout d?ns l'étude, la réalisation 
des conditions qui ont véritablement amené le triomphe 
de la méthode orale pure. Cette part est dans tous les, 
cas considérable, mais l'on peut bien proclamer que nul 
ne posséda à un plus haut degré que Tarra cet art 
merveilleux d'exposition, la limpidité de la pensée 
unie à l'ampleur des vues, la parole alerte autant que 
courtoise dans la discussion et ce charme dont le pré- 
sident du Congrès de Milan partageait le privilège 
avec notre compatriote l'abbé Guérin, assis alors à ses 
côtés comme secrétaire de la section française et qui 



-79 — 

hélas ! l'a devancé dans la tombe. Et tout cela, ce n'était 
pas seulement lalent de tribune, lalent de penseur et 
d'écrivain. Dans la pratique de l'enseignement, pour 
laquelle plus d'un professeur de France reçut de lui de 
précieux conseils, Tarra montrait aussi a tous égards, 
une éclatante supériorité. Ce n'est pas un médiocre hon- 
neur pour notre grand instituteur feu Valade-Gabel 
que d'avoir été pris comme modèle par un tel disciple 
dans ses procédés d'enseignement intuitif des formes 
delà langue maternelle. A la vérité, M. l'abbé Tarra 
n'apoint donné dans un manuel signé de lui le résumé de 
ses leçons faites aux élèves sourds-muets, mais on 
peut tenir pour assuré que sa méthode se trouve fidèle- 
ment reflétée dans le Cours de langue publié, il y a quel- 
que s années, par le jeune doyen des professeurs de son 
institution, son élève de choix, M. Charles Perini. 

M. l'abbé Tarra, dans ses écrits destinés à la jeunesse, 
né s'était point renfermé dans les bornesd'une spécialité 
trop étroite. Une série de petit livres composés en vue 
de lectures à offrir aux élèves des écoles primaires 
a eu un grand succès et se recommande par les mêmes 
qualités maîtresses que l'auteur apportait dans tous ses 
travaux: l'ordre méthodique dans le plan général et dans 
la disposition des pensées, la simplicité élégante de la 
forme. Mais la cause des sourds-muets à laquelle, tout 
jeune encore, il avait voué sa vie. n'avait point cessé 
de tenir le premier rang dans ses préoccupations. Vers 
la fin de sa carrière, il avait été appelé à développer 
a ce sujet, devant S. S. Léon XI 11, durant une longue 
audience privée, les idées de principe qu'il a su soutenir 
et faire prévaloir si heureusement. Et l'impression avait 
été si vive dans l'esprit de l'auguste auditeur, que le 
Souverain Pontife étonnait, quelques jours après, par la 
précision de ses souvenirs un pèlerin venu de l'Amérique 
du Nord et très au courant lui même par profession 
de toutes les études concernant la manière d'instruire 
les sourds-muets. 

M. Charles Perini nous promet, pour un avenir que 



— 80 — 

nous devons espérer prochain, une étude biographique 
détaillée, dont mieux que personne, il se trouve en état 
de recueillir les éléments. Le récit d'une vie si bien 
remplie sera encore pour nous un enseignement. Jules 
Tarra fut savant, il fut célèbre. Ge n'est rien quand 
vient l'heure de la mort. Des honneurs funèbres lui ont 
été rendus par les citoyens de sa ville natale, tels qu'on 
ne se souvient pas d'avoir vu à Milan d'obsèques aussi 
imposantes depuis celles de l'illustre écrivain Manzoni. 
Ce n'est' guère qu'un bruit qui passe. Mais, en même temps 
que le maître regretté nous laisse des traditions et des 
exemples dignes d'admiration, il emporte avec lui les 
mérites d'une existence passionnément consacrée à 
une œuvre grande et sainte. Cela, c'est tout. 

O. Claveau. 

Inspecteur Général Honoraire 
des Etablissements de Bienfaisance 



BIBLIOGRAPHIE GENERALE 

de 

Tous les ouvrages parus en France ou en Langue française 

SUR L'BNSIHCnraMBWT DB3 

SOURDS-MU ETS 

Suite 



Sîcard (L'abbê> Second mémoire sur l'art d'instruire les 
sourds et muets de naissance. In-8, 25 p« Paris, 
Knapen. 

Sieard(Xj'abbô). Catéchisme ou instruction chrétienne à 
l'usage des sourds-muets. Imprimé par les sourds- 
muets. ln-8, vin, 45 p. Paris, Institution nationale 
des sourds-muets», près l'Arsenal, 1792. 



— 81 — 

Sicard (L'abbè). Éléments de grammaire générale appli- 
qués à la langue française, ln-8, Tome n, p. 461 (sourds* 
muets). Paris, Bourlotton, an vu. 

Sicard (L'abbè). Cours d'instruction d'un sourd-muet de 
naissance, pour servira l'éducation des sourds-muets 
et qui peut être utile à celle de ceux qui entendent et 
qui parlent. Avec figures et tableaux, ln-8, x, lx, et 
581 p, Paris, Le Glére, an vin. 

Sicard (L'abbè). Cours d'instruction, etc. Seconde édition 
ln-8, lvï et 488 p. Paris, Le Clère et Londres, Ch. 
Prosper et Cie. an XI. 

Sicard (L'abbè).Artde la parole. Voir séances des écoles 
normales recueillies par des sténographes et revues 
par les professeurs. Nouvelle édition, ln-8, Paris, 
Imprimerie du Cercle Social. 1800 et 1801. 

Sicard (L'abbè). Fragmens d > exhortations prononcées 
le 8 Mai 1801, dans l'Eglise Saint-Roch, aux différen- 
tes stations de la Croix. In-8, 16 p. 

Sicard (L'abbè). Journée chrétienne du sourd-muet 
In- 16, iv. 464 p. Paris, Imprimerie des sourds-muets 
sous la direction d'Adrien le Clère, 1805. 

Sicard (L'abbè). Théorie des signes ou introduction à 
l'étude des langues, où le sens des mots, au Heu d'être 
défini, est mis en action. Ouvrage' élémentaire, abso- 
lument neuf, indispensable pour l'enseignement des 
sourds-muets, également utile aux élèves de toutes 
les classes et aux Instituteurs; jugé digne d'un grand 
prix décennal de première classe, destiné au meilleur 
ouvrage de morale et d'éducation, ln-8, tome I, lx, 
586 p. ; tome n, 656 p. Paris. Dentu et Delalain, 1808 

Sicard (L'abbè), Signes des mots considérés sous le rap 
port de la syntaxe à l'usage des sourds-muets. In-&> 
64 p. Paris, Imprimerie des sourds-muets, sous 1* 
direction d'Ange CI©, 1808. 



— 82 — 
Sicard (L'abbè). L'art d'enseigner à parler aux sourds et 
muets de naissance, par M. l'abbé de l'Épée, augmenté 
de notes explicatives et d'un avant-propos, précédé 
de l'éloge historique de M. l'abbé de l'Épée, par 
Bébian. ln-8, x, 2 et 115 p. Paris, J. G. Dentu, 1820. 

Consulter : F. Berthier- L'abbé Sicard, etc. — Bizot de Préa- 
meneu. Funérailles de l'abbé Sicard. — B >uilly. Rentrée du O 
Sicard, etc. Institut de Bordeaux. 

Sincérité (La). Journal mensuel et indépendant des 
sourds-muets. (L. Rémond' . 1" année, N os 1 et 2 
Avril et Mai, 1887. ln-8, 8 p. 

Situation du sourd-muet avant et après son éducation 
et son instruction par la méthode orale pure. Décem- 
bre 1887. In-8, 6 p. 

Sluys (A.). Rapport de la commission administrative de 
Berchem-Sainte- Agathe, ln-8, 40 p. Bruxelles. Guvot, 
1885, 

Smith. (S. A.). Réflexions sur les moyens d'enseigner 
aux sourds-muets l'art d'émettre des sons phonéti- 
ques. In-815 p. Londres, Hippolyte Baillière, 1869. 

Snyckers (M.). L'enseignement des travaux manuels 
dans les institutions de sourds-muets. In-8, 10 p, 
Paris, G. Carré, 1885. 

Snyckers (M.). Des sourds-muets et des aveugles. Confé- 
rence donnée le 22 Novembre 1885. In-8, 20 p. Ver- 
viers, Massin, 1886. 

Snyckers (M.). Le sourd-parlant, cours méthodique et 
intuitif de langue française â l'usage des établissements 
de sourds-muets, ln-8, 112 p. Paris, G. Carré, 1886. 

Snyckers (M.). Le sourd-muet, etc. 2 e année d'études. 
Livre du maître, ln-8, 180 p. Paris, G. Carré. 1886. 

Snyckers (M.). Premiers éléments de calcul intuitif oral, 
mental et chiffré. Nombres de un à cent. A l'usage des 
deux premières années d'études des écoles de sourds- 
muets. Guide du maître, ln-8,48 p. Paris, G. Carré, 1888. 



— 83 — 

Snyckers (M.). Premières leçons de choses, de lecture 
d'écriture et d'orthographe. Illustré de 80 gravures, 
coloriées, ln-8, 90 p. Liège, Bénard, Paris, G. Carré, 
1888. 

Snyckers (M ). Petit cours méthodique et intuitif de 
langue française. A l'usage des écoles de sourds- 
muets et des élèves du degré inférieur des écoles 
primaires. Livre de lecture A mis en rapport avec le 
guide du maître : le sourd-parlant 2 e année d'études; 
petit in-8, 68 p. Livre de lecture B, 3= année d'études; 
petit in-8, 50 p. Livre de lecture C, 4 e année d'études; 
petit in-8, 72 p. Liège, A. Bénard, Paris, GL Carré, 1888. 
V. D. Hirsch. L'éducation des sourds-muets, etc. 

Société centrale d'éducation et d'assistance pour les 
sourds-muets en France. (Fondée en 1850.) 

V. Bulletin de la Société centrale. — Allibert. 
résumé des travaux de la Société. 

Compte rendu de la situation de l'œuvre pour 
l'année 1886. In-8, 8 p. 

Société d'appui fraternel des sourds-muets de France. 
Fondée en 1883. Statuts. Comptes rendus financiers. 

Société d'assistance et de patronage pour les sourds- 
muets du département du Rhône et des départements 
voisins. 

Statuts et comptes-rendus annuels depuis l'année 
1883-84jusqu'à 1887-1888. 

Société nationale pour l'étude des questions intéressant 
les sourds-muets. Statuts 1884. 

Société pour l'instruction et la protection des sourds- 
muets par renseignement simultané des sourds-muets 
et des entendants parlants. Fondée en 1866, par Aug> 
Grosselin. 
Comptes rendus annuels des travaux de la Société. 

Société universelle des sourds-muets. Fondée en 1838. et 
réorganisée en 1867. 

F> Association amicale des sourds-muets. 



— 84 — 

Banquets des sourd s-muetsréunis pour fêter les anni- 
Tersaires de la naissance de l'abbé de l'Épée; relation 
publiée par la société centrale des sourds-muets de 
Paris. Tome 1, In-8. 287 p. Paris, Jacques Lédoyen, 
1882. 

Banquets des sourds-muets, etc. Tome second de 
1849 à 1863. In-8, 205 p. Paris, L, Hachette et C ie . 

Résumé des travaux de la Société et Compte rendu 
annuel des banquets. 

Solar. (Procès). Mémoire à consulter pour le sieur 
Bonvalet, avocat au Parlement, tuteur du jeune 
comte de Solar, sourd et muet, trouvé sur le chemin 
de Péronne le 1 er août 1773. In-4, vin p. 

Lettre de M. l'abbé de l'Épée à M. Élie de Beaumont. 
suivie de la consultation sur le mémoire à consulter 
et la lettre de M. l'abbé de l'Épée. In-8, 97 p, Paris, 
Benoît Morin, 1779. 

Mémoire à consulter., etc., seconde édition augmentée, 
In-4, 106 p. Paris. Benoît Morin, 1779. 

Additions et corrections à la première édition du mé- 
moire pour le jeune Solar, 2 p. 

Plaidoyers de M, Tronson du Coudray. In-4, 87 p. 
Paris, Jorry, 1779. 

Consultation pour le sieur Cazeaux. In-4, 4 p, Knapen, 
1779. 

Lettres-Patentes du roi à l'effet de la continuation de la 
procédure (4 juillet 1779). In-4, 4 p. Toulouse, Pijon. 

Causes Célèbres. Tome lv, 146* cause. Enfant sourd et 
muet abandonné, et ensuite présenté pour le véritable 
. fils du comte de Solar, que l'on soutient, d'un autre 
côté, être décédé. In-12, 240 p. P. G. Simon, 1779. 

(A suivre) 



-85 — 



Henri KELLER 

IDÉES D'UN INSTITUTEUR SUISSE 

Contemporain de l'Abbè de l'Épè e 
Sur l'enseignement des Sourds-Muets 

( Suite ) 

Relier, passant à l'étude des actes volontaires, énumère 
Successivement les appétits des sens, l'instinct, de 
curiosité très développé chez le sourd-muet, l'instinct 
d'imitation. 

Los sourds-muets ont rn ceci un avantage marqué sur les 
entendants. Il semble que la nature ait compensé en eux la 
privation de l'ouïe par une plus grande facilité, une plus 
grande exactitude à imiter les actions des autres.... N'est-il 
pas étonnant que des enfants qui n'ont pas encore atteint l'âge 
de 13 ans arrivent à imiter aussi souvent qu'on Le voudra, 
après les avoir vu exécuter une seule fois, les opérations géo- 
métriques les plus difficiles comme la transformation d'un 
polygone en un triangle de surface équivalente et ne manquent 
pas une seule ligne? Nest-il pas surprenant que des enfants qui 
n'ont jamais entendu la voix humaine et qui, par conséquent 
nepeuvent avoir aucune idèedes sons réussissent à émettre ces 
sons presque aussi nettement que les intendants? phénomène 
dont toute personne qui aurait à s'occuper de ces matières peut 
rconnaître par elle-même la réalité. 

Le dernier exemple de tour de force demandé à 
l'esprit d'imitation du sourd-muet est assurément le 
meilleur qu'on pût choisir. Quant à ces opération ? 
géométriques prétendues si difficiles, il faudrait avoir 
l'âme bien candide pour se laisser trop éblouir par une 
série de constructions à faire toutes de routine sur un 
même type très simple, ayant pour objet de transformer 
un polygone convexe quelconque en un autre polygone 
convexe de même surface, ayant un côté de moins. C'est 
un pur jeu de patience et d'attention. 



— 80 — 

Pour mettre le lecteur à même d'en juger, je demande 
la permission de révéler ici le facile secret de cette 
petite récréation mathématique, qui a du reste des ap- 
plications pratiques bien connues des géomètres. 

La méthode graphique à employer est tellement simple 
en principe qu'on peut la décrire sans avoir besoin 
d'une figure 

Considérons un polygone convexe, un hexagone par 
exemple, régulier ou irrégulier et dont nous désignerons 
les sommets successifs par A, B, C, D, E, F . 

Tirez la diagonale A C. 

Prolongez le côté G D jusqu'à la rencontre d'une paral- 
lèle à A G mener par le sommet B. 

Joignez le point d'intersection de ces deux lignes, que 
nous appelons H au sommet A. 

Voici le problême type résolu : Le pentagone A H D E F 
est équivalent à l'hexagone donné à raison de l'équiva- 
lence des triangles AB C, A H dont on retranche l'un 
de la figure, primitive pendant qu'on ajoute l'autre 
triangles qui ont même surface puisqu'ils ont même 
base A C et même hauteur, leurs sommets se trouvant 
sur une parallèle à cette base, 

On transformerait de même le pentagone en quadri- 
latère en tirant la diagonale A D et continuant les 
mêmes errements, puis le quadrilatère en triangle. 

En ayant soin d'écrire â chaque transformation la 
série des lettres qui désignent d'une part la diago- 
nale tirée et, d'autre part, les lettres qui désignent 
les sommets des polygones successifs, on évitera faci- 
lement de s'embrouiller dans les lignes déjà tracées. 
Il faut prendre garde seulement dans la pratique à 
choisir des diagonales dont la direction ne détermine 
pas un trop grand èloignement des points d'intersec- 
tion â obtenir. 

l'amour de la vie 

Cet instinct naturel, si profondément empreint dans le cœur 
de l'homme est loin de se manifester chez le sourd-muet avec 



— 87 — 

la même énergie que chez les entendants, au moins si je ne 
suis pas abusé par les expérimentations et les observations que 
'ai faites à ce sujet. Bien qu'ils voient souvent d"s gens mourir 
et même dans les plus douloureuses convulsions, bien qu'ils 
voient mettre le cadavre dans le cercueil, qu'ils rencontrent, des 
enterrements, ils ne montrent pas une horreur particulière d" 
la mort où des cireontanc^s qui l'accompagnent. Cette indiffé- 
rence pour la vie tient vraisemblablement à c» qu% par suite 
du manqne d'ouïe, ils sont incapables d n goùtT un° grand" 
partie des joies humaines et, dés lors, ont d'autant moins 
d'attaches â l'existence. Ajoutez â cela qu'ayant été dés leur 
premier âge instruits avec soin d"s vérités d~ la loi sur l'im- 
mortalité de l'âme et le bonheur. d n la vie fuiure, ils trouvent 
dans les aspirations à la joie du Ciel tout au moins un contre- 
poids à l'amour de la vie terreslre. Le s n ul fait de l'assurance 
qu'on leur a donnée que, dans le Ciel, ils retrouveront l'ouïe .et 
loueronl Dieu avec les anges remplit leur cœur d'un désir 
ardent de parvenir à la vie future, désir "qui s'exprime de la 
façon la plus vive tant par les gestes que par la parole. Un jour" 
que. ce jeune garçon dont j'ai parlé cousidérait le ciel étoil', il' 
nomma par leurs noms tout les commensaux de la maison'et 
dit: nous irons tons trouver Dieu dans le Ciel. 

l'amour de l'honneur 

L'une des inclinations les plus habituelles et les plus nobles 
de la nature esl ledésir deplaires aux hommes. L'amour de la 
louange et de l'honneur e<t un instinct général par ce qu'on le 
trouve aussi bien chez les gens âgés que chez les jeunes gens 
C'est une inclination noble par ce qu'elle nous pousse à faire 
plaisir aux autres par des actions bonnes et honprables. 

Les élèves sourds-muets se distinguent encore en ceci qu'ils 
sont très sensibles à la louange et à l'approbation. Il appar- 
tient au maître habile d'entretenir et de développer ce senti- 
ment, d'en faire un stimulant pour ses élèves, pour exciter en 
eux l'application à l'étude, et leur apprendre, à se maintenir 
dans la patience, vertu qui ne leur est pas moins néoessair s 
qu'au professeur lui-même; mais celui-ci doit en "même tempe 
modérer la propension naturelle d« façon à ce qu'elle n. 
dégénère pas en une sorte d'orgueil et de mépris des autres 
déiaut auquel les sourds-muets sont très enclins, comme tout 
le reste des homme?. 

DE LA COMPASSION 

Tous les hommes sont naturellement porté à compatir à la 
misère des autres, à prendre part à leurs affections, à venir à 



— 88 — 

leur secours dans I n urs nécessités. Quand un incendie éclate 
tout le monde accourt pour èteindrMe feu e: pour venir en 
aide aux viciimes de ce mallieur. L°s larmes d'autrui vous 
arrachent des pleurs. D° mêm^ aussi nous prenons part à la 
joie des autres. Un visage éveillé, une compagnie joyeuse 
ont le pouvoir de nous égayer et de pori-T le contentement 
dans notre cœur. 

Le maître devra s'attacher à fortifier dans le cœur de ses 
élèves ces nobles inclinations avec autant de soin que s'il 
avait à les initier à toutes les finesses de l'érudition ou au 
,' Grand Art'' de Raymond Lulle. 

DES ÉMOTIONS DE L'AME 

Les émotions sont d"s mouvements violents de l'àme qui se 
manifestent matériellement dms notre corps par d n s signes 
visibles. Ces changements visibles que détermine toute espèce 
d'motion sont si mxrquôs qu'on peut les exprimer d'une 
manière très reconnaissable par le dessin ou par la peinture- 
Le maitre peut donc d'abord se borner à les signaler à ses 
élèves quand il veut le.ir donner une description claire des 
mouvements de l'âme qui en sont la cause et il ne sera pas 
inutile d'avoir sous la main quelques dessins bien faits qui 
en retracent l'expression, mais il sera surtout très utile de 
saisir le moment où l'élevé est réellement sous le coup de 
telle ou telle émotion se révélant par des signes naturels, 
qu'on peut lui donner à considérer comme dans un miroir 
sur son propre visage. 

Toutes les émotions que ressent l'àme humaine peuvent 
être divisées en deux classes, les émotions agréables d'une 
part, les émotions désagréables de l'autre. Les premières sont 
celles qui s'accompagnent de plaisir, du contentement produit 
par quelque bi°n. L^s autres sont celles qui dérivent du 
déplaisir causé par quelque mal. 

Emotions agréables.. —, La joie résulte de sensations mul- 
tipliées et vive's de plaisir. Elle s'exprim; par un visage 
ouvert, un air riant, des gestes joyeux et «liez les enfants par 
des sauts et des bonds. Le plaisir que nous ressentons du 
bonheur d'autrui s'appelle l'amour. Le bonheur est un état de 
plaisir permanent. Les actions bonnes et louables sont tou- 
jours accompagnées d'un plaisir intime qui s'appelle conten- 
tement de soi-même. L'approbation et la louange qui nous 
sont donnes par lesautres éveillent l'amour de la réputation. 
Le bon sentiment que nous inspire un bienfait reçu s'appelle 
reconnaissance. La joie que nous cause un bien futur, c'est 
l'espérance L'espérance portée à un haut degré devient la 
ferme confiance. 



— 89 — 

Emotions dèsagrèabl-es . — La tristesse provient du 
mécontentement qu° nous fait ressentir un mal présent. 
Elle s'exprime par des gi'st^s d'abattement, par d°s larmes et 
d°s plaintes. La joi» inspiré» par le malheur d'autrui s'appelle 
la haine et la tristesse inspirée par le bonheur d'autrui 
l'envie. Si nous commettons des actes mauvais et honteux 
nous ressentons en nous mêm°s un mécont^ntemeqt doulou- 
reux qui est le remords et, si ces mauvaises actions par- 
viennent à la connaissance d'autrui, la honte s'ensuit. La 
crainte est le déplaisir que nous cause un événement futur. 
La tristesse qu'engendre un mal survenant à l'improviste est 
l'effroi. La colère est un violent mécontentement d'une injure 
fdite â nous ou aux autres, s'accompagnant de haine contre 
l'offenseur.Le désespoir nait de l'idée d'un mal qui s n présente 
nous comme insupportable et ne paraît pas susceptible d'a- 
doucissement. Le ressentiment est le désir de rendre le mal 
pour le mal. Le malheur est une sensation prolongée de 
déplaisir. 

DE LA VOLONTÉ LIBRE 

La volonté est le pouvoir que possède l'âme de faire choix 
d'un bien réel ou seulement apparent et de rejeter le mal. Ce 
que l'intelligence nous représente comme bon, notre "volonté 
le choisit (Le cœur dit oui). Ce que notre intelligence nous 
représente comme mauvais, nous le rejetons (le cœur dit non). 
Dieu a donné à l'homme une volonté libre, de façon à ce que 
nous puissions obéir sans contrainte à ses commandements, 
aimer le bien, haïr le mal et l'éviter. 

Pour faire saisir clairement à l'élevé les motifs par lesquels 
nous nous déterminons à faire telle chose et non pas une 
autre, il faut l'habituer à se demander à lui-même, si peu im- 
portante que soit l'action qu'il se propose: de faire "Pourquoi 
faire ainsi ? "et à se donner une réponse claire à ce pourquoi- 
De cette façon, il arrivera bientôt à distinguer le mobile de 
son action de cette action elle-même et à s'en faire une idée 
nette. 

En- terminant cet exposé que j'arrête au petit cours 
de religion, couronnement de l'ouvragede Keller, je 
me prends à former un vœu : C'est que quelque 
heureux et intelligent collectionneur de tableaux ou 
d'estampes parvienne à découvrir et mette sous nos 
yeux à quelqu'une des prochaines expositions, à 
l'occasion de quelque congrès, un portrait authentique 



— 90 — 

de notre auteur. Je me représente une bonne, honnête 
et placide figure sur laquelle les.regards aimeraient 
à se fixer avec sympathie et qui tiendrait bien sa 
place dans une galerie de portraits des meilleurs 
instituteurs. Tel semble-t-il s'être peint lui-même 
au moral dans l'opuscule que nous a fait connaître 
M. le Conseiller de Cour, Docteur Renz et dont la 
réédition mérite assurément notre reconnaissance 

O, Claveau 



CAUSERIE PÉDAGOGIQUE 



La Méthode orale pure est-elle applicable à tous 
les sourds-muets? — De l'Instruction des arriérés. 



C'est presque une banalité aujourd'hui, du moins pour 
un professeur dé sourds-muets, de dire qu'un sourd 
peut parler, recevoir l'instruction à l'aide de la parole et 
employer ce moyen de communicalion pour ses rela- 
tions sociales. 

De tous temps, peu d'instituteurs ont nié pour nos 
malheureux élèves la faculté d'acquérir la parole, et de 
nosjours,laméthode orale pure, est acceptée et pratiquée 
par le plus grand nombre. 

Mais une question vient souvent se placer sur les 
lèvres de certains : Tous les sourds-muets pourront-Us 
profiter de l'éducation par la parole. Ke vaudrait-i( 
pas mieux, n'y aurait-il pas avantage, voire même né- 



— 91 — 

cessité, d'instruire un certain nombre de nos élèves 
à l'aide de V écriture ou du langage de signes. C'est cette 
question que nous voudrions examiner aujourd'hui. 

Nous pouvons l'envisager sous deux faces : 

1° Tous les sourds-muets peuvent-ils acquérir l'ar- 
ticulation, la lecture sur les lèvres autrement dit la 
parole 

2° Tous les sourds-muets peuvent-ils être instruits à 
l'aide de cette parole et 'de cette lecture sur les lèvres 
acquises. 

Partant de cet axiome, de cette vérité reconnue au- 
jourd'hui que tout sourd-muet intelligent dont les or- 
ganes phonateurs sont bien conformés acquiert â l'aide 
d'exercices méthodiques les éléments de la parole, nous 
écarterons donc les sourds dont les organes phonateurs 
pourraient avoir des vices de conformation. Nousaurions 
peut-être quelques réserves à faire à ce sujet, il nous 
serait facile de prouver par l'expérience de confrères 
que les résultats ne seraient pas négatifs. Celui qui en- 
tend et dont les organes de la paroles ne sont pas abso- 
lument bien conformés, ne parle-t-il pas ? Que diraient 
les professeurs d'orthophonie ? . 

Le nombre de ces enfants est d'ailleurs si limité que 
pour notre part, nous n!en avons jamais rencontré dans 
notre classe. 

Ce 3erait donc, en nous reportant à la proposition 
que nous énoncions plus haut, l'intelligence seule qui 
faisant plus ou moins défaut empêcherait l'enfant 
d'acquérir l'articulation. 

Evidemment l'intelligence est nécessaire à un enfant 
sourd pour reproduire à l'aide de la vue et du toucher 
Iesdifférents exercices qui doivent l'amener à l'acquisi- 
tion des éléments de la parole; mais, il ne faut pas oublier 
que nous ne mettons en jeu qu'une seule des facultési 
la plus simple, celle d'imitation : Reproduire exactement 
les positions des organes vocaux, en imiter les différents 
mouvements; voilà ce que nous demandons à notre élève» 
C'est beaucoup peut-être, mais l'expérience prouve 



- 92 - 

qu'il faut chez un enfant une intelligence excessive- 
ment faible jointe à une mollesse aussi grande pour qu'il 
n'arrive pas avec plus ou moins de temps, plus ou mt>ins 
de patience et de peine de la pai't du maître, à ac- 
quérir les éléments de la parole. — Nous verrons tout à 
l'heure ce que sera cette parole et quels bénéfices 
il en retirera — Pour notre part n ms n'hésitons pas à 
conclure que : Tout sourd-muet dont les organes sont 
bien conformés peut acquérir la pirole. — Ecartons donc 
de nos écoles les enfant» i<Jiots et nous pourrons doter 
les autres de ce bien précieux qui, à tous rendra des 
services plus ou moins grands. 

Nous arrivons donc maintenant a la 2 e partie de notre 
question: 

Tous les sourds-muets peuvent-ils être instruits à 
l'aide de cette parole et de cette lecture sur les lèvres 
acquises ? 

Nous avons dit que les sourds-muets peuvent acquérir 
la parole, mais non pas que tous l'acquéraient d'une 
façon aussi nette, aussi précise, aussi claire; il est 
certain que bien des causes influeront sur la prononcia- 
tion de l'enfant, l'intelligence évidemment jouera là un 
grand rôle, l'âge de l'élève, la méthode suivie, la plus 
ou moins grande expérience du professeur, etc. 

Nous n'obtiendrons donc malheureusement pas tou- 
jours, malgré tous nos efforts, les résultats que nous 
voudrions. Serait-ce une raison pour ne pas nous en con. 
tenter ? Nous avonsvu d'ailleurs que la parole peut et doit 
toujours s'améliorer. — N'oublions pas le point de dé- 
part, .peut-être serons-nous moins exigeant et plus 
indulgent pour ceux qui n'ont pas seulement la surdité 
de l'oreille mais encore celle de l'intelligence. 

De l'indulgence ! mais n'en avons nous pas avec tous 
ceux qui ont un défaut de prononciation, ? n'en avons 
nous pas avec les étrangers ? Et nos enfants, je parle 
dés petits, ne les comprenons-nous pas, lorsque leu^ 
langage informe encore revêt des formes si bizarres 



— 93 — 

que seuls les parents peuvent-èfre en mesure d'y 
démél'U' quelque chose. 

Enfin le sourd parle, plus ou moins distinctement 
il lit sur les lèvres plus ou moins rapidement; pourra- 
t— il à l'aide d'une parole défectueuse et d'une jlecture 
sur les lèvres rudimentaire acquérir une certaine ins- 
truction ? 

Pour nous, la solution de la question est là. 

Il est admis en effet qu'un sourd dont la parole est suffi- 
sammentclaire, dontlalecturesur les lèvres est sûre ar- 
rive à l'aide de la parole seule à'une instruction suffisante 
qui lui permet de tenir honorablement sa place dans 
la société. 

On veut bien admettre que c'est le plus grand nombre 
mais ceux qu'on décore du nom d'arriérés, que devien- 
nent-ils ? que sera pour eux la méthode orale? 

Ceux là devront être instruits par tous les moyens 
disent les uns (lisez par les signes) ; parla parole et sur- 
tout l'écriture disent d'autres (lisez par récriture seule). 

Pour nous, c'est la méthode orale, la parole seule, qui 
doit être appliquée à tous. 

Les anciennes méthodes avaient, elles aussi, leurs 
arriérés, on les appelle ainsi, malheureux pour lesquels 
l'écriture n'était qu'un langage hiéroglyphique et dont 
les gestes vagues donnaient une idée exacte de leur 
intelligence. 

La méthode orale ne fera certainement pas luire 
chez eux l'étincelle qui devrait illuminer leur intel- 
ligence, mais elle les aura doté d'un nouveau moyon 
de communication, du moyen de communication uni- 
versel, la parole ; ils s'en serviront peu, il est, vrai, 
elle sera peut-être défectueuse. Qu'importe, l'indul- 
gence de leurs parents, de leurs amis sera plus grande 
encore. Les quelques mots qu'il connaîtront, les 
quelques formules bien simples qu'ils auront rétenues, 
leur seront d'une précieuse utilité. Combien de parents 
affligés d'enfants chez lesquels l'intelligence ne s'est 



— 91 — 

ja-nais éveillée seraient heureux d'obtenir ce peu et 
s'en contenteraient volontiers. 

La méthode orale pour tous, la parole pour tous 
nous n'hésitons pas à le dire. 

Voilà notre conclusion. 

Ad, Bélanger, 



LES ÉCOLES DE SOURDS-MUETS EN SUEDE 



Nous avons reçu de notre excellente collaboratrice 
Mademoiselle Seger3tedt des renseignements intéres- 
sants sur l'éducation de? sourds-muets en Suède, 
nous l'en remercions bien sincèrement. 

« La question de l'enseignement des sourds-muets 
nous écrit-elle, qui chez nous eït restée en suspens 
depuis plus de dix ans vient enfin de recevoir une 
solution. Le dix mai dernier, notre parlement a dé- 
cide que cet enseignement serait obligatoire. Il y aura 
7 établissements nationaux d'instructiou, subvention- 
nés par l'Eta f ., dans des parties différentes de notre 
pays. Quand à la méthode on a décidé que les élèves, 
les mieux doués seraient instruits par la méthode orale 
les médiocres par la dactylologie, ce qu'on appelle 
chez nous la méthode écrite et enfin les plus faibles 
par la mimique. » 

Nous ne pouvons que nous féliciter de voir la Suède 



— 95 — 

proclamer et adopter la nécessité de l'enseignement de 
tous les sourds-muets; mais nous regrettons que cette 
excellente mesure soit diminuée par la distinction faite 
dans le choix de la méthode. Nous espérons que la Par- 
lement Suédois mieux éclairé proclamera dans un avenir 
rapproché la supériorité et la nécessité de la méthode 
orale pour tous. 



* 



Le 4 me Congrès des professeurs de sourds-muets du 
nord qui devait se réunir à Hatsingfors (Finlande) en 
1889 n'aura pas lieu. Cette réunion avait été projetée 
par le 3 me Congrès qui se réunissait en 1884 à Chris- 
tiania. 



INFORMATIONS ET AVIS DIVERS 



Distinction honorifique. Notre excellent collaborateur 
et ami M. le D r Rattel,' médecin adjoint de l'institution 
Nationale de Paris, dont nos lecteurs n'ont pas oublié les 
aiticles aussi savants qu'intéressants, vient de recevoir 
de M. le Ministre de l'Instruction publique, les palmes 
d'officier d'Académie. — Nos meilleures félicitations. 



- 96 — 

Fête du Centenaire de 1789 — Nous avons reçu 
de la Ligue piur l'Union Amicale des J lards-Muets la 
circulaire s-iivaut-a : 



Paris le 30 Juin 188'J 



Monsieur et Madam r 



Tous les sourds-muets qui reconnaissent le bien que] la 
Révolution a fait à l'œuvre de l'Abbé de l'Epée, tous les 
sourds-muets qui veulent qu'on applique entièrement 
les idées que les hommes de la Révolution formulaient à 
l'effet de nous procurer une bonne situation sociale; tous 
les sourds-muets qui veulent rompre avec la routine, qui 
veulent voir cesser les mesquines divisions qui nous affai- 
blissent et contribuent à nous maintenir dans un état 
inférieur; tous les sourds-muets qui veulent que 1889 soit, 
pour nous, une nouvelle aurore, une aurore de paix 
et dèmancipation complète, ont adhère à notre appel du 
29 mai dernier. 

Il n'est que temps pour les hésitants et les timides de 
se rallier à eux. 

Pourquoi reculeraient-ils devant la perspective d'un avenir 
meilleur ? 

Pourquoi n'appuyerai"nt-ils pas les efforts faits par leurs 
frères pour améliorer l"ur sort commun ? 

L n Bj,nqu<M pour célébrer le Centenaire de 1789 aura lieu te 
Dimanche 30 Juin, à 5 heures du soir, au Salon des Familles 
40, avenu» de Saint-Mandé, Paris, sous la Présidence 
d'honneur de .1/. le Docteur Ducoudray, député de la Nièvre, 
et la Présidence effective de M. A, Pètrot, conseiller muni- 
cipal de Paris, assisté, comme vice-Président, de notre sym- 
pathique frère Lucien Limosin, de Saint-Malo (Nièvre) 

Il e<t de votre devoir de vous montrer digne d'un tel patro- 
nage, en honorant le banquet de votre présence; il est de votre 
devoir de vous joindre aux différents groupes dissidents qui, 
faisant trêxe à leurs préférences personnelles, viendront 
manifester de leur volonté d'aller en avant, à la conquête d'un 
bien etra social La. Société d'appui Fraternel, l'infatigable 



— 97 — 

société qui depuis sa fondation, s'efforeé.par tous les moyens 
de âter notre émancipation sera avec nous. 

Salut fraternel. 



Lis Administrateurs de la Ligui : 

E. Graff, Cambuzat, Scagliola, Pètin, H. Gaillard, 
Bonnet, Weiss, Bailly, Odeau, Grollier. 



Las Membres de la Commission d'initiative 

Ch. Forest, Amet, Leclaire, Giraud, Chauve, 
Canchon, Colas, Loustau, Brunel, Cochefer, 
Levert, Agnus, Moulin, Pin, G. Thierry, Chazal, 
Nicole, Piteau, Murât, Limosin, Nobel, Lesueur 



NOTA. — Le prix de la souscription est fixé à 6fr.75 c. 

Les membres dî la Ligue sont tenus de se présenter avec 
leurs insignes. 

Un registre spécial, destiné à recueillir les signatures des 
convives, sera mis à leur disposition et sera conservé aux 
archives. 

Adresser les adhésions à M. Gaillard, secrétaire général 
de la ligue 4 rue des Pyramides ,ou à M. Forest ,1 er commis- 
saire de la fête. 2, place de la République, Ivry (Seine). 



Un Sauveteur sourd-muet. — « Un. habitant d'Auber- 
villiers, nommé Bouchein, se baignait samedi dans 
le canal Saint-Denis, près du fort de l'Est, quand 
il perdit pied et coula à fond. 

« Par bonheur pour l'imprudent nageur, un sourd 
muet, nommé Mayrat, qui passait près de là l'ayant 



— 98 - 

vu disparaître, accourut, se jeta à l'eau tout habillé 
et réussit à retirer Bouchein que des soins énergi- 
ques eurent promptement ramené a lui. 

« M. Bouteiller, commissaire de police de Saint-Denis, 
a vivement félicité l'auteur de ce sauvetage.» 

(Le Figaro) 



Société Centrale d'éducation et d'assistance. Nous remer- 
cions ceux de nos lecteurs qui ont bien voulu nous deman. 
der des billets pour la loterie organisée par cette société. 
En la recommandant à nouveau, nous rappelons que 
letiragedoit se fairele29 Juillet prochain, Nous publie- 
rons la liste des numéros gagnants placés parmi nos lec- 
teurs. Pour toute demande de billets, s'adresser à M. le 
D r Ladreit de Lacharrière, secrétaire général de l'œuvre 
4. rue Bonaparte ou à M. Ad- Bélanger : 13 rue Méchai% 



Journaux spéciaux. — La liste des journaux spé- 
ciaux s'occupant de l'enseignement des sourds-muets 
vient de s'augmenter, Nous sommes heureux de souhai- 
ter la bienvenue à un nouveau confrère: LaEnsenanza, 
revue publiée par l'institut de9 sourds-muets de Ro3ario 
(République Argentine). 

Rappelons qu'ilse publie aujourd'hui, outre les recueils 
français, 2 Journaux en Allemagne : L'Organ der Taub- 
stummen Anstalten sous la direction de M. Vatter à 
Francfort; les Blaetterfûr TaubstummenUldung , fondée 
par M. M. Walther et Tœpler à Berlin . 



1 journal en Autriche, le Taubstummen-Courrier à 
Vienne. 

1 en Suède, le Tidskrift for DofstumsKolan dont le 
rédacteur est M. Nordin de Skara. 

1 en Angleterre, la Quarterly Review of Deaf nute 
éducation sous ladirection d'un comité spécial à Londres 

i aux Etats-Unis, les American Aanals of the Deaf 
éditée, par M. Edward Allen ¥&y à Washington. 

Plusieurs institution? ail iricain^î piblient aussi de 
petites feuilles qui n'ont pas un caractère "absolument 
spécial. Enfin dans l'Amérique du Sud, le recueil dont 
nous signalions plus haut l'apparition. 

Nos lecteurs pourront trouver daus notae Biblio- 
graphie Générale des ouvrages publiés en langue 
française p. 49 la liste des journaux français. 



Les Institutions de sourds-muets aux États- 
Unis. — Les Annales Américaines nous fournissent 
chaque ann33 des détails intéressants sur le dévelop- 
pement des écoles de souris-muets aux États-Unis 

Actuellement 73 écoles reçoivent les enfants sourds- 
muets qui étaient le 1 er Décembre 1888 au nombre 
de 6.614 instruits par 606 professeurs. 

Deux nouvelles écoles ont été ouverte en 1888 : à 
Oshkosh ( Wisconsin ) et â West Medfort ( Mass. ) 



Les Institutions de sourds-muets au Canada. — 

O sont encore les Americau-Anaals qui nous 
fournissent des renseignements suj les institutions 



- 100 — 

canadiennes : 9 institutions avec 660 élèves au ï ef 
Décembre 1888 et 103 professeurs.^ Nous avons été 
heureux de saluer en France un de nos sympathiques 
co'nlrères du Canada M. l'abbé Trépanier de l'institut 
de Montréal. 

Pendant l'année 1888. Deux écoles nouvelles ce 
sont ouvertes â Winnipeg ( Manitoba ) et à Victoria 



Nous prions nos lecteurs de prendre note de la 
nouvelle adresse du Directeur de la Revue Française 
et d'adresser désormais toutes les communications à 
M, Ad. Bélanger, 13, rue Mèchain. Paris. 



OUVRAGES REÇUS 



L'Education (Bruxelles) 

Association for the oral instruction. Rapport de 1889 

L'Ecole libre (Bruxelles). 

L, Goguillot. Comment on fait parler les sourds-muets 

Menezes Vieira. Almanak do amigo dos surdos mudos 

Institut d'Oreffon. 9' rapport bi-annuel. 

L'imprimeur gérant Eng. BÉLANGER 225. Rue S'-Jacques.^- Paris. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muets 

5™e année. N° 5 Août 1889 



LES INSTITUTIONS DE SOURDS-MUETS 
à 1* Exposition Universelle de 1889 



11 y a juste un siècle que s'éteignait à Paris, au milieu 
de ses enfants éplorés, le fondateur de la première école 
publique, après avoir, pendant près de 30 années, entre- 
tenu de ses deniers la maison qu'il léguait à sa Patrie, et 
qui déjà, avait reçu de l'Etat l'investiture officielle. 
L'Institution Nationale de Paris ne devait pas oublier 
son illustre fondateur. Elle se rappelle avec fierté sa 
noble origine. Si à l'Exposition de 1889, elle occupe une 
place privilégiée, elle a reporté sur le vénérable abbé 
de l'Épée une grande partie de cet honneur qui lui a été 
fait. Il est là, vivant par son image au milieu des travaux 
de ses enfants : maîtres et élèves ! N'est-ce pas sajbonne 
et paternelle figure que nous apercevons en entrant 
dans le salon occupé par son institution? 11 est bien là, 
chez lui, prêt à faire les honneurs de sa maison, rece- 
vant comme autrefois ses visiteurs et Dieu sait s'ils sont 
nombreux cette année. 

L'Institution de Paris occupe, nous l'avons dit, un 
salon rectangulaire, au centre du Pavillon de l'hygiène 
(Esplanade des Invalides). Au milieu se trouve le buste 
authentique de l'abbé de l'Épée parDeseine (sourd-muet) 
un de ses élèves. À gauche en entrant une merveilleuse 
bibliothèque dont la menuiserie et la sculpture ont été 



— 102 - 

entièrement faites par les élèves de l'Institution, adroite 
faisant face au meuble, une réduction au cinquième d'un 
appartement (cuisine, salle à manger, salon, chambre à 
coucher, cabinet de toilette) avec des meubles propor- 
tionnés entre eux. Cette partie de l'exposition, très 
admirée des enfants, doit revenir au musée scolaire de 
l'école et servir dans les leçons de choses qui forment la 
baset'e notre enseignement. C'est à « la Ménagère » que 
nous sommes redevables de ce petit bijou. 

Sur les deux autres côtés, à droite et à gauche de la 
bibliothèque, deux pupitres destinés à recevoir des do- 
cuments sur l'Institution de Paris. 

Près de l'appartement, une vitrine renferme des spéci- 
men des objets composant le musée scolaire, de l'Institu- 
tion. Un autre meuble sculpté par les élèves. Enfin, au 
milieu, devant la bibliothèque, une vitrine destinée à la 
clinique otologique annexée à l'institution et de l'autre 
côté entre le buste de l'abbé de l'Épée et l'appartement, 
un meuble à volets tournants sur lequel nous revien- 
drons. Les cloisons qui entourent le salon sont couvertes 
de tableaux, gravures, portraits, objets sculptés par les 
élèves. 

L'exposition de l'Institution de Paris fait le plus grand 
honneur à ceux qui l'ont organisée : M. Javal, Direc- 
teur et M. Camus architecte de l'Iustitution. Il s'agissait, 
en effet, d'intéresser les visiteurs, de leur faire connaître 
notre enseignement spécial, de montrer ce qu'est au 
point de vue matériel une institution de sourds-muets et 
quels sont les résultats que l'on obtient. Nous pensons 
qu'ils ont pleinement réussi dans leur projet, l'empresse- 
ment du public le prouve surabondamment. 

Sur les murs des vues photographiques nous montrent 
les diverses partiesde l'institution : la cour d'honneur, 
les jardins, les réfectoires, la piscine, la chapelle, la 
salle des exercices, etc. 

L'enseignement intellectuel est représenté par des 
collections de cahiers d'élèves et les journaux de classe 
des professeurs qui se trouvent dans la grande biblio- 



— 103 — 

thèque,Le musée scolaire si utile dans nos écoles est à sa 
place et montre comment le professeur associe le mot 
articulé à l'objet ou à sa réduction et donne en même 
temps que la parole, l'idée correspondant au mot pro- 
noncé. 

Dans la même bibliothèque, nos confrères trouveront 
les ouvrages publiés par le personnel de l'Institution 
de Paris depuis 1878 (80 volumes environ), 

L'enseignement professionnel qui donne à l'élève 
le moyen de gagner honorablement sa vie lorsqu'il sort 
de l'école tient naturellement une place très importante 
C'est d'abord la bibliothèque que nous signalions plu s 
haut dont les plans ont été exécutés par M. Camus 
architecte, la menuiserie par les élèves sous la direc- 
tion de leur contre-maître M. Franclet et la sculp- 
ture par les apprentis sculpteurs dirigés par leur 
professeur, M. Drovin, De tous côtés, nous apercevons 
de petits objets sculptés par les élèves, cadres 
tabourets, paravents, des chaises, le petit meuble 
dont nous avons déjà parlé, etc. 

La typographie dirigée par MM. Pion et Nourrit 
a fourni des livres composés par nos élèves. La cor- 
donnerie a envoyé des chaussures; enfin le jardin 
envoi plusieurs fois chaque semaine des plantes pour 
entourer le buste du maître vénéré. 

Dans un carton, des dessins des élèves faisant le 
plus grand honneur à leurs professeurs M. M. Huguenin 
et Burgers. Au dessus de la bibliothèque un beau 
portrait au fusain de M. Carnot, œuvre d'un élève 
sourd-muet. 

N'est-ce pas là, l'institution sous toutes ses faces avec 
les résultats qu'elle obtient. Si le visiteur veut bien 
s'arrêter un instant autour du meuble tournant, si 
sa curiosité a été mise en éveil, il trouvera là de quoi 
la satisfaire amplement. De petites plaquettes lui 
donneront d'une façon claire et concise des rensei- 
gnements sur l'origine de l'Institution, sur ses différents 
services au point de vue de l'hygiène, sa bibliothèque, 



— 104 — 

ses archives, sa galei'io historiques sur les Beaux-arts 
et les sourds-muets en France etc. 

Nous ne parlons pas des documents exposés sur 
lesquels nous reviendrons un jour. 

L'institution de Paris ne renie pas son passé, fière 
de tous ses enfants, elle tient à en conserver le souvenir 
aussi une autre partie do son exposition leur est 
consacrée. Riche en documents de toute nature, elle 
a fait néanmoins appel à la bonne volonté de col- 
lectionneurs heureux de pouvoir prêter leur concours. 

Ce sont d'abord des autographes des fondateurs 
de notre enseignement en France: l'abbé de l'Épée, 
Péreire l'abbé Sicard, Degérando etc. les différentes 
médailles avec portrait de l'abbé de l'Épée. 

Uue grande toile représentant l'abbé de l'Épée et le 
jeune comte de Solar. 

Des vues des monuments élevés au fondateur de l'en- 
seignemeut en France; à Saint-Roch (son tombeau), à 
Versailles, (sa viile natale, statue 1843). à Paris dans la 
cour d'honneur de l'Institution (Statue et bas-x*eliefs 
(1878) par Félix. Martin, sourd-muet.) 

Une reproduction lithographique de ce monument 
par A. Colas, ancien élève de l'Institution. 

Des portraits de l'abbé l'Épée par P. Grégoire, sourd- 
muet-, son élève 1778; par Aubert sourd-muet; Peyson 
sourd-muet; Un portrait du temps, l'abbé de l'Épée 
a la fin de sa vie, un autre d'après un buste du 
célèbre sculpteur Houdon, d'après un portrait pos- 
sédé par son collaborateur l'abbé Salvan, etc. Un 
projet de monument par Cochefer, sourd-muet. Une 
grande toile de Peyson, sourd-muet, ancien élève 
de l'école de Paris, représentant les derniers moments 
du bon abbé. 

Deux grandes toiles nous donnent Sicard au milieu 
de ses élèves et leur apprenant à parler, nous trou- 
vons son buste en marbre du sculpteur Auvray et 
différent portraits par Aufcert, sourd-muet, par le 
graveur Gaucher etc. 



— 105 — 

Une toile nous montre- Péreii'e instruisant Made- 
moiselle Mai-ois d'Orléans, don de la famille Péreire à 
l'Institution de Paris. 

C'est ensuite le buste de Borthior par F. Martin 
sourd-muet. Un médaillon de Piroux par Hennequin 
sourd-muet, Itard ancien Médecin en chef et bien- 
faiteur de l'institution, De Gérando, l'auteur du traité 
sur l'éducation des sourds-muets, Piroux maitre à Paris 
et fondateur de l'école de Nancy, S' Sernin fondateur 
de Bordeaux, Guyot élève de l'abbé de l'Epèe, fon- 
dateur de l'Institut de Groningue, l'abbé Perrenet fonda- 
teur de l'Institut de Besançon, Peyson etc. 

Une énumération complète nous conduirait trop loin: 
nous serions heureux si ces lignes peuvent retenir 
quelques isntantsnos confrères parmi les expositions qui 
certainement les intéresseront à bien des points de vue. 



Institution Nationale des Sourds-Muets de Bor- 
deaux. — Gracieuse dans son ensemble c'est bien 
l'exposition d'une institution ou le goût féminin règne 
dans toutes ses,partk's. A la place d'honneur l'abbé 
de l'Épée, peinture sur porcelaine d'après Houdon com- 
mande faite à l'Institution par un de nos amis, et 
qui nous a rendu jaloux du possesseur futur. 

Nous y trouvons des plans et photographies de cette 
institution l'une des mieux installées du monde. 

Point de cahiers; mais les livres classiques delà 
maison : Le cour? de langue française des deux pre- 
mières années, une histoire sainte, petit bijou sor- 
tant de chez Firmin-Didot, les deux volumes d'histoire 
de France de M. Pustienne : ouvrages entre les main s 
de tous et dont l'éloge n'est plus à faire. 

Dans une vitrine des travaux d'élèves, peintures sur 
porcelaine : Plats, vases, assiettes, aiguillères tout 



— 106 — 

rivalise et j'avoue que si j'avais un choix à faire 
je serais fort embarrassé. Les objets de layettes font 
l'admiration et l'envie des mamans. Tout dans cette ex- 
position nous montre à l'institution de Bordeaux des 
résultats positifs qui font le plus grand honneur aux 
religieuses de Nevers qui la dirige depuis si longtemps. 
L'aimable Directeur, M. Cavé-Esgaris qui l'a organisée 
ne peut que se féliciter de lui avoir conservé ce cachet 
gracieux qui la fait admirer de tous. 



Institution Nationale de Chambéry. — A vrai dire 
cette institution en renferme deux : l'une pour les gar- 
çons, type d'une institution agricole : l'autre pour les 
jeunes filles dirigées par les Religieuses du Sacré-Cœur 
à Chambéry. La première nous donne des vues de l'Ins- 
titution et des différents ateliers : menuiserie, cordon- 
nerie, jardinage, agriculture et celles d'une classe de 
méthode orale. 

Un recueil de documents divers sur l'Institution, rè- 
glements, histoire, etc, des cahiers d'élèves, les jour, 
naux de classe des professeurs parmi lesquels nousavon s 
remarqué particulièrement un petit cours d'articulation 
d'un de nos collègues, M. Marichelle. Des spécimen 
d'objets fabriqués par les élèves menuisiers ou cordon- 
niers ; du blé et du vin récoltés par les jeunes agricul- 
teurs, complètent cette exposition fort intéressante. 

Les jeunes sourdes-muettes ont envoyé des cahiers 
de classe fort bien tenus, ceux des élèves de 6 e année 
ont attiré particulièrement notre attention, le sujet de 
la leçon de chose est dessiné par l'élève en tête de la 
leçon dictée et expliquée par la maîtresse ; aussi tout 
porte à croire qu'elle a été parfaitement comprise. 

Ad. Bélanger 



— 107 



DOCUMENTS OFFICIELS 



ARRÊTÉ 



DETERMINANT LES CONDITIONS ET PROGRAMMES DES CONCOURS ET 

EXAMENS POUR LE RECRUTEMENT ET L' AVANCEMENT DU 

PERSONNEL ENSEIGNANT DES INSTITUTIONS NATIONALES 

DES SOURDS-MUETS 



Le Président du Conseil, Ministre de l'Intérieur, 

Sur la proposition du Directeur de l'Assistance 
publique, 

Vu l'arrêté du 26j uin 1887 qui ainstituè une Commission 
spéciale chargée d'étudier les modifications que pour- 
raient comporter les règlements et programmes des 
concours et examens pour le recrutement et les promo- 
tions du personnel enseignant de l'Institution Nationale 
des Sourds-Muets de Paris, 

Vu le rapport présenté par cette Commission, 

Arrête : 

Article premier . — La hiérarchie du personnel 
enseignant des Institutions Nationales des Sourds-Muets 
est fixée ainsi qu'il suit ; 

1° Répétiteurs de 3 e classe, 

2° Répétiteurs de 2 e classe, 

:<° Répétiteurs de l re classe, 

4° Professeurs adjoints. 

5° Professeurs titulaires. 

Les professeurs titulaires sont pris parmi les profes- 
seurs adjoints en possession du titre d'Agrégé' 



— 108 — 

L'effectif général du corps enseignant est fixé par le 
Ministre de l'Intérieur, qui fixe également le nombre 
maximum de professeurs titulaires. Ce dernier nombre 
est établi sur les bases suivantes : 

2 professeurs par chaque année existant à l'institution 
de Paris ; 

1 professeur pour le cours deperfectionemeut (fonda- 
tion Itard) . 

i professeur par chaque Institution Nationale de 
Sourds-Muets autre que celle de Paris. 

Article 2. — Il est procédé au recrutement du per- 
sonnel, ainsi qu'aux promotions de classe pour les répé- 
titeurs, aux nominations de professeur adjoint et de 
professeur titulaire et à la collation du titre d'Agrégé, 
par des arrêtés du Ministre, sur le vu des résultatsde 
concours et d'examens, dont les conditions sont fixées 
par le présent règlement' et conformément aux program- 
mes annexés au dit règlement. 

Les fonctions de répétiteur entrant (3 e classe) s'obtien- 
nent après concours. 

Les promotions de classe ne sont accordées qu'aprè3 
examen satisfaisant et après un minimum d'une année 
de service dans le grade immédiatement inférieur. 

lien est de même pour les fonctions.de professeur 
adjoint. 

Après deux ans de grade, le professeur adjoint peut 
être admis à passer l'examen prescrit pour l'obtention 
du titre d'Agrégé, qui ouvre des droits au grade de 
professeur titulaire. Ce grade ne peut être conféré 
qu'aux Agrégés âgés d'au moins vingt cinq ans. 

Nul ne sera admis â subir aucun examen de promo- 
tion sans y avoir été autorisé par le Ministre. 

Dispositions relatives au concours d'admission 

Article 3. — Nul ne peut concourir pour l'emploi de 
répétiteur de 3 e classe, qu'à la condition d'être né ou 
naturalisé Français, d'avoir dix-huit aus révolus et 
moins de trente ans. 



— 109 — 

Article 4. — La demande d'inscription, écrite en entier 
de la main du candidat et indiquant les. situations qu'il 
peut a\oir précédemment occupées, est adressée au 
Directeur de l'Institution Nationale de Paris. 

Article 5. — A l'appui de sa demande, le candidat 
doit produire : 

i° Son acte de naissance i 

2° Un extrait de son casier judiciaire: 

3° Le brevet de capacité pour l'enseignement primaire 
ou un diplôme constatant un grade universitaire; 

4° Une pièce constatant sa situation au point de vue 
militaire; __ 

5° L'engagement devant M. le Ministre de l'Intérieur 
'de se livrer pendant dix ans à l'instruction des Sourds- 
Muets, dans un établissement de l'Etat. Si le candidat est 
mineur, la demande d'inscription et l'engagement 
décennal doivent porter l'autorisation du père ou du 
tuteur. 

Les candidats qui auraient déjà contracté, dans le 
service de l'instruction publique, l'engagement décennal 
prévuparla loi militaire, continueront àjouir du bénéfice 
de cet engagement, à la condition de le renouveler 
devant M. le Ministre de l'Intérieur pour le temps qui 
reste à courir. L'engagement de se consacrer pendant 
dix ans à l'enseignement des Sourds-Muets dans une 
Institution de l'État doit être pris, quelle que soit la 
situation du candidat au point de vue de la loi militaire. 

Article 6. — Tout candidat doit faire constater son 
aptitude physique par le médecin et par l'oculiste de 
l'Institution Nationale des Sourds-muets de Paris, vingt 
quatre heures au moins avant l'ouverture du concours. 
Les avis écrits de ces deux médecins seront transmis, 
par l'intermédiaire du Directeur de l'Institution, à 
une Commission composée : 

Du Directeur, 

Du Censeur des études, 

Du Doyen des professeurs. 

Cette Commission, après avoir, en tant que de besoin, 



— 110 — 

appelé l'un ou l'autre médecin à lui fournir verba- 
lement tout renseignement complémentaire utile, déci- 
dera si le candidat sera admis à se présenter au concours. 
Les délibérations et les décisions de la Commission 
seront prises hors la présence du candidat. 

Dispositions générales. 

Article 7. — Il y a tous les ans une session ordinaire 
d'examens, qui s'ouvre en fin d'année scolaire à Paris. 

Le Jury se réunit à l'Institution Nationale, à moins 
qu'une décision du Ministre ne désigne un autre lieu. 

Il n'est tenu de session extraordinaire que si les 
besoins vdu service l'exigent. 

Article 8. — Le concours d'admission pour l'obtention 
du grade de répétiteur de 3 e classe a lieu devant 
un Jury de sept membres désignés par le Ministre, 
et dont font partie le Directeur, le Censeur, un 
professeur de l'Institution Nationale et deux profes- 
seurs de l'Université. 

Les examens pour l'obtention du grade de répétiteur 
de 2 e classe ont lieu devant un Jury de six membres 
désigné par le Ministre, et dont font partie le Directeur, 
le Censeur, un professeur de l'Institution Nationale 
et un professeur de l'Université, 

Les examens pour l'obtention du grade du répétiteur 
de 1 r * classe ont lieu devant un Jury de six membres 
désigné par le Ministre, et dont font partie le Directeur, 
le Censeur et deux professeurs de l'Institution Nationale. 

Les examens pour l'obtention du grade de professeur 
adjoint ont lieu devant un Jury do six membres 
désignés par le Ministre, et dont font partie le 
Directeur, le Censeur, et deux professeurs de l'Ins- 
titution Nationale. 

Les examens pour l'obtention du titre d'Agrégé ont 
lieu devant un Jury de huit membres désignés par 
le Ministre, et dont font partie le Directeur, le 



— 111 — 

Censeur, deux professeurs de l'Institution Nationale 
et ceux professeurs de l'Université. 

En cas de besoin le Jury peut s'adjoindre, pour 
les matières spéciales, un ou deux membres supplé- 
mentaires. 

Si un ou plusieurs membres du Jury sont absents f 
les membres présents ont qualité, soit pour compléter 
la commission par l'adjonction de collègues choisis 
par eux, soit, dans le cas où elles ne dépasseraient 
pas le nombre de deux, pour se constituer valable- 
ment sans pourvoir aux absences. 
_La voix du président est prépondérante en cas de 
partage. 

En cas d'empêchement, le président est suppléé par 
un membre du Jury désigné par ses collègues. 

Article 9. — Les examens comprennent des épreuves 
écrites et orales dont les matières sont indiquées aux 
programmes annexés au présent arrêté. 

Article 10 — Pendant la durée des épreuves écrites, 
les candidats travaillent sous la surveillance d'un 
membre du Jury; sans communication entre eux et 
sans le secours de livres ni de notes. 

Toute fraude entraîne l'exclusion de l'examen, sans 
préjudice des mesures ultérieures que l'Administration 
pourra prendre à l'égard des coupables. 

Article 11. — Le nombre de points à attribuer aux 
candidats pour chacune des épreuves est déterminé 
d'après l'échelle civdessous : 

0, nul; 1, 2, très mal; 3, 4, 5, mal; 6, 7, 8, médiocre; 
9, 10, 11, passable; 12, 13, 14, assez bien; 15, 16, 17, 
bien ; 18, 19, très bien ; 20, parfait. 

Les points sont multipliés par des coefficients dont 
la valeur est indiquée pour chaque épreuve des divers 
programmes. 

Article 12 — Toute épreuve dont la note est infé- 
rieure à 6 entraine l'élimination. 

Article 13. — A la suite de l'examen, le Jury dresse, 
par ordre de mérite, d'après le relevé général des 



— 112 — 

points, la liste des candidat* déclarés admissibles. 

Cette liste est immédiatement portée à la connais- 
sance des candidats. 

Elle est transmise, avec les pièces de l'examen, à 
M. le Ministre, qui statue définitivement. Ces pièces 
seront classées au cabinet du Directeur de l'Institution 
Nationale dès que l'Administratration centrale les 
lui aura renvoyées, à charge par le Directeur de 
lournir dans le plus Jjref délai à l'Administration 
centrale une copie certifiée conforme du procès-verbal 
d'examen. 

Article 11. — Tout candidat qui a éfchouè à un 
examen ne peut être admis à se représenter avant 
un délai d'un an, à moins que les besoins du service 
n'en fassent décider autrement. 

Article io — Tout membre du corps enseignant qui 
après trois sessions ordinaires d'examens et s'étant pré- 
senté ounonà toutesces sessions, n'auraitpas étédéclaré 
apte à obtenir l'emploi immédiatement supérieur à 
celui qu'il occupe, est rayé des contrôles du personnel 
à moins que le Ministre n'en ordonne autrement, à 
titre exceptionnel et par décision spéciale et motivée. 

Aucun délai n'est imposé pour l'obtention du titre 
d'Agrégé. 

Article 16. — Les candidats qui ont l'intention de 
se présenter au cinquième examen sont tenus de faire 
agréer à l'Administration le sujet de thèse par eux choi- 
si, au plus tard le 1 er janvier de l'année pendant laquelle 
cet examen doit avoir lieu. 

Article 17. — Aucune thèse ne peut être publiée 
avant' la soutenance. Si le candidat a subi avec succès 
les épreuves de l'Agrégation, sa thèse peut être publiée, 
à la condition d'avoir obtenu le visa du Directeur de 
l'Institution Nationale, conformément 'à l'avis favorable 
du Jury. ! 

Article 18. — Le titre d'Agrégé donne lieu à la 
délivrance d'un diplôme par le Ministre de l'Intérieur. 



— 113 — 
Disposition transitoire. 

Article 19. — 'Les dispositions nouvelles concernant 
l'organisation des quatrième et cinquième examens ne 
sont applicables qu'à partir du 1 er octobre 1888. 

Article 20. — ' Sont abrogées toutes les dispositions 
antérieures en ce qu'elles auraient de contraire au 
présent arrêté, notamment celles de l'arrêté du 14 
août 1886 (art. G),- 

A. partir de ce jour, tous les membres du corps 
enseignant devront se rendre à tout poste qui leur 
sera assigné par le Ministre dans une des Institutions 
Nationales de Sourds-Muets. 

Article 21. — Le Directeur de l'Assistance publique 
et des Institutions de prévoyance est chargé de l'exé- 
cution du présent arrêté. 

Fait à Paris, le 23 juillet 1888. 

Pour le Président du Conseil, Ministre de l'Intérieur, 

Le Sous-Secrétaire d'Etat, 
Signé : LEON ÉOURGEOIS, 



Annexe à l'arrêté du 23 juillet 1888. 

Une annexe à l'arrêté précédent renferme les pro- 
grammes des concours et examens. 

Concours d'admission. Obtention du grade de répéti- 
teur de 3* classe. Les épreuves écrites comprennent : 
l'écriture, une dictée, une composition française et des 
problèmes d'arithmétique. Les épreuves orales portent 
sur l'histoire (Programme spécial), la géographie {Pro~ 



- 114 — 

gramme spécial) la lecture à haute voix et l'écriture et 
dessin à main levée. 

Deuxième examen. Obtention du grade de répétiteur 
de 2' classe. Epreuves écrites : Grammaire, articulation 
{Programme spécial). Epreuves orales : Interrogations 
sur la grammaire et l'articulation. Acoustique {Pro- 
gramme spécial). Epreuve pratique, articulation. 



PROGRAMME D'ARTICULATION 

1° Articulation et lecture sur les lèvres : définitions 
et principes généraux applicables à l'enseignement de 
tous les sons. 

Consonnes p, b, position et mouvement des organes ; 
procédés : défauts /ordinaires; -moyens de correction. 

2° Premiers soins du maître à l'égard de l'élève qui 
arrive à l'éeole . 

Examen de son état physique et intellectuel. 

Consonnes t, d, position et mouvement des organes ; 
procédés ; défauts ordinaires ; moyens de correction. 

3° Période préparatoire ; gymnastique scolaire pro- 
gressive ; imitation des mouvements du corps, des diffé- 
rentes attitudes et des divers jeux de la physionomie. 

Imitation des mouvements et des positions des organes 
vocaux . 

Consonnes h, g. 

4° Lecture synthétique sur les lèvres de quelques 
mots dès le début de l'instruction ; choix de ces mots : 
but de cet exercice . 

Articulations ch,j, 

5° Exercices de respiration : leur but et leur impor- 
tance ; procédés et appareils ; description et mode d'em- 
ploi. 

Lettres f, v. 

6° Education du toucher ; gymnastique vocale ; vibra- 



- 115 — 

tions labiales et linguales, balbutiement ; etc. 
Consonnes s, 

7° De la voix naturelle et des moyens de la provoquer 
Voyelles a, o. 

8° Excès ou défaut de voix ; voix de tète ; voix nasale ; 
voix gutturale ; définitions et moyens de correction. 
Sons ou, è. 

9° Essai préalable de l'alphabet, son but ; division des 
sons articulés ; definition.de la voyelle et de la consonne ; 
caractères distinctifs de la voyelle et de la consonne. 

Sons ë, i. 

10° Classification des consonnes ; ordre à suivre dans 
l'enseignement des sons. 
Quand et comment on doit fixer un son. 
Sons eu, u. 

11° De la syllabation : liaison des premiers sons ensei- 
gnés ; syllabes simples directes ou inverses ; syllab.es 
redoublées ; syllabes complexes ; groupes bisyllabiques, 
trisyllabiques, etc. 

Consonnes m, n. 

12° Récapitulation des éléments de la parole : but, 
importance, ordre à suivre ; principaux équivalents gra- 
phiques d'un même son ; à quel moment devra-t-on les 
faire connaître ? 

Articulations l, r. 

13° Diphtongues ; définition et division des diphton- 
gues. 

Articulations gn, itl. 

14° Nomenclature ; choix des mots à enseigner ; ensei- 
gnement des premiers noms de nombre. 

Sons an, on. 

15° Principaux exercices destinés à enseigner les 
sons, les syllabes et les mots. 

Sons in, un. 

16° Rôle de l'écriture et du dessin pendant la pre- 
mière année d'iustruction. 

Lettres h, w, ce, y. 



— 116 — 
PROGRAMME D'ACOUSTIQUE. 

1° Définition de l'acoustique ; vibrations sonores. 

2° Propagation du son ; vitesse de propagation du son 
dans les divers milieux. 

3° Qualités du son : hauteur, intensité. 

4° Sons par influence ; rêsonnateur d'Helmholtz. 

5° Tuyaux sonores ; son fondamental ; sons harmoni- 
ques, 

6° Tuyaux à anche ; instrumente à cordes. 

7° Timbre des sons musicaux ; caractères différentiels 
des sons et des bruits. 

8° Timbre de la voix; définition des voyelles et des 
consonnes. 

9° Son propre de la bouche ; sons caractéristiques des 
diverses voyelles. 

10 e Enregistrement des sons articulés : énumération 
des appareils et des procédés. 

Troisième examen. Obtention du grade de répétiteur 
de 1" classe. Épreuves écrites : Histoire de l'enseigne- 
ment des soûrds-muets (Programme spécial). Méthode 
intuitive. Epreuves orales : Méthode intuitive. Histoire 
de l'enseignement, Anatomie et physiologie (programme 
spécial) et Epreuve pratique. 

PROGRAMME 

DE L'HISTOIRE DE L'ART D'INSTRUIRE LES SOURDS-MUETS 

1° Les Sourds-Muets dans l'antiquité, Saint-Jean de 
Beverley, Rodolphe Agricola, Jérôme Cardan. 

2° L'École espagnole, — Origine de l'art : Pierre de 
Ponce, PaulBonet, Ramirez de Carion. 

3° École italienne. — Fabrizio Acquapendente, Gio- 
vanni Bonifacio, le Père Lana-Terzi. 

4° École- anglaise. — John Bulwer, Wallis, William 
Holder. 



— 117 — 

5° École hollandaise. — Mercure Vaù Helmont, Con- 
rad Amman. 

6° École allemande . — Le docteur Rodolphe Game- 
rarius, le Père Gaspard Schott, Guillaume Kerger, Ceo**- 
gés Raphel . 

7" Benjamin Lasius, Ferdinand Arnoldi. 

8° Samuel Heinjcke, Reicht. 

9° Neumann, Eschke, Petschke. 

10° Êcof,e autrichienne. — L'abbé Slorck, Joseph 
May. 

11° Ecole française. — * Lucas, le Père Vanin, Etienne 
de Fay, Péreire. 

12° Ernaud, l'abbé Deschamps. 

13° L'abbé de l'Êpée. 

14° L'abbé Sicard, Bébian, le docteur Itard. 

15° Désiré Ordin'aire, Valadé-Gabel, le docteur Blan- 
c het Vaïsse. 

16° Enseignement des Sourds-Muets en France depuis 
1879. 

17? Principaux établissements existants en Europe et 
en Amérique pour renseignement des Sourds-Muets. 

Institutions contemporaines les plus célèbres en Ita- 
lie, en Hollande, en Belgique, en Allemagne en Angle- 
terre et aux Etats-Unis. 

18° Congrès national de Dresde en 1875. 

19° Congrès international de Paris, en 1878. 

20° Congrès international de Milan en 18§0. 

21° Congrès national de Bordeaux en 1882: 

22° Congrès international de Bruxelles en 1883. 

23° Congrès national de Paris en 1885. 

PROGRAMME D'AXATOMIE ET DE PHYSIOLOGIE. 

ANATOMIE. 

Notions sommaires . — Os, cartilages, muscles, 
nerfs: leurs éléments; leur rôle. 



— 118 — 

Appareil respiratoire. — 1° Cage thoracique; muscles 
inspirateurs, muscles expirateurs. 

2° Poumous. 

3° Trachée. 

Organes vocaux. — i° Larynx." 

2° Pharynx-. 

3° Gavité Jmccalfi. 

4° Vices de conformation des organes delà parole (bec 
de lièvre-, — ankyloglos?e; — déviation des mâchoires, 
elc.) 

PHYSIOLOGIE.. 

Respiration. — 1° Inspiration et expiration 

2° Divers types de respiration. 

3° Formes anormales du mécanisme de la respiration 
(sanglot, bégaiement, rire, effort, etc.) 

Phonation. — 1° Production du son (intensité, hauteur, 
timbre.) 

2° Émission des voyelles et des consonnes. 

3° Registres de poitrine et de fausset, voix nasale. 

4° La voix du sourd. (Ses défauts et les moyens de les 
corriger.) 

5° Modifications subies par l'appareil vocal et par la 
voix à l'époque de la mue. 

ODIE. 

1° Structure de l'oreille. 

2° Sa fonction, 

3' La surdité (ses degrés, ses causes, ses effets). 

4° Appareils acoustiques. 

Quatrième examen. Obtention du grade de jjrofesseur 
adjoint. Epreuves écrites : Histoire de renseignement 
des sourds-muets, Méthode intuitive, Epreuve pratique. 

Cinquième examen, Obtention du titre d'agrégé et du 
grade de professeur titulaire. Epreuve écrite : Thèse. 
Epreuves orales : Soutenance de la thèse, littérature 
(Programme spécial) Epreuve pratique, interrogations 
sur l'ensemble de l'enseignement des sourds-muets. 



— 119 



REVUE DES JOURNAUX ETRANGERS 



Empêché par des travaux ultérieurs, par des absences 
de 'Stuttgart- plus o.u moins prolongées, j'ai dû, à mon 
grand regret, interrompre pendant 4 mois mes commu- 
nications pour la Reoue. Étant maintenant un peu plus 
libre, j'espère, dès à présent, pouvoir fournir plus régu- 
lièrement des comptes-rendus sur cje qui se publie dans 
les journaux allemands concernant l'enseignement des 
Sourds-Muets. Mes dernières communications sont du ' 
mois de Mars ; j'ai donc à rendre compte des Revues 
allemandes depuis ce temps-là. 

1° Organ der Taubstummen Anstalten. — Dans les 
numéros 3à 6, MKerner continue son intéressant article 
sur Hill et Vatter, dont j'ai déjà parlé. Le numéro 3 
rapporte la suite du procès-verbal de la conférence 
d'Augsbourgqui a eu lieu Ie3et4 août de l'année passée. 
M. Debus publie un article sous le titre : Nouvelles' 
études concernant l'enseignement de l'histoire naturelle 
par le docteur Kiessling et M. Pfalz, comparées à celles 
de M. Junge. 

L'excellent directeur de l'école des Sourds-Muets 
d'Augsbourg, M. Koch, traite dans le numéro 1 laquestioii 
des gravures et du livre de lecture comme moyen d'ias-' 
truction, et M. Kull dé Zurich l'école primaire et l'école; 
de Sourds-Muets. 

M. Stulze publie, au numéros, quelques mots sur l'en- 
seignement libre de la langue (Einiges ueber den freieh 
Sprachunterricht) ou exercices de conversation: —» M. ; 
Bleher, ancien instituteur à Francfort, aujourd'hui à 
Gamberg, donne une leçon très-pratique en montrant 
comment il explique les mots, abstraits.'--- M.' Vatter 
revient surla brochure de M; Knauf - le >principe des 



— 120 — 

conformité à la nature dans renseignement, » et dont j'ti 
déjà parlé page 38, A"™ année de la Revue, 

Le numéro 6 renferme en tête une allocution remar- 
quable faite à la conférence de Meersbfoug par le rec- 
teur de l'école normale d'Esslingen, M. le docteur 
Gundert, sur l'éducation morale de l'élève sourd-muet. 

M. Kull donne une leçon sur l'idée : juger d'après 
l'apparence, qui prouve qu'il est un instituteur fort- 
pratique. 

C. Renz a commencé à publier les articles dispersés 
de Ueinicke, Reich, Hill, Schottle et d'autres écrivains 
spécialistes sous le titre: Collectaneen. 

2° BlaetterfiirTaubstummenBildung. Dans les numé- 
ros 5, 6 et 7 M. Kibrich à Weissenfels traite de l'ensei- 
gnement de l'histoire à l'école des sourds-muets et 
répond aux questions : 

1° Quand l'enîeignememt de l'histoire doit-il com- 
mencer ? 

2° Qu'est-ce qui doit être enseigné, et 
- 3° Gomment cet enseignement doit-il se faire ? 

M. Franke parle dos exercices de conversations dans 
les classes inférieures des institutions de Sourds-Mueis. 
M. Freese, le digne successeur du célèbre Arnold, 
inspecteur de l'institution à Riehen p/ès Bàle, publie un 
petit article, intitulé : Àus der Praxis — fur die Praxie 
(delà pratique — pour la pratique) en traitant le calen- 
drier d'une manière très-pratique. — M. Blomkyist à 
Oerebrô fait connaître un plan de réorganisation des 
institutions en Suède qui mérite l'attention. —Dans le 
n° 6 se trouve un article par M. Knauf : la réforme de 
l'enseignement de l'histoire naturelle. Les numéros 6 â 
H donnent un travail fort intéressant par H. Hoffmann : 
des études dictatiques, un article par Hockelmann-Trier- 
dac sur l'enseignement du dessin, un écrit polémique 
par Knauf: antiKoch,etun aperçu historique de l'institu- 
tion de Riehen. 

Les numéros 12 et 13 publient un travail par Heilscher- 
Breslau qui traite de la question de l'emploi des gravures 



— 12i - 

dans l'enseignement des sourds- muets, question qui oc- 
cupe depuis quelque temps les maîtres en Allemagne, et 
l'histoire de la théorie des voyelles par Tietgen. 

M. Walther publie la biographie de l'ancien directeur 
de l'institution royale à Berlin : Louis Ferdinand Reimer, 
né le 11 décembre 1805 à Danzig et mort le 9 juin à 
Potsdam, en la faisant précéder d'une introduction bien 
sentie. 

J'espère pouvoir, à L'avenir, entrer plus dans les détails 
de chaque article. Je termine mon petit compte-rendu 
par le désir le plus sincère; que les deux revues : l'Organ 
et les Blaetter s'abstiennent de toute polémique blessante 
et qu'elles travaillent en paix pour le bien de nos pauvres 
sourds-muets. 

De C. Renz. 



BIBLIOGRAPHIE GENERALE 

de 

Tous les ouvrages parust en France ou en Langue Française 
sur l'enseignement des 
S O U R DS-MUETS 
Suite 



Vue générale de l'affaire du soi-disant comte de Solar et 
discussion de l'information faite en Languedoc, sui- 
vies d'une lettre de M. Prunget des Boissiéres avec, 



— 122 - 

consultations d'anciens avocats au Parlement. In-1 
2.etl36p. Paris, Demonville, 1780, 

Consulter : Eue de Beaumont : Mémoire et réponse 
à M. l'abbé de l'Epée, etc. 

Moreau de Yoemes. Lettre à M. l'abbé de l'Épée. 
J. F. Eude. Rapport du procès Solar. 
J. F. Laharpe. Correspondance littéraire, etc. 
Fournier des Ormes. Le sourd-muet de l'abbé de 
l'Épée. 

Jubinal (Ach.) Le sourd-muet de l'abbé de l'Epée. 

J. N. Bouilly. L'abbé de l'Épée. 

Maréchalle et Constant. L'abbé de l'Épée ou le 
muet de Toulouse. 
Sourd-muet et l' aveugle (Le). Journal mensuel. Par 
l'abbé C. Carton. Tome i, n et m. In-S, 294. 251, 96 p. 
Bruges, Vandecasteele-Werbrouek, 1837-1811. 

Surdopiione (Le). Organe international et polyglotte des 
instituts de sourds-muets, d'idiots et d'aveugles. l r0 " 
année, 1886-1887. In-8, 352 p. 2 e année, 18^7-1888, 
3e année, 1888. N° 1. Avril , 32 p. 

Tarra (L'abbé J.). Des critérium d'admission à l'institu- 
tion des sourds-muels pauvres de la campagne, à 
Milan. Discours. Traduit par MM. Dubranle et Dupont, 
In-8, 15 p. Milan, Imprimerie Saint-Joseph, 1881. 

Tarra (L'abbé J.;. Ce uni Sùoricl, Esquisse historique et 
court exposé de la méthode suivie pour l'instruction 
des sourds-muets de la paroisse et du diocèse de 
Milan. Traduction française de MM, A. Dubranle et 
Dupont, In-8, 138 p. Paris, Delagrave, 1883. 

Tessiêres (Ph. de). De l'utilité pour le" sourd-muet de 
renseignement par l'écriture et la parole et de l'em- 
ploi du langage mimique dans son éducation. Thèse 
pour l'agrégat ion. -11 p. Paris, Clamaron, 1861. 

Théobald (J.). De renseignement de l'Histoire Sainte aux 
sourds-muets et de ses rapports avec l'enseignement 



— 123 — 

de la langue française (Lettre à un ami). In-8, 24 p. 
Chambèry, F. Puthod, 1870. 

Thècbald (J.). Projet d'une colonie agricole de sourds- 
muets. In-8, 31 p. Chambèry, F. Puthod, 1870. 

Thèobald(J.).Le sourd-muet et l'aveugle. Discours. In-8, 

13 p. Chambèry, F. Puthod. 1871. 

Thèobald (J.). La méthode intuitive appliquée à l'ensei- 
gnement de la langue écrite aux sourds-muels. In -S 

14 p. Chambèry, F. Puthod, 1873. 

Thèobald (J.). Petites lectures et exercices de narration. 

In-12, vm et 112 p. l re édition. Paris, Ch. Fou faut et 

fils, 1873. 
Théoblad (J.). Petites lectures, ets. 2 n1 édition revue e 

augmentée. In-12, 160 p. Paris Ch. Fouraut et fils. 

1880. 
Thèobald (J.). De l'enseignement des sourds-muots par 

la parole. Mémoire présenté a l'Académie Nationale 

de Savoie. In-8, 22 p. Paris, Auteur, 1874. 

(A suivre) 



INFORMATIONS ET AVIS DIVERS 



L'abbà Louis Dassy 

On organisera Marseille un comité dans le but d'ériger 
un monument à Tabbé Louis Dassv,, fondateur de l'Insti- 
tution des sourds-muets et des aveugles de Marseille. La 
vie de cet homme de bien va être écrite par sa nièce» 
qui fut sa collaboratrice, et qui est également la supé- 
rienrc de l'institution, dont M. l'abbé Dassy, neveu du 
fondateur, a pris la direction. 

La Curiosité Universelle, 



— 124 — 

Exposition Universelle. — Un avis affiché dans le 
salon occupé par l'institution de Paris (Pavillon de 
l'Hygiène), fait savoir à tous nos confrères qui visi- 
teront cette exposition que tous les jeudis, ils y trouve- 
ront de 3 heures à 4 heures le Directeur de l'Institution 
Nationale, le Cju s rdt ou un dos professeurs pour leur 
donuer les renseignements dont ib auraient besoin. 
Ils pourront aussi à ce moment prendre connaissance 
des documents renfermés dans la Bibliothèque. 



Institution Nationale de Paris. — La distribution 
des prix aux élèves de l'Institution Nationale de Paris 
aura lteu le Lundi 5 Août 1889 à 3 heures de l'après- 
midi sous la présidence de M. Marguerie, conseiller 
d'État, Président de la Commission consultative de. 
l'Institution Nationale de Paris. 



Société Centrale d'Éducation et d'Assistance pour 
les Sourds-Muets en France: — Le tirage de la 
loterie organisée par cette société qui devait avoir 
lieu le Dimanche 28 Juillet, a été reporté au Dimanche 
4 Août. 



Nous prions nos lecteurs de prendre note de la 
nouvelle adresse du Directeur de It Revue Française 
et d'envoyer désormais toutes les communications à 
M, Ad-Bèlanger, 13, rue Méchain. Paris. 

L'Imprimeur- Gérant , Eug. BELANGER rue Saint-Jacques i*j, Paris 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muets 

5"« année. N» 6 Septembre 1889. 



CAUSERIE PÉDAGOGIQUE 



Notes sur la 1" année d'enseignement : 
l'Articulation et la lecture sur les lèvres. 



Que mes confrères se rassurent en lisant ce titre, je 
n'ai pas la prétention de leur offrir un nouveau traité 
d'articulation, le nombre m'en paraît suffisant pour le 
moment et ceux qui viendraient s'ajouter ne pourraient 
que reproduire lestraiiésprécédemmentparus, douzeuo 
treize depuis 1870 ; nos lecteurs en trouveront la liste 
complète dans notre Bibliographie. Générale à l'article 
Méthode p. 58 et 59. 

Ce sont encore moins des conseils que nous voudrions 
donner a des confrères expérimentés, mais leur dire 
comment' nous comprenons notre enseignement spécial 
et quels sont les guides qui pourraient leur être Utile au 
point de vue de cette instruction. 

La-première année, nous l'avons dit, doit être consa- 
crée entièrement à l'étude de l'articulation et de la lec- 
ture sur les lèvres, nous avons vu dans une causerie 
précédente (*) qu'il était nécessaire de continuer cette 
étude d'une façon particulière pendant les années sui- 
vantes, jusqu'à la fin du cours d'instruction. 

Afin de ne rien laisser au hasard, un plan général 



(•). Revue Française, 5« année. No 1. 



— 120 — 

est nécessaire, nous recommanderons tout spécialement 
à nos confrères, 

Le programme d'enseignement de i re Année de l'Insti- 
tution Nattiondle de Paris{') 

Pendant la l re année, l'enseignement peut se diviser 
en trois parties: 1° La période préparatoire, 2° l'ensei- 
gnement dé, l'articulation, 3° l'enseignement delalangue. 

Nous examinerons donc successivement chacune de 
ces. trois parties. 

Période Préparatoire 

Consulter plus particulièrement: 

Cyritle {Frère). — L'articulation guide.pour enseigner aux 
sourds-muets la parole~et la lecture sur les lèvres d'après Hill 
Bruxelles, Devaux & Cie, 1812. ' 

J. Hugentobler. — Cours d'articulation ou premier/; 
exercices .de lecture sur les lèvres, d'aHiculation, etc. Para, 
Ch> Delagrave, 187è. 

L. Goguillot. — De la période préparatoire à l'enseignement 
des éléments d'articulation et de lecture sur les lèvres, etc. 
Paris, A. Derenne. 1883. 

M. Dupont. — La voix du sourd. Paris, Pion. 1882. 

F. M. B. — Méthode d'articulation et de lecture sur les lè- 
vres à l'usage des institutions de sourds-muets. Saint Laurent 
seèvres, Procure générale des frères de Saint-Gabriel. 1885. 

L. Goguillot. — Comment on fait parler les sourds-muets, 
Paris, Masson. 1889. 

Son utilité. — La période préparatoire dont l'utilité 
a été reconnue par tous les professeurs de sourds-muets, 
ne nous paraît pas encore avoir pris en 1" année-la pla- 
ce qui lui convient, son but, nous le savons est depi-épa- 
rer l'élève à l'étude des éléments de la parole, de faire 
l'éducation des deux sens qui doivent remplacer l'ouïe 
absente: la vue et le toucher; à notre avis, on peut dire 
que d'elle dépend en grande partie la pureté de l'arti- 
culation. 



(•). V, Revue Bibliographique lre année No 1. 



— 127 — 

Ëicamen de V état physique et intellectuel des élèves. 
Elle débute pai* un examen attentif de l'état physique et 
intellectuel de l'élève, examen que le professeur doit 
poursuivre pendant un certain temps, s'il ne veut pas 
s'exposer à commettre des erreurs préjudiciables à ses 
élèves. 

-Education de la vue et du toucher. — Tous les efforts 
dn maître vont donc" se porter sur l'éducation de la vue. 
Attirer, obtenir l'attention de son élève, voilà le but. 

A. l'aide d'exercices de toutes sortes dont nos lecteurs 
trouveroiftrla nomenclature dans les ouvrages cités, plus 
haut, le professeur amusera ses élèves tout en les ins- 
truisant, son initiative personnelle lui suggérera d'autres 
exercices de même nature. Rappelons au maître qu'il y 
aura profit pour lui à développér.chez ses élèves l'édu- 
cation du toucher. Ces exercices intéressants pour l'en- 
fant, donneront à ce sens une délicatesse pins grande 
qui nous sera plus tard d'une grande utilité. 

Lecture synthétique. — Enfin, le professeur a obtenu 
de ses élèves une attention suffisante, il va mettre à l'é- 
preuve leur intelligence, leur sagacité ;. il prend un 
objet de la classe dont le nom est court, il le prononce 
désigne l'objet, il prend un autre objet d'une prononcia- 
tion absolument différente et après avoir attiré l'atten- 
tion de ses enfants, il l'articule également: Ex. Chaise — 
Bureau. Prononçant ensuite un de ces mots, il invite 
son élève à lui montrer l'objet. C'est ce que nous appe- 
lons la lecture synthétique, exercice facile auquel 
l'élève prend un grand intérêt et qui montrera à celui-ci 
ce que sera pour lui la parole. N'oublions pas qu'elle sei - 
vira très utilement au professeur dans ses relations avec 
ses élèves. 30 à 40 mots pourront être enseignés ainsi : 
t)e petits ordres, viens, va-t-en, assis, debout, mouche- 
toi.... les noms des principaux objets de la classe, enfin 
ceux des élèves, du professeur, 

Variété à apporter dans les exercices. — Ces diffé- 
rents exercices ont été menés de front, il ne faai nifati- 



- 128 — 

guer l'élève, ni l'ennuyer; le professeur doit varier le 
plus possible ses exercices. Dans la même classe, il con- 
sacreraquelques minutes à des exercices d'ensemble, les 
élèves reproduisant les mouvements du maître, il s'occu- 
pera ensuite de l'éducation du toucher, passera après 
àlalecture synthétique* pour revenir à des reproductions 
de mouvements. Il fera successivement des exercices 
généraux ou individuels, se fera remplacer par un élève 
pendant qu'il corrigera c'e qu'il y aura de défectueux 
chez un autre, etc 

Gymnastique des organes phonateurs. — Avec les 
premiers exercices de lecture synthétique, l'attention 
de l'élève a été plus particulièrement attirée sur la bou- 
che du maître, il l'a vue s'ouvrir plus ou moins, les dents 
se déserrer, la langue se lover, s'abaisser etc.. sans pour 
cela remarquer spécialement chacun de ces mouvements. 
Le professeur s'appliquera alors à donner à ses élèves 
l'habitude des différents mouvements exécutés par la 
bouche, les lèvres, les dents, la langue; exei*cices peu 
amusants mais d'une utilité très grande: ouvertures dif- 
férentes de la bouche; mouvement des lèvres en avant, 
en arrière, mouvements de toutes sortes do la langue, 
combinaisonsdeces différents mouvements, place occu- 
pée par la langue dans les différents sons et articulations. 

Ces exercices arides, il est vrai, s'ils sont conduits et 
exécutés d'une façon exacte et précise simplifieront 
grandement la tâche du professeur lors de l'enseigne- 
ment des éléments de la parole. 

La respiration. — S'il est un organe au jeu duquel le 
professeur de sourds-muets doit s'intéresser essentiel- 
lement ; c'est sans contredit les poumons qui dans la 
parole jouent un rôle si important. Notre élève évidem- 
ment sait respirer, mais il respire pour vivre et non 
pour parler, nous devons donc lui apprendre à respirer 
et surtout à expirer convenablement. 

Il faut qu'il sache retenir son souffle, le ménager il 
propos; pour cela des exercices répétés sont nécessaires, 
il est bon que le professeur soit pénétré, de l'utilité et 



— 129 — 

«e la nécessité de ces exercices, non seulement comme 
préparation â la voix, à l'enseignement des sons et 
articulation et en vue de la syllabation ; mais encore 
pqur développer, pour améliorer la voix, pendant la 
1" Année ; et les années suivantes. 

Nous ne parlerons pas des spiromètres, instruments 
cités et décrits dans tous les traités d'articulation,, peu 
de maîtres s'en servent, ils coûtent fort cher et ne sont 
pas des instruments d'étude mais de contrôle. Nos con- 
frères trouveront le spiromètre de Mathieu et celui de 
Bellangé chez M.Mathieu constructeur d'instruments de 
chirurgie, Boulevard Saint-Germain. Paris. 

La voix. — Le professeur n'attendra pas que toutes 
les séries d'exercices dont nous venons de parler soient 
terminées pour s'occuper de la voix de ses élèves. Peu 
.de sourds nous" arrivent aphones ; mais la plupart ont 
une voix désagréable, si nous exceptons ceux qui ont 
conservé un degré d'audition ou qui ont entendu pen- 
dant quelques années, on peut dire que les autres ont 
besoin de suivre des exercices spéciaux destinés à leur 
donner une voix aussi naturelle que possible. 

Provocation et .correction de la voix. — Nous ne 
citerons pas les différents moyens employés jusqu'ici et 
recommandés par tous les traités d'articulation. Nous 
ne parlerons que d'un qui nous a réussi avec des élèves 
aphones et qui a été utile à tous. 

Nous faisons exécuter a chaque élève des vibrations 
labiales, ce que les physiologistes appellent Yr labiale» 
d'abord sans émettre.aucun son, puis en yjoignantun 
bruissement guttural, lorsque cet exercice est bien 
fait, on essaie d'obtenir des mouvements de langue 
accompagnés de son, quelquefois on y joint très faci- 
lement IV linguale. Enfin, lorsque l'élève exécute bien 
ces différents exercices, pendant qu'il reproduit les 
mouvements labiaux dont nous parlions plus haut, on 
lui fait ouvrir doucement la bouche, en ayant soin 
qu'il laisse la langue mollement étendue dans la cavité 



— 130 — 

buccale, il est bien rare que l'élève ne donne pas un 
son se l'approchant de l'a; en faisant chaque jour ces 
différents exercices, on arrivera à développer facile- 
ment la voix de l'enfant et on obtiendra ainsi une voix 
aussi naturelle que possible. 

{A suivre) 

Ad. Bélanger, 



BIBLIOGRAPHIE GENERALE 

de 

Tous les ouvrages parus en France ou en Langue Franfaise 

sur l'enseignement des 
SOURDS-MUETS 
(Fin) 



Thèobald (J.). Le sourd-muet, sans instruction, arrive- 
t-il de lui-même à concevoir l'idée d'un être supérieur 
à l'homme? Thèse pour l'agrégation présentée et 
soutenue le 16 novembre 1874. ln-8, 16 p. Paris. Bouc- 
quin, 1874. 

Thèobald (J.). L'enseignementagricoledes sourds-muets, 
Lettre à un ami. In-8, 15 p. Paris, Boucquin, 1875. 

Thêobald(J.). Péreire et sa méthode. Discours. In*8, 14 p. 
Paris. Boucquin, 1875. 

Thèobald (J.). De l'enseignement du droit usuel aux 
sourds-muets. Rapport présenté à la conférence des 
professeurs de l'institution nationale des sourds- 
muets de Paris. (Ext. de la Revue Française, etc.) 
In-8, 19 p. Paris, P. Ritti, 1886. 



— 13i - 

Thiers (Ad.). Circulaire aux préfets sur les sourds-muets 
Petit in-4, 6 p. Paris, 1834. 

Toulouse (Institution de). Distribution des prix, années 
1831, 1834, 

Triquet (E. H.). Théorie pratique des maladies de l'o- 
reille, p. 503. Traitement pédagogique ou éducation 
des sourds-muets, ln-8, Paris, J.-B. Baillière, 1857. 

Tronson du Coudray. (V. Procès Solar). 

Trondhiem (Institution de). Notice sur l'Institut des 
sourds-muets-, en 1838, par M. de Laroquette, consul 
de France en Norwège, Paris, Fain et Thunot, 1839. 

Vaïsse(Lèon). Lelnécanisme de la parole mis à la portée 
des sourds-muets de naissance, 8 p, Paris, 1838. 

Vaïsse (Léon). Le premier livre des sourds-muets. Des- 
cription et histoire de l'institution royale de aris. 
11 p. Lithographie, 138, 

Vaïsse (Léon). Essai historique sur la condition sociale 
jet l'éducation des sourds-muets en France. Extrait 
du dictionnaire encyclopédique de l'Histoire de 
France, ln-8, 8 p, Firmin-Didot. 1844. 

Vaïsse (Léon). Dictionnaire encyclopédique de l'Histoire 
de France. (Laurent Clerc, de Gérando, Itard, l'abbé 
de l'Épée, Jean Massieu, Fabre d'Olivet, l'abbé Sicard 
sourds-muets). Paris, Firmin-Didot. 

Vaïsse (Léon). Les sourds-muets et leur éducation 
Extrait de l'encyclopédie moderne, tome xxv. In-8Ï 
8 p. aris, Firmin-Didot frères, 1815. 

Vaïsse (Léon). Des conditions dans lesquelles s'entre 
prend et des moyens par lesquels s'accomplit lins 
truction des sourds de naissance. Discours, ln-8, 36 p. 
Paris, L. Hachette et C i % 1848. 

Vaïsse (Léon). De la parole considérée au double point 
de vue de la physiologie et'de la grammaire ; nouvel- 
les études sur les divers ordres de phénomènes dont 
se compose le langage de la voix articulée. Extrait 
de l'encyclopédie moderne, ln-8, p. 446 à 486. "Paris, 
Firmin-Didot, 1853. 

Vaïsse (Léon). De la pantomime comme langage naturel 



— 132 — 

et comme moyen d'instruction du sourd-muet. Di 
cours. In-8, 24 p. Paris, Hachette et C'% 1854. 
Vaïsse (Léon). Paroles prononcées sur la tombe de M. le 
D r Ménière, médecin en chef de l'Institution Impé- 
riale des sourds-muets, le 8 février 1862. In-8, 8 p. 
Atelier lith. de l'Institution Impériale des sourds 
muets, 1862. 
Vaïsse (Léon) .Historique et principes de l'art d'instruire 

les sourds-muets. In-8,13 p. aris, Hachette. 1865. 
Vaïsse (Léon) . Principe de l'enseignement de la parole 
aux sourds de naissance. Avec une planche, In-8, 22 p. 
Paris, Hachette, 1870 
Vaïsse (Lèon).Simples réflexions sur quelques questions 
de détail dans la pratique de l'éducation des enfants 
atteints de surdi-mutité. Lettre du directeur hc noraire. 
de l'Institution Nationale des sourds-muets à ses 
anciens collaborateurs et confrères. In~8, 24 p. Paris, 
L. Hachette et 0", 1872. 
Vaïsse (Léon). Un document retrouvé et quelques faits 
rétablis concernant l'éducation des souris-muôts en 
France, avec un aperçu de l'état actuel de cette 
branche spéciale de l'instruction publique et l'expres- 
sion d'un vœu à réaliser dans son intérêt. In-8, 15 p. 
Rodez, Ratery, 1876. , 

Vaïsse (Léon). L'éducation des sourds-muets dans les 
institutions départementales. EX. Congrès scientifi- 
que de France, xl Session àRodez. Mémoire, cinquième 
section. In-8, 8 p. Rodez, V fe E. Carrière. 
Vaïsse (Léon). Un premier résultat du congrès interna 
tional de Milan. N Petit in-8, 4 p. ConseillerrMessager 
des sourds-muets. Bulletin des écoles janvier 1881 . 
Vaïsse (Léon.) La méthode italienne. Petit in-8, 28 p. 

Bulletin des écoles, juin à octobre, 1881. 
Vala<Je-Gabel(J-J). Rapport sur un plan de nomencla* 
ture générale appropriée à l'enseignement des sourds 
mjaets. In-8, 23 p. Paris, Plassant et C l <=, 1831. 
Valade-Gabel ( J- J.). Lettre au rédacteur du Sourd-Muet 
et de V Aveugle, à Bruges. In-8, 7 p. 1837. 



— 133 — 

Valade-Gabel (J-J.). Le petit livre des sourds-muets. 
Lectures à la portée des commençants. In-3, 12 p. 
Paris, imprimé par les élèves de l'institution. Mars, 
1838. 

Valade-Gabel (J-J.). Rapport sur un projet de vocabu- 
laire illustré. Mémoire autographié, 12 p. 1838. 
Spécimen de vocabulaire illustré, 8 p. (autographié , 

Valaie-3ab3l (J-J) Premier mémoire sur cette question 
Quel rôle l'articulation et la lecture sur les lèvres 
doivent-elles jouer dans l'enseignement des sourds- 
nïuets. ln-8, 38 p, Bordeaux, H. Gazay, 1839. 

Valaie-Gib3l (J-J). Sur le langage naturel dont les 
sourds-muets font Usage. In-S, 8 p. Bordeaux, H. 
Gazay. 

Valade-Gabel (J- T .). Discours prononcé à l'occasion de 
la distribution dss prix, in-S, 4 p. août 1839, Bordeaux 
BiU.'iï. 3). 

Valade-Gabel(J-J.). Discours prononcé sur la tombe de 
H.-C. Guilhe, le 24 avril 1842. in-8, 4 p. Bordeaux' 
Lavigne. 1844. 

Valade-Gabal (J-J). Notice sur la vie et les travaux de 
Jean Saint-Sernin, premier instituteur en chef de 
l'institution royale des sourds-muets de Bordeaux. 
în-8, 20 p. avec portrait. Bordeaux, Lavigne, 1844. 

Valade-Gabs^J-J.). De l'insuffisance du temps accordé 
aux sourds-muets pour leur instruction et des moyens 
d'y remédier. Discours. In 8, 8 p. Bordeaux, Durand, 
1845. 

Valade-Gabsl(J-J.). Delà conduite àtenir avec les sourds 
muets après leur sortie de l'école. Conseils à leurs 
familles. Discours. In-8, 12 p. Bordeaux, Durand, 
1846. 

Valade-Gabel(J-J.). Péreire et de l'Épée. Discours, In-8, 
14 p. Bordeaux, Durand, 1848. 

Valade-Gabel ( J-J.)De la situation des écoles de sourds 
muets. In-8, 15 p. 1851. 

Valade-Gabel(J-J). A Monsieur le président et à Mes- 
sieurs les membres de l'Académie Impériale de 



— 134 — 

médecine, ln-8, 4 p. Paris, Thunot et C* 1853. 2"« 
lettre à l'Académie Impériale de Médecine, ln-8, 4 p. 
Paris, E. Thunot et Cie. 

Valade-Gabel (J-J), Nouvelles étrennes de l'enfance. 
Petites lectures illustrées, ln-12, xm et 159 p Paris, 
Roret, 1853. 

Valade-Gabel ("J,).Mèthodeàla portée des instituteurs 
primaires pour enseigner aux sourds-muets la langue 
française sans l'intermédiaire du langage des -signes. 
ln-8, lxxvi et 400 p. Paris, Dezobry et Magdeleine, 
Roret, 1857. 

Valade-Gabe\(J-J.). L'enfant ne saurait-il apprendre à 
parler sans l'intervention des signes? Réponse à un 
examen critique du rapport de M. Franck, membre 
de l'Institut, s,ur la méthode intuitive pour enseigner 
la langue française aux sourds-muets, ln-8, 16 p. 
Paris, Crête 1802. , 

Valade-Gabel (J-J.)- Des signes méthodiques etdes signes 
dits réguliers. Réponse aux observations publiées au 
sujet du rapport de M. Franck, membre de l'Institut, 
sur les méthodes d'enseignement en usage pour 
instruire les sourds-muets, ln-8, 15 p. Paris, Juin. 
1862. 

Valade-Gabel ( J-J.). Guide des instituteurs primaires pour 
çommencerl'éducation des sourds-muets. ln-8, 101p. 
Paris, Tandou et Cie, 1863. 

Valade-Gabel (J-J.), Le mot et l'image. Premier livre des' 
sourds-muets. Partie du maître' ln-8, 26 et 84 p. 
Partie de l'élève, in-8, 101 p. Paris, F. Tandou et Cie 
1863. 

Valade-Gabel (J-J.). De la situation dès écoles de sourds- 
muets non subventionnées par l'État (1868) ln-8, 71 p - 
Bordeaux, C. Gounouilhou, 1875. 

Valade-Gabel (J-J.). La parole enseignée au sourd-muet. 
Cours de phonomimie. Recueilli et publié par A. 
Valade-Gabel. ln-12, 84 p. Paris, Ch. Delagrave, 
1878. 

Valade-Gabel (J-J.). et A. Valade-Gabel. Plan d'études. 



— 135 — 

Programme de l'enseignement pour les écoles de 
sourds-muets* non subventionnées par l'État. Tn-12, 
101 p. Paris, Ch. Delagrave, 1876. 

Valade-Gabel (J.J.)- Des faits à l'idée. 6 me édition. In 12, 
vin et 152 p. Paris. Ch. Delagrave, 1880. 

Valade- 'abel ( J-J.)- V. Ad. Bélanger. Etude Bibliogra- 
graphique, etc. 

Consulter : P. Valat. Notice biographique sur 
J.-J Valade-Gabeh 

Valade-Gabel (A.). De l'importance de la lecture pou r 
l'instruction des sourds muets. Discours. Inr8, 12 p. 
Paris, Boucquin» 1863. 

Valade-Gabel (A.). Historique de l'art d'apprendre aux 
sourds-muets la langue écrite et la langue parlée, par 
Hervas y Panduro. Traduit de l'espagnol 'et annoté 
par A.. Valade-Gabel. ln-8,vi et 56 p. Paris, Ch. Dela- 
grave, 1875. 

Valade-Gabel (A.). De l'importance de la composition 
pour l'instruction des sourds-muets. Discours, ln-8, 
20 p. Paris, Boucquin, 1879. 

Valade-Gabel (A.)'. La parole enseignée au sourd^muet 
etc. {V, J,J. Valade- G abeL) 

Valade-Gabel (A.). Plan d'études, etc. (V. J-J. Valade- 
Gabel.) 

Valade-Gabel (A.). V. Ad. Bélanger. Etude Bibliogra- 
phique, etc. 

Valade (Rèroi). Essai sur les' mesures législatives à 
provoquer pour étendre à tous les sourds-muets de 
la France le bienfait de l'éducation. In-8, 67 p. Bor- 
deaux, H. Faye, 1845. 

Valade (Rémi). Etudes sur la lexicologie et la grammai- 
re du langage naturel des signes suivi de : De l'in- 
fluence de l'audition sur les destinées humaines. 
Discours, lh-8, xv et 29 p. Paris, Ladrange, D. 
Guillemot, 1854. 

Valade (Rémi). Essai sur la grammaire du langage 
naturel des signes à l'usage des instituteurs de sourds- 



— 136 — 

muets avec planches et figures. Iu-8, xvi et 128 p. 

Paris, Roret, D. Guillemot, 1851. 
Valade (Rémi). D9 quelques préjugés relatifs aux sourds 

de naissance. Discours, In-8, 23 p. Paris, Boucquin, 

1856. 
Vâlade (Rémi). Ds l'origine du langage et de l'influence 

que les signes naturels ont exercée sur sa formation, 

Discours. In-8 V 40 p. Paris, Boucquin, 1866. 

Valat (P.). Notice, biographique sur J.-J. Valade-Ga'beL 
ln-8, 40 p. Paris, E. Pion et Cie, 1882. 

Valette (J.). Origine de l'enseignement des sourds-muets 
en France, ln-12, 35 p. Toulouse, J.Pradel et Blanc. 
186 1. 

Van Schelle (Lècn). Résumé analytique des travaux du 
troisième Congrès international pour l'amélioration 
du sort des sourds.-muets tenu à Bruxelles du 13 au 18 
août 1*83. Précédé d'un aperçu sur l'origine des con- 
grès internationaux pour l'améliorai ion du sort des 
sourds-muets et des résolutions prises par les congrès 
de Paris et de Milan, ln-8, 42 p. Bruxelles, Hayez, 
1883. 
'arsovie [Institution dé). Institut des sourds-muets et 
des aveugles de Varsovie. In-S, 50 p. Varsovie, 
Institut des sourds-muets. 1878. 

Vingtrinier (Aima). Le* élèves sourds-muets de M. 
Hugentobler et la société d'éducation de Lyon. In-8, 
10 p. Lyon, 1878. 

Vive (P.). Les instituteurs de l'école nationale des 
sourds-muets de Bordeaux, etc. ( V. Saint-Semin). 

Vive (P.). Cause célèbre, sourd-muet de naissan ce cou 
vaincu d'avoir contrefait des assignats au crayon et 
à la plume. Défendu par P. Vive, second instituteur 
des sourds-muets, devant le tribunal criminel du 
département de la Gironde, séant à Bordeaux (28 
prairial, an m), ln-8, 24 p. Paris, Morin, 1796. 

Vive (P.). Dissertation sur les délits des sourds et muets 
Bordeaux, 1803. 

Volquin (H.) Surdi-mutité, Exposé de quelques fait» 



— 137 — 

relatifs à la question pendante devant l'Académie 
Impériale da Mi lapine lu S, 31 p. Paris, J.-B. Chai 
vet, 1853. 

Volquin (H.) Essai sur les moyens de donner gratuite- 
ment aux sourds-muets, l'éducation intellectuelle et 
agricole, ln-8, 47 p. Paris, J.-B. Chalvet, 185 . 

Volquin (H.) L'Impartial. ( V. Impartial.) 

Voyage de S.M.l. Joseph 11. dans différents pays, p. 48. 
Visite de l'empereur à M. l'abbé de l'Épée. ln-8, 114 
p. 1781. 

W atteville (Ad. ).Rapport à son Exe. le Ministre de 
l'Intérieur sur les sourds-muets, les aveugles et les 
établissements consacrés à leur éducation. In-4, 43p. 
Paris, Imprimerie Impériale, 1861. 

Wilborgne (Ch.). Dactylographie, ou sténographie des 
doigts. Extr. des Annales de l'éducation des sourds» 
muets et des aveugles par '5, Môrel, ln-8, 8 p. Paris, 
1817. 

Zurich {Institut de). L'Institut des aveugles et des 
sourds-muets depuis sa fondation jusqu'à la fin de 
l'année 1834. Rapport présenté par M. Henri d'Orelji, 
traduit de l'allemand, par. Mousson. In-8, 94 p. 
Zurich, 1835. 

(Fin) 



Ad. Bélanger 

Professsur-Biblioth: ciire 
a l'Institution Nationale de Paris 



— i3g — 



REVUE DES JOURNAUX ETRANGERS 



1° Organ dôr T?aubstuiflmen-Aûstaltéii< Le n* 7 publie 
un rapport de M. Hechler, membre de la chambre des 
députés hessois, fait â la suite d'une proposition très- 
importante de M. Vogt: que l'enseignement des en- 
fants sourds-muets soit obligatoire et la durée du 
cours d'enseignement de huit ans. M. Hech'ei* prétend 
que le gourvemement hessois a porté tous ses soins 
sur ce qui concerne l'enseignement des sourds-muets, 
susceptibles de culture intellectuelle et recommande 
aux autorités scolaires de faire tous leurs efforts afin 
que chaque sourd-muet soit envoyé dan9 une institu- 
tion pour y être élevé. Afin que les frais d'éducation 
ne soient pas pour les parents un prétexte de priver 
d'instruction leurs enfants sourds-muets, l'Etat se char* 
-ge des 3/4' et les parents ou la commune d'un quart. La 
commission chargée d'examiner la proposition de M. 
Vogt, trouve inopportun de forcer les parents à en- 
voyer leur enfant dans une institution et de blesser par 
là leurs sentiments naturels ; tout ce qui pourrait être 
fait sous ce rapport, dit-il, est de faire comprendre aux 
parents la nécessité et l'utilité d'envoyer leurs enfants 
dans un établissement. 

Concernant la seconde partie de la proposition, c. à. 
d. de|fixer la durée du cours d'enseignement à huit ans, 
la commission trouve qu'elle mérite d'être prise en con- 
sidération. Le rapporteur termine son travail par les 
propositions suivantes ; le gouvernement grand-ducai 
est prié: 

1° d'introduire dans les établissements des Sourds- 
Muets, le plutôt possible, un cours d'enseignement d'au 
moins 7 années. 



— 139 — 

2' de recommander aux autorités cantonales de char- 
ger la caisse cantonale des frais d'éducation des enfants 
des parents pauvres. 

3° de ne pas donner suite à la proposition du député 
Vogt, concernant l'enseignement obligatoire des Sourds- 
, Muets. 

Il est très regrettable qu'il y ait eu dans la commis- 
sion des hommes ne comprenant pas l'importance 
de la question. 11 y a malheureusement des parents 
qui ont un amour aveugle pour leurs enfants sourds- 
muets et qui méconnaissent leur véritable intérêt. En 
ce cas c'est un devoir pour le gouvernement de forcer 
par la loi les parents à envoyer leurs enfants dans un 
établissement. L'enseignement obligatoire est une né- 
cessité pour tous lesenfants et surtout pour les enfants 
sourds-muets ! 

M. Keruer termine dans ce numéro son intéressant 
article sur Hill et Vatter, qui mérite sous tous les 
.rapports d'être lu et étudié, 

Le n° 8 publie le protocole de la 21 m0 conférence 
des instituteurs wurtemgeois et badois qui eu lieu à 
Mesbourg sur le lac de Constance les 13, 14 et 15 Mai 
de cette année. 

M. Hoffmann (Ratibor), le physiologiste de la langue 
par excellence, donne un intéressant article sur la 
prononciation de l'allemand à Ratibor. 

Le même numéro publie le. programme du congrès 
de& instituteurs allemands des sourds-muets qui aura 
lieu à Cologne les 21, 25 et 26 Septembre. 

2° Blaetter fiir Taubstummenbildung. 

Les numéros 14 et 15 commencent à publier des pen- 
sées sur l'enseignement de l'articulation par Huschens, 
un article fort intéressant sur le livre de Deschamps, 
De l'éducation des Sourds-Muets par Werner (Stade) 
sur l'origine des langues par P. Odelga, de la pratique 
pour la pratique par Hilger ; du Nord et du Sud par 
Franke. Tous ces articles offrent un grand intérêt. 



— 140 — 

Dans le N°16, Lube (Berlin) parte de la conception 
des idées chez les Sourds-Muets et de leur enseigne- 
ment nous y trouvons des idées fort juste, et Hus- 
chens donne la suite de son intéressant article ; Des 
pensées sur l'enseignement de l'articulation. 

Dr C. Renz 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



FRANCE 



Adrien Curniè, Etude sur l'institution nationale des sourdes- 
muettes de Bordeaux. 1786-1889 ,In-8. 110 p, Bordeaux. 
R. Coussau et F, Coustalat, 1889. 

Nous parlions, il y a quelque temps, des noces 
d'or d'une de nos institutions françaises, celle de Poi- 
tiers. Trois de nos écoles auraient déjà pu fêter leur 
centenaire: Paris, 1760; Anger3, 1777 et Bordeaux, 1786 

Une notice sur l'institution d'Angers a été publiée 
dans cette Revue et nous venons de recevoir de M 
Adrien Gornié une étude fort intéressante sur celle de 
Bordeaux. 

Cest l'histoire du bien accompli pendant un siècle par 
cette institution, l'une des meilleures de notre pays; nos 
confrères y trouveront des renseignements de toutes sor- 
tes bien classés-, l'ouvrage d'ailleurs est publié, avec l'au- 
torisation de M. le Ministre de l'Intérieur. Nous félicilon s 
bien sincèrement l'auteur de son travail qui montrera 
une fois de plus le bien accompli par nos institutions 
françaises fondées sous l'inspiration du vénérable abbé 
de l'Épée. 

Nous allons le parcourir très rapidement. 

C'est d'abord une vue de l'institution. 



— 141 — 

Le personnel actuel de l'Institution de Bordeaux à la 
tête duquel se trouve le sympathique directeur M. Max 
Cavé-Esgaris. Le personnel enseignant comprend 27, 
dames de Nevers sous la direction de la Supérieure M m « 
Angélique Camau. Une commission consultative de six 
membres. 

Origine de Vinstitution. Fondée en 1786 par Mgr 
Champion de Cicé, archevêque de Bordeaux avec M. 
l'abbé Sicard pour Directeur et Saint-Semin comme 
instituteur. 

Administration de la maison. Commission adminis- 
trative, puis un directeur avec un conseil de surveil- 
lance depuis 1811 une commission consultative rem- 
place le conseil. 

L'Institution de Bordeaux est réservée aux jeunes 
filles sourdes-muettes. Septembre 1859. Un tableau in- 
dique le nombre des élèves présentes à l'institution le 1 er 
Janvier chaque année depuis 1787 jusqu'en 1889. Le 1 er 
Mai 1889 ce nombre était de 220. Depuis 1786 jusqu'à nos 
jours l'institution de Bordeaux a reçu 1.696 élèves. 

Méthode d'enseignement. Saint-Sernin, Valade-Gabel, 
introduction da la méthode instuitive. 

Le cours d'études était alors de 6 années, sous la di- 
rection actuelle, il est porté d'abord à 7 puis à 8 années. 

Articulation. En octobre 1865, M. Fourcade de Tou- 
louse, un précurseur, mort depuis dans la misère, donna 
avec l'autorisation du ministre de l'intérieur des leçons 
d'articulation au corps enseignant, à partir de 1868 
l'articulation est enseignée dans chaque classe et au mois 
d'octobre 1879, un an avant le congres de Milan la mé- 
thode orale pure est introduite dans l'institution de 
Bordeaux. 

Un tableau annexé à ce chapitre indique depuis 1840 
jusqu'en 1849 et de 1879 à 1889, année par année le nom- 
bre des élèves renvoyées et les causes du renvoi. Au lieu 
d'augmenter, le nombre des renvois a diminué depuis 
l'introduction de la nouvelle méthode. 



^ — ,142 — 

Classe enfantine, Nous nous, proposons de revenir sur 
ce sujet dans un prochain numéro. 

Enseignement professionnel. Peu de Sourdes-Muettes 
se marient elles doivent gagner leur existence, aussi 
elles apprennent à l'institution tout ce qui concerne 
la couture, le repassage, les mieux douées le dessin, la 
peinture sur porcelaine. 

Le chapitre suivant donne des Renseignements sur 
les ancienne» élèves sorties depuis 1859. Renseignements 
les plus curieux : sur 500 élèves, 37 se sont mariées, 129 
sont dans leur ta mille, les àulrés subviennent à leurs 
jesoins par leur travail et exercent toutes sortes de 
métiers. 

Asile de Bordeaux fondé en 1851 par les dames de 
Nevers, il renferme aujourd'hui 29 anciennes élèves de 
l'institution Nationale. 

IJ Asile de Bourg ia Reine en compte 7 venant de 
Bordeaux. 

Etablissement, typographique de MM. Firmin Didot 
et C ie à Mesnilsur l'estrée {Eure). Depuis 1879 cet. inter- 
nat dirigé par des religieuses reçoit d'anciennes élèves 
de l'Institution qui sont aujourd'hui au nombre de 12. 

État sanitaire. —Cause des décès. Inutile de dire 
que la santé des élèves est l'objet des soins constants de 
l'administration et que .l'état sanit'aii-e y est excellent. 
Sur 140 décès survenus de 1839 à 1889, Afl sont dus à 
la phtisie. 

Surdité congénitale, surdité accidentelle. Sur 805 
élèves sorties depuis 1859 ou présentes aujourd'hui 453 
seraient sourdes de naissance soit une pi'oportiôn de 
56 Oft)- • 

Les chapitres suivants donnent des renseignements 
fort intéressants: sur les influences héréditaires, l'influ- 
ence dis mirlzgis çonsinguins, tes cas multiples de 
surdi-mutité. 

Vient ensuite l'horaire des élèves, les dépenses annuel* 



— 143 ^r 

Içs et subventions de F Etat depuis 1832, le prix de re- 
vient dic'iiq i?éiè03sn 1887. Environ 818, 76. Le bud- 
get de IS89: subvention de l'État lia. ODD Fi\ Recettes 
totales 19L9D), 6>. Dépende* ordinaires 189. 482, 39. 

Pour terminer l'ouvrage, les listes: des instituteurs 
en chef et Directeurs* Des supérieures, des membres de 
la, commission administrât ioe, de la commission de 
surveillance^ de la commission consultative, et une étu- 
de sur les bâtiments reconstruits de 1862 à 1870 et qui 
sont aujourd'hui très bien aménages. 

Ad. B. 



INFORMATIONS ET AVIS DIVERS 



Institution Nationale de Paris. — La distribution des 
prix aux élèves dé l'institution Nationale a eu lieu le 
5 Août dernier a 3" heures de l'après-midi, sous la 
présidence de Monsieur Marguerie, conseiller d'Etat, 
Président de la Commission Consultative de l'Institu- 
tion Nationale, assisté de M. „Eug. Péreire, Président 
deïaC ie Transatlantique et Membre de la Commission. 
Consultative et de M., le D r . Regnard, Inspecteur Général 
au Ministère de l'Intérieur; Ml de Saint-Sauveur, chef de 
Bureau au Ministàre . de l'intérieur,, tout Je personnel 
administratif et enseignant de l'institution avait pris 
placé sur l'estrade, Une assistance nombreuse et sym- 
pathique remplissait la salle élégamrnant décorée. 

M. André, professeur était chargé du discours d'usa-. 
ge, il avait pris comme sujet : L'utilité et la nécessité de 
la lecture chez nos élèves. Dans un discours, aussi 
élégant dans la forme qu'intéressant au fonds, M. 
Marguerie parie de la part prise par l'Institution de 
Paris à l'exposition de 1889. Nous, reviendrons sur 



— Ht — 

ces discours dans un prochain numéro. Des exercices 
d'élèves ont précédé la distribution des prix procla- 
més par M. le Censeur. 

Monsienr le Président annqnce les distinctions 
qui viennent d'être accordées à deux professeurs de 
l'institution par M. le Ministre de l'Instruction pu- 
blique : M. Coldefy professeur honoraire est nommé 
officier de l'instruction publique et M. Huguenin pro- 
fesseur de dessin est nommé officier d'Académie. 

Avant de lever la séance, M. Javal, directeur pré- 
sente à l'assistance M. Eug. Péreire, nouvellement 
nommé membre de la Commission Consultative. M. 
Eug. Péreire, vient de faire don au musée scolaire 
de l'école, du modèle de YEugène Péreire de la C* 
Transatlantique. M. Javal rappelle que l'abbé de l'Epée 
et J. R. Péreire- l'aieul du Président de la C ie Transatlan- 
tique étaient contemporains; s'ils n'étaient pas d'accord 
sur la méthode à suivre, leurs discussions coutoises se 
tinrent toujours sur un terrain purement scientifique, 
l'un comme l'autre ont droit à notre respect. 

La rentrée des classes est fixée au Lundi 7 Octo- 
bre 1889. 

Ad. B. 



Institution Nationale des sourdes-muettes de Cham- 
béjry. — La distribution des prix des jeunes sourdes- 
muettes de l'Institution Nationale de Chambéry a eu 
iieu dans le couvent du Sacré-Cœur le lundi 5 Août 
â 5heures du soir. Monsieur Forest, ' Vice-Président 
de la commission des sourds-muets, occupait la place 
d'honneur à la demande de monsieur Baudart, 
Directeur. L'Assistance n'était pas nombreuse, 
mais compétente. Une des plus grandes sourdes- 
muettes s'est avancée au milieu de la salle et 
après avoir distribué les programmes de la fête a 
exposé â voix haute et distincte le sujet de la petite 
représentation et a remercié ces Messieurs de leur 
bienveillant intérêt. 



— 145 — 

Le trait connu des lanternes de Falaise a été mis en 
scène par toutes les enfants. 

Il était divisé en plusieurs actes dont voici les prin- 
cipaux: Promenade nocturne dans l'obscurité accom- 
pagnée de fâcheux incidents ; puis, après ordonnances 
réitérées du Maire et criées dans les rues par l'adjoint 
promenade avec lanternes garnies de bougies non- 
allumées, et enfin promenade avec lanternes resplendis* 
santés. Le tout s'est terminé chez Monsieur le Maire par 
une visite de remerciement. 

Après la Distribution des Prix M. le Président a témoi- 
gné toute sa satisfaction pour les progrès sensibles qu'il 
avait été heureux de constater chez les enfants et a re- 
mercié en son propre nom, au nom de l'Assistance et au 
nom du Gouvernement ajoutant: par l'articulation ces 
jeunes sourdes-muettes nous comprennent se font com- 
prendre; j'ai pu îuger de cela en plusieurs rencontres 
dans le courant de cette année; par vos soins elles sont 
donc rendues à la famille et à la Société. 



Institution d'Elbeuf. — Le .30 Juillet, V Institution 
des sourds-muets des deux sexes, que dirigent avec 
tant de dévoûment et de succès M. et M me Gapon, célé- 
brait sa fête annuelle : la distribution des prix. 

M. Duprey, premier adjoint au maire "d'Elbeuf, prési- 
dait. L'affluen,ce était aussi nombreuse que sympathique, 
car tout le monde ici aime M. et M m * Capon. 

Trois élèves ont joué une petite comédie : Le Déjew 
ner au restaurant et la Promenade, qui met en scène 
les merveilleux résultats obtenus à l'école. 

Ensuite les lauréats ont été proclamés. Nous citerons 
parmi les plus souvent nommée MM 11 " Berthe Godefroy, 
Georgette Leclerc,Gabrielle Bardin, Louise Espinasse, 
MM. Depitre, Bourdon, Lemoine, Lebrun, Letellier, 
Lesueur, Hamon, Lequeux, Turquin. 



- 146 — 

L'élève Bourdon a reçu.la prix offert par M. Maille, 
conseiller général, au plus méritant. 

On a fêté tous ces enfants si dignes d'intérêt et on a 
acclamé leurs maîtres en souhaitant à l'école toute la 
prospérité qu'elle mérite. 

Journal de Rouen 



Institution de Lyon. — La distribution des prix aux 
sourds-muets, élèves de l'institution HugentÔbler avait 
Heu hier devant une assistance nombreuse 
_ Sur l'estrade, étaient présents MM. ; Martin», vice-: 
président du conseil de préfecture , Bonnaud et Mille- 
ron, conseillera généraux ; Barnoud; ma : ire> de Villeur- 
banne ; Péchoud et BurlaUt, conseillers municipaux. de 
la même commune; Viàl, percepteur ; Meynard, Bertho- 
let, Perrinet Lévy, administrateurs ; Codgèrij président 
de l'Union Chorale ; Létïévant, juge de paix de Villeur- 
banne ; Enou, professeur à la Faculté de droit^etc. 

La fanfare de Villeurbanne ouvre la séance, puis M. 
Martin prononce un excellent discours, dans lequel il 
se déclare heureux d'avoir été choisi par M. le préfet 
pour présider. cette fête. 

Il constaté les résultats obtenus depuis- l'abbé de 
l'Epée. Ceux qui les ont obtenus méritent les éloges et 
les encouragements du gouvernement: de la Républi- 
que. 

M. Fabre, vice-président du conseil administration, 
remercie M, le préfet, le conseil général p% jl,es;,rqpr:ésenT 
tants des conseils municipaux de Lyon, et de Viilleur- 
banne. 

Les donateurs fondateurs ont en ce jour, la.seuje ré- 
compense qu'ils puissent ambitionner, ils ont sous leurs 
yeux le spectacle du bien accompli. 

Il établit la situation morale et financière de. l'institu- 
tion ; le nombre des élèves est en progression sur léa 
années précédentes.. En 1888, leur nombre était de 53 : 



- 147 — 

il est cette année, dé" 61. Dans ce nombre figurent trois 
boursiers de l'État. 

Il termine en louant] le zèle des professeurs qui» 
sous la direction de M. Hugentobler, ont fait preuve du 
plus grand dévouement. 

Après uu chœur chanté avec ensemble et talent par 
l'Union chorale, ont lieu les. exercices des élèves. 

C'est une chose merveilleuse que de voir ces jeunes 
enfants affligés de la plus triste des infirmités humaines 
prononcer distinctement des mots, dès phrases, et ré- 
pondre aux questions posées par le professeur. Parmi 
les jeunes garçons- surtout le résultat obtenu est sur- 
prenant. 

Les exercices terminés. M. Enon prend la parole-. 

L'honorable conférencier a rappeïé les phases par 
lesquelles est,passée l'éducation-des sourds-muets. 

Il a' constaté le chemin accompli : depuis le jour où 
l'abbé de l'Kpée créason ingénieuse méthode, 

Aujourd'hui, grâce à des novateurs qui furent à l'ori- 
gine traités en ennemis, la situation s'est eneore.amé;- 
Uorée; tes sjurds-muets, qui étaient des déshérités de la 
nature, sont devenus des citoyens pouvant, comme tous 
les autres, être utile â leur pays. 

L'institution Hugentobler a été une des premières à 
préconiser la nouvelle méthode ; que les plus sincères 
remerciements lui soient adressés, elle a été k la péîne, 
il est juste qu'ellesoit à l'honneur. 

Cette conférence, très applaudie, a été suivie de la 

distribution des prix que chaque élève vient chercher à 

l'appel de son nom et, pendant, que la Fanfare exécute 

un dernier, morceau, la foule se retire favorablement 

impressionnée. 

Le Lyonnais 



Distinctions honorifiques. — À la demande de M. le 
Directeur de l'Institution Nationale de Paris, M. le Mt- 



— 148 — 

nistre de l'Instruction publique sur la proposition de 
M. le ministre de l'intérieur, vient de nommer Officier 
de l'instruction publique M. Coldefy ancien professeur 
à i'institution Nationale de Paris et aujourd hui profes- 
seur honoraire. M. le Ministre de l'Instruction publique 
vient également de conférer les palmes d'officier d'aca- 
démie à Monsieur Huguenin professeur de dessin à 
l'Institution Nationale de Paris depuis une trentaine 
d'années. 

Nous offrons toutes nos meilleures félicitations â nos 
excellents collègues. 

Nous venons également d'apprendre la distinction 
flatteuse dont a été l'objet un ancien élève de l'institu- 
tion Nationale de Paris. M. Cochefer, artiste dessina- 
teur a reçu le 14 Juillet dernier les palmes d'offlcier 
d'Académie M. Cochefer est le sympatique président de 
la Société d'Appui fraternel des sourds-muets de France, 
et l'auteur d'un projet de monument à l'abbé de 
l'Epée que l'on peut remarquer dans l'exposition de 
l'institution Nationale de Paris. 

Ses nombreux amis seront heureux de se joindre à 
nous pour lui offrir toutes leurs félicitations. 

Ad. Bélanger 



Revue de la Société des Etudes Historiques. — 
Nous trouvons dans le numéro 7 de la 54 année de cette 
publication page 505 h 512. un compte rendu très com- 
plet de la 3' année de la Revue Française par notre 
Savant confrère M. Montaudon. 

Nous le remercions bien sincèrement de ses aimables 
appréciations; en faisant connaître les méthodes ac- 
tuelles employées dans notre enseignement spécial, il 
rend service à la cause de nos malheureux élèves, aussi 
lui en sommes nous tout particulièrement reconnaissant. 

L'Imprimeur- Gérant , Eug. BELANGER rue Stint-Jisqae» »tj, Pari» 



REVUE FRANÇAISE 
de l'Éducation des Sourds-Muets 
5 m é anuite. N» 7 Oct bre 1889. 



DOCUMENTS OFFICIELS 

PROGRAMMES D'ENSEIGNEMENT 

DE L'INSTITUTION NATIONALE DES SOURDS-MUETS DE PARIS 
APPROUVÉS PAR. LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR 

le 13 juillet 1889 



PREMIERE ANNEE 

1 Examen de l'état physique et intellectuel de l'élève 

II. Période préparatoire 

Éducation de la vue et du toucher; préparation de 
l'appareil vocal. 

1° Imitation des mouvemerts du corps, des différentes 
attitudes et des divers jeux de la physionomie. 

2° Imitation des mouvements et des positions des 
organes vocaux. 

3° Lecture synthétique sur les lèvres de quelques 
mots : noms d'objets; petits ordres ; noms des élèves de 
la classe et de leurs maîtres. 

4° Education du toucher. 

5° Exercices de respiration. 

111. Phonation. 

1° Gymnastique vocale [vib rations labiales et linguales, 
balbutiement, etc.). 
2° Provocation de la voix. 
3° Correction des défauts de voix. 
4° Utilisation et développement du sens de l'ouïe. 



— 150 — 

IV. Articulation et lecture sur les lèvres 
Enseignement des sons; syllabation. 

1° Émission des voyelles et articulation des consonnes 

2° Syllabes simples directes et inverses (pa, ap,...\. 

3° Syllabes répétées (papa, papapa,..,). 

1° Syllabes complexes (pla. stro,...). 

5° Groupes bisyllabiques, trisyllabiques. etc. 

6° Lecture, sur les lèvres du maître, de sons, de syl=- 
labes et 1e mots. 

7° Indication, sur un tableau contenant uniquement 
les éléments enseignés, des lettres représentant les sons 
syllabes et mots prononcés par le professeur. 

8° Exercices, lecture sur les lèvres d'un camarade. 

9° Écriture, sous la dictée, de sons, syllabes et mots. 

10° Lecture de sons, syllabes et mots écrits. 

11° Principaux équivalents graphiques d'un môme son 
(f ^= ph, o = au, eau). 

12° Diphtongues. 

V. Nomenclature 

1° Mots courts, faciles à lire sur les lév res et articuler 

2° Expressions simples correspondant aux premiers 
besoins de l'élève. 

3° Enseignement, en présence de l'objet, de 50 à 100 
substantifs pris dans la nomenclature de i™ année. 

a. Lecture sur les lèvres et articulation de ces noms. 

b. Désignation des objets par l'élève. 

c. Nommer les objets présentas par le maitre et écrire 
leurs noms. 

d- Lecture de ces noms écrits. 

e. Emploi de l'article singulier avec les noms dont la 
lecture sur les lèvres et la prononciation seraient déjà 
parfaitement assurées. 

V 1 . A rithmétique r 
Enseignement des dix premiers noms de nombre. 



Ecriture. — Dessin élémentaire. — Exercices ma- 
nuels. — Gymnastique.. 



— îei 



Nomenclature de première année 



L'eau . 
L'oie. 
Le cou. 
Le couteau. 
Le chat. 
Le chapeau. 
Le chou. 
La poche. 
Le seau. 
Le sou. 
La soupe. 
Le coq. 
Le doigt. 
La, vache. 
La bouche. 
Le café. 
La toupie x . 
Le képi. 
La tête. 
La pêche. 
Le bateau. 
L'oiseau. 
La chaise. 
La bougie. 
Le chocdlat. 
La cage. 
La baguette 
Jje gâteau. 
La balle. 
La poule. 
Le lit. 
Le sel. 
La salade. 
Le lait. 
Le balai. 
L'œuf. 
Le brauf. 
Le beurre 
Le cheval 
Le poêle. 



Le rat. 
Le râteau. 
La carafe. 
La cai otte. 
La poire. 
La porte. 
Le tiroir. 
L'ardoise. 
Le verre, 
La fourcnette. 
Le béret. 
La pomme, 
La pomme de terre- 
Le marteau. 
Le chameau, 
Le mouchoir. 
La mouche. 
Le miroir. 
La chemise. 
La noix. 
Le nid. 
Le canif; 
L'âne. 
Le nez. 
La cerise. 
Le banc. 
Le tambour. 
La jambe. 
L'orange. 
La langue, 
Le bouton- 
Le savon. 
Le cochon. 
Le poisson. 
Le mouton. 
Le torchon. 
Le pantalon. 
L'éponge. 
Le pain. 
Le vin. 



La main. 
Le lapin. 
Le raisin. 
Le* singe . 
La fontaine. 
Le pied. 
La pierre. 
Le papier. 
Lecahier. 
Le soulier. 
La soupière. 
L'assiette. 
La serviette 
La noisette. 
Le lion. 
Le chien. 
La viande. 
L'abricot. 
Le plat 
Le placard. 
Le tableau. 
La table. 
Le bras. 
Le fromage. 
La cravate. 
La craie. 
La brosse. 
Le livre. 
La prune. 
La plume. 
Le porte-plume. 
La blouse. 
Le front. 
L'encre. 
Le crayon. 
L'agneau. 
Le peigne. 
La cuiller. 
La bouteille. 
La bille. 



— 152 — 
DEUXIÈME ANNEE. 

1° Revision du programme de 1" année. Cette revi- 
sion comporte : 

a. La revue complète de? éléments phonétiques. 

6. La correction des éléments défectueux. 

c. L'enseignement des sons qui ne seraient pas encore 
acquis. 

2° Pendant toute l'année, une partie de la classe sera 
réservée/au mécanisme de l'articulation et de la lecture 
sur les lèvres. 

3° Idée de nombre, singulier et pluriel; usage du 
masculin et du féminin. 

4° Exécution d'ordres simples. 

a. Verbes neutres, 

b. Verbes actifs avec un oii plusieurs compléments 
directs. 

c. Verbes neutres suivis d'un adverbe. 

d. Vcrbe.% réfléchis. 

e. "Verbes actifs suivis d'un ou plusieurs compléments 
indirects. 

5° Comptes rendus d'actions au présent et au passé 
indéfini de l'indicatif. 

6° Verbe Avoir; exercices sur la possession. 

7° Verbe Être: exercices sur les qualités. 

8° Forme négative. 

9° Forme interrogative. 

10 9 Transmission d'ordres simples. 

11° Petites propositions à compléter. 

12° Éducation. Profiter de toutes les circonstances 
pour faire naître et développer l'idée du bien et du mal . 

13° Arithmétique. 

a. Numération de 1 à 100. 

6. Petites additions orales, puis écrites. 



Ecrituru. — Dessin élémentaire. — Exercices 
manuels. — Gymnastique. 



— 153 — 

TROISIÈME ANNÉE 
l n Correction et perfectionnement de l'articulation et 
de la prononciation. 
2° Révision du programme de deuxième année. 
3° Extension du vocabulaire suivant les besoins de 
l'enseignement; mots de tous genres amenés par les 
circonstances. 
4° Exécution d'ordres simples. Singulier, pluriel. 
5° Comptes rendus d'actions aux trois temps princi- 
paux et à toutes les personnes. 

6° Coniugaison des verbes enseignés en propositions 
complètes et aux trois temps connus. 

7° Formules interrogatives les plus simples s'appli- 
quant aux ordres donnés et aux actions exécutées. 
8° Transmission d'Ordres. 
9° Transmission de petits récits. 
10° Transmission de questions. 

11° Au courant de ces divers exercices, on enseignera 
l'usage des adverbes et des propositions les plus faciles' 
des adjectifs démonstratifs, des adjectifs numéraux 
ordinaux et des adjectifspossessifs. 

12° Compte rendu des actions -que l'élève fait ou voit 
faire et de celles qu'il afaites ou vu, faire; actions indivi- 
duelles ou générales; distinction du soin ou de la négli- 
gence apportée à leur exécution; leur caractère bon 
ou mauvais. 
13° Petites narrations portant : 
a. Sur les personnes "(leui's qualités, leur défauts), 
o. Sur les animaux les plus connus (leur nature, leur 
emploi.) 
c. Sur les objets'les plus usuels fleurs propriétés). 
14° Questions sur ces narrations. 
15 a Notions sur la division du temps, sur la famille 
les professions et les actions ordinaires de la vie. 

16° arithmétique. — Additions et soustractions parlées 
et écrites . 

Ecriture. — Dessin élémentaire. — Exercices 
manuels. — Gymnastique. 



— 155 — 
CINQUIÈME ANNÉE. 

1° Correction et perfectionnement de la prononcia- 
tion. 

2° Revision des parties importantes du programme de 
quatrième année. 

3° Pronoms relatifs. 

4° Mode indicatif' temps non encore enseignés. 

5° Mode conditionnel: 

6° Conjngaison passive des verbes aux trois temps 
principaux et en phrases complète». 

Conjugaison des verbes irréguliers. 

7° Etude pratique et emploi des prépsitions et des ad- 
verbes non encore enseignés. 

8° Conjonctions simples. . 

9° Développement des formules phrasèologiques au 
moyen des exercices suivants : 

a. Transformer un dialogue en récit. 

6. Transformer un récit en dialogue. 

c. Achever une phrase incomplète. 

d. Rectifier une proposition, -faite sous forme inter- 
rogative, contraire à la vérité ou au bon sens. 

e. Énum^rer les actions qui peuvent émaner d'un 
même agent* 

/. Substituer dans un récit une personne â uue autre, 
en variant le genre, le nombre ou le temps. 

g. Faire une ou plusieurs propositions avec un subs- 
tantif, un verbe ou un adverbe donnés. 

h. Décrire un objet ou une gravure. 

i. Adresser des questions à un camarade sur un objet 
désigné par le professeur, en faisant porter l'interroga- 
tion sur la manière, les qualités, la quantité, la pos- 
session, etc. . . 

j. Rappeler à propos une scène ou un récit. 

h. Réunir plusieurs phrases en une seule au mojen 
des pronoms relatifs, des conjonctions ou des temps 
composés. 



— 154 — 
QUATRIÈME ANNEE 

1° Correction et perfectionnement de la prononciation 

2° Révision du p-ogramme de troisième année. 

3° Idée pratique et emploi des pronoms démonstratifs 
des pronoms possessifs, des adjectifs et des pronoms 
interrogatifs, des adjectifs et des pronoms indéfinis. 

4° Usage comparatif et du superlatif. — Diminutifs. 

5° Emploi des principales conjonctions, de quelques 
adverbes nouveaux et des idiotismes les plus faciles. 

6° Participe présent accompagné de en. 

7° Infinitif présent. — Infinitif passé. 

8° Emploi du présent habituel, du passé récent et du 
futur prochain. 

9° Temps relatifs du verbe au mode indicatif (imparfait 
et plus-que-parfait). 

10° Notions sur les animaux domestiques; les choses 
les plus usuelles et les matières les plus utiles à 
l'industrie et aux arts. 

11° Connaissances pratiques sur la nature, la famille, 
les métiers et les professions les plus connus; outils 
principaux. 

12° Noms abstraits dérivant des adjectifs enseignés. 

13° Arithmétique. 

a. Multiplications parlées ou écrites. 

b. Solution pratique, tant de vive voix que par écrit 
de petits problèmes exigeant l'emploi -d'une des trois 
premières opérations. 

c. Étude des monnaies ; leur valeur. 

d. Donner, par des applications pratiques, la connais- 
sance du prix des choses lés plus communes. 



Ecriture. — Dessin élémentaire. — Exercices 
manuels. — Gymnastique. 



— 156 — 

10° Extention de la nomenclature au moyen d'explica- 
tions : noms génériques ; noms abstraits ; différentes 
acceptions d'un même mot. 

11° Causeries et dialogues variés sur les notions gé- 
nérales et les connaissances pratiques indiquées aux 
programmes de troisième et de quatrième année ; la 
famille, la société et la morale. 

12° Exercices de lecture à haute voix. — Dictiou 
en tenant compte des liaisons et de la ponctuation. — 
Interjections. 

13° Arithmétique. 

a. Développement de la numération. 

b. Nombres entiers et nombres décimaux. 

c. Divisions parlées et écrites. 

d. Applications pratiques des quatre règles. 
14° Géographie' (Programme spécial.) 



Enseignement religieux. — Enseignement profession- 
nel. — Dessin. — Gymnastique. 



. SIXIEME ANNEE. 

1° Correction et perfectionnement de la prononcia- 
tion. 

2° Revision des parties importantes du programme 
précédent. 

3° Emploi du mode conditionnel. 

4° Enseignement du subjonctif. 

5° Conjugaison des différentes sortes de verbes. — 
Tableaux de conjugaisons. 

6° Emploi des principales locutions prépositives, ad- 
verbiales et conjonctives, 

7° Développement des formules phraséologiqnes à 
l'aide des exercices indiqués à l'article 9 du program- 
me de cinquième année. 



— 157 — 

8 a Extention du vocabulaire par la synonymie. — 
Termes génériques. — Classification. — Dérivés. — 
Noms abstraits. 

9° Usage du dictionnaire. 

10° Causeries familières sur les principales découver- 
tes et invention?. — Étendre les connaissances con- 
cernant la famille, la société, la nature, les produits 
de la terre, les manufacture*, les animaux domestiques. 

11° Journal de classe tenu par l'élève. Compte rendu 
de choses qu'il a vues, faites ou lues sur les lèvres. 

12° Exercices de composition sous forme de descrip- 
tion, de narration, de conversation ou de lettré. 

13° Développement des idées morales au moyen du 
dialogue. — Qualités ou défauts. — Penchant d& l'esprit 
et du cœur. 

14° Lecture à haute voix avec explication des mots et 
des faits. 

15° Arithmétique. 

a. Problèmes pratiques et usuels sur les quatre règles. 

&. Notions élémentaires sur le système métrique. 

16° Géographie. (Programme spécial.) 

Enseignement religieux. — Enseignement profession- 
nel. — Dessin. — Gymnastique. 



SEPTIEME ANNEE. 

1° "Correction et perfectionnement de laprononciation. 

2° Revue générale des programmesdes deux dernières 
années. 

3° Grammaire pratique, principaux termes gramma- 
ticaux. 

4° Exercices sur la concordance des temps. 

5° Étendre l'emploi des idiotismes les plus usités. 

6° Lecture à livre ouvert; explication des mots les 
plus difficiles. 



— i58 — 

7° Dialogues entre élèves, parlés puis écrits, sur un 
sujet donné par le professeur. 

8° Exercices épistolaires appliqués aux principales 
circonstances de la vie : les lettres porterons sur des 
sujets tantôt réels, tantôt supposés. 

9° Résumer oralement une lecture faite ; dévolopper 
de même un texte donné. 

10° Explication de quelques proverbes populaires. 

11° Développement des idées morales. — Facultés 
et actes de l'intelligence. 

12° Visite, sous la conduite du professeur, à des 
établissements industriels ; explications préalables et 
explications sur place; comptes rendus oraux et écrits 
de ces excursions. 

13° Arithmétique. 

a. Système métrique. 

b. Idée des fractions les plus' simples. 

c. Problèmes pratiques sur la règle de trois simple et 
la règle d'intérêt. 

14° Géographie. [Programme spécial.) 

15° Histoire de France. (Programme spécial.) 

Enseignement religieux. — Enseignement profession- 
nel, — Dessin. — Gymnastique. 



HUITIEME ANNÉE. 

1° Correction et perfectionnement de la prononcia- 
tion. L3Cture et répétition courantes de phrases dites 
sur le ton ordinaire de la conversation. ■ 

2° Exercices pratiques à l'aide desquels on dévelop- 
pera les parties importantes des programmes précédents. 

3° Revision générale de la conjugaison par l'emploi 
des divers temps du verbe dans de petits récits. 

4° Lectures à haute voix, et explication des mots, des 
phrases et des faits au moyen de questions, de synony- 
mes, de périphrases. 

5° Résumé de lectures ou de récits lus- sur les lèvres- 



— 159 — 

6 6 a. Développer un sujet de narration, de descrip- 
ion ou do lettre. 

b. Lettre de demande, d'envoi, d'affaires, de remer- 
ciements, d'excuses, etc. . . 

— Réponses à ces différentes lettres. 

c. Reproduire une conversation ou l'imaginer. 

A. Établir des comparaisons entre des objets, des lieux, 
des faits, des personnes, des caractères. 

e. Expliquer une maxime, une sentence, un proverbe 
populaire. 

f. Interroger l'élève sur une lecture faite par lui en 
dehors des heures de classe. 

7° Entretiens sur la nature, sur la société et sur la 
morale : Phénomènes principaux, saisons, produits 
naturels. — L'homme et ses besoins ; professions. — 
Relations sociales. — Penchants bo.ns ou mauvais. 

8° Renseignements sur les auteurs des principales 
inventions et découvertes, et sur les hommes illus- 
de la France. 

9° Notions d'histoire naturelle. 

10° Notions de physiaue /thermomètre, baromètre, 
télégraphe, éclairage électrique. 

11° Notion d'hygiène. 

12° Arithmétique. 

a. Problèmes sur le système métrique et la règle 
d'intérêts. 

b. Tenue des comptes déménage. — Devis de travaux 
à faire, vfactures, mémoires. 

c. Mesure des surfaces géométriques : carré, rectan- 
gle, triangle, cercle. Évaluation des volumes: cube, 
cylindre. 

13° Géographie, (Programme spécial. ) 
14° Histoire de France. Programme spécial.) 
15° Droit 1 usuel. (Programme spécial.) 
Enseignement religieux. — Enseignement profession- 
nel. — Dessin. — Gymnastique. 

A suivre 



160 — 



CONGRÈS DE COLOGNE 



L'on sait qu'un congrès général des instituteurs de 
sourds-muets d'A.llemagne vient de se tenir à Cologne 
dans lecaiiM da la dernière semaine du mois de sep- 
tembre. En attendant que nous puissions offrir à nos 
lecteurs un compte-rendu des séances du congrès, nous 
croyons intéressant de mettre sous leurs yeux l'analyse 
raisonnée des mémoires qui ont dû servir de thème 
aux discussions. Cette analyse publiée dans la revue 
allemande "YOrgan" émane -très probablement des 
auteurs mêmes de ces mémoires et~ ne peut, dans tous 
les cas, que rendra Îïdèle:n3nt la physionomie de leur 
travail. 

2* CONGRÈS DES INSTITUTEURS ALLEMANDS DE SOURDS 

MUETS THÈSES DEVANT FAIRE L'OBJET D'UN EXPOSÉ 

A TITRE DE POINT DE DÉPART DE PROPOSITIONS 

A SOUMETTRE A CE CONGRÈS 

I. par M. Ciippers de Trêves 

Le régime de l'internat appliqué aux 3 premières 
années d'éhfdcs. — Scn lut et sen organisatien 

PLAN DU MÉMOIRE 

1 . Il y a lieu de recommander le régime de l'internat 
dans le cours des 3 premières années d'études, au triple 
point de vue : 

des soins matériels à prendre des élèves et de leur 
développement physique, 

de l'éducation, 

du développement du langage. 



— 161 — 

2. Le régime de l'internat doit être organisé de façon 
â maintenir le droit d'inspection du directeur de l'éta- 
blissement, mais sans qu'il soit le moins du monde fait 
appel aux professeurs de cet établissement. 

3. En vue de ce but à atteindre, il paraît nécessaire, 
pour diverses raisons, de rapprocher le plus immédia- 
tement qu'il sara possible l'internat de l'établissement 
d'instruction. 

4. Il convient de confier l'internat soit à une congré- 
gation catholique de femm3s. soit à des diaconesses du 
culte évangèlique. 

5. Le- règlement intérieur et l'horaire de l'internat 
doivent être préparés et arrêtés par le directeur de 
l'institution de concert avec les représentants de la 
congrégation. Ce règlement doit d'ailleurs avoir été 
agréé par les autorités auxquelles l'établissement d'ins- 
truction se trouve soumis. 

II. par M. Vattar de Francfort-sur-le-Mein 

V enseignement du langage dans le cours des 
3 premières années d'études 

PLAN DU MÉMOIRE 

1. Pendant les 3 premières années d'études, il faut, 
en proscrivant les signes d'une manière graduelle et de 
plus en plus complète, amener les sourds-muets par 
l'usage et par l'exercice à l'intelligence de la langue 
parlée élémentaire. Habituer les élèves à éviter les 
signes et à employer la langue parlée, c'est là tout d'a- 
bord le but le plus essentiel à viser, en attendant que 
plus tard nos efforts soient soutenus par une connaissance 
plus mûre que le sourd-muet aura acquise et par sa 
propre volonté. 

2. L'enseignement de l'articulation (1™ année d'é- 
tudes) a pour but principal de donner et de soigner 
l'enseignement de la partie mécanique du langage, c'est- 
à dire l'articulation et la lecture sur les lèvres. Mais i[ 
touche sérieusement aussi â la partie, intellectuelle de 



— 102 - 

l'éducation et doit, en fin de compte, poser la première 
base pour l'acquisition d'un vrai langage expression, de 
la ponspe. 

Les mots exprimant les idées, les phrases doivent être 
exclusivement empruntés à la série des combinaisons 
phonéliques ayant déjà fait l'obiet d'exercices suffisants 
dans la pratique du mécanisme du langage. Leur emploi 
incessamment contrôlé par le maître doit conduire à un 
pouvoir de parler plus assuré. 

3. Le centre de gravité de renseignement élémen- 
taire de la langue (2* et 3" année d'études) se trouve dans 
l'enseignement intuitif ou leçons de choses, enseigne- 
ment qui met l'enfant en connaissance avec ce qui l'en- 
toure conformément au principe : "Procédez du plus 
proche au plus éloigné" et qui lui apprend àse rendre 
compte d'une manière exacte de ses intentions, à penser 
et à juger. Sous le rapport de la forme, les considérations 
qui doivent faire loi sont celles qui tiennent compte des 
besoins de langage de l'enfant. 

4. Ce qu'il y a de plus essentiel dans les connaissances 
provenant de l'enseignement intuitif et réclamées pour 
la constitution systématique du langage élémentaire 
sera offert à l'élève dès le commencement de la 3 e année 
d'études sous la forme de lectures imprimées dont l'usage 
contribue essentiellement à éclaircir et à affermir les 
idées nouvellement acquises dès ce moment. 

5. En sus de l'enseignement par l'intuition et par la 
lecture, il est nécessaire, à raison de la nature du langage 
de nos élèves d'instituer un enseignement spécial des 
formes du langage. L'utilité de cet enseignement s'accroît 
de jour enjour, dans une marche parallèle à celle de l'enr 
seignement par les choses et par la lecture. La somme 
de connaissances acquises aians l'enseignement intuitif 
amènera et appuiera la mise en usage de nouvelles 
formes de langage. L'étude, des formes du langage a 
d'ailleurs l'utilité de faire appliquer sous d'autres points 
de-vue ce qui aura été appris dans d'autres branches 
d'enseignement. 



— 163 -r 

6. Ce qu'on appelle l'enseignement du langage de la 
conversation aura pour but de faire tourner a l'avantage 
de l'élève tout exemple se produisant dans la sphère de 
ce qui l'intèresie, tout phénomène accessible à l'intelli- 
gence de l'enfant. Mais, attendu qu'il est d'expérience 
que ce qui est offert occasionnellement devient rarement 
le point de départ d'un exercice.sufflsant, il faut conseil- 
ler d'utiliser le plus possible l'enseignement méthodique 
des choses et du langage pour développer chez l'élève 
la facilité à s'exprimer par la parole et la satisfaction de 
se servir de la parole dans les relations avec les autres 
personnes. 



III. par M. Heidsiek de Breslau 

L'enseignement de la parole au sourd-tuuet, 
contribution à Céelaircissemznt de points en discussion 

plan" do mémoire 

1. Le sourd-muet est un être créé avectoutes les qua- 
lités caractéristiques de l'humanité, doué de raison, ca- 
pable de s'élever de la connaissance du monde extérieur 
à la connaissance du monde, intérieur dans la mesure 
où celui-ci est accessible à ses sens. 

2. La possibilité de concevoir l'idée intuitive dû 
monde intérieur au moyen de la parole et de penser 
avec des mots est interdite ou sourd r muet de naissance* 
C'est la langue des signes qui coirespond à sa nature 
intellectuelle et physique et quand l'école allemande de 
sourds-muets s'efforce, par des motifs pratiques, de 
donner artificiellement aux sourds-muets notre langue 
parlée, il est à considérer que, pour le véritable sourd- 
muet, il n'y a pas de mouvements acoustiques mais 
seulement des mouvementé discernables par l'œil et par 



— 164 - 

le toucher et que, pour cette raison, le langage articulé 
n'a point dans la bouche du sourd-muet la valeur d'un 
langage de sons, mais seulement celle d'un langage de 
signes absolument artificiel. 

3. L9 langage étant constitué par un élément interne 
et par un élément externe, l'enseignement de la langue 
se divise conformément à la nature des choses 
en enseignement des idées 
et enseignement des formes 
et bien (jue ces deux élêmaats se présentent en con- 
nexité l'un avecl'âutre, il y a, poua atteindre le but le plus 
proche en telle ou telle circonstance, adonner la prédo- 
minance à différents degrés tantôt à l'un, tantôt â l'autre 
de ces mêmes éléments. 

4). Quoique l'on s'efforce d'appliquer sans altération la 
méthode allemande à tous les sourds-muets, la pratique 
et la théorie se réunissent pour nous apprendre que 
lorsque cette expérience se fait avec des sujets faible- 
ment doués, il ne faut pas compter sur les résultats 
auxquels on pourrait s'attendre avec d'autres élèves. En 
ce qui concerne ces sujets faiblement doués nous croyons 
être autorisés à formuler les demandes suivantes : 

1° On doit les instruire dans notre langage de mots 
aussi bien sous la forme du langage articulé que sous 
celle de langue écrite. 

2° Nous devons pour ces élèves renoncer à la perfec- 
tion phonétique et grammaticale du langage et leur 
permettre l'usage des signes naturels. 

3° Pendant la période au cours de laquelle la langue 
parlée ou écrite ne sert pas encore de moyen d'enseigne- 
ment etn'est elle-même qu'un objet d'enseignement, les 
signes doivent être exclus en tant qu'objet d'enseigne- 
ment et employés seulement comme moyen d'enseigne- 
ment. 

4° La langue parlée,- les signes et l'écriture doivent 
prendre dans l'enseignement une place dont l'importance 
respective est à régler. 



— 1C5 — 

IV. par M. Bludau de Berlin 

Renseignement du dessin dans les institutions 
de sourds-muets 

PLAK DU MÉMOIRE 

I). Il faut, pour renseignement du dessin dans les 
institutions de sourds-muets, un règlement unique établi 
d'après les prescriptions ministérielles du 2D mai 1887 
concernant l'impulsion à donner à cet enseignement 
dans les écoles primaires. 

2)., Au point de vue éducatif comme au point de vue 
pratique, l'enseignement du dessin a plus' d'importance 
encore pour les sourds-muets que pour les enfants»douês 
de tous leurs sens et réclame par conséquent des soins 
d'autant plus grands. 

3). Pour répondre aces exigences plus grandes, il faut 
que les maîtres qui se consacrent à l'enseignement du 
dessin portent intérêt à cette branche d'enseignement 
et possèdent eux-mêmes à un degré convenable l'habi- 
leté à dessiner. 

4. Le point de vue du. langage devant toujours 
préoccuper au conrs des discussions, lorsqu'il s'agit de 
l'enseignement à donner aux sourds-muets» il convient 
de réclamer énergiquement pour que les professeurs de 
dessindans les institutions de sourds-muets soient en 
même temps professeurs dé sourds-muets. 

5. L'enseignement du dessin dans les institutions de 
sourds-muets doit commencer âla 2° année d* études. On 
doit donner pour base à son organisation le « Guidepour 
l'enseignement du dessin dans les écoles primaires de 
Prusse par le ZF Stuhlman et le diviser en 3 degrés : 

dessin au quadrillé 

dessin libre d'images tracées sur une surface plane 

dessin libre d'après nature. 



— 166 — 

Y. par M. Heinrichs de Briihl 

Peut-on, dans renseignement donné aux sourds- 
muets exclure absolument les signes? 

PLAN DU MÉMOIRE 

1 . Les signes naturels sont sans danger pour l'instruc- 
tion intellectuelle et pour l'enseignement du langage. 
On ne pourrait même les exclure complètement de 
l'instruction des sourds-muets sans préjudiciel* à la 
formation du caractère et à l'éducation de la volonté. 

2. En tant que les signes font obstacle à l'enseigne- 
ment de la langue parlée et présentent- des dangers sous 
ce rapport, il faut les combattre résolument et avec 
persévérance, sans faire tort à des buts plus élevés. 

3. La proscription absolue des signés ne doit pas être 
considérée comme la caractéristique essentielle de la 
méthode allemande pour l'instruction des sourds-muets. 

VI. par M. Flicth de Briihl 

L'enseignement des métiers pour les garçons dans 
nos institutions de sourds-muets 

PLAN DU MÉMOIRE 

1 . L'organisation de l'enseignement professionnel est 
aujourd'hui encore à l'état d'objet d'étude. 

2. Le tableau que fout du but et des avantages.de 
l'enseignement des métiers les partisans de cet ensei- 
gnement est eu grande partie exagéré. 

3. Le travail manuel offre pourtant pour les garçons 
des avantages multiples et pratiques. Il a tous les avan- 
tages que présente toute occupation utile et prévient les 
inconvénients moraux qu'enfante le désœuvrement. 

4. L'enseignement professionnel est désirable et doit 
même être regardé comme un besoin pour nos grands 
internats. 



— I6T — 

5. En ce qui concerne les externats établis dans les 
petites localités où les nourriciers exercent la profession 
de jardiniers on de cultivateurs, il n'y a pas un besoin 
pressant d'ateliers. Tout au plus peut-on les recomman- 
der pour occuper certains élèves pendant l'hiver. 

6. Dans les externats de grandes villes, l'enseigne- 
ment des métiers peut être d'une utilité considérable. 

7. Les personnnes chargées de l'enseignement des 
métiers pour nos garçons sourds-muets doivent être des 
maîtres habiles soutenus par une surveillance qu'exer- 
ceront des professeurs de so x urds-muets familiarisés 
avec les principes méthodiques de l'enseignement. 

VII. par M. Knauf de Berlin 

Comment Von éveille et Von fait progresser l'intérêt 
des sourds-muets pour notre langage 

PLAN DU MÉMOIRE 

1. Nous éveillons l'intérêt en nous efforçant dès le 
commencement d'acheminer l'élève vers l'intelligence 
claire des perceptions, des idées et de leur représenta- 
tion parle mot' et la phrase. 

2. On tend principalement à ce but de l'intelligence 
claire à donner quand on suit dans l'enseignement de la 
langue les moyens naturels d'acquisition du langage. 

3. Ces moyens naturels coïncident avec les lois qui 
régissent la pensée et qui sont l'intuition, la déduction, 
la logique élémentaire. 

4. Nous faisons progresser l'intérêt en poursuivant 
l'enseignement delà langue, au moins dans les 4 pre- 
mières années d'études, sur la base de l'intuition immé- 
diate et à l'exclusion de tout moyen artificiel (signes, 
images etc). 

5. Nous faisons progresser l'intérêt en bornant l'en- 
seignement à ce qu'il y a de plus indispensable, de 
manière à ne créer aucune surcharge pour les forces de 
l'intelligence. 



108 



VIII. par M. Frielingsdorf de Bruhl 

Sur futilité des images dans l'enseignement des 
■sourds-muets 

PLAN DU MÉMOIRE 

A. Généralités 

1. Les images peuvent rendre de bons services dans 
l'enseignement comme permettant 

de reproduire des perceptions déjà éprouvées,, 
de faire naître de nouvelles idées, 
de constituer des réprésentations dégroupes pour 
des exposés ultérieurs 

2. En présence de la réalité, l'image a de grands 
inconvénients. Aussi faut-il donner une préférence 
abso^e à l'objet en nature ou au fait réel toutesles fois 
qu'on peut le présenter à l'élève. 

3. Le modèle en relief constitue un moyen beaucoup 
plus parfait de donner l'intuition que ne le fait l'image et 
doit par conséquent être préféré à celle-ci. 

4. Il ne faut point toutefois rejeter absolument 
l'emploi des images dans l'enseignement des sourds- 
muets parce que nous n'avons pas toujours à notre 
disposition l'objet réel ou le modèle en relief. 

Ii. Applications aux dioers degrés de renseignement. 

5. (a) Au degré de l'enseignement de l'articulation' 
il faut toujours associer l'acquisition dû mot à la chose 
elle-même. 

(b) Par suite, on doit choisir la matière de mots 
qui fait l'objet du travail à ce degré des études dans 
l'entourage immédiat de l'enfant et eu égard principale- 
ment à ses besoins de langage! 

(c; Gonséquemment les abécédaires en images sont 
absolument superflus à ce degré. 

(d) Dans des cas rares, les nécessités momentanées 
de l'enseignement peuvent réclamer l'emploi d'une 



— 169 — 

image lorsqu'on ne peut se procurer sur-le-champ 
l'objet en nature. 

6. Au degré moyen, on peut ne point rejeter l'image 
pour l'enseignement intuitif et pour celui de l'histoire 
sainte. La matière de l'histoire sainte se trouve dans une 
sphère d'intuition et d'expérience si éloignée de l'enfan* 
que le langage dont l'élève peut disposer à ce degré 
d'instruction ne saurait à lui seul permettre de faire 
comprendre avec le degré suffisant de clarté les situa- 
tions qui sont en jeu. 

7. Il faut dire la même chose, en ce qui touche le 
degré supérieur pour l'enseignement de l'histoire sainte, 
de la géographie, de l'histoire naturelle et de l'histoire. 

IX par M. Kœler de Schleswig 

Changement de route pour la lecture au degré 
de l'enseignement intuitif 

PLAN DU MÉMOIRE 

1. L'enseignamant intuitif est le fonds, le sol sur 
lequel s'enracine l'enseignement de la lecture. 

2. La matière de langage acquise dans l'enseigne- 
ment intuitif se divise en 2 parties. L'enseignement de 
la lecture ne contribue *en rien à préparer l'acquisition 
de l'une de ces parties. 

3. La partie qui écheoit en même temps à l'enseigne» 
ment de. la lecture est utilisée pour formuler les mor- 
ceaux de lecture qui se trouvent en opposition avec ce 
que sont les livres de lecture parus jusqu'ici. 

4. Les morceaux de lecture doivent exciter l'intérêt 
de? élèves en transportant ceux-ci sur le terrain de leur 
propre vie et de leur entourage. 

5. Par la langue vivante, d'un côté, et, d'un autre 
côté, par la ,connexité logique qu'ont entre elles les 
diverses parties de chaque morceau de lecture, rensei- 
gnement de la lecture se trouve amené à prêter un 



- 170 — 

secours très utile à quelques autres branches de l'en- 
seignement. 

6). Par leur nature même les morceaux de lecture 
conduisent peu à peu à faire des livres de lecture 
composés pour les enfants doués de tous leurs s'ms. 

7). L'enseignement proprement dit de la lecture doit 
commencer avec la mise en usage du temps imparfait 
dans le verbe. 

8). Il est, à proprement parler, indispensable d'asso- 
cier à ces exercices un cours méthodique de formes de 
langage. Cependant les morceaux de lecture peuvent 
permettre de se passer de tout autre ouvrage accessoire 
de grammaire. 

X. par M. Bruss de Kempen 

Dans quelle mesure faut-il admettre dans 
, l'enseignement des sourds-muets le système de 
transmission des élèves de professeur à professeur. 



APPLICATION DE L'ÉLECTRICITÉ 

dans l'Enseignement des Sourds-Muets 



Nous avons reçu et nous insérons avec plaisir la 
communication suivante très intéressante nous don- 
nant la description d'un procédé très ingénieux employé 
à l'institution d'Annonay pour attirer l'attention des 
élèves. Ceux de nos confrères qui désireraient de plus 
amples renseignements pour l'installation de cet appareil 
et son prix de revient pourront s'adresser directement à 
l'institution d\A nnonay. 



— 171 - 



Monsieur le Directeur, 

Nous avons toujours été frappés de ce fait que lorsque 
les sourds-muets ne fixent par leur maître, soit par 
distraction, soit pour réfléchir, soit parce que leur re- 
gard est arrêté sur un livre ou sur un autre objet, il 
est difficile de se mettre en communication avec eux. # 

Il faut se transporter vers eux, ce qui n'est pas tou-r 
jours facile, ou frapper le plancher, ce qui attire inuti- 
lement l'attention de tous, ou se servir d'une baguette, 
ce qui peut ne pas convenir. 

Depuis quelques mois nous nous demandions si l'on 
ne pourrait pas obvier à cet inconvénient. Après avoir 
passé en revue bien de? idées plus ou moins pratiques, 
voici la combinaison très-simple à laquelle nous nous 
sommes arrêtés. 

Nous avons eu recours à l'électricité. 

Sous les pieds de chaque enfant, nous plaçons un petit 
tabouret fixé au sol, mais isolé de lui au moyen de qua- 
tre petits carrés de caoutchouc. 

Les tabourets sont disposés de façon à ne pas toucher 
les pieds du bureau:- ils sont ainsi parfaitement isolés. 

Les pieds de nos enfants reposent sur le tabouret, 
lorsqu'elles sont assises, et on leur recommande de con- 
tinuer d'y appuyer un de leurs pieds, lorsqu'elles sont 
debout. 

A l'exlrémité des bureaux nous mettons une pile élec- 
trique à effet continu ce qui évite toute dépense d'entre- 
tien. 

Sous chaque petit tabouret est disposé un petit appa- 
reil de sonnerie électrique ordinaire, dont le battant au 
lieu de frapper sur un timbre métallique, exerce son 
choc sur un simple morceau dé bois fixé au tabouret. 

Enfin des fils électriques passant sous les bureaux 
relient les appareils à la pile et à une série de boutons 
placés à la portée de la maîtresse. 



— 172 - 

Chaque bureau a son bouton'correspondanf . 

Gela posé quand la maîtresse veut appeler une enfant 
l'arrêter dans sa lecture ou fixer son attention, elle 
touche te bouton qui correspond à son bureau. Aussitôt 
l'élèv&sent une légère vibration et lève les yeux. 

Les tabourets étant isolés du sol et des.pièds du bureau 
les autres enfants ne perçoivent pas la vibration. 

Nous sommes très satisfaits des résultats. 

Nos maîtresses trouvent en particulier cet appareil 
très-commode pour la lecture. II est ainsi très-facile 
en effet de ne laisser passer aucune faute, aucun vice 
de prononoiation. 

Peut-être quelqu'un sera-t-il tenté d'objecter le point 
de vue hygiénique. Qu'on se rassure. Il n'y a aucun in- 
convénient. Les enfants ne reçoivent pas une décharge 
électrique, ils perçoivent une simple vibration du tabou- 
ret, ce qui ne peut avoir aucune fâcheuse conséquence. 

Cette, petite invention nous ayant satisfaits, nous avons 
avons cru devoir vous la faire connaitre. Monsieur le 
Directeur, et par vous à tous ceux qui s'occupent de 
l'éducation des sourds-muets, afin que d'autres puissent 
en profiter, s'ils la jugent comme nous utile et pratique. 

De la part de l'école des sourdes-muettes 

de 1a Providence d'Annonay (Ardêche) 



Nécrologie 

M. Paul Bucquet, inspecteur général honoraire des 
services administratifs au ministère, de l'intérieur, an- 
cien président'de l'Inspection générale des établisse- 
ments de bienfaisance, Commandeur de la Légion 
d'honneur, a succombé à Ris-Orangis <Seine-^et-Oise), 
à une attaque d'apoplexie foudroyante. 
M. Bucquet était âgé de soixante-trois ans. 

(Le Figaro) 

L'Imprimeur- Gérant , Eug. BELANGER rue Saint- «j, Parisjacques 



REVUE FRANÇAISE 
de l'Éducation des Sourds-Muets 
5P* anaft. N» S N -.rembr» 1 



CAUSERIE 



JOSEPH H CHEZ L'ABBÉ DE L'ÉPÉE 

Joseph II, voj'ageant sons le nom de comte de 
Falckenstein, vînt à Paris en 1777. Il y séjourna du 18 
Avril an 31 Mai. La visite qu'il fit, k cette époque, au célè- 
bre instituteur des sourds-muets est un fait connu ; si je 
me propose de le rappeler, c'est uniquement dans le but 
de le debarasser des détails fantaisistes dont on a eu la 
maladresse de-Ie charger et qui, en dénaturent le carac- 
tère simple et grave. 

On comprend à quelleslégendes puériles je faisait usion: 
d'après ce qu'elles rapportent, le comte de Fatckenstein 
aurait fait l'office d'enfant de chœur, àî'église Saint-Roch, 
pendant une messe célébrée par l'Abbé de l'Épée ; c'est 
en sortant de cette église qu'il se serait rendu, en con- 
servant l'incognito, à la maison des sourds-muets; il ne 
se serait fait connaître qu'au moment où il quittait 
l'établissement ; il y serait revenu souvent ; il y aurait 
même amené plusieurs fois sasœurMarie-Àntoînette,etc. 

On s'expliquerait jusqu'à un certain point ces in- 
tempérances dlmagination, si les documents -faisaient 
défaut pour présenter le fait. dans sa réalité. Mais nous 
sommes loin d'une telle pénurie. Nous n'avons, en effet* 
qu'à écouter tout d'abord le narrateur le plus autorisé, 
l'abbé de l'Épée lui-même. Voici ce qu'il raconte page 
221 de son livre : La Véritable manière d'instruire les 
sourds et muets : 



— 174 — 

« Depuis qu'il, a. pi ù à la divine providence de me char- 
ger de l'instruction d'an nombre considérable de sourds- 
muets, la singularité de cette œuvre et. les exercices 
publics de mes élèves ont attiré à mes leçons une afflu- 
ence de personnes de toute condition et de tous pays... 
Mais il était réservé au prince le plus auguste, qui avait 
daigné en être le témoin, dene pas Souffrir que la France 
restàtseuledépositaired'unsecoursdontiesautresnations 
pourraient retirer de grands avantages. 

« Il résolut donc d'attirer le premier et de fixer dans 
ses États un enseignementdont il apercevait la nécessité 
pour un nombre de ses sujets, que son amour paternel 
lui faisait appeler ses semblables (lettre de Joseph II à 
l'instituteur des sourds et muets de Paris); et voici quelle 
en fut l'occasion: 

« Cet' ami souverainement respectable de l'humanité, 
ayant vu par lui-même, pendant deux heures et demie, 
de quoi lès sourds et muets pouvaient devenir capables, 
quand on se donnait la peine de les instruire, ne pensa 
d'abord qu'à une jeune personne de la plus haute nais- 
sance, sourde et muette à Vienne, à laquelle ses parents 
désirarentavecardeur procurer une éducation chrétien- 
ne. 

«Ildemandadonccommenton pourrait s'yprendre pour 
instruire cette jeune demoiselle. Je répondis qu'il y 
avait deux moyens : que le premier serait de la faire 
conduire à Paris où je l'instruirais très volontiers ( gra- 
tuitement, bien entendu) ; mais qu'il y en avait un 
second beaucoup plus simple, qui serait de m'envoyer 
un sujet, intelligent de trente ans ou environ, que je 
mettrais en état de réussir parfaitement dans cette 
entreprise. 

« L'expédientêtaitdBnatufeàètre goûté: aussile fut-il 
sur le champ, d'autant plus qu'il annonçait au prince 
une ressource toujours subsistante pour ceux de se s 
sujets qui étaient réduits au même état d'infirmité ou qui 
le seraient dans la suite. 

« Cet auguste souverain ne fut donc pas plus tôt de 



— 175 — 

retour à Vienne,, qu'il me fit l'honneur de m'adresser 
la lettre suivante. . .» 

Dans cette lettre apportée parTabbé Storch,, l'empereur 
exprimait le vœu que celui-ci. pût. devenir, avec ,les 
leçons de l'abbé de l'Épée, un maître capable de diriger, 
advienne, un établissement semblable à celui de Paris, 
On sait que ce vœu a été réalisé. 

Disons en passant que l'original delà lettre de Joseph II 
se trouve dans les archives de l'institution nationale 
de Paris. 

L'abbé de l'Epée a soin, comme on I*<- vu, de nous indi- 
quer exactement le temps que Joseph II a passé chez 
lui: le monarque y est resté dettqGjJipures et demie. 
L'abbé nous fait connaître, en termes non moins précis, 
l'expédient dont il se servit pour communiquer à son 
visiteur l'idée de lui envoyer une personne qui fût à 
même de profiter de ses leçons. Répandre en tous lieux 
- s améthode, la livrer à qui désirait en acquérir les procé- 
dés telle était la pensée constante du généreux maître. 
Aussi fut-il heureux d'avoir réussi à convaincre Joseph II: 
c'est un résultat immense à ses yeux, il lui suffit, et 
c'est tout ce qu'il veut retenir de la visite impériale. 



On pourrait s'en tenir à ce récit. Cependant je ne pense 
pas qu'il convienne de rejeter absolument du compte 
•rendu de la visite de Joseph II certains traits anecdoti- 
ques ou les détails plus circonstanciés que le principal 
intéressé, exclusivement attentif à la question humani- 
taire, a négligé de consigner parmi ses souvenirs. 

Mais ce n'est pas à notre imagination que nous deman- 
derons d'ajouter quoi que ce soit à cette sorte de procès- 
verbal. Nous préférons consulter les chroniqueurs du 
temps. 



— 176 — 

J'en trouve au moins deux qui paraissent inspirer 
quelque confiance, à cause des soins tout particuliers 
qu'ils ont apportés dans le relevé des incidents qui ont 
marqué le voyagé de l'empereur. 

C'est d'abord l'abbé Duval-Pyran, auteur de l'ouvrage: 
journxjl et anecdotes intéressantes du voyage de M. 
le comte de Falckenstein ; Francfort et lieipsîc, 1777. 

Ce livre fut réimprimé en 1781, sous ce titre: Voyage 
deS. M. I.' Joseph II dans différents pays. 

Dans le Journal, le voyageur est suivi pas à pas, et ses 
moindres déplacements sont notés en quelque sorte 
heure par heure. En voici un extrait: 

« Le 7 mal, il arriva à Paris (de Versailles) à huit 
heures du matin, sortit à neuf, acheva devoir le Louvre, 
fut voir beaucoup d'artistes et dina à l'hôtel de 
Tréville. Vaprès-dinè„Ufut voir Cabbé de VÊpêe, abbé 
qui a le talent de faire parler les muets et entendre les 
sourds. Le soir, il fut à la Comédie et fit visite à Madame 
la princesse chez l'ambassadeur de d'Espagne. » 
. Les mots soulignés par nous prouvent déjà que Joseph 
H ne se rendit pas che? l'abbé de I'Epée immédiatement 
çiprès la messe. 

Il est bien vrai que l'empereur assistait presque 
chaque jour à une messe. On le voit successivement 
aux Carmes, à Notre-Dame, au petit Calvaire, a Saint- 
Sulpice, au Val-de-Grâçe, aux Théatins, etc. , etvaussi, 
une seule fois, à Saint-Roch, le 11 mai, c'est-à-dire 
le quatrième jour après sa visite rue des Moulins. Voici 
d'ailleurs l'emploi de cette journée: 

« Le 11 mai, messe à 9 heures à Saint-Roch; fut voir 
M. Berthoud, horloger de la marine; rentra pour s'habil- 
ler et partit à midi et demi pour Versailles ; revint à 
six heures, etc. » 

La légende de l'enfant de chœur improvisé est donc 
bien enterrée, et, avec elle, celles qui sont relatives à des 
visites réitérées et. à la présence de Marie-Antoinette. 



— 177 — 

La partie ariecdotrque du même livre, venant à la suite 
du Journal, consacre à l'entrevue de Joseph II et de 
l'abbé -de l'Épée une page qui ne fait que reproduire à 
peu près textuellement un passage d'un autre ouvrage 
publié avant celui de l'abbé Duval-Pyran, 

Ce volume, paru au lendemain du départ du souverain, 
est intitulé: Anecdotes intéressantes et historiques de 
V illustre voyageur pendant son séjour à Paris, dédiées 
à la Reine; Liège, Desoer, 1777. lia pour auteur le 
chevalier du Coudray, ci-devant Mousquetaire du Roi, 

La même année, il en parut une seconde édition, 
augmentée et corrigée, à Paris chez Ruault. 

C'est à ce dernier ouvrage que nous empruntous le 
récit suivant: 

« Voici une anecdote, bien intéressante pour les âmes 
sensibles, chère et précieuse à l'humanité, peu connue 
nèanmoins^et que nous nous hâtons de publier ; nous 
avons été chez la personne même pour savoir la vérité 
du fait. 

Notre illustre voyageur ayant oui dire des choses 
merveilleuses du secret admirable de M. l'abbé de l'Épée, 
qui consiste à faire entendre ou plutôt comprendre aux 
sourds de naissance et autres, par des signes et moyens 
presque surnaturels, et même à faire parler les muets de 
naissance et autres, comme l'ont annoncé tous les jour- 
naux, papiers publics, gazettes françaises et étrangères. 
Sur cette brillante réputation que M. l'abbé de L'Épée 
a toujours soutenue, malgré l'envie, notre illustre voyal 
geur, brûlant de s'instruine, fut le trouver dans sa maison 
rue des Moulins, butte Saint-Roch. Il parla longtemps 
avec lui, l'interrogea même sur plusieurs articles avec 
connaissance, et lui demanda s'il n'avait pas quelqu'un 
à qui il confierait çon secret si nécessaire, si utile pour 
l'humanité; l'abbé lui répondit : « Monsieur le Comte 
j'avais demandé au Gouvernement deux hommes capables 
à qui je pusse communiquer mes faibles connaissances 
sur cet objet: ma demande n'a point été accordée: Eh 
bienl répartit notre illustre voyageur, je vais donner 



— 178 — 

desordrespourfairechercheràViennedeuxhommesintel- 
ligents, et je vous les confierai, monsieur l'abbê, pour 
que vous ayez la bonté de les instruire dans vos secrets 
admirables, afin qu'ils puissent Yenir au secours de 
l'humanité dans mon royaume. » M. le comte de 
l'alckenstein se retira et ne voulut pas même que l'abbé 
Faccompagnât, ajoutant ces paroles mémorables:* M. 
l'abbé, votre temps est trop précieux pour le perdre en 
vaines cérémonies, vous en devez compte à Dieu. » En 
•sortant, il laissa sur un coin du bureau de l'abbé l'Épée 
deux rouleaux de 25 louis, pour le soulagement des 
pauvres infirmes ou valétudinaires que le bon citoyen 
le vrai patriote fait élever chez lui, datts sa maison, et 
dont une femme a soin. 

Le lendemain, M. le Comte de Falckenstein envoya 
par son ècuyer à M. l'abbé de l'Épée une tabatière d'or 
avec son portrait en médaillon. » 

L'abbé Duval-Pyran ne s'est pas borné a reproduire 
ce récit, daas des termes à peu près identiques, il y a 
ajouté un incident qui, s'il était vrai, indiquerait que 
Joseph II, loin de se rendre à l'improviste chez l'abbè 
de L'Épée, aurait pris soin de l'informer de sa visite au: 
moins deux ou trois jours à l'avance. Je lui emprunte 
cette anecdote, parce qu'elle est vraisemblable et que 
l'auteur m'affirme, dans sa préface, qu'il a retranché de 
son livre « celles qui ont été désavouées. » La voici: 

« Les talents, les succès et le désintéressement de M. 
l'abbé de l'Epée sont aujourd'hui presque aussi connus 
qu'ils sont utiles. M. le comte de Falckenstein n'a pas 
manqué d'allerlùi payer son tribut d'admiration. M. l'abbé 
donna aux personnes de sa suite l'ouvrage où il a 
développé sa méthode; il joignit. un paquet cacheté 
pour l'illustre étranger, en lui demandant de .ne l'ouvrir 
qu'à Vienne. « Nous sommes à Vienne, » dit M. le Comte, 
et il décacheta. 11 trouva le même livre refié avec ses 
armes en or. Il s'est fait une loi de ne rien accepter de 
e qui s'adresse à l'Empereur, il balança s'il accepterait 



— iy9 — 

le livre. Après un moment de réflexion, il dit: « Ce 
livre est sûrement à moi. puisqu'il porte mes armes. » 



* 



Les détails relatifs au souvenir que Joseph II laissa à 
l'abbé de l'Epée sont confirmés par un autre chroni- 
queuV contemporain, M. Thiéry, dans le Guide des 
amateurs et des étrangers voyageurs à Paris... Paris, 
Hardouin etGattey. 1787. Voici sa relation : 

« Dans la deuxième porte eochère à gauche de la rue 
des Moulins est logé M. l'abbé de l'Epée,"que la religion 
et la charité ont engagé à chercher les moyens de rendre 
à la société des êtres malheureux, que des infirmités 
naturelles semblaient en exclure... 

Ce vertueux ecclésiastique donne des leçdns chez lui 
les mardis et vendredis, depuis 7 heures jusqu'à midi. 

L'empereur Joseph II, pendant le séjour qu'il fit à 
Paris, ayant assisté à une des leçons de cet instituteur 
précieux à l'humanité, lui a fait présent d'une superbe 
boite d'or renfermant une médaille de même matière où 
était son portrait, pour lui témoigner la satisfaction 
qu'il avait de sa méthode. » 



On a répété que Joseph II, surpris de ce que Tabbè de 
l'Epée n'avait pas d'abbaye, lui en offrit une dans ses 
Etats, C'est l'abbé Pauchet, dans l'oraison funèbre de 
Michel de l'Epée, prononcée le 23 Février 1790, qui, le 
premier, fit menti Jn de cette particularité. 

Je crois qu'il n'y a là que la recherche d'un effet ora- 
toire. La preuve en est pour moi dans la réponse 



— 180 — 

trop préparée que l'abbé Fauchet place dans la bouche 
de l'abbé de l'Epée. Je doute surtout que Joseph II 
n*eûtpas senti que son offre aurait eu quelque chose de 
blessant pour son beau-frère Louis XVI. 






Le livre du Chevalier du Coudray enregistre des « "Vers 
à l'occasion de ce que Joseph II a bien voulu honorer de 
sa présence les exercices de» sourds-muets chez l'abbé 
de l'Epée et des bienfaits dont ce prince a comblé ces 
jeunes élèves. »- 

Ces vers, au nombre de quarante, se distinguent par 
un accent hyperbolique qui les rend peut-être curieux, 
mais non meilleurs. Je vous en fais grâce. 

Théophile Demis. 



EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889 



Récompenses décernées aux Institutions Je Sourdi-Mucti 

Grands-prix 

Institution Nationale des sourds-muets de Paris. 
Institution Nationale des sourdes-muettes de Bordeaux. 
Institution Nationale des sourds-muets et des sourdes- 
irruettes de Chambéry. 

Médaillés d'o* 

Collège national pour le» sourds-muets à Washington 
(États-Unis) 



— 181 — 

Collège des sourds-muets de Séville (Espagne). — 
(Cette Institution a obtenu en outre une médaille de 
bronze dans la classe 7 organisation et matériel 
d'enseignement.) 

École des sourds-muets et des aveugles de Tokio 
(Japon). 

Institut des sourds-mnets de Frienisbei'g, canton de 
Berne (Suisse)* 

École des sourds-muets de Rueil (Seine et Oise). 

Société pour l'instruction et la protection des sourds- 
muets, à Paris. 

Médailles d'Argent 

École des sourds-muets de Lj on (Villeurbanne). 
École pour les sourds-muets et les aveugles à Colorado 
(États-Unis). 
Institut des sourds-muets de Moudon (Suisse) 
Institut des' sourds-muets à Anvers (Belgique) 

Médailles de Bronze 

École des sourds-muets de Faribault (Minnesota) 
États-Unis. 
École des sourds muets de Salem (Orégon) États-Unis 



Dans le groupe des Beaux-Arts, classe 3 (Sculpture) 
M. M. Félix-Martin et Paul Choppin ont obtenu une 
médaille de bronze. 



- 182 — 



REVUE DES JOURNAUX ÉTRANGERS 



1° Organ der Taubstummen-Anstalten. Les pre- 
mières pages des numéros 9 de l'Orgau et 17 et 18 des 
Blaetter fur T iubstum<neribil<lung_ donnent les thèmes 
proposés aux .discussions pour le Congiés de Cologne, 
la Revue Françii&z vient d'en publier une excellente^ 
traduction. 

Le N° 9 de l'Organ publie le compte-rendu' de la 8 itm " 
Conférence des instituteurs suisses de Sourds-Muets 
qui a au lieu à ÏÏochdorf-Hphenrain, Cantoride Lucerne, 
les 26, 27 et 28 Mai de cette année. Les thèses 
discutées ofFrent un grand intérêt pour toutes les écoles 
de Sourds-Muets : la première est de Kull (Zur.ich)'- Le 
temps nécassaire pour l'instruction des Sourds-Muets. 
M. Kull est de l'avis et je pense que tout le monde Jui 
donnera raison, qu'il faut au moins huit années scolaires 
pour une instruction suffisante. Il y a malhem^eusement 
encore beaucoup d'établissements de Sourds-Muets, en 
Suisse et en Allemagne qui n'ont que cinq ou six année 3 
scolaires, c'est trop peu pour un enfant sourd-muet- 

Si les gouvernements trouvent qu'il ^faut 8 année» 
pour l'instruction de l'enfant entendant, on doit donc 
s'étonner qu'ils.estiment 5 ou 6 années suffisantes pour 
l'enfant sourd-muet. C'est un devoir sacré pour les 
maîtres de protester énergiquement contre un point de 
vue pareil. 

La seconde, thèse:* L'éducation des enfants sourds- 
muets faiblement doués », fut traitée par Erhard (Saint- 
Gallen) La conférence a décidé que les enfants trop 
faibles pour pouvoir avancer avec la majorité des élèves 
doivent être enseignés séparément d'après la méthode 
orale dans une école à part, et non pas dans une institu- 
tion pour des idiots, et d'après un programme plus 
restreint. Ceux qui ne sont susceptibles d'aucune instruc- 



— 183 — 

tion, sont à placer dans un asile et pas au sein d'un*» 
famille. 

Troisième thèse: « Quelle doit être l'organisation de 
l'institut ion de sourds-muet s par égard à l'éducation et au 
développement intellectuel et physique de l'enfant 
sourd-muet » par Ueberfax à Friuisberg, Canton de 
Berne. 

Quatrième thèse : « Par quels moyens l'on éveille et 
l'on fait progresser chez le sourd-muet l'envie de con- 
verser ; parRoos à Hohenrain (Lucerne). 

K. E. Seh. publie un excellent compte-rendu du livre 
de J. Heidsiek-Breslau : « Le sourd-muet et son langage», 
•livre, qui, "à son apparition, a fait beaucoup de bruit, 
-mais que la critique atout à fait condamné. 

.Au n° 10 de l'Organ, G. Debvis Schleswig traite un sujet > 
qui mérité toute notre attention : «L'organisation métho. 
dique de l'enseignement de l'histoire naturelle dans 
l'école de Sourds-Muets d'après le D r Kiessling et E. 
Pfaly. » 

« Le même numéro publie un article sous le titre: 
L'école, de Sourds-Muets comparée à l'école primaire » 
Comme il n'y a que la première partie, j'en parlerai dans 
le prochain numéro de la Revue. 

2° Blaetter fur Taubstummenbildung. Dans le numéro 
17, M. Huschens publie la suite et dans le numéro 18 la 
fin d'un article sous le titre: « Des penséessur l'enseigne- 
ment de l'articulation », que j'ai déjà mentionné au 
numéro 6 delà Reçue. L'article contient des idées fort 
justes, basâa* sir l'expérience. Hoilmann (Ratibor) 
continue à publier des articles fort remarquables sur 
la phonétique. A Hoffmann revient le mérite d'avoir 
éveillé l'intérêt pour une branche scientifique qui est 
pour le* professeurs de Sourds-Muets de la phis haute 
importance. Il traite dans cet article de la prononcia. 
tion du„G". 

F. Topler parle dans un article de la tâche qui incombe 
au second congrès des instituteurs de Sourds-Muste 



— 184 — 

allemands qui a eu lieu à Cologne au mois de Septem- 
bre. 

Dans les numéros 19 et 20 se trouvent un travail du â 
la plume du D r M. Bruner, directeur de l'institution de 
Sourds-Muets israélites à Vienne, intitulé: « La doctrine 
psychologique de la reproduction et de la perception 
parégard à l'instruction des Sourds-Muets. C'est le 
premier article que M. Bruner publie, et il faut bien 
dire qu'il n'aurait pas pu mieux se faiie connaître que 
par ce travail dans lequel il montre une grande érudition 
et prouve en même temps qu'il est un observateur fort 
intelligent. — B. publie un compte-rendu du congrès de 
Cologne qui se distingue par l'exactitude et la brièveté 
sans avoir omis le moindre fait d'une importance quel- 
conque. 

C. Renz 



DOCUMENTS OFFICIELS 

PROGRAMMES D'ENSEIGNEMENT 

DE L'INSTITUTION NATIONALE DES SOURDS-MUETS DE PARIS 
APPROUVÉS PAR LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR 

le 13 juillet 1889 

(Suite;) 



GÉOGRAPHIE 
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES 

1° L'enseignement, de la géographie sera donné à 
partir de la cinquième année. 

2° On n'oubliera pas qu'il doit concourir à l'étude de 
la langue 

() Voir Revue Française. No précédent- 



— 185 — 

3° L'intelligence des principaux termes géographiques 
sera donnée au fur et à mesure des besoins. 

4° Outre les cartes ordinaires, on emploiera les cartes 
et les globes en relief. 

5° L'élève sera exercé au dessin des cartes principales 
correspondant au programme de chaque année. 

6 e On étudiera plus particulièrement : en cinquième 
année, l'institution, Paris r la France, la Terre ; en 
sixième année la France; en septième année, la France 
et l'Europe, et les autres parties du monde; en huitième 
année, la France politique et administrative. 



PROGRAMME DE CINQUIEME ANNEE 

L'Institution. — Topographie de la classe, du corps de 
bâtiment dont elle fait partie, des cours et jardins de 
l'Institution. — Situation respective des principaux 
corps de bâtiment. — Vue d'ensemble de l'institution. 
Orientation. 

Paris. — Rues qui avoisinent l'institution. —Indica- 
tion et tracé du chemin suivi pour se rendre à un endroit 
déterminé et fréquenté par l'élève en promenade. — 
Principales voies de Paris. — Parcours de la Seine à 
travers Paris. — Ponts prinicpaux. — Situation des 
grandes gares de chemin de fer. 

La France. — Localités avoisinant Paris et connues 
des élèves. Idée du temps nécessaire pour s'y rendre à 
pied et par d'autres moyens, r— Configuration générale 
de la France. — Noms des pays et des mers limitrophes. 
Notions sommaires sur la géographie physique de la 
France'. 

La terre. — Aspect général du globe. — Sa division 
en deux éléments : la terre et l'eau, -r- Montrer et 
nommer les cinq parties du monde. — Principales races 
qui peuplent la terre. — Moyens de communication entre 
les divers points du globe. — Évaluer approximativement 
le temps nécessaire pour effectuer certains trajets 



— 186 - 

donnés en prenant la France pour point de départ. — 
Donner à l'élève une idée de l'étendue de la France par 
rapport à celle des autres pays. 



Programme de sixième année 

Revue générale du programme de cinquième année 
La France. — Situation et bornes. — Mers. — Golfes. 
— Principaux caps. îles, presqu'îles. . — Chaînes de 
montagnes. — Fleuves et rivières : leur source, leur 
parcours, villes principales qu'ils traversent, embou- 
chure, confluents. — Principaux affluents. — Princi- 
paux canaux. — Ports importants. — Départements, 
chefs-lieux et villes principales. — Étiide plus particu- 
lière du département de chaque élève de la classe. Cette 
étude comportera l'explication du nom 'du département, 
des indications sur ses produits naturels ou industriels, 
sur ses curiosités, sur ses personnages célèbres; les 
lignes de chemin de fer qui le traversent/ de petits 
voyages sur ces lignes en partant du lieu de naissance 
de l'élève ou du chef-lieu. — Emploi de l'indicateur. — 
Algérie et Tunisie . 

PROGRAMME DE SEPTIÈME ANNÉE 



Revue général de la France. 

L'Europe. —Bornes.— Division politique. —Capitales 
autres villes importantes. — Principales chaînes de 
montagnes. — Fleuves,— Iles. — Presqu'îles. 

L'Asie. — L'Afrique. — L 'Amérique. — L'Océanîe — 
Situation.. — Grandes chaînes de montagnes. — Fleuves 
les plus considérables. — États importants. — Mœurs. 

Colonies. - Colonies françaises, et grandes colonies 
étrangères; étudier les unes et les autres avec la partie 
du monde où elles sont situées. 



— 187 — 

PROGRAMME DE HUITIÈME ANNEE 

Revue générale des programmes précédents. 

Notions trè? sommaires de cosmographie : mouve- 
ments de laterre et de la lune, pôles, équateur, méridien 
tropiques, saisons, 

La France — France politique et administrative. 

1° La Commune, conseil municipal, maire. 

2° Le Canton, collège électoral des conseillers géné- 
raux et des conseillers d'arrondissement, le chef-lieu 
de canton. 

2° L'Arrondissement, collège électoral des députés ; 
chef-lieu d'arrondissement, siège du conseil d'arrondis- 
sement. 

4° Le Département, collège électoral des sénateurs '» 
chef-lieu du département, siège du conseil général. 

5° L'État. — Pouvoir législatif : Chambre des dépu- 
tés. Sénat. — Pouvoir exécutif: Président de la Répu- 
blique, ministres. — Paris siège du gouvernement : 
fonctionaires et agents de chaque ministère, leur rési- 
dence, en partant des services s'étendant à une région, 
tels que: corpsd'armée, ressorts, académies, préfectures, 
diocèses, etc., et en retournant jusqu'à la commune. 



HISTOIRE DE FRANCE 
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES 



1° L'enseignement de l'histoire de France sera donné 
pendantles deux dernières années du cours d'instruction. 

2° Il débutera par un aperçu des faits contemporains. 

3° Il aura lieu ensuite d'après l'ordre chronologique. 

4° Les leçons seront faites sous la forme expositive, 
puis décomposées par le dialogue. 

5° L'enseignement de l'histoire devra concourir à 
l'étude de la langue et servir à fortifier le sens moral 
chez les élèves. 



— 188 — 

6° Le maître fera chercher ou montrera sur la carte 
les lieux importants mentionnés dans la leçon. 

7° On emploiera des collections d'images représentant 
les costumes, les armes, les productions qui caractéri- 
sent chaque époque. Ce moyen d'enseignement sera 
complété par des visites dans les Musées. 



PROGRAMME DE SEPTIEME ANNEE 

1° La Gaule indépendante. — Les Gaulois, mœurs 
religion, occupations. 

2° La Gaule sous les Romains. — Jules César, Ver- 
cingétorix, civilisation romaine. 

3° Les Mérovingiens. — Glovis. 

4° Les Carlovingiens. — Charlemagne, conquête, 
législation, instruction. 

•5° Les Capétiens. — Hugues Capet, conquête de l'An- 
gleterre par les Normands. 

6° Les Croisades. — Pierre l'Ermite. Godefroy de 
Bouillon, Philippe-Auguste, saint Louis. 

7° La guerre de Cent ans. — Duguesclin. — Jeanne- 
d'Arc. — Armes à feu. 

8° Louis XI. — Les postes, l'imprimerie, les manufac- 
tures, les écoles de droit et de médecine. — Découverte 
de l'Amérique. 

9° La Renaissance. . — François 1". — Les arts, l'in- 
dustrie, le commerce, la marine. 

10° Les guerres de religion. — Catherine, de Médicis 

— La Saint-Barthélémy. — Importation du tabac 
ll^Zes Bourbons. — Henri IV. — Sully; travaux 

publics, agriculture, manufactures, colonies. — Louis 
XIII. — Richelieu; l'Académie française, le Jardin des 
plantes, les Enfants trouvés. — Louis XIV. — Agricul- 
ture, commerce, industrie, marine. — Importation du 
café. — Louis XV. — Importation de la pomme de terre. 

— Invention des ballons. 



— 189 



PROGRAMME DE HUITIÈME ANNÉE 



1° La Révolution, — Louis XVI. — L'Assemblée na- 
tionale constituante. — Prise de la Bastille. — l'Assem- 
blée législative. — La Convention. — Abolition de la 
royauté. — Proclamation de la République. — Mort de 
Louis XVI. — Le Directoire. — Bonaparte, — Premiers 
bateaun à vapeur. 

2° L'Empire. — Napoléon 1 er . 

3° La Restauration. — Louis XVIII. — Les Cent 
jours. — Waterloo. — Charles X. — Prise d'Alger. — 
Révolutionne 1830. 

4° La Monarchie constitutionnelle. — Louis-Phillippe 
1 er . — Conquête de l'Algérie. — Les .chemins de fer, la 
photographie, le télégraphe électrique. — La Révolution 
de 1848. 

5° La seconde République. — Suffrage universel. — 
Le prince Louis Bonaparte, président de la République 

6* Le second Empire. — "Napoléon III. — Guerres de 
Grimée, d'Italie, du Mexique et de Chine. — Travaux 
publics, inventions, expositions. — Isthme de Suez. — 
Tunnel* du mont Çenis. — Guerre franco- allemande. — 
Sedan. 

7° La troisième République. — Le Gouvernement de 
a Défense nationale. — Strasbourg et Metz. — Siège de 
Paris. — L'Assemblée nationale. — Thiers, lemaréchat 
de Mac Mahou, Grévy, Carnot, président, delà Républi- 
bue. — Nouvelles colonies françaises. — Expositions.— 
La phonographe, le téléphone. 



— 190 — 

DROIT USUEL 
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES, 

1° L35 matières du programme de droit usuel seron 
enseignées dans la dernière année du cours d'instrnctiou 
réglementaire. 

2° L'exposé de ces matières devra concourir à l'étude 
de la langue. 

3° Il sera loisible d'intervertir l'ordre du programme 
selon les circonstances. 

4° Les leçons contiendront surtout les indications 
nécessaires sur les formalités à remplir, les démarches 
à faire, les pièces à produire, les agents, les fonction- 
naires auxquels on devra s'adresser dans diverses cir- 
constances de la vie. 

PROGRAMME 

1° Droits civils et devoirs civiques. — Indications som- 
maires . 

2° Les actes de Vétat civil, — Naissance-, mariage; 
décès. Extraits d'actes. Légalisation. Formalités à rem- 
plir Usages religieux. 

3° La ftimille. — Devoirs réciproques des parents et 
des enfants. 

4" La succession. — Les héritiers. 

5° Donations. - Testaments : leur forme. 

6° Actes sous seing privé. — Promesses, engage- 
ments, conventions, ventes, etc. 

7° Contrat de mariage. — Notantes, témoins, inter- 
prètes. 

8° La vente. — Qui peut acheter ou vendre. Les 
intermédiaires légaux: notaire, avoué, commissaire- 
priseur, etc. 

9° Locations. — Bail. Fermier, métayer. Location 
d'une maison, d'un appartement, d'une chambre, etc. 
Payement des termes. Congés. Logements meublés, 
hôtels garnis. 



— 191 — 

10* Domestiques. — Engagement, gages, l'envoi 
départ volontaire. 

11° Ouoriers. — Embauchage. Travail à la journée, 
âlapièïe, à façon, à forfait. Contestations.. Juges de 
paix. Prud'hommes. Experts. 

12° Procurations. — Pour recevoir, acheter, vendre, 
etc. 

13° Assurances. — Contre l'incendié, contre les ac- 
cidents. Assurances sur la vie. 

1 1° L'épargne. — Caisse d'épargne. Rentes sur l'État. 
Actions. Obligations. Rentes viagères. Caisse de retraite 
pour la vieillesse. Placements sur hypothèques. Sociétés 
de secours mutuels. 

15° Crimes, délits et contraventions. — Tribunaux 
compétents pour juger les crimes, délits et contraven- 
tions. Juge d'instruction, interprète, avocat, témoins. 
— Assistance judiciaire. — Acquittement. Condamna- 
tion. Casier judiciaire. 

Approuvé : 
Paris, le 13 juillet 1889 

Le Ministre de l'Intérieur, 

CONSTANS. 



CONGRÈS INTERNATIONAL DES SOURDS-MUETS 



En attendant que nous puissions donner un compte 
rendu des discussions et des résolutions prises chns 
cette assemblée noi^ sommes heureux de pouvoir offrir 
à nos lecteurs les discours d'ouverture de la session. 



— 192 --— 

M. Chambellan, président de l'association amicale des 
sourds-muets souhaita en ces termes la bienvenue à 
M. Hugot, président d'honneur du Congrès : 

Monsieur le Sénateur, 

Malgré vos occupations graves et nombreuses, vous 
avez bien voulu accepter la présidence d'honneur du 
Congrès international organisé par l'Association Amicale 
des Sourds-Muets de France. 

Vous prouvez ainsi vos sympathies pour les sourds- 
muets et votre admiration pour l'œuvre éminemment 
philantropique' de l'immortel abbé de l'Épée. Ils vous 
prient d'agréer l'expression de leur reconnaissance la 
plus vive. 

J'ai l'honneur, Monsieur le Sénateur, de vous présen- 
ter M. Dusuzeau le Président élu du Congrès- élection 
bien méritée par l'activité intelligente-qu'iï a déployée 
en eette circonstance. 

Voici le texte du discours remarquable de M. Hugot : 
Mesdames, Messieurs, 



Le 21 Juillet 1791, l'Assemblée nationale rendait un 
excellent hommage à l'abbé de l'Épée, et inscrivait son 
nom sur le-livre d'or déjà France. 

Elle décrétait, sur un rapport de Prieur de la Marne, 
que son nom serait placé au rang de ceux des citoyens 
qui ont bien mérité de la Patrie et de l'humanité, et que 
son institution serait entretenue aux frais de l'État 
comme un monument digne de la nation française. 

Le Rapport de Prieur quitraçait, en caractères in- 
effaçables, vos lettres de grande naturalisation intel- 



— 193 — 

lectuelle se terminait ainsi : « A votre voix, Messieurs. 
«quatre mille infortunés pourront recouvrer leurs facul- 
« tés et, avec elles, l'usage de leurs droits. Ils redevïen- 
« dront des hommes et des citoyens. » 

En proclamant cette réhabilitation des sourds-muets 
la grande Assemblée ne faisait que traduire dans un texto 
législatif la noble pensée qui, durant son long apostolat, 
avait passionné celui vers lequel convergent aujourd'hui 
vos cœurs reconnaissants. L'abbé de l'Épée, sans parler 
du caractère sacerdotal de son œuvre, avait parfaitement 
compris le parti que la France pouvait tirer de tous ces 
esprits paralysés par un vice de nature originel, et 
s'adressant aux sourds-muets, son regard animé par la 
foi dans l'avenir leur avait dit : Et vous aussi, vous serez 
des hommes ! 

Vous serez des hommes, c'est-à-dire, vous cesserez 
d'être- des organismes incomplets, pour ainsi dire, 
étrangers à la Société humaine", pour devenir des intel- 
ligences appelées, comme les autres à la perfectibilité. 

La prédiction de celui que vous avez nommé, dans un 
langage touchant, votre père spirituel, s'est réalisée au 
delà de toute espérance. 

Grâce à sa méthode perfectionnée par de fervents 
continuateurs de son œuvre, vous avez moissonné à 
pleines mains dans le champ de la science ouvert à votre 
persévérant labeur, et c'est ainsi que vous avez aujour- 
d'hui la satisfacttion de compter dans vos rangs, à tous 
les degrés de l'échelle sociale, dans le monde littéraire, 
scientifique, industriel, dans le monde du travail aussi' 
des hommes qui ont été et qui sont l'ornement de la 
Patrie. 

Compatriotes et étrangers, je vous adresse à tous mon 
salut affectueux. Oui, à l'ouverture de ce Congrès inter- 
national où votre compétence va se manifester dans les 
diverses questions à l'ordre du jour, je vous salue tous' 
Messieurs, comme des frères régénérés, comme nos 
égaux dans la famille humaine. 



— 194 



BIBLIOGRAPHIE INTFRNATIONALE 



ALLEMAGNE 

Hi 11 — Collection de gravures pour l'enseignement des sourds- 
muets. 4me édition, publiée par F. Koebrich. directeur à Weis- 
semfels. Leipzig , chez K, Merseburger. 

Hilt est, sans coniredit, un des maîtres de Sourds- 
Muets les plus distingués de notre siècle. C'est grâce 
à lui qus la méthode d'articulation est arrivée à un si 
haut degré de perfection. Il n'était pas seulement un 
homme éminemment pratique, mais aussi un écrivain 
très fertile. Ses écrits sont très-appréciés et beaucoup 
d'institutions se. servent encore aujourd'hui de ses livres 
d'école, qui presque tous ont vu depuis sa mort de 
nouvelles éditions. Il en est de même de sa collection de 
gravures dont la 4""°' édition vient de paraître. 
Elle a subides transformations fort utiles des gravures 
siirannées ont été remplacées par d'autres plus modernes 
et mieux faites, et certaines d'une valeur douteuse ont 
été exclues. La collection de gravures à l'usage des 
"écoles de Sourds-Muets par llill est l'une des meilleures 
qui existent -et je crois pouvoir la recommander bien 
vivement à tous les établissements 

C. Renz 



FRANCE 

Sourds-muet^ de Currière. Distribution des prix, 31 juillet 
1889. Discours sur l'éducation parle T. R. D. Hilaire de Paris. 
In-8, 27 p Currière, imp. de l'école des Sourds-muets, 1889 

Fondée et entretenue par les R. P. Chartreux, c'éiait 
aussi sous la présidence du R. P. procureur de la gran- 
de Chartreuse que se tenait la fête annuelle de la distri- 
bution des prix, le Sl.juillet dernier. 



— 195 — 

Les exercices de paroles ont particulièrement inté- 
ressé l'assistance, le compte rendu nous en donne la 
nomenclature : les élèves de le Année récitèrent la Sa- 
lutation angélique, ceux de 3 e année donnèrent des ex- 
ercices classiques et la scène du Paysan normand» 
enfin ceux de cin |uiême année une comédie très amu- 
•sante : Le Conseil de révision. 

Attirons aussi l'attention de nos confrères snr l'excel" 
lent discours du P. Hilaire qui nous donnait il y a quel- 
ques années un discours sur la Parole et a traité aujour- 
d'hui de l'éducation au point de vue général. 



INFORMATIONS ET AVIS DIVERS 



Une fête de sourds-muets . — Très curieuse fête 
avant-hier chez Dehouve, avenue de la Grande-Armée. 
La société d'appui fraternel de France, exclusivement 
composée de sourds-muets, offrait un banquet à son 
président- fondateur, M. Gochefer, nouvellement promu 
officier d'académîe. 

M. Gochefer est, parait-il, le dixième sourd -muet, 
décoré en France. 

La société fêtait aussi l'accroissement de son capital 
qui, de 10 francs à la fondation (1881) s'est élevé â 10,000 
francs. 

Au dessert, des discours ont été mimés par MM. 
Gaillard, Coche fer, puis des toasts ont été portés au 
Président de la République, à M. Ducoudray, député de 
la Nièvre et président d'honneur de la Société, et à M. 
Albert Pétrot, conseiller municipal. 



— 196 — 

Au Champagne, les dames sourdes-muettes/très jolies, 
ma foi, ont présenté à M. Cochefer un magniffque bou- 
quet surmonté des palmes académiques. 

(Le Radical) 






Le Centième anniversaire de la mort 
de l'Abbé de l'Épée 

Nous apprenons que le lundi 23 décembre prochain, 
jour du centième annivei'saire de la mort de l'abbé de 
l'Épée, l'Institution Nationale des Sourds-Muets se 
rendra en corps à l'église Saint-Roch pour déposer une 
couronne sur la tombe du fondateur de l'Institution. 

D'autres couronnes seront également portées par les 
élèves de l'Institution de Paris au nom de différentes 
école? et notamment de l'Institution des Sourds-Muets 
de Rio de Janeiro, conformément au désir de l'Empereur 
du Brésil . 



Nous prions nos lecteurs de prendre note de la 
nouvelle adresse du Directeur de 1 1 Revue Française 
et d'envoyer désormais toutes les communications, à 
M, Ad. Bélanger, 13, rue Méchain. Paris. 

* "■' .'i - ■ . ■ — - 

L'Imprimeur- Gérant , Eug. BELANGER rue Saint-Jacquts aij, Paris 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muets 

5"" année. N» 9 Décembre 1889. 



CAUSERIE 



Les Sourds-Muets en France au XVI" Siècle 



Lorsqu'on cherche à déterminer l'époque des 
premières éducations de sourds-muets en France, on 
commence par citer un arrêt du parlement de Toulouse 
du 6 août 1679, qui a validé le testament olographe 
d'un sieur Guibal, sourd-muet de naissance. Ce sourd- 
muet savait lire et écrire. On en a conclu qu'un maitre 
spécial avait dû lui donner des leçons. 

L'opinion est soutenable, je l'ai déjà dit, et je continue 
à regretter que le nom du maitre ne soit pas parvenu 
jusqu'à nous. 

A supposer que ce nom vînt à être découvert et que 
l'on fût convaincu qu'il existait au moins un instituteur 
de sourds-muets en France, au milieu du 17" siècle, 
serait-il Raisonnable d'en déduire qu'il a pu y avoir 
chez nous d'autres maîtres avant lui ? 

Ma foi/j'étais disposé, hier encore, à admettre cette 
hypothèse'; je ne m'y hasarderais plus aujourd'hui. 

Ce qui me la fait écarter, c'est une indication que 
m'apporte un petit opuscule qui vient de me tomber sous 
la main, et qui m'édifie complètement sur l'idée qu'avaient 
nos ancêtres des facultés intellectuelles du sourd-muet. 
Idée aussi déplorable, aussi barbare qu'elle était fausse. 



— 108 — 

On est effrayé à la pensée que, dans l'espace de vingt 
siècles, l'humanité n'était pas arrivée à effacer les 
cruelles erreurs d'Aristote. 

Voici le titré de mon livre : 

« Question vulgaire. Quel langage parleroit un 
enfant qui n'auroit jamais ouy parler. » 

Voici le nom et les qualités de l'auteur: 

« Laurent Joubert, conseiller et médecin ordinaire 
du Roy et du Roy de Navarre, premier Docteur régent, 
Chancelier et Juge de C Université en médecine de 
Montpelier. » 

Ce discours, qui se trouve ordinairement à la fin d'un 
volume intitulé : Erreurs populaires au faict de la 
médecine et régime de la Santé, a paru pour la première 
fois à Bordeaux, en 1578. 



* 
* 



Nous ne suivrons par l'auteur dans les considérations 
théologiques ou simplement philologiques qui visent 
l'objet principal de sa dissertation : l'origine du langage. 

Nous ne nous arrêterons qu'aux passages incidemment 
relatifs aux sourds-muets. 

Apre i avoir réfuté Saint-Augustin, Joubert s'exprime 
ainsi: 

«... La parole procède totalement d'une science 
ou discipline, laquelle on comprend parle moyen de 
l'ouye. Tellement qu'il est impossible qu'an sourd 
de naissance, pzrséoérant en sa surdité, sache 
jamais parler, combien que sa langne et les autres parties 
à ce ordonnées soyent très bien composées. La parole est 
discipline, non moins que la musique : l'une et l'autre 
apprises par l'ouye. » 

11 n'est question jusqu'ici que de l'impossibilité de 
rendre la parole aux sourds-muets. Aussi n'y a-t-il pas 



— 199 — 

lieu de s'appesantir sur une erreur d'autant plus excusa- 
ble, en ce temps là, que la majorité des Français la 
partagent encore en cette fin du 19* siècle. Cependant nous 
ne saurions négliger de faire remarquer que l'assertion 
de Joubert se produisait, en France, au moment même 
ou Pierre de Ponce enseignait l'articulation à des 
sourds-muets, en Espagne, et quelques années après les 
lumineuses réflexions de l'italien Jérôme Cardan. 



Poursuivons notre lecture. L'auteur démontre assez 
facilement, vous le pensez bien, que le sourd de naissance 
est nécessairement muet ; puis, renversant la question, 
il se demande naïvement « Si pareillement le muet de 
nature (â raisonde quelque défaut en sa langue ou ez 
autres parties requises au parler) est conséquemment 
sourd. » 

Il se donne alors le plaisir de démolir la réponse 
affirmative de Lactanee Firmian, qui n'est à ses yeux 
qu'un « grossier anatomiste » Il ne ménage pas davan- 
tage Alexandre Aphrodisien qui a cependant répondu 
négativement, mais, paraît-il, en employant de pitoyables 
arguments. 

En résumé, Joûbert conclut gravement que « Celuy 
qui est muet de naissance par l'imperfection de salangu 
ne sera pas sourd pour cela : non plus que si à un beau 
parleur on arrachoit la langue; ainsi voit-on journée 
leinent ceux auxquels on l'a coupée n'ouyr pas moins 
pour cela, », 

A distance, ces raisonnements nous paraissent pnérils 
et certes nous ne les aurions pas relevés, s'ils n'avaient le 
mérite de nous renseigner exactement sur l'état, à cette 



— 200 - 

époque lointaine, de la question de la -surdi-mutité en 
France. 



Mais voici qui est plus grave. Joubert poursuit sa 
conclusion. 

« On poarrait icy répliquer que c'est autre chose être 
mutilé de sa langue après la nativité et d'y avoir quelque 
imperfection de nature, comme aussi nous voyons que 
ceux qui sont devenus sourds par accident de maladie 
ne perdent lé parler, combien que les sourds de naissance 
soyent muets nécessairement. Mais il suffit pour asseurer 
nostre première proposition, de la mutité suivant la 
surdité naturelle, que les sourds par accident sont de là 
en avant ineptes à autres langages nouveaux, si ce n'est 
par le moyen "de l'écriture, à i.r quelle encore a esté 
autrefois nécessaire Vouyr. Car comme ainsi soit que la 
lettre escrite. est le vicaire de la parole, il est impossible 
qu'on scache escrire ou entendre t'escritwe, sans 
avoir jamais ouy. » 

Ainsi, le texte du jugement est bien précis: le sourd- 
muet de naissance est fatalement condamné à une 
ignorance absolue: il ne saura jamais ni écrire, ni 
lire. Quant au sourd par accident, il saura faire usage 
de l'écriture, mais à la condition qu'il ait pu acquérir 
ce moyen de communication dans le temps où il jouissait 
delafaculté d'entendre. C'estpour lui, sous une apparence 
de concession, la même sentence que pour le sourd de 
naissance. 

Voilà toute l'estime qu'on avait pour les sourds-muets 
en l'année 1578, dans ce pays où, deux siècles plus tard, 
vivait le plus glorieux de leurs instituteurs. 






— ^01 — 

Les appréciations qu'on vient de lire ne sont pas du 
premier venu. Joubert était un médecin célèbre. Son 
livre notait pas une œuvre à tomber; immédiatement 
dans l'oubli : on l'imprimait à Paris en même temps 
qu'à Bordeaux ; on le réimprimait à Paris en 1587, à 
Rouen en 1601, à Lyon en 1608 et en 1626, etc. ... et, je 
le constate avec une certaine mélancolie, on le rééditait 
encore en 1686. Ce livre vivait donc depuis plus de, cent 
ans, sans qu'une réfutation, basée sur des faits, ou 
simplement philosophique, fût venue détruire son 
odieuse doctrine ! . . . . 

Mais on était au seuildu 18 e siècle. Déjà le sonrd- 
muet Etienne de Fay, bien que modestement confiné 
dans sa petite classe d'Amiens, protestait, par l'étendue 
de ses connaissances, contre de barbares préjugés. 
Rodrigue Péreire devait faire revivre, dans un cercle 
malheureusement encore trop restreint, les merveilleux 
procédés de l'école espagnole. Enfin allait apparaître 
la grande et noble figure de Michel de l'Épée, le véritable 
rédempteur, celui-là, dessourds-muetsdumondeentier... 

Et voilà comment mon petit livre du médecin 
ordinaire du Roy, après avoir joui d'une existence de 
centenaire, n'est plus aujourd'hui qu'une curiosité 
bibliographique. 

Théophile Denis 



— 202 --• 



RAPPORT DE LÀ COMMISSION ROYALE ANGLAISE 



Depuis longtemps, nous avons annoncé à nos lecteurs 
que le Gouvernement anglais avait nommé une 
commission chargée d'étudier la question des sourds- 
muets et des aveugles. (Voir Revue Française, 2 e année 
N» 3, Juin 1886 p. 70). 

Cette commission qui avait pour président Lord 
Egerton of Tatton et pour secrétaire M. Charles. Er I). 
Black; après avoir visité les principaux établissements 
spéciaux de France et d'Europe et réuni des éléments 
d'information de toutes les parties du monde, vient de 
publier son rapport dont nous donnons ci-dessous les 
conclusions. 

Conclusions du Rapport de la Commission royale 

Les recommandations adoptées à l'unanimité sont les 
suivantes : 

Nous recommandons : 
. 1° Que les lois d'instruction soient applicables aux 
sourds-muets et que des mesures soient prises pour 
obliger ces enfants à suivre les cours d'une école ou à 
entrer dans une institution jusqu'à l'âge de 16 ans. 

2° Que si le nombre des sourds-muets dépendant d'une 
même autorité scolaire est insuffisant pour former une 
classe, ou si l'enfant est incapable de suivre l'école 
élémentaire, l'autorité scolaire ait le pouvoir et l'obli- 
gation d'envoyer l'enfant dans une institution ou de 
mettre ces enfants en pension sous sa surveillance, en 
contribuant à leur instruction et à leur entretien par des 
subventions annuelles égales au prix actuellement 



t- 203 — 

alloué pour les pensionnaires. Que s'il n'y a pas d'école 
pouvant et voulant recevoir ces enfants, l'autorité sco- 
laire puisse soit seule, soit d'accord' avec d'autres autori- 
tés scolaires établir un cours ou une institution afin de 
donner l'éducation à ces enfants sous sa propre surveil* 
lance. 

3° Indépendamment de la position des parents, une 
subvention ne pouvant ni être moindre- que la moitié du 
prix, de l'éducation de ces e,nfants, ni dépasser un maxi- 
mum de 10 livrés sterling sera donnée pour tous comme 
cela a lieu dans les écoles élémentaires ordinaires. Le 
prix* de pension exigé des parents nécessiteux, n'ex- 
cédera pas le prix exigé pour les enfants ordinaires • 
Dans tous les cas, les parents contribueront suivant leurs 
moyens. 

. 4° L'âge d'entrée à l'école, sera autant que possible, 
7 ans. Réglementairement, l'admission aura lieu une fois 
L'an. La durée des études sera obligatoirement de 8 
ans au moins, aucune limite n'étant fixée pour la distance 
de l'école : l'autorité locale aura pouvoir de payer aux 
entants le voyage en voiture ou en chemin de fer 
lorsqu'il sera nécessaire. 

5° Au moment de l'admissions la cause de la surdité 
sera consignée sur le registre de l'école d'après un cer- 
tificat du médecin. 

6° Dans tontes les écoles et institutions la santé géné- 
rale, l'audition et la vue des enfants sourdssera inspectée 
périodiquement par un médecin spécial et ceux qui 
possèdent un peu d'ouïe seront examinés avec soin et 
fréquemment afin qu'on puisse les signaler et améliorer 
chez eux l'audition, la prononciation, l'intonation, par 
des moyens mécaniques, tels que cornets acousti- 
ques, etc.. 

7° L'enseignement technique d'un métier sera consi- 
déré comme faisant partie du cours d'études pour les 
sourds-mue ts passé l'âge de 12 ou 13 ans, et cet appren- 
tissage durera jusqu'à l'âge de 16 ans. Passé cet âge, les 
institutions pourront ou terminer l'apprentissage de leurs 



— 204 — 

élèves ou les envoyer dans les cours techniques ou indus 
triels établis pour les enfants- ordinaires. 

8° Il sera publié un code spécial pour les sourds- 
muets. Le dessin, la sculpture sur bois, ou le modelage 
feront partie du cours régulier des études pour les deux 
sexes. 

9° II est à souhaiter (full opportunity) que tout en- 
fant sourd soit instruit par la méthode orale pure. 
Dans toutes les écoles subventionnées par l'État, quelle 
que soit la méthode (orale, signes et dactylologie ou 
méthode mixte) tous les enfants seront, pendant la pre- 
mière année au moins, instruits par la méthode oi'ale : 
et après la première année on continuera à leur ensei- 
gner la parole et la lecture sur Jes lèvres, à moins qu'ils 
ne soient physiquement ou mentalement disqualifiés, 
auquel cas, ils pourront avec le consentement de leurs 
familles, ou être retirés du quartier oral de l'institution, 
ou instruits à la fois au moyen des signes et de la dacty- 
lologie dans des écoles reconnues par le Ministère de 
l'Instruction. Les parents auront autant que possible la 
liberté à choisir l'école dans laquelle l'enfant sera 
envojé. 

10° Les enfants ayant un peu d'ouïe ou un reste de 
parole seront dans tous les cas instruits par la méthode 
orale pure. Les élèves seront dans tous les cas divisés 
suivant leur capacité. 

11° On comprendra que nos conclusions ne sont pas 
applicables à tous les enfants actuellement en cours 
d'instruction et que nos recommandations, par suite de 
leur nature même ne pourront être mises en pratique 
qu'autant que les circonstances le permettront. 

12° Le nombre des maîtres sera dans la proportion de 
1 ppur huit ou dix élèves dans les écoles où la méthode 
orale est en vigueur' et de 1 pour quatorze ou quinze 
élèves dans les écoles où l'enseignement est donné au 
moyen des signes et de la dactylologie. 

13° Le directeur ou le chef de l'enseignement devra 
habiter dans l'institution. 



— 205 — 

14° Les inspecteurs sont choisis parle Ministère de 
l'instruction, autant que possible parmi ceux qui ont déjà 
l'habitude du travail de l'inspection dans les écoles élé- 
mentaires et qui, en outre-;- sont plus particulièrement 
désignés par leur connaissance des méthodes d'instruc- 
tion pratiquées chez nous et à l'étranger. Ils certifient 
également que les .maîtres sont à la hauteur de leur 
mission. 

15° Ils voient si les écoles sdnt convenablement, meu- 
blées, si elles possèdent le mobilier scolaire nécessaire 
et les arrangements intérieurs requis pour 
que l'enseignement soit convenablement donné aux 
élèves ,par la méthode orale .pure, dans les éc.oles. où 
cette méthode est adoptée. 

16° Ils font des rapports sur la connaissance de la 
languez-écrite, sur la parole -et sur. lesrésultats généraux 
de l'enseignement, , quel que soit le système d'instruc- 
tion. 

, 17° L'examen individuel fait par l'inspecteur a pour 
but unique de constater les progrès de jtousles écoliers 
et non de proposer des bourses individuelles. Les bourses 
sont proportionnées au plus haut prix de l'éducation du 
sourd pour chaque, méjtho.de. 

18° Les différentes méthodes et. les divers systèmes 
d'enseignement seront délivrés du contrôle de l'inspec,- 
tion tant que les résultats pour le langage écrit ou parlé 
seront satisfaisants. 

19° Nous pensqus que les écoles normajesqui forment ac. 
tuel!ementdosinstitut.eursdesourds-muetsne.remplissent 
pasencore toutes les conditions que doit exiger le Ministère 
de l'Instruction publique, et on ne peut espérer qu'elles 
y arriveront sans I9.sec0ur4.de l'État, sans les examens 
et les inspections/ et tous les avantages, dont jouissent 
les école* normales ordinales et sans qu'on ajoute deux 
années d'enseignement obligatoire . pour les élèves- 
maîtres qui"suivent ces cours. 

20' Sile Ministère de l'Instruction apprquv.e quelques 
unes de ces écoles ou d'autres institutions convenable- 



— 206 — 

ment organisées qu'elles soient reconnues comme écoles 
normales pour les instituteurs de sourds-muets, quelles 
reçoivent une subvention au moins égale à celle que 
reçoivent les écoles normales ordinaires ; que les exa- 
mens des élèves de ces écoles normales soient passés 
devant les inspecteurs spécialement choisis par le Mi- 
nistère de l'Instruction pour l'inspection des écoles de 
sourds, aidés d'un examinteur qualifié pour interroger 
fes^ élèves sur la physiologie et les divers organes de la 
parole. 

21° Sauf dans les écoles où les signes et la dactylologie 
sont exclusivement employés, tous les maîtres doivent 
être doués de tous les sens et avoir acquis déjà une cer- 
taine expérience dans l'enseignement des enfants entert* 
dànts. 

22 a Que les professeurs de sourds-muets reçoivent 
comme en Allemagne des traitements capables d'attirer 
dans cette profession des hommes ayant déjà acquis de 
lavâleiir, que Ces traitements soientsupérieursâceuxque 
peuvent atteindre les instituteurs des enfants ordinaires. 
23° Après qu'il se sera écoulé un laps de temps suffisant 
pour donner un plein effet aux recommandations pré- 
cédentes, le Ministère de l'Instruction renforcera les 
règlements visant les maîtres de sourds-muets munis de 
certificats, comme cela a lieu pour les maîtres des écoles 
élémentaires ordinaires, et les certificats délivrés par 
Mes sociétés particulières ne seront plus reconnus. 

24° Une feuille uniforme servira à la recherche des 
sourds pour le recensement de la population du Royau- 
me-Uni. Les recherches seront faites sur une plus large 
base qu'autrefois, en s'en rapportant aux points choisis 
et précisés, que nous avons déjà indiqués dans notre 
rapport, Ces renseignements seront soigneusement 
contrôlés par l'autorité sanitaire locale et un tableau 
uniforme sera dressé pour toutes les parties du 
Royaume-Uni. 

Un tableau statistique sera dressé dans chaque école 
de Sôùrds-Muets ; ces tableaux seront soumis à Tins- 



— 207 — 

pecleur, et copie en sera annuellement adressée an 
Ministère de l'Instruction. 

23° Les termes sourds-mitsts et sourds et muets, 
seront strictement réservés à ceux qui sont totalement 
sourds et complètement muets. 

20° Les sourds etmuets seront autant que possible mis 
dans des classes à part. Nous pensons que i'e mélange 
des deux sexes dans une école, eu dans tous les cas 
imprudent. Nous pensons également que les mariages 
entre sourds de naissance doivent être rigoureusement 
déconseillés aussi bien que les mariages consanguins, 
surtout lorqu'il y a dans la famille une tendance héré- 
ditaire au surdi-mutisme. 

27°. Les enfants qui sont sourds, muets et aveugles, 
doivent plutôt être instruits dans une institution 'd'aveu- 
gles que dans une école de sourds-muets. 



Le Rapport de la Commission Royale sera étudié par 
le Gouvernement, et porté devant le Parlement dans le 
cours de la prochaine session 



Bien que les conclusions du rapport aient été signées 
par tous les membres de la Commission quelques-uns 
d'entre eux ont fait des réserves, qui figureront dans ce 
rapport, 

Les réserves que M, Ackera a cru devoir faire à pro- 
pos de l'article 9 méritent d'être citées. 

« Il est impossible, dit M. Ackers, que les enfants 
sourds bénéficient pleinement des avantages de la mé- 
thode orale pure s'ils sont en même temps iustruits par 
un autre système ou si on emploie avec eux l'alphabet 
manuel ou les signes ...... 

« La recommandation inscrite au premier paragraphe 
ne pourra pas être suivie, s'il y a comme on le dit dans 



— 208 — 

le second paragraphe, des élèves instruits entièrement 
par une autre méthode que l'orale pure. 

* De plus, il n'y a pas d'enfants sourds physiquement 
ou mentalement disqualifiés » et il n'est nullement 
nécessaire d'avoir des écoles où l'on suivra une autre 
méthode 'que l'orale pure, car il a été surabondamment 
prouvé en Italie (où 'après avoir d'abord fait usage -des 
signas et de l'alphabet manuel, puis dé laméthode mixte, 
toute? les institutions se sont ralliées à laméthode orale 
pir3;qu3 l'orale pure peut donner une instruction meïl- 
l'énre et plus profitable que tout'autre système d'ensei- 
gnement (voir la correspondance de l'abbé Tarra.) 

« Ls nombre des enfants sourds incapables d'ètrë 
instruits par la méthode oràlepureestlimrté à ceuxqui sont 
pratiquement aveugles. Ceux-là (voir la dernière re- 
commandation du" Rapport/ ne pourront être instruits 
dans les écoles de sourds. 

Les enfants sourds présentant une perforation de la 
voûte palatine ou quelque autre lésion sérieuse des organes 
vocaux sont très-rares ;et malgré ces défauts ils peuvent 
être instruits par la méthode orale pure. 

« Pour les motifs que nous venons d'énoncer, il ne 
nouscst pas possible de nous associer à la seconde partie 
du paragraphe que nous considérons comme contraire à 
l'expérience et à une saine prudence. Nous demandons 
qtve TÉlat exige que dans tontes les écoles sub- 
ventionnées par le gouvernement les enfants sourds 
soient instruits par le système qui donnent les résultats 
les plus pratiques, qui fait d'eux des citoyens.uti!eset qui 
-têttd à diminuer la surdité congénitale. » 

II est évident; que la.Gommission Royale tout en pro- 
clamant la supériorité delà méthode orale pure, a dû, 
dans son projet de législation, tenir compte des nécessi-r 
tés présentes et de l'organisation actuelle de l'ensei- 
gnement dans un certain nombre d'écoles anglaises. 
On peu.tprévoii\dès à présent qu'une révolution pédago- 
gique semblable à celle qui vient de régénérer les écoles 



— 209 — 

françaises se prépare en Angleterre. Que les 'conseils 
de la Commission soient suivis et le résultat : ne se fera 
pas lomgtemps attendre. Il seraiHtéressantalorsde.relire 
l'éloquente protestation de M. Ackerset aussi lesréserves 
apportées en sens contraire par un autre membre de la 
Commission, M. Sleight. 



LE i77 me ANNIVERSAIRE 

de la Naissance de l'abbè de l'Épèe 



Association Amicale dés Sourds-Muets 

Le banquet -de l'Association, à l'occasion du 177* 
anniversaire de la naissance de l'abbé de TEpée, a. eu 
Jieu.ie dimanche 24 courant, à.6 heures, dans les salons 
du restaurant Notta. Boulevard Poissonnière. Z, sous 
la présidence de M. Paul Choppin,- statuaire. • membre, 
de l'Association. 

Au dessert, M. Choppin s'est levé, et a prononcé le 
discours suivant : 

Messieurs et Chers Amis 

Je vous remercie de l'honneur que vous m'avez fait 
en me, désignant pour présider cette réunion. 

L'empressement que vous avez misa répondre à notre 
.invitation, est un nouveau gage de la reconnaissante 
qui nous lie à la mémoire de notre bienfaiteur, l'abbé de, 
l'Epée, celui à qui nous devons ce que nous sommes, ev 
qui consacra sa vie et sa fortune, à notre bonheur. 



— 210 — 

Les signes, que son instinct généreaux inventa pour 
nous instruire, sont et resteront toujours, quoique l'on 
fasse, le vrai langage du sourd-munt. c'est par eux que 
nous échangeons nos pensées, et qu'il nous a été permis, 
de nous comprendre au dernier congrès, avec nos frères 
étrangers, 

Je bois à l'abbé de l'Épée, à vous tous, Messieurs, à 
notre union qui fait notre force. 

Je bois enfin, à tous ceux d'entre nous, qui par leur 
zèle et leur travail, contribuent â la prospérité de notr9 
société. 

M. Chambellan président de l'association, s'est exprimé 
en ces termes. 

Messieurs, 

M- Choppin, qu'il me permette de le dire, sans que 
sa modestie s'en offense, est un de ceux qui font le plus 
d'honneur à l'abbé de l'Épée et à l'Association, Vous 
connaissezsessuccèsdanslasculpture. Primé du concours 
Broca, médaillé du Salon et de l'Exposition universelle, 
officier d'académie depuis hier' marchera, espérons-le, 
à la conquête de nouveaux lauriers. 

M. le sénateur Hugot, dans le beau discours qu'il a 
prononcé à l'ouverture du congrès international des 
sourds-muets, dont il avait accepté avec tant de grâce 
laprésidence d'honneur, apprécie l'influence bienfaitrice 
de la découverte de l'abbé de l'Épée. Il nous appelle ses 
frères, ses égaux ayant, comme les autres hommes, 
conscience do nos devoirs et de nos droits. 

Hemercions-le une fois le plus de sa sympathie, de la 
bonne opinion qu'il a de nous, et buvons à sa santé. 

Adressons aussi un salut affectueux aux sourds-muets 
de l'Etranger, qui sontvenus apporter ànos délibérations 
e contingent de leur expérience, et aux parlants qui, en 
assistant aux. séances du Congrès, nous ont témoigné 



— 211 — 

l'intérêt qu'ils prennent à tout ce qui peut contribuer 
à l'amélioration de notre sort. 

Ensuite M. Chambellan a donné lecture d'une lettre 
qu'il avait reçue, la veille, du cercle des sourds-muets 
de Liège r lettre dans laquelleils exprimentàl'Association 
leurs vives sympathies et leur reconnaisance pou^ 
l'accueil qu'elle leur a fait lors de leur réoent voyage 
à Paris. 

Successivement MM. Olof Hanson du collège de? 
sourds-muets de Washington, Dusuzeau, Navarin, 
Genis, Chômât, Peck merian, Tilden, ont pris la parole 
ils ont payé un tribut d'admiration à la mémoire de 
l'illustre apôtre des sourds-muets. 



INSTITUTION NATIONALE DE PARIS 

Discours prononcé par M. Marguerie 
à la Distribution des Prix 

Mesdames Messieurs, 
Mes enfants, 

Le ministre de l'Intérieur aurait désiré venir lui même 
remercier les maîtres de l'Institution nationale du dévoue- 
ment avec lequel iis s'efforcent de rendre à, la vie com- 
mune ies enfants qui leur sont confiés, les féliciter des 
résultats qu'ils obtiennent, et qui sont dus à la puissance 
de la science unie à une persévérance infatigable, et 
donner aux élèves des preuves de sympathie et d'en- 
couragement. 

Mais, absorbé par les devoirs et les charges de ses 
fonctions, il m'a fait l'honneur de me désigner pour le 
remplacer au milieu de vous, et cette désignation m'a 
été particulièrement agréable. 



— 212 

M. le professeur André vient de rappeler, avec une 
bienveillance dont je le remercie; l'ancienneté de mes 
relations avec l'Institution nationale, et je suis heureux 
de l'occasion qui m'est offerte d'affirmer de nouveau 
que l'État continue à se montrer le fidèle exécuteur 
testamentaire de l'abbé de l'Épée; 

Jj'ϝvre accomplie dans cette maison, elle est visible 
pour tous: cent ans après la mort de son fondateur, 
l'œuvre est encore bien vivante. Pour s'en convaincre^ 
il n'est pas nécessaire cette année de venir ici dans nos 
bâtiments, nols classes, nos ateliers, d'interroger M. le 
directeur ou nos professeurs, de se mettre en commu- 
nication avec nos enfants : ïlsufnt de se. transporter à 
l'esplanade des Invalides, de franchir l'enceinte de 
l'Exposition, et de pénétrer dans cet" imposant édifice, 
qui éveille l'intérêt des âmes généreuses par ces mots 
inscrits à son fronton : l'Assistance, publique. 

Dans cet édifice aux vastes proportions, l'Evposition 
de l'Institution nationale occupe une place bien petite 
si on _la mesure, d'après la superficie recouverte par 
ses installations, mais bien grande, si on considère 
l'impression qu'elle cause et les sentiments qu'elle 
inspire. 

Mais puisque jejsuis amené à vous parler dé la part prise 
par l'Institution nationale à l'Exposition, universelle, 
permettez-moi d'adresser publiquement les remercie- 
ments 'de l'Inslitlitïôn' nationale" à l'habile artiste/ à 
l'architecte des bâtiments, civils* M. Camut,- qui 
a conçu le' projet de notre, exposition particulière, 
qui en a' réglé les aménagements, extérieurs, qui a 
su. donner- aux * œuvres de nos maîtres et de nos 
élèves le. cadre qui leur convenait, et qui les 
sigu'ale d'une façon toute spéciale à l'attention des 
visiteurs, 

Dès que l'on arrive dans cette salle; dont le buste 
dé l'abbé „ de l'Épée, placé au centre., révèle la 
destination, on s'y arrête, retenu tout d'abord par 
les souvenirs que rappelle le nom du bon abbé.; 



— 2:3 - 

puis la station se prolonge, car l'on est curieux 
de se rendre compte, par l'examen attentif des 
objets exposés, de l'état actuel de ceite école 
dé sourds-muets, qui, fondée en 1760 par l'initiative 
individuelle d'un grand cœur joint à une vasie 
intelligence, s'est développée sous le patronage de 
l'autorité royale pour devenir ensuite une Institution 
nationale en vertu de la loi des 24 et 29 juillet 
1791. 

La curiosité la plus exigente peut être amplement 
satisfaite : la visite achevée, on connait la maison 
de la rue Saint-Jacques, ses aménagements intérieurs, 
le régime auquel sont soumis les enfants, les procé- 
dés employés pour les instruire, les résultats obtenus 
par la science et le dévouement des professeurs. 

Les bâtiments de 1'Instiiution nationale sont 
représentés par des photographies, auxquelles je 
ne ferai qu'un reproche, c'est de donner à notre 
maison un aspect de jeunesse contre lequel pro- 
teste la réalité. J'espère que le service des bâtiments 
civils, auxquels nous ne cessons de rappeler l'anti- 
quité de notre maison pour lui demander de 
venir à notre aide afin de réparer les effets 
dé l'âge ne s'y trompera pas, et qu'il aura, comme 
nous, le sentiment que l'artiste a cédé à l'habitude 
de donner satisfaction à un désir de coquetterie, 
en effaçant les rides, je veux dire les crevasses 
de nos constructions. 

Des tableaux ingénieusement disposés font 
connaître le régime alimentaire, les mesures 
adoptées dans l'intérêt de l'hygiène et de la santé 
des enfants, le régime scolaire, les règles suivies 
pour la répartition des élèves entre les diverses 
classes et les divers ateliers. . Chacun de nos 
ateliers est représenté par des objets produits par 
la main de nos enfants, et venant attester à la 
fois l'habileté du maître et l'utilité de son ensei- 
gnement. 



— 214 — 

Mais notre exposition ne donné pas seulement 
lidée exacte de -l'Institution nationale dans son état 
actuel : elle permet d'en suivre l'histoire, et d'en 
constater les progrès successifs. 

Des emprunts faits à nos archives montrent avec 
quelle rapidité la renommée de l'abbé de l'Epée 
avait franchi les limites du territoire français ; 
dans quelle haute estime il était tenu par les 
personnages les plus considérables de l'époque, 
aussi bien en France qu'à l'étranger, tels que des 
prince? de la maison de Bourbon, l'empereur Joseph II 
d'Autriche, le cardinal archevêque de Vienne, le 
grand électeur Frédéric-Charles, le prince Henri 
de Prusse. 

Des tableaux à l'huile, des bustes, des gravui'es, 
des dessins reproduisent les traits de l'abbé de 
l'Épée, de ses élèves ou successeurs (l'abbé Sicard, 
Massieu, Clerc, Valade-Gabel)'; des bienfaiteurs de 
de l'Institution, de Gérando, le docteur Itard. Ces 
œuvres d'art, dont un grand nombre sont dues au 
talent d'artistes sourds-mnets inspirés par des sen- 
timents de profonde gratitude, démoutrent que 
l'abbé de l'Épée .avait raison de dire dès 1773 : « Il 
n'est point d'art libéral que les sourds-muets ne 
puissent exercer avec distinction. » 

Une collection d'ouvrages très complète, due à la 
plume de nos professeurs et renfermée dans une 
bibliothèque exécutée par nos élèves, dans les - 
ateliers de l'Institution nationale, d'après les dessins 
de M. Gamut, prouve comment les méthodes, d'en- 
seignement se sont successivement améliorées et 
transformées avec les progrès de la science et de 
l'expérience, comment la mimique a dû définitivement 
céder la place à la méthode orale, à la lecture sur 
les lèvres. M. le professeur André, avec la compé- 
tence que lui donne l'exercice de ses fonctions, vous 
entretenait, il y a un instant de cette substitution, 
et se félicitait des résultats qu'elle doit entraîner. 



— 215 - 

Mais une question se pose : en abandonnant la 
mimique, l'Institution ne s'est-elle pas montrée 
infidèle à la mémoire de son fondateur? L'Institution 
nationale n'a pas mérité uu tel reproche. 

La nouvelle méthode, la méthode orale; elle était 
connue et appréciée par l'abbé de l'Épée ; elle avait 
été appliquée au siècle dernier, par un autre 
bienfaiteur de l'humanité, par Jacob-Rodrigues 
Pereire. 

Si ces deux maîtres dans l'art d'instruire les 
sourds-muets ont, à l'origine, usé de moyens 
d'enseignement différents, c'est qu'ils ne s'adres- 
saient pas à la même catégorie d'élèves : l'abbé de 
l'Épée, mû par son grand esprit de charité, voulait 
avant tout distribuer les bienfaits de son enseigne- 
ment au plus grand nombre possible, et chacun 
sait que la méthode orale exige que le maître ne soit 
entouré que d'un nombre d'élèves très restreint. 
L'abbé de l'Épée était seul, et les infortunés qu'il 
entendait secourir, trop nombreux pour qu'il pût 
recourir à la méthode orale ; c'est dans son 
cœur, dans son intelligence, dans le besoin d'aller au 
plus pressé, qu'il a trouvé les règles de la méthode 
dite la mimique et qu'il en fait les heureuses 
applications pour lesquelles il a bien mérité de 
la patrie, ainsi que l'ont solennellement déclaré les 
représentants de la nation française. 

Mais l'abbé de l'Épée avait conscience que son 
œuvre ne serait achevée que lorsqu'il aurait rendu 
la parole aux sourds-muels ; il l'a écrit lui-même. 
L'Institution nationale n'a donc fait que donner 
satisfaction au vœu de son fondateur, lorsque ses 
ressources, augmentées par la générosité du Parlement, 
lui ont permis d'adppter la méthode dont le but 
est de rendre la parole aux enfants qui lui sont 
confiés. 

Je viens de prononcer le nom de Jocob-Rodrigues 
Pereire. Un tableau placé dans la salle de notre 



— 216 — 

exposition, le représente dans l'exercice deses fonctions 
d'éducateur d'enfants sourds-muets. Ce tableau" a été 
donné à l'Institution nationale par ses petits fil?, Emile 
et Isaac Pereire, qui voulurent ainsi protester 
contre certaines traditions .d'après lesquelles il aurait 
existé entre l'abbé de l'Épée et Pereire, des 
sentiments de rivalité indignes de leur caractère: 
la nomination de M. Eugène Pereire, comme 
membre de la Commission consultative, achève de 
détruire la légende. S'il a existé une rivalité entre 
l'abbé de TÉpée et Pereire, elle s'esi maintenue 
sur le terrain de la science ^et du dévouement ; et 
les rivalités de ce genre, elles peuvent s'avouer 
hautement, 

11 y a quelques semaines, j'entendais M. le président 
de la République exprimer à M. le directeur de 
l'institution nationale toutes ses félicitations pour 
la belle ordonnance de notre exposition : je suis 
convaincu que ceux d'entre vous qui ont déjà visité notre 
exposition, sont d'avis que la haute approbatiou de 
M. le président de la République était bien méritée ; 
quand à ceux qui ne la connaissent pas encore, je 
souhaite vivement leur avoir inspiré le désir da 
vérifier par eux-mêmes si mes éloges sont justifiés. 



Messieurs les Professeurs 



Lu ministre de l'intérieur s'est préoccupé de votre 
situation personnalle et il s'est efforcé de vous donner 
par la concession de traitements plus élevés des 
preuves matérielles de sa grande estima et de sa 
profonde sollicitude. Vous pouvez toujours compter 
sur sa juste bienveillance et sur celle de son collabo- 
rateur direct. M. Monod, qui, par l'heureuse associa- 
tion des connaissance? techniques du savant a 



— 217 — 

l'expiriéaca de l'administrateur, a su donner à cet 
important service de l'Assistance publique, dont la 
direction lui appartient, l'impulsion la plus 'active et 
la plus féconde. Vos- mérites avaient justifié des 
satisfactions encore plus complètes ; je le reconnais 
volontiers, mais je sais également que, fidèles aux 
traditians que vous avez recueillies dans cette 
maison de l'abbé de l'Épèe, .vous êtes de ceux qui 
trouvent encore leur meilleure récompense dans 
la joie sublime du devoir accompli, et l'estime des 
sens de cœur. 



Mes -Enfants, 

Mes dernières paroles s'adressent directement à 
vous : je sais que la distance qui nous sépare ne 
vous permet pas de les saisir immédiatement sur 
mes lèvres mais elles vous s-eront répétées. Vous 
allez quitter pour quelques semaines cette Institution 
nationale où, pendant huit ans, les* efforts de tous 
tendent à faire de vous des hommes utiles à eux mêmes 
et à leur pays. Comme témoignage de reconnaissance 
pour vos maîtres, je ne vous demande qu'une chose» 
c'est de manifester autour de vous les sentiments qui, 
assurément, vous animent et , qui vous ont été ins- 
pirés par ce^te maison à l'abri de laquelle s'écoulent 
vos jeunes années. Dites bien à vos parents à vos 
amis que c'est ici que vous avez appris à comprendre et 
a aimer la belle divise de la République: vos maîtres 
en vous rendant la parole, vous replacent dans l'état 
de liberté et d'égalité dont une infirmité native 
tous avait injustement privés; ils vous donnent surtout 
l'exemple de la fraternité qui soutient leur zèle e* 
leur dévouement. 



- 218 — 



CAUSERIE PÉDAGOGIQUE 

Notes sur la l re année d'enseignement: 
l'Articulation et la lecture sur les lèvres. 



I. PÉRIODE PRÉPARATOIRE (suite)(") 

Préparation des éléments phonétiques. — Là ne se 
termine pas pour nous la période préparatoire, chacun 
des sons, chacune des articulations demande une prépa- 
ration spéciale sur laquelle nous voudrions attirer 
l'attention de nos confrères. 

S'il nous arrive bien souvent, de nous donner beaucoup 
de peine pour l'enseignement d'unson, d'une articulation 
cela tient uniquement à ce que ce son ou cette articu- 
lation n'ont pas été préparés. 

Ainsi, pour les voyelles, n'est-il pas nécessaire 
d'avoir obtenu au préalable les positions exactes des 
organes dans l'émission des différents sons ? Ne serait- 
il pas téméraire de cherchera obtenir un son au moment 
oûjes organes ne savent pas encore prendre la place qui 
leur convient pour son émission? 

Lorsqu'il s'agira des. articulations, non seulement nous 
obtiendrons avant tout les positions exactes des organes, 
mais encore des mouvements spéciaux prépareront quel- 
ques-unes d'entre elles. Ainsi pour le p, le t, le c, on 
aura habitué l'élève à retenir pendant quelque temps le 
souffle sur le point de s'échapper, soit avec les lèvres, 
soit avec la pointe de la langue placée derrière les inci- 
sives supérieures, soit avec la racine de la langue 
venant s'appuyer contre la voûte palatine. 

(•) Revue Française, Numéro précédent. 



— 219 — 

Pour le b. le cl, le g, l'élève aura été habitué à exécuter 
une série d'exercices difficiles à écrire, mais qui se rap- 
procheront de : bbbbb. — ddddd. — ggggg. 

L'articulation £ aura été préparée longuement d'avance 
par des mouvements, de la langue projetée au dehors 
venant heurter en passant la lèvre supérieure et donnan 
une l labiale. La lettre r, elle aussi, n'aura pas été ou- 
bliée, et si elle n'est pas acquise immédiatement, les 
exercices multipliés faits préalablement faciliteront la 
tâche du maître, lorsque viendra le moment d'enseigner 
cette articulation. 

Les organes de la parole — Avant de passer à la 
2" partie de notre programme de 1™ Année, signalons 
encore aux professeurs un guide qu'ils feront bien de 
consulter : 

Les organes de la parole et leur emploi pour la formation 
des sons du langage, par G. H, de Meyer, traduit de V allemand 
par 0. Claveau. Paris. Félix Alean, 108, Boulevard Saint- 
Germain, 1885. 

Nous savons que la pratique peut suppléer dans bie n 
des cas à une théorie imparfaite, mais comment pour- 
rions-nous supposer un maître chargé de faire mouvoir 
des organes sans les connaître, sans en avoir appro- 
fondi le jeu. Nos confrères trouveront dans le savant 
traité que nous leur indiquons' toutes les notions x qui leur 
seront nécessaires. 

(A suivre) 

Ad. Bélanger 



INFORMATIONS ET AVIS DIVERS 



Exposition Universelle de 1889, Récompenses 
décernées aux institutions de sourds-muets. En 
relevant sur la liste générale des récompenses, celles 
accordées aux institutions de sourds-muets, nous avons 
fait une omission. Nous nous empressons de la réparer 



— 520 — 

d'autant plus volontiers qu'elle s'adresse à un de nos 
meilleurs collaborateurs et amis, M. W. Van-Praagh 
uquel elle fait le plus grand honneur, 
a 

Médaille d'Or 

L'association for the oral instruction of the Deaf and 
Dumb Londres. 



Distinctions honorifiques. Monsieur Emile Martin 
1 e sympathique Directeur de l'Institution nationale des 
jeunes aveugles de Paris, vient d'être nommé chevalier 
de la Légion d'Honneur. 

Nous lui offrons nos bien sincères félicitations. 



M. Goguillot, professeur à l'institution Nationale de 
Paris et M. Paul Ghoppin. le jeune artiste sourd-muet 
dont nous enregistrons si souvant les succès répétés 
viennent de recevoir les palmes académiques. 



Institution Nationale de Paris 

A la suite d'un concours présidé par M. l'InspecteiiF 
Général Regnard. M. M Pautré, Danjou, Dalbiat, Vivien, 
Legrand, Boudin, Çhanvin,Dupuis, Hervanx et Tournier 
ont été nommés professeurs adjoints à l'Institution 
Nationale de Paris. 

M. M. Dufau de Germane, Rancurel et Marican 
professeurs à l'institution nationale de Chambéry sont 
rentrés comme professeurs adjoints à l'Institution de 
Paris. M. M. Boudin, Chauvin, Dupuis et Hervaux ont 
été délégués comme professeurs à l'institution Nationale 
de Chambéry. 



L'Imprimeur- Gérant , Eu^ BELANGER rue Saint-Jacques 2ij, Pari» 



REVUE FRANÇAISE 

ë de l'Éducation des Sourds-Muets 

R- 

5y 5">«. intime. N°* 10 et 11 Janvier-Kévrier 1890. 

<S> ■ 

§> 

5 A LA MÉMOIRE 

CHARLES- MICHEL LE L'ÉPÈE 

FONDATEUR DE LA PREMIÈRE ECOLE PUBLIQUE ET GRATUITE 
POUR LES SOURDS-MUETS 

né à Versailles le 24 Novembre 1712. 

mort à Paris le 23 Décembre. 1789. 

1789-1889 



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Le 23 Décembre 1889 






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! 



Est-ce bien un siècle seulement qui s'est écoulé 
^' depuis la mort de l'abbé de l'Épée ? Tant d'événements % 
^ se sont pressés dans cette période de l'histoire ! Tant ^ 
de convulsions ont agité la vieille Europe et se sont 
propagées dans le Nouveau Monde, non pas toujours 
pour le plus grand avantage de la civilisation ! Tant V m 







î 



222 

de découvertes se sont succédé presque sans relâche, 
chaque jour semblant devoir effacer la trace des 
travailleurs de l'heure passée ! Tant de noms célèbres 
ayant fatigué la renommée ! Tant d'hommes illustres 
ayant suscité les sentiments les plus divers d'enthou- 
siasme ou d'inimitiés discutée aujourd'hui encore si 
leur mémoire est restée vivante, disparaissant pour la 
plupart dans l'oubli et dans l'inconsciente ingratitude 
des générations nouvelles ! Et pourtant voici qu'une 
date récente ramène, comme une gloire toujours jeune, 
dans le cœur et sur les lèvres des gens de bien, le nom 
d'un simple prêtre, l'abbé de l'Épée. Tous l'acclament 
sans qu'aucun souvenir irritant Vienne troubler cet 
hommage universel, sans même que la préoccupation 
de divergences d'ordre secondaire vienne jeter une note 
discordante dans ce concert d'éloges. L'abbé de l'Épée 
et son œuvre maîtresse sont entrés dans le patrimoine 
commun de l'humanité. Son œuvre maîtresse : je veux 
dire l'organisation d'ensemble de l'éducation des 
sourds-muets, réclamée l'exemple aidant en faveur 
de tous les malheureux de quelque condition qu'ils 
soient. Pour nous, ses compatriotes, il est doux de 
prêter une attention reconnaissante et l'écho de la 
publicité aux voix qui nous arrivent des contrées étran- 
gères et dont le témoignage impartial vaut mieux que 
toute autre louange. Mais en face de ce tombeau qui 
réunissait, il y a quelques jours, dans un sentiment 
commun, à l'église St-Roch de Paris, les admirateurs 
et les obligés de l'abbé de l'Epée, nous devons plus que 
tous autres, attacher notre pensée sûr l'étendue des 
devoirs qu'il nous reste k remplir pour l'amélioration du 
sort des sourds-muets. Notre place doit être marquée 
et bien marquée dans le mouvement généreux auquel 
prennent part nos émules de toute nationalité. Si mo-. 
destè. que soit la tâche individuelle confiée à chacun 
de nom, plaçons très haut notre idéal et rappelons 
nous, en voyant les honneurs rendus à la mémoire 
de l'abbé" de' l'Épée, que ces honneurs -S'adressent 



— 2-23 — 



avant tout à quelque chose qui surpasse le rayonne- 
ment même du génie, aux vertus qui sont le rayon- 
nement du bien et qui se résument dans ce mot divin 



la Charité. 



O. Claveau. 



CELEBRATION 
DU CENTENAIRE DE LA MORT DE L'ABBÉ DE L'ÉPÉE 

EN FRANCE 



Dès 1888, à l'occasion d'un anniversaire de la nais- 
sance de l'abbé de l'Épée, nous rappelions dans ce 
journal, que trois ans plus tard, nous aurions à célébrer 
une date mémorable ; le centenaire de la mort du 
célèbre instituteur 

Nous pensions que tous nos confrères seraient heu- 
reux de saisir cette occasion de manifester leur admira- 
tion, leur reconnaissance pour celui qui fonda notre 
enseignement spécial. Admirateur passionné de l'œuvre 
du grand instituteur français, nous espérions pour la 
mémoire de ce grand philanthrope une somme d'hom- 
mages plus considérable et surtout plus proportionnée 
aux services rendus . Nous savons bien que la recon- 
naissance de tous lui «st acquise et se manifeste de mille 
façons; d'ailleurs il peut se consoler le bon abbé, ils sont 
bien rares ceux qui cent ans après leur mort ne sont pas 



— 221 — 

complètement oubliés. La reconnaissance n'a pas habi- 
tuellement une dui'ée aussi longue et les hommages qui 
viennent d'être rendus à ce grand bienfaiteur des sourds- 
muetstémoiguent de-la grandeur de son œuvre, desapros- 
périté, de son immensité, 



Le tombeau de l'abbé de l'Epée se trouve dans l'Église 
Saint-Roch à Paris. C'e&t grâce aux patientes recherches 
d'un de nos anciens collègues M. Berthier, sourd-muet, 
mort il y a quelques années que la tombe du célèbre 
abbé fut retrouvée dans cette église", vers 1838. Des ren- 
seignements précis permirent de /aire des fouilles cou- 
ronnées de succès dans la chapelle Saint-Nicolas. G'estlà 
qu'il célébrait habituellement la messe, la.chapelle aurait 
appartenu à sa famille. 

Une commission fut formée immédiatement pour éle- 
ver un monument qui l'appela la mémoire du célèbre 
instituteur. Après quelques lenteurs, elle adopta un 
projet de MM. Préault, statuaire et Lapsus, architecte. 
Six ou sept mille francs étaient nécessaires pour couvrir 
les frais d'érection du monument. Le Ministre de l'Inté- 
rieur souscrivit pour 3000 francs, les souscriptions ne 
purent atteindre le chiffre îixé et les artistes qui s'étaient 
engagé, pour la construction du monument le livrèrent 
néanmoins à la Commi-sion. 

L'inauguration eut lieu en août 1811, sans aucune 
so ejiuité. 

Très simple d'aspect, le tombeau est adossé au mur de 
l'église, il est surmonté du buste de l'abbé de l'Epée vers 
lequel deux jeunes enfants placés sur le tombeau lui- 
même élèvent les bras, témoignant ainsi leur reconnais- 
sance pour leur bienfaiteur. Sur le tombeau est gravé 



— 225 



l'alphabet dactylologique ; on trouve l'inscription sui- 
vante sur une plaque de marbre au-dessous du buste. 



vmo 

ADMODUM MIRABILI 

SACERDOTI DE L'ÉPÉE 

-QUI FECIT EXEMPLO SALVATORIS 

MUTOS LOQUI 

CIVES GALLI^E 

HOC 

MONUMENTUM DEDICARUNT 

AN 1840 



NATUS 1712 
MORTUOS 17É 



L 'Association amicale des sourds-muets de France, la 
plus ancienne société de sourds-muets fondée dans notre 
pays, atenu à être aussi lapremière pour rendre hommage 
au maître vénéré. Dans une circulaire adressée aux 
sourds-muets de toutes les parties du monde, « elle 
invite les sourds-muets répandus à la surface de la terre 
à se réunir en un congrès dans cette ville (Paris) afin de 
se faire -part réciproquement des résultats obtenus 
depuis un siècle par l'œuvre de Tabbè de l'Épée chez 
toutes les nations de l'Univers, et de rendre un hommage 
éclatant à la mémoire dé ce grand homme mort en 1789» 
(Revue française, 4 e année, n° 12, p. 275). 

Le programme du Congrès renfermait une visite à la 
maison et à la statue de l'abbé de l'Epée à Versailles et 
pour le Mercredi 17 juillet une cérémonie religieuse au 
tombeau de l'abbé de TEpée (Eglise St-Roch) — Panégy- 



— 226 — 

rique de ce bienfaiteur de l'humanité par M. l'abbé 
Goislot. aumônier des sourds-mùets. 

Nous ne voulons pas apprécier la nature des travaux 
du Congrès, nous attendrons le compte-rendu annoncé 
par les organisateurs ; nous ne voulons retenir de cette 
réunion que l'hommage rendu à la mémoire du Maître 
par des élèves reconnaissants et dévoués. 



C'estdonc à Versailles que nous retrouvons, le 15 juillet 
au matin, les membres du Congrès. La maison paternelle 
du bon abbé njexiste plus et les congressistes viennent 
procéder à l'inauguration d'une plaque commémorative. 

Elle rappellera aux. sourds^muets que dans cette ville 
naquit leur libérateur et à tous, que Versailles eut la 
gloire de donner le jour à ce grand philanthrope. 



SUR CET EMPLACEMENT S ELEVAIT 
LA MAISON PATERNELLE DE L'ABBÉ DE L'ÉPÉE 

NÉ A VERSAILLES, LE 24 NOVEMBRE 17J2, 
PREMIER INSTITUTEUR PUBLIC 



HOMMAGE DU CONGRÈS INTERNATIONAL 

DES SOURDS-MUETS 

1889 



Cette plaque est placée à la porte de l'hospice, rue- 
ltichaud; l'inauguration eut lieu en présence du maire 
de la ville qui adressa aux membres du Congrès ses plus 
vifs remerciements. 

La statue de l'abbé de l'Epée est-la seconde étape du 
voyage de nos congressistes qui déposent au pied de la 



— 227 — 

statue des fleurs naturelles-et une couronne avec cette 
inscription : 

A {'Abbé de l'Epée, le Congrès international 
des Sourds-muets. 
Une autre couronne a également été envoyée : 

A l'Abbé de l'Épée„ les Sourds-muets de Stohholm. 
Le 17 juillet réunissait à Saint-Roch tous les sourds- 
muets présents à Paris pour la cérémonie religieuse 
annoncée. 



* 



Le 12 décembre 1889, la Ligue pour l 'Union amicale 
des sourds-muets avait envoyé à ses adhérents la circu- 
laire suivante, encadrée de noir : 

Monsieur et Cher Frère, 

Dans sa réunion du 21 novembre dernier, la Ligué a 
décidé à l'unanimité : 

De convoquer tous les Sourds-Muets et de.se rendre 
en corps au tombeau de l'Abbé de l'Epée, pour y déposer 
des- couronnes. 

A moins d'un contre-ordre, ce Centenaire sera célé- 
bré de la manière suivante : 

Le Dimanche 22 décembre, de 1 heure à 3 heures, réu- 
nion des sourds-muets aux endroits désignés pour les 
rendez-vous. — A3 heures, formation des cortèges et 
défilé. A trois heures 1?2, réunion des groupes rue Thé- 
rèse devant la maison occupant l'emplacement de celle 
oii l'abbé de l'Epée mourut. — A4 heures, dépôt des cou- 
ronnes; sermon de M. l'abbé Goislot. 

Tel est le programme que la Ligue a adopté. Il est 
simple, nous e'spérons que par votre empressement à 
répondre à notre appel, à venir grossir le nombre des 



— 228 — 

manifestants, vous lui-donnerez un caractère aussi im- 
posant que possible. 

Les Sourds-Muets, qui, pour une raison ou pour une 
autre, ne pourraient ou ne voudraient faire partie de 
la manifestation sont invités à se trouver à l'église Saint- 
Roch vers 4 heures. 

Nous n'insistons pas. Nous comptons que vous saurez 
prouverla véracité de la définition de notre aîné, Massieu: 
« La reconnaissance est la mémoire du cœur. » 

Nous pensons que vous justifierez ces paroles d'un 
professeur dé sourds-muets, M. Ad. Bélanger : « Ces 
témoignages de reconnaissance envers leur Rédempteur 
ont montré qu'ils étaient dignes de ses bienfaits. En 
honorant leur père, Us s'honoraient eux-mêmes. » 

Les Administrateurs de la Ligue : E. GraffV Cambuzat. 
Scagliola, Petin, Gaillard, Bonnet, Weiss, Bailly, Odeau 

Suivent les signatures des Membres de la Commission 
d'Initiative, des Organisateurs Délégués; des Délégués 
Départementaux. 

La souscription pour l'achat des couronnes n'est pas 
encore close. Adresser les envois à M. Graff, rue Saint- 
Maur, 56 et à M. Moulin, trésorier, rue Saint- Placide, 20. 

Les Membres de la Ligue sont tenus de se présenter 
avec leurs insignes. 



Très nombreux étaient le 22 décembre ceux qui avaient 
répondu à son appel : Précédés d'une bannière violette 
ornée d'un crêpe et portaut cette inscription : Cente- 
naire de la mort de l'abbé de l'Epée.lfbérateur des sourds- 
muets; les manifestants se rendent d'abord devant la 
maison portant le n° 23 de la rue Thérèse, où ont été 



— 229 — 

placées par le soin du Comité des Inscriptions Pari- 
siennes, les deux plaques suivantes : 



L'abbé de l'Epée, 
Instituteur des Sourds-Muets, 

Ouvritson école en 1760, 

Etmourut entouré deses élèves, 

le 23 décembre 17S9 

Dans la maison de 11 me des Houlins 

Aujourd'hui démolie 



Le nom de l'abbé de l'Épée, 

le premier fondateur de cet établissement 
sera placé au premier rang 

de tons les citoyens irai ont le mienx 
mérité de l'humanité et d9 la Patrie 

Loi des 21 et 29 Juillet 1791 



Le cortège se rend ensuite à l'église Saint-Roch, au 
tombeau de l'abbé de l'Epée. De fort belles couronnes 
apportées par différents groupes ou envoyées par des 
sociétés départementales, viennent s'entasser dans la 
chapelle : La Ligue pour l'Union amicale des Sourds- 
Muets, la Société d'Appui fraternel des Sourds-Muets de 
France en déposent de très grandes. Bordeaux, Lyon. 
Marseille, Lille. Tours, Reims, Cette, Oloron, en ont 
envoyées de fort jolies. 

S'adressant aux assistants, l'abbé Goislot leur rappelle 
la mort de l'a'ibéde l'Epée, la douleur de ses élèves, leur 
reconnaissance pour ses bienfaits. Eux aussi ressentent 
l'action bienfaisante de leur premier instituteur et leur 
reconnaissance ne lui a pas manqué. 



Nous ne voulons pas quitter la Ligue sans mentionner 
un hommage rendu par l'un de ses membres, M. Coche- 
fer, le dévoué président de U Société d'Appui fraternel. 
Nous avons reçu de cet excellent dessinateur un projet 



— 230 — 

de monument funèbre â l'abbé de l'Epée qui fait le plus 
grand honneur à l'artiste qui l'a conçu. 



Par les soins de l'Association Amicale des Sourds- 
Muets, un service étaft célébré le 23 décembre à 10 h. 
du matin pour le repos de l'àme de l'abbé de l'Epée. 
Nous savons également que dans la plupart des institu- 
tions françaises, pareille cérémonie a eu lieu le jour 
du Centenaire. 



L'Institution Nationale de Paris au tombeau de son 
fondateur. — La visite des élèves de l'Institution de 
Paris à la tombe de leur bienfaiteur, devait dignement 
clôturer cette journée. 

Plusieurs institutions de province avaient envoyé des 
couronnes pour être déposées avec celles de l'Institu- 
tion. C'est ainsi que l'Institution Nationale de Bordeaux 
en avait fait parvenir une du goût le plus exquis. 
M. Capon, le zélé directeur de l'Ecole d'Elbeuf nous 
avait envoyé celle de son institution. Les sourds- 
muets de Rio-de-Janeiro avaient tenu à se joindre à 
l'école de Paris et les couleurs brésiliennes figurent à 
Saint-Roch à côté des couleurs françaises. M. Eugène 
Péreire avait fait parvenir dans une magnifique couronne 
l'hommage d'un descendant de son aïeul le célèbre 
instituteur J. R. Péreire, unissant ainsi deux noms égale- 
ment respectables dans les annales de notre histoire. 
Enfin l'Institution Nationale venait- déposer elle-même, 




vP^'~^ 



— 235 — 

en son nom, au nom de son personnel et du corps ensei- 
gnant, et en celui de ses élèves, Irois splendides c<u- 
ronnes. 

Avant la cérémonie, le Directeur de l'Institution na- 
tionale avait reçu les dépêches suivantes dont la lecture 
faite au corps enseignant rassemblé fut accueillie avec 
le3 témoignages de la sympathie la plus vive : 

Milan 20 Décembre 1889 

A l'occasion du centenaire de Intnort de l'abbé Michel de 
TÈpêe, le personnel de l'Institution Royale Nationale 
des Sourds-Muets de Milan s'incline profondément sur 
la tvnbe vénérée, s' associant à ses honorables Collègues 
de l'Institution Nationale de Paris, pour rendre hom- 
mage à réminent Bienfaiteur de la partie li plus 
déshéritée de Phumanité, au véritable Apôtre et Père 
des ma'heureux Sourds-fluets, à celui qui- servira 
éternellement de modèle à leurs instituteurs. 

Nous prions nos chers et estimés Collègues et amis, 
les professeurs Dubranle et Dupont de nous représenter 

MM. Ripamonti, Sac, Angelo. — P. Fornari. — 

G. NlCOLUSSI. — PlETRO PlROTTA. — LuiGI MAIRANI — 
MOIRAGHl ANGELO. — G.\BBA EdOARDO. — PlETRO PARISE. 

— Pietro Conte. — R. Fratati. — Artifoni Annetta. 

— Maria Ronzoni. — Amalta Lanfranchi. — Geltrude 

SOLDATI. 

23 Décembre 1889 
Monsieur le Directeur de l'Institution de Paris 

La Commission, la Direction et le Corps Enseignant 
de l'Institution des Sourds-muets piuores de la cam- 
pagne de Milan, affirment de nouveau leur solidarité 
avec l'Institution Nationale de Paris en s'associant 
à elle dans li Commémoration du centenaire de 
(immortel abbé de l'Êpée, l'inspirateur de notre premier 
maître, si regretté, VabJé Tarra. 

Taverna Président de la Commission Consultative 



— 236 — 

Monsieur le Président de la Commission Consultative 
de l'Institution de Paris 

LHnstitùtionroyaleitalienne des sourds-muets de Milan 
au momentoù vous célébrez à Paris le centenaire 
de F Illustre abbé de VÉpée a V honneur d'exprimer à 
cous Monsieur ie président et à vos eminents collègues 
sa chaleureuse participation à l'hommage reconnais- 
sant que vous rendez à la mémoire du grand bienfai- 
teur del'huminlté ; dupbre vénéré de tous les sourds- 
muets. Les Sourds-muets italiens prient leurs com- 
pagnons d'infortune français d'agréer les veux fraternels 
qu'ils leur envoient au nom de la patrie de Cardan 
d'Assarotti, de Pendola, de Tarra, 

Bianchi"*Pi ésident, Vittadini, Vice-président, Sapolini 
Ronchetti, Grandi, Conseillers. 

A 2 heures et demie de l'après-midi, la Commission 
consultative de l'Institution représentée par M. Marguerie 
Conseiller d'Etat, Président de la Commission et M. Eu- 
gène Péreire, Président de la Compagnie Générale Trans- 
atlantique. M. Javal, Directeur de l'Institution Natio- 
nale et M. Dubranle, Censeur des Etudes, le personnel 
et le corps enseignant de l'Institut de Paris, se trouvaient 
réunis devant la tombe de l'Abbé de l'Epée. Des groupes 
d'élèves vinrent successivement déposer les couronnes 
dont nous parlions plus haut. 

Nous avons fait dessiner et graver spécialement pour 
la Revue Française une vue du tombeau de l'abbé de 
l'Epée après le dépôt de toutes les couronnes. Puisse-t- 
elle rappeler ce pieux anniversaire à nos successeurs et 
leur montrer que si les méthodes changent, se modifient, 
se perfectionnent; la reconnaissance est immuable et 
garde toujours fidèlement le souvenir de ceux qui font le 
bien, sans arrière pensée, et dans le seul but d'être utile 
à leurs semblables. 

Ad. Bélanger 



— 237 — 



LES MTTER FUR TAURSTUMME? 

et le Centenaire de la mort de l'Abbè de l'Epèe 



M. Ed. Walther directeur >le l'Institution impériale et 
royale des sourds-muets de Berlin vient de publier un 
remarquabje article consacré à l'abbé de l'Kpèe dans 
la Revue dont il est l'un de* rédacteur-? en chef. Nous 
détachons de ce travail les pages suivantes qui se recom 1 
mandent à l'intérêt de nos lecteurs par lé sentiment 
élevé dont elles s'inspirent. 

longtemps ai ant l'abbé de l'Epée, dit M. Walther, 

il y avait eu des hommes qui s'étaient -occupés avec 
amour des sourds-muets, qui avaient étudié, et avec un 
plein succès, les moyens d'instruire ces infortunés. Sous 
ce rapport, son œuvre n'oflrait pas un caractère spécial 
de nouveauté. Il ne faut pas laiie consister en première 
ligne son mérite dans les services qu'il a rendus comme 
instituteur, mais bien dans le fait d'avoir fondé un éta- 
blissement dont les portes s'ouvraient à un grand nombre 
de sourds-muets tant pauvres que riches, d'avoir ainsi 
montré le véritable chemin à suivre pour conduire a 
bonne fin l'éducation des sourds-muets. Et cet établis- 
sement qui fut sa création propre et originale, marquée 
si fortement au coin de son esprit, il. le soutint presque 
exclusivement au moyen de ses ressources personnelles 
.,„Dans l'intérêt de cette œuvre, il ne craignit pas de 
s ! exposer à des embarras multipliés et de recourir à 
bien des sollicitations. Nous avons à regretter qu'il 
ne soit pas parvenu à voir réaliser de son vivant son 
vœu le plus cher, l'érection en établissement public de 
l'institution fondée par lui à Paris et dont la perpétuité 



— 238 — 

devait être ainsi assurée. Mais comme toute bonne 
œuvre porte en elle même un germe de durée, le jour 
arriva aussi (deux ans après la mort de l'abbé de l'Épée), 
où une loi spéciale conféra à la fondation qu'il avait 
entreprise le caractère d'établissement national. 

D'un naturel doux et pacifique, porté à éviter le plu? 
possible le rude combat de la vie quotidienne, à se 
renfermer dans les études scientifiques, l'abbé de l'Épée 
aurait pu mener une existence tranquille et commode, 
ayant d'ailleurs de la fortune, mais deux jeunes filles 
sourffes-muéttes, privées parla mort de leur précepteur 
et ami, se trouvèrent sur son chemin. Il ne connaissait 
rien encore des lamentables conséquences de la surdité 
et n'en fut pas moins touché du sort de ces infortunées. 
Son âme aimante se laissait volontiers aller à l'enthou- 
siasme pour tout ce qui est noble, beau, sublime. Aussi 
fut-il aisément ému quand il plongea son regard dans 
les profondeurs de la misère humaine. Sourd-muet ? Il 
lui manquait d'abord toute espèce de conception claire 
sur ce point. Il lui fallut de longues méditations, de 
sérieuses réflexions avant d'arriver à connaître à fond 
l'éiat d'esprit des deux pauvres filles, alors qu'il se 
résolut, presque immédiatement après la première 
rencontre, â devenir le soutien de ces abandonnées. 

Par où devait-il commencer ? Il n'avait aucune connais- 
sance des écrits publiés sur l'enseignement des sourds- 
muets, ouvrages qui n'étaient alors qu'en bien petit nom- 
bre. Et qui pouvait lui donner un conseil? Forcé de s'en 
l'apporter à lui même, il se livra à un travail infatigable 
pour découvrir des procédés appropriés à l'œuvre qu'il 
allait entreprendre. 

Lorsque je considère quelle fut la méthode créée par 
l'abbé de l'Épée et appliquée par lui à l'enseignement 
(les sourds-muets, je me sens toujours pénétré d'admira- 
tïon. Le langage des signes que les enfants lui appor- 
taient afécole et qui formait le moyen de communication 
outre le maître et les élèves constitua le point de départ 
des procédés qu'il employa. Le langage propre aux 



Médaillé ayant figuré à 

L'Exposition Universelle de 

1889 





Collectif *!■ BÉLANGER 



Médaille de Borrel 1850 




Médaillon en Bronze 

par Michaud des Monnaies 

1843 




Médaille de Duvivier 1801 



— 243 - 

sourds-muets réclamait pourtant, à mesure que l'espri* 
des élevés se développait, une transformation et un 
perfectionnement. Il fallait le mettre en harmonie 
complète avec le langage des parlants, si on voulait lui 
faire acquérir une force capable d'éveiller l'intelligence 
et de la diriger avec rectitude. "Est-il possible de conce- 
voir un principe pédagogique plus naturel et plus juste? 
Evidemment non. A combien de réflexions n'eut-il pas à 
se livx'er pour donner à cette conception méthodique une 
forme claire et compréhensible ! que d'études il a dû faire 
avant d'arrêter sûrement son plan! 

L'instruction donnée, en signes et par le langage des 
signes seulement ne pouvait toutefois lui assurer satis- 
faction, car, en dehors de lui et de ses élèves, ce langage 
n'était compris de personne. Ceux-là même d'entre les 
sourds-muets qui pouvaient parvenir au plus haut degré 
de culture d'esprit restaient donc isolés de la société des 
hommes et privés de communication intellectuelle avec 
les entendants. Il leur fallait encore un moyen de com- 
munication usité d'une manière générale et pourtant mis 
eiurapport avec leur nature. C'est ce que l'abbé de l'Epée 
résolut d'obtenir. Une sorte d'illumination lui rappela 
un aphorisme de son professeur de philosophie, à savoir 
que les mots de notre langue n'ont qu'une relation arbi- 
traire et conventionnelle avèe les idées qu'ils repré- 
sentent. Si tel est le caractère du lien qui rattache le mot 
parlé à l'idée, ce lien peut s'établir aussi entre le mot 
écrit et l'idée. Partant de ce principe, il se convain- 
quit que les sourds-muets peuvent au moyen de la vue, 
acquérir la connaissance de la forme visible de notre 
langue tout comm« les entendants arrivent â saisir les 
sons articulés par le moyen de l'ouie. 

On me dispensera sans doute d'insister davantage 

sur cette conception généralement connue. Je n'ai pas 
non plus à m'étendre sur la biographie du grand institu- 
teur français, mais je voudrais pénétrer sa pertsée et ses 
résoluiions pour bien faire comprendre son œuvre et les 
césultats qu'il obtint. 



— 241 — 

Les relations qui nous sont parvenues de ce qu'ont 
accompli les instituteurs de sourds-muets des temps 
anciens paraissent souvent empreintes d'un certain 
caractère d'exagération. La faute en est soit à ces insti- 
tuteurs eux-mêmes qui, la plupart du temps, ne se sont 
pas attachés à mettre leur œuvre en lumière en la dé- 
duisant de principes clairs, soit à ceux qui ont été 
témoins des succès obtenus et qui, partant de cette idée 
que les sourds-muets sont de? homme.-* disgraciés sous 
le rapport de l'intelligence, étaient disposés à voir 
quelque chose d'extraordinaire même dans les résultais 
les pus modestes. Quant on nous dit que les élèves de 
l'abbé de I'Epée parvenaient à un point de culture intel- 
lectuelle plù 1 * qu'ordinaire qu'ils étaient capables de 
s'initier aux plus profonds secrets de la science, qu'ils 
répondaient promptement et sûrement aux questions les 
plus difficiles; quand on rapporte que dei'Epée dictait 
en signes à cinq de ses élèves une lettre dont le con- 
tenu tout abstrait était complètement ignoré d'eux aupa- 
ravant, que ces élèves traduisaient en cinq langues 
différentes ce qu'on leur avait dicté par signes, je me 
sens toujours pris d'un léger doute sur le degré de com- 
pétence des auteurs de ces relations. Bien d'autres sont 
comme moi. De l'Epée n'instruisait lui-même que très peu 
d'élèves dans son école. Il manquait d'aides suffisamment 
préparés. Où pouvait donc se trouver la source de grands 
succès? Il me semble bien que nous ne devons pas signa- 
ler comme le trait essentiel de l'œuvre la création d'une 
méthode; mais bien plutôt, comme je l'ai déjà dit, mettre 
au premier rang la fondation d'un établissement public 
pour les sourds-muets. Tant que ces infortunés ont vécu 
dispersés, on ne s'est pas rendu compte de l'étendue de 
leur malheur. Pouvait-on leur venir en aide? Tant qu'on 
a entretenu des doutes sur leur aptitude à recevoir l'ins- 
truction, qui pouvait s'intéressera eux? L'abbé dei'Epée 
s'est souvent plaint del'indifférence de tant de personnes. 
Souvent il eut le profond chagrin de rencontrer à cet 
égard, même chez des savants de son temps,- des préju- 



— 215 — 

gés sans fondement. Son institution une fois ouverte, il 
pouvait montrer à tout venant ces sourds si dédaigné 5 
dans l'exercice de leur activité et. de leur application, 
dans leurs relations, avec leur instituteur bien-aimé et 
dans les résultats acquis. Pouvait-il trouver un meilleur 
moyen d'exciter la bienveillance et la compassion en fa- 
veur de ceux qui jusqu'alors avaient été abandonnés et 
méprisés, regardés comme des faibles d'esprit? L'œuvre 
du grand philanthrope ne devait-elle pas faire naître 
l'émulation? En réalité, l'abbé de l'Epée était fait pour 
inspirer et entretenir un intérêt chaleureux non pas seu- 
lement pour les sourds-muets confiés à ses soins, mais 
pour les sourds-muets en général. Il comparait les sourds- 
muets non instruits à des automates. «Ils ne sont tels, 
disait-il un jour, que parce qu'on ne fait pas fructifier en 
eux ce précieux trésor, l'âme formée à l'image de Dieu, 
l'âme qui reste enfermée dans un cachot obscur dont 
on n'ouvre ni la porte ni la fenêtre, tandis qu'on devrait 
lui faire prendre l'essor et la délivrer de la tyrannie de 
la matière.» Puissô-je, ajoutait-il, ouvrir les yeux des 
peuples sur l'avantage que leur pays recueillerait de 
l'ouverture d'une institution pour les sourds-muets. Je 
leur -ai oflert mes services et je les leur offre encore, 
mais toujours sous la condition que je ne recevrai aucune 
indemnité, de quelque nature qu'elle soit. » Sa tendresse 
pour les sourds-muets ne se renfermait pas dans les 
limites de son établissement ou de sa patrie; Non.il vou- 
lait venir en aide à tous ces infortunés. Lorsque l'Empe- 
reur Joseph II, à l'occasion d'une visite qu'il fit à l'ins- 
titution de Paris, lui offrit une abbaye en Aul riche, de 
l'Epée se défendit d'accepter en disant: « Si V. M. a ce 
bon vouloir pour les sourds-muets, qu'Elle fasse tomber 
sa libéralité non pas sur moi mais sur l'œuvre elle- 
même. 

Quelque utile que pût être pour exciter l'intérêt en 
faveur des sourds-muets le libre accès de l'institution de 
Paris ouverte à tout venant, il n'était donné qu'à un petit 
nombre de personnes d'apprécier l'œuvre de l'abbé de 



— 21G — 

l'Epée. Pour" agir dans des limites, étendues en faveur 
des sourds-muets, il fallait avant tout démontrer d'une 
manière convaincante que le Créateur a accordé aux 
sourds-muets les mêmes aptitudes qu'aux hommes doués 
de tous leurs sens, que les sourds-muets sont par con- 
séquent des hommes comme nous et n'ont à regretter 
que la perte de l'ouie; qu'ils sont néanmoins capables de 
recevoir l'éducation de l'esprit et du cœuiv Si malheu- 
reusement beaucoup d'instituteurs de sourds-muets de 
l'ancien temps firent un mystère de leur méthode, vou- 
lant tirer de leur art le plus grand profit possible, l'abbé 
de l'Epée, lui, fit toujours passer l'intérêt des sourds- 
muets avant le sien, l'our leur être utile dans la plus 
large mesure, il fit connaître dans le plus grand détail 
les procédés dont il usait dans son enseignement. Il vou- 
lait servir parla de guide à ceux qui auraient l'intention 
de se consacrer à l'enseignement des sourds-muets. 
Cela ne suffisait pas encore pour remplir la tâche si vaste 
qu'il s'était proposée. Il appela des professeurs de tous 
pays, les préparait donner l'instruction spéciale dont il 
s'agit- et ccux-pi devinrent alors les messagers propaga- 
teurs de la méthode de l'abbé de l'Epée. Dans ces condi- 
tions, la renommée de l'instituteur français ne pouvait 
manquer de se répandre partout, de même que la mé- 
thode ne pouvait manquer d'acquérir une prédominance 
de plus en plus grande. Autant nous devons, regretter le 
temps <T arrêt qui en résulta pour la méthode allemande, 
autant devons-nous néanmoins nous applaudir, à un autre 
point de vue, de l'heureux progrès que fit la cause de 
l'éducation des sourds-muets. 

Il devait arriver que les succès de l'abbé de l'Epée 
excitassent l'envie de divers spécialistes contemporains, 
que l'oeuvre de paix de l'instituteur parisien, fut contre- 
carrée d'une manière fâcheuse par des hostilités venant 
de ces adversaires. Notre compatriote Heinicke joua un 
rôle prépondérant dans cette lutte. Les partisans de l'en- 
seignement des sourds-muets par la langue parlée ne 
sauraient lui être trop reconnaissants d'avoir, pris en 



— 247 — 

main d'une façon virile là défense de la méthode alle- 
mande comme étant la seule bonne ; mais ils ne voudront 
pas couvrir de leur approbation le fondement qu'il don- 
nait à ses vues, non plus que le Ion de sa polémique. 
Heinicke s'élait par malheur adonné à des spéculations 
stériles et à une sorte de dilettantisme scientifique (phé- 
nomène dont nous a^vons vu se renouveler récemment la 
manifestation en matière d'enseignement des sourds- 
muets) de telle sorte qu'il n'éprouva aucun penchant ou 
ne trouva aucun loisir pour édifier sa méthode, sur des 
bases solides et pour découvrir les procédés de son con- 
tradicteur. Aussi ne devons-nous pas "nous étonner de ce 
qu'il ait eu le dessous dans la lutte. 

La controverse entre de l'Epée et Heinicke eut incon- 
testablement ce bon résultat de mettre en rivalité bien 
Tiette la méthode allemande et la méthode française. Aussi 
la plupart des instituteurs de sourds-muets qui* à cette 
époque, furent employés/ou continuèrent à la fondai ion 
d'établissements de sourds-muets en Allemagne (Storck, 
May, Berger, d'Ëndsdorfer et autres) donnèrent-ils dans 
leurs écoles une place plus ou moins large au langage 
articulé, quelque fbrtè^qu'ait été sur eux l'influence de 
l'abbé de l'Epée. On ne voulait pas néanmoins se rendre 
aux efforts d'Heinicke. Ceux qui- appréciaient avec 
un sentiment d'équitable sévérité la méthode, de 
Heinicke devaient se dire vraiment que c'était là une 
œuvre incompréhensible à laquelle il fallait donner 
d'abord esprit et vie comme aussi une forme précise et 
ils durent s'imposer comme tâche principale d'achever 
l'édifice commencé de cette méthode. C'est ainsi qu'une 
nouvelle vie s'introduisit dans les établissements alle- 
mands de sourds-muets et que de nouveaux efforts s'y 
firent .jour. 

Si claire que fut en elle-même la méthode de l'abbé de 
l'Epée, quelque bien appropriée qu'elle pût être à la na- 
ture des sourds-muets, quelque remarquables que fussent 
les succès réalisés, elle ne répondait encore que d'une 
manière fort incomplète aux exigences de la vie. Si l'on 



— 218 — 

se plaint aujourd'hui encore de la difficulté qu'il y a à 
s'entendre avec les sourds-muets au moyen de la langue 
parlée, il ne viendra à l'esprit de personne d'affirmer 
que les moj'ens de communication avec les sourds-muets 
instruits par la méthode française soient plus commodes 
et plus sûrs. Ce ne sont pas les professeurs allemands qui 
ont porté le dernier coup à la méthode des signes, mais 
bien les français eux-mêmes et ils devaient avoir de 
bonnes raisons pour cela. Serait-ce à nous maintenant, 
à revenir au langage des signes, ou bien emploierions- 
nous un composé mixte de méthode allemande et de mé- 
thode française comme on l'a récemment proposé, sur la 
foi de théoriesémhespar quelques philosophes évoquant 
cette, idée que le langage parlé n'est pas un langage na- 
turel. pour les sourds-muets, ou bien parce qu'un pro- 
fesseur de sourds-muets qui n'a réussi a obtenir que des 
résultats modestes est contraire à la méthode orale, ou 
bien encore parce que quelques écrivains sourds-muets 
v:urJ raient voir la langue des signe-* ciiij>l,o.\ èe dans \o-. 
institutions de préférence à la langue parlée. Non, non, 
jamais. Nous avons rompu les ponts derrière nous. Nous 
ne pouvons retourner en arriére et nous ne saurions le 
vouloir pour nos enfanta. 

Nous devons voir une intervention^ la destinée dans 
ce fait que la méthode des signes a succombé, malgré 
tous les avantages dont elle avait pu se, prévaloir dans 
le p; ys même où elle avait reçu le jour. 11 n'y a rien là 
qui portepréjutlicaà l'immortel mérite du grand homme 
dont le centenaire vient d'être célébré. 

Le 23 décembre, date de la mort du noble philan- 
thrope, ses admirateurs se réuniront autour du monu- 
ment qui a été élevé à l'abbé de l'Epée, dans l'église 
Saint-Roch à Paris, afin de lui renouveler le témoignage 
de leur reconnaissance. Les professeurs de sourds- 
muets de l'Allemagne se joindront de tout cœur à eux. 
Pour nous l'instit-uteur français sera toujours un modèle 
éclatant de fidélité au devoir, de tendre dévouement aux 
enfants confiés à nos soins. Nous croyons ne pouvoir 



— 219 — 

mieux lui témoigner notre reconnaissance qu'en entou- 
rant nos élèves de tout notre amour comme il le fit lui- 
même et en travaillant de plus en plus au progrés de la 
méthode allemande. Ce qnél*àbbétle l'Epée a commencé, 
nous l'achèverons. 



REVUE DES JOURNAUX ETRANGERS 



1°. Blaetter fur Taubstummenbildung. (numéros 
21 à 21). H. Stnlt<vSoest traite dans un article intéressant 
rlo« ictii[H i'" \ \-r'<< ■■• ci ' ; - h à introt'.;, ; ic d'autres 
noms à la place de ceux dont, on se sert maintenant 
pour désigner les différents temps, mais ils ne pourraient 
s'appliquer qu'à la langue allemande. 

M. Walt lier, rédacteur en chef des "Blaetter" donne 
une excellente traduction des propositions faites par"the 
Royal commission' - à Londres sur l'organisation de 
l'enseignement des Sourds-Muets en Angleterre. Cette 
commission, chargée par le gouvernement anglais, a 
visité en 1887 les institutions les plus renommées 
d'Angleterre, d'Allemagne, d'Italie, de France etc. pour 
connaître l'état actuel de l'enseignement des Sourds- 
Muets. 

Le troisième article du numéro 21 parle du cinquan- 
tième anniversaire de l'Instituiion des Sourds-Muets à 
Stellin (Prusse), qui a eu lieu le 15 Octobre de 
l'année 1889. L'auteur de cet article donne un aperçu 
fort intéressant de cet établissement. 

M. Cuppers, directeur de l'Ecole des Sourds-Muets à 
Tièves, proteste dans le numéro 22 contre l'assertion 



— 250 — 

publiée par " l'Organ " au numéro 10r « S'il y avait eu 
vote (au Congrès de Cologne) les thèses de M. Vatter 
auraient été — il n'y a pas de doute — acceptées ». 
M. Cuppers est d'un avis coirlraire. 

M. Koebrich, le digne successeur du célèbre Hill à 
Weissenfels, a entrepris un Iravail dont l'histoire de 
de renseignement des Sourds-Muets lui sera toujours 
reconnaissante pour avoir fait connaître ce que Hili 
avait laissé non-imprimé après sa mort. M. Koebrich a 
déjà publié plusieurs articles par Hill dans les BlaetUr 
fur Taubstummenbildung de l'année 1888. Il a repris ce 
travail dans le numéro 22 de l'année 1889. Tous ces arti- 
cles sont très-intéressants et montrent à quel point Hill 
prenait à cœur sa tâche comme maître des Sourds- 
Muets. 

11 dit dans son dernier article, en parlant de l'Abbé de 
l'Epée : « Sa/t-on pourquoi le travail de l'Abbé de l'Epée 
fut couronné de tant de succès ? C'esc parce qu'il y 
consacra tout son être, tout le secret est là, » et, con- 
tinue Hill, « je dois aussi dire de moi-même que les 
questions concernant les Sourds Muets, m'occupent, me 
pénètrent tellement qu'elles ne me quittent pas, même 
en dormant. Celui qui veut devenir un maître de Sourds- 
Muets capable doit diriger toute son attention sur ses 
élèves, observer la moindre chose qui a rapport à leur 
enseignement, eh un mot : toutes ses pensées, toute sa 
forée toute son activité doivent se concentrer dans la 
seule idée d'utiliser tq ut pour le bien de ses pauvres 
élèves.. » 

O. Wende décrit ses impressions d'un voyage qu'il a 
fait, pour connaître différentes jnstilutions de Sourds- 
Muets, d'après ce qu'il dit Dn peut en conclure : que 
tout n'est pas comme cela devrait être. 

Tietjen traite au numéro '23 une question qui occupe 
déjà depuis quelque temps les maîtres de Sourds-Muets 
allemands : Faut il donner, avant que le cours d'articu- 
lation soit tout-à-fait terminé, une signification aux 
syllabes qui en sont susceptibles ? Si, par exemple, l'en- 



-*r- 251 — 

faut sait prononcer les syllabes \.o, cha, lou, etc. faut-il 
lui montrer un pot, un chat, un loup, etc. ? Les uns, 
comme Hill, Cuppers, Rossler, Stoffers, Soder, Vatter, 
etc. disent oui, le& autres, comme Schettle, Frese et 
aussi M. Tietjen, disent non. Me basant sur une 
longue expérience, je suis de l'avis des premiers. 

M. Hacder-Breslau parle dans un article bien intéres- 
sant des résultats obtenus par l'ancienne et la nouvelle 
méthode pour l'enseignement de l'articulation au Sourd- 
Muet, et fait ressortir d'une manière claire et nette tous 
les avantages qui caractérisent la méthode actuelle. 

Je voudrais aussi attirer l'attention des lecteurs sur 
une information de M, Reuschert intitulée : le dévelop- 
de l'instruction des Sourds-Muets en Allemagne depuis 
1881. Il y avail alors dans 95 établissements 5629 élèves, 
en 1889 dans 96 institutions il y a 6303 élèves. 

Le Centenaire de la mort de l'Abbé de l'Epée donne 
âM. le Directeur Walther à Berlin l'occasion de publier 
une excellente biographie de ce remarquable bienfai- 
teur des Sourds-Muets. 

M. P. Fischer publie sous le titre : « Un mot sur la 
lecture sur les lèvres ». un travail qui mérite toute 
notre attention. 

Le premier numéro de la troisième année de la revue 
de M. Walther commence par un article rétrospectif du à 
la plume de M. T, Tœpler ,sous le titov. : « Au renouvel- 
lement de l'année » Ayant toujours tâché d'amener unei 
reconciliation entre le nord et le sud, ou pour mieux dire ' 
entre le parti de " l'Organ " et des " Blaetter ", je 
m'abstiens d'entrer dans les détails de cet article, d'au- 
tant plus que mon intention fut assez mal interprétée. Le 
ton hautain avec lequel M. Tœpler parle de moi, et sur- 
tout de M. Koch, qui jouit d'une estime générale de h* 
part de presque tous les maîtres de sourds-muets, ne 
peut produire une bonne impression, même sur les amis 
des " Blaetter ". Si l'article avait été écrit sur un ton 
conciliant, il aurait fait une impression plus favorable et 
aurait, j'en suis sûr, amené des amis aux " Blaetter " 



— 252 — 

M.Qdelga publie la première paitie d'un travail infé T 
ressant } «Le principe de Fintérèt et son importance 
dans l'école des Sourds-Muets ». L'auteur dit: « Nos 
élèves dpivent. vouloir se servir de la langue parlée ; 
c'est-à-dire spontanément, librement, avec plaisir, sans 
y être obligé; ils devraient sentir la nécessité d'expri- 
mer leurs idées de vive voix. A l'école des sourds-muets 
incombe la tâche de développer chez ses élèves l'intérêt 
pour la langue parlée ». L'article contient des idées 
très-justes. 

M- Walther, parlant du mot « sourd-muet », cherche 
à prouver que la formation de cet expression ne s'ac- 
corde pas avec les règles grammaticales ;il faudrait dire 
d'après son avis, « miiet-sourd » mais, réflexion faite, il 
trouve cependant qu'il ' faut conserver l'expression 
» sourd-muet » — « Taubstumm ». 



2° Organ der Taubstummen-Anstalten. M. Wagner, 
instituteur à l'établissement des Sourds-Muets et des 
Aveugles à Zurich (Suisse), publie dans les n os 10 et 11 
de 1' " Organ " sous le titre : « L'école des Sourds- 
Muets comparée â l'école primaire », un article qui — 
quoique bien écrit — n'offre rien de nouveau aux 
maîtres de Sourds-Muets. 

La petite étude his/orique par le D r E. ]Vf. à F. ne donne 
non plus rien d'intéressant à ceux qui s'occupent de l'en- 
seignement des Sourds-Muets, l'article n'est pas écrit 
pour les spécialistes de notre enseignement. 

M. Hoffmann-Ratibor, a publié au n° 3 de " l'Organ " 
concernant l'ouvrage de M. Odelga : « L'enseignement 
delà langue dans l'école " ultraquistiquc" doit faire un 
retour »,_ un article qui a amené une polémique assez 
vive. 

Le numéro 12, le dernier de la trente-cinquième 



— 233 — 

année, de cette revue contient un article par Vatter 
sous le titre : « Quelques remarques concernant l'article 
de M. Cûppers au n° 22 des " 'Blaetter fur Taubstum- 
menbildung, qui cherche â réfuter les arguments de ce 
dernier. 

C. Renz donne une traduction de l'excellente biogra- 
phie de Guilio Tarra par M. Claveau, ainsi qu'un article 
sous le titre : O. Claveau et l'introduction de la mé- 
thode d'articulation en France. 

Très intéressants sont les articles : « Les dernières 
réformes en Autriche » par Suleiman, et « L'institution 
royale des Sourds-Muets d'Esslingen en Wurtemberg 
transférée au château de Bonnigheim » par Streich. 
L'école d'Esslingen fut ouverte en 1825, elle y a donc 
été pendant 64 ans comme externat; depuis qu'elle est 
à Bonnigheim, c'est un internat. M. Streich fut nomm» 
inspecteur de cette institution. 

A partir du l° r Janvier 1890 " l'Organ " sera imprimé 
en lettres latines ce qui facilitera beaucoup aux étran- 
gers la lecture de cette excellente revue. 

C. Renz 



NOS GRAVURES 



Un artiste de beaucoup de talent, que nous trouvons 
chaque année au Salon de peinture et dont notre colla- 
borateur, M. Th, Denis nous a entretenu plusieurs fois, 
M. René Baudeuf, a bien voulu dessiner d'après nature 
une vue du tombeau de l'abbé de l'Epée. C'est ce dessin 
que nous avons fait graver pour les lecteurs de la 
Revue Française, nous espérons que ' ceux de nos amis 
qui n'ont pu faire leur visite au tombeau du Maître 
seront heureux de le voir venir vers eux avec ce numéro 
du journal. 



— 25t - 

Nous donnons également une reproduction d'un 
médaillier renfermant les médailles connues de notre 
premier instituteur; nos abonnés ont pu le voira l'Expo- 
sition Universelle de Paris dans la salle réservée à 
notre Institution. 



Nos lecteurs qui le désireront pourront en s'adressant 
à l'Imprimeur-Gérant du Journal, M. Eug. Bélanger, 
225, rue Saint-Jacques, obtenir des épreuves de ces gra- 
vures tirée? sur papier de hollande au prix de fr. 50 
l'exemplaire pour chaque gravure. 



VAMOVR SILENCIEUX 



Le Supplément littéraire illustré du Petit Parisien 
nous donne une nouvelle charmante de Louis Ulbach 
intitulé l'Amour silencieux. Nous assistons au mariage 
de deux jeunes sourds-muets instruits par la parole, 
répondant aux questions du maire, ce qui ne surprendra 
aucun de nos lecteurs, mais ce qui ne laisse pas d'éton- 
ner un peu le romancier, Il nous conduit ensuite à 
l'Église pour la cérémonie religieuse puis nous ramène 
quelques mois plus tard dans l'intérieur du jeune ménage 
Tous deux sont dans l'attente du petit être qui doit 
mettre le comble à leur bonheur. 

Laissons' parler le romancier « ,.,Mais à l'ap- 
proche du dénouement, la mère fut prise d'une 
angoisse terrible, dont son mari fit la confidence 
à mon ami. 

Ils ne redoutaient guère que leur enfant fût muet, 
mais il s'étaient mis tout à coup à s'imaginer que non 
seulement il serait sourd-muet comme ses père et irière, 
mais qu'encore il serait aveugle. 



iOo 



Aveugle! alors ils auraient dans leurs bras un malher- 
reux être auquel ils ne pourraient rien communiquer de 
cette tendresse qui s'était élargie entre eux et qui devait 
déborder sur les autres ; ils n'en recevraient rien : cette 
chose vivante ne vivrait pas de l'âme et ne saurait jamais 
pourquoi ou l'embrasserait en pleurant, pourquoi on la 
nourrirait, pourquoi on la ferait vivre ! 

Sa crainte était vaine, 

Elle eut un tils qui voit, qui entend, qui parle. Il n'est 
pas encore entendu : il n'a que tr>>is ans ! Son cher et 
doux regard n'est pas encore parlant ; mais il se fei a 
entendre. 

Il était dans son berceau, quand je l'ai vu, frais, rose et 
les yeux grands ouverts: il tenait cela de ses parents. 

La mère me racontait par signes sajoîe, ne parlait 
plus de sa vilaine peur; elle m'expliquait comment elle 
essayait de lui faire dire: « Papa, maman ». 

— Je sais bien que c'est trop tôt, m'écrivait- elle un 
jour, mais je veux épier ses premiers mots, parce que 
ce sera plus difficile de lui enseigner à parler distincte- 
ment; ces petites bouches qui font la moue à tout propos 
qui rient à tort et à travers, dérangeront notre alphabet 
à nous autres; mais c'est égal? Je veux qu'il parle de bon- 
ne heure, et je veux rendre des mer.es jalouses de nos 
entretiens, Je m'imagine que je l'entends déjà... 

Seulement, quand le jour baisse, je ne le vois plu par- 
ler, et si vous saviez combien de fois, la nuit, ne pou- 
vant l'interroger puisque je ne le verrais pas répondre 
je frôle doucement sa bouche avec mon doigt, pour 
m'assurer que je n'y sens pas le passage d'un cri on 
d'un soupir ! » 

Quand on est mère, on trouve facilement le moyen 
d'être heureuse ! » 



— £56 — 

NECROLOGIE 

T.e Frère Louis Directeur de l'Institution 
d8S Sourds-Muets de Nantes 

Nom apprauons la mort du Frère Louis. Directeur 
de l'établissement de Nantes. .Nous publierons dans 
le prochain numéro une notice sur notre vénérable 
Collègue. Nous donnons on * attendant le récit de ses 
f'u né rai lies, et le» discours .prononcés sur sa tombe par 
le Maire de la ville de' Nantes et le président de la 
Société d'Horticulture. 

Le 1 janvier, à deux heure?, ont eu Heu les obsèques du 
Frère Louis, directeur dé l'Institution des Sourds-Muets. 

Plus de mille personnes avaient tenu à accompagner 
le vénérable défunt jusqu'à sa dernière demeure. 

Le deuil était conduit par M, le supérieur général de 
l'ordre de Saint-Gabriel et le frère du défunt, en religion 
frère Fidèle r raumônier de la communauté, les frères, 
le neveu et le nièce du Frère Louis. 

Les cordons du poêle étaient tenus par MM. Guibourg 
maire de Nantes; Rambaùd, conseiller de préfecture, 
remplaçant M. le préfet; Martin, conseiller général de la 
Loire-Inférieure; Pineau conseiller général de la Vendée, 
Blanchet, président de la Société d'Horticulture, et 
un frère remplaçant M. le directeur des frères de 
Ploërmel, qui lui-même était venu pour assister 
aux funérailles de son ami. 

Les offices ont été célébrés à l'église Saint-Jacques 
et l'absoute a été donnée par Mgr l'évèque de Nantes, 
assisté dé Mgr du Couédic. 

Ensuite, le cortège s'est dirigé vers le cimetière de 
Saint-Jacques, où, à l'entrée à gauche, une tombe bien 
simple, ornée d'une croix avec cette inscription : * Cher 
Frère Louis, » marque le dernier asile de celui que 
notre ville entière regrette. 



— 257 — 

M. le maire a" prononcé les paroles suivantes. 

«L'institution des sourds muets ne dépend pas de la mu- 
nicipalité, -c'est une œuvre départementale. Mais la vie 
admirable de son Directeur, le frère Louis, a eu pour 
témoin pendant près de cinquante ans la ville de Nantes 
et je méconnaîtrais les sentiments unanimes de mes 
concitoyens si le Maire n'apportait pas sur cette tombe 
l'hommage de nos respeds ettle nos regrets 

Conçoit-on un bienfait plus grand que celui de mettre 
en communication "avec leurs semblables de pauvres 
entants exposés à toutes les misères humaines, et qui 
semblaient à jamais privés de toute consolation intellect 
tuelle et morale ! Songeons un instant que nous sommes 
affligés d'une pareille douleur dans l'un de nos enfants 
quelle serait notre reconnaisssance pour celui qui, ou- 
vrant l'intelligence et le cœur d'un être si cher, lai per- 
mettrait de nous connaître et de nous aimer ! Combien" 
de familles, à Nantes même, doivent au Frère Louis cette 
gratitude suprême. 

Il n'est pas de tâche plus belle, parce qu'il n'est pas de 
bienfait plus grand ; mais y a-t-il une tacheplus difficile 
souvent plus ingrate, plus pénible ? Et quand on 
songe que pendant cinquante-trois ans de sa vie, dont 
quarante-sept passée au milieu de nous, le cher Frère 
Louis s'y est consacré tout entier, avec autant d'intelli- 
gence q'ue d'abnégation, saluons avec admiration une 
aussi noble vie, et faisons remonter jusqu'à Dieu l'inspi- 
ration d'un dévouement aussi sublime ! 

Et cependant le Frère Louis trouvait n'avoir pas 
encore fait assez : au moment ou la mort l'a frappé, il 
étudiait depuis plusieurs mois le moyen de réaliser le 
généreux projet que le Conseil général de la Loire- 
Inférieure a formé, d'établir un Instituts de jeunes 
aveugles. 11 était prêt à se dévouer à une œvvre qui 
serait un immense bienfait I 

Si nous avionsle bonheur de posséder encore le cher 
Frère Louis au milieu de nous, il s'y présenterait com- 
me le plus humble : tel nous l'avons vu le premier jour 



— 258 — 

de cette année nouvelle, qui nous réservait de si grandes 
tristesses. Restituons-lui la place qui lui appartient: 
Le Frère Louis a é(è grand "par le cœur, par les vertus, 
parle dévouement le plus admirable pendant une vie 
entière; gardons-lui dans nos cœurs une reconnaissance 
ineffaçable. Dieu permettra que de Là- Haut il protège 
encore son œuvre.» 

M, Blanchet, président de la Société d'horticulture, a 
pris ensuite la parole et prononcé un discours que nous 
tenons à reproduire : 

«Au nom de la Société Nantaise d'Horticulture, dont 
cher Frère Louis fut undes membres les plus compétents 
et les plus actifs et les plus sympathiques, je dépose sur 
cette tombe l'hommage le plus sincère de nos regrets, 
de notre douleur, de notre profonde affection, 

Prévenu trop tard, pour donnera l'expression de nos 
sentiments un développement convenable, je tiens à dire 
simplement ce que nous souffrons et ce quenousperdons. 

Nous perdons dans le vénérable Frère Louis non-seu' 
lement le plus aimé incontestablement de tous nos col- 
lègues mais l'horticulteur amateur le plus ingénieux, le 
pluschercheur, le plus séfieusementtravailleur que nous 
ayons jamais connu. Rien de banal dans ses expériences 
dans ses essais ; tout était calculé pour atteindre un but 
utile, pour-obteii.ir un progrès. 

Et quelle simplicité, quelle réserve sans pareille dans 
le récit de ses recherches les plus sérieuses !. . . 

Cœur d'or, doublé d'un vrai savant, voilà la meilleure 
définition de celui que nous pleurons. 

Nous .connaissons tous ses mérites, tous les grands 
services rendus par lui : d'autres, plus autorisés que 
nous les raconteront en termes éloqeunts. Cependant je 
veux ajouter un seul mot que j'ai eu le bonheur d'en- 
tendre répéter dans le sein de nstre Société: « Il 
n'était pas une poitrine plus digne que la sienne de 
porter la Croix de l'honneur! » — Oui; mais sa modestie 
admirable a su le faire oublier ! » 



— 259 — 

INFORMATIONS ET AVIS DIVERS 



Notre numéro de Janvier Février. — Nous prions 
nos lecteurs d'agréer nos excuses pour le retard qui a 
été apporté dans l'apparition de notre numéro de Janvier 
Ils se rendront compte des motifs de ce retard en 
recevant ce numéro double qui porte la date de Janvier 
Février et que nous avons consacré plus particulière- 
ment au fondateur de notre enseignement. Nous n'avons 
pasrépondu aux réclamations qui nous ont été adressées 
au sujet de ce retard, les réponses seraient parvenues en 
même temps que le'journal lui même. Le N° 121e dernier 
de la 5 me année paraîtra le 1 er Mars prochain. Nous 
prions ceux de nos lecteurs dont l'abonnement expire 
le 1 er Janvier de le renouveler afin d'éviter les ennuis 
du recouvrement. Nous serions également reconnais- 
sant à nos collègues étrangers qui ne nous ont pas fait 
parvenir le montant de leur abonnement pour la 5 me 
année de nous l'adresser ( Nous pwlons des piys sur 
lesquels la poste n'opnre pas les recouvrements. ) 



Institution Houdin. Paris. — En dépit de l'influenza, 
Madame Houdin, directrice de l'institution des sourds- 
muets, 82 rue de Longchamps, a donné sa petite fête 
annuelle, le 25 Décembre 1889. 

Deux fillettes ont récité un long dialogue sur 
l'Exposition ce qui a fait surgir une pluie de bravos. 

Ensuite une comédie intitulée: La poule savante a 
excité l'admiration de nombreux invités, trop heureux 
d'applaudir les chers acteurs. 

A leur tour, les epfants ont pu remercier leur aimable 
directrice qui leur a distribué une foule de jouets ornant 
un magnifique arbre de Noël : ils ont pu aussi recueillir 
des compliments pour les ouvrages, tels que dessins et 
travaux, â l'aiguille K qu'iIs ont offerts à leurs parents. 

Un invité. 



— 260 — 

Anniversaire de la mort d'Augustin 'Grosselin 

Un groupe de sourds-muets s'étaient donné rendez- 
vous, dimanche 9 janvier, au cimetière Montparnasse 
pour donner un lémoignage. de reconnaissance à 
Augustin Grosselin, auteur de l'ingénieuse méthode qui 
permet au sourd-muet tout jeune de s'intruire sans 
quitter sa famille, à la^méme école que ses fçère et sœurs 
et d'acquérir, au milieu de nombreux amis entendants, 
•'instruction primaire et l'usage de la parole qui lui don- 
uera la possibilité de communiquer avec tous. 

Augustin Grosselin, décédé le 5 Janvier i870, a 
fondé la Société pour la protection et Jinstruetion simul- 
tanées dessourds muets et des entendants parla méthode 
phonomimique. Gette méthodequirendrétudedelalectu- 
re aussi rapide qu'attrayante pour nos jeunes enfants en- 
tendants est très répandue dans les écoles primaires et 
matenelles, grâce au dévouement de M. Emile Grosselin 
chef du service desténographie à la Chambre des députés 

Une guèrison originale 

Un mineur, de Rhonoda (Angleterre.), nommé David 
Davies, vientd'êtrel'objetd'unetrès curieuse expérience. 
C'était <u ne des victimes de la mémorable explosion de. 
Pen-y-Craig. en 1889, à la suite de laquelle il dut gar- 
der le lit.pendent quatre ans. Il était parvenu, peu à 
peu, à se remettre sur pied. -^îais, par suite de la 
commotion qu'il avait éprouvée, il était resvé sourd et muet 

Le médecin qui le soignait eut l'idée de lui faire 
recevoir une secousse analogue a celle qui lui avait 
valu son infirmité. Il y a quelques jours, il le plaça aussi 
près que possible d'un canon avec leque) on faisait des 
exercice de tir, An sixième coup, l'ouïe lui était revenue, 
Il restait encore muet, mais, dimanche dernier, quel- 
qu'un lui ayant adressé des paroles qui le mirent en colère, 
soit volonté, soit instinct, il fit un effort et laissa échap. 
p9r un jur on. La parole lui était rendue. 

L'Imprimeur- Gérant, Ea*. BELANGER rue Saim-Jaciue» jif. Pari» 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muets 

5"" aimée. N» 12 Mars 1890. 



FREDERIC PEYSON 
Peintre sourd-muet 



. Frédéric Peyson a marqué sa place au premier rang 
de ces sourds-muets instruits qui, par diverses manifes- 
tations d'une supériorité intellectuelle, resteront 
l'éternel honneur de la Maison fondée par l'illustre 
abbé de l'Épée. 

C'est dans le domaine de l'art que Peyson a laissé la 
trace d'une personnalité remarquable. Mais s'il nous 
arrive, comme en ce moment, d'embrasser l'ensemble de 
sa vie, nous ne savons pas ce que l'on doit le plus 
admirer en lui ; la valeur de l'artiste ou la valeur de 
l'homme. 

L'artiste avait du talent, de l'inspiration, Tardent 
amour du beau et du vrai ; l'homme avait su réunir 
l'élévation de l'esprit, la dignité du caractère, la géné- 
rosité du cœur. 

Nous ne connaissons pas de plus beau modèle à offrir 
à ceux de ses jeunes frères en infortune qui seraient 
entraînés, par une sérieuse vocation, vers la carrière 
qu'il a parcourue avec tant de distinction. 

Nous avons eu la bonne fortune de pouvoir recueillir 
sur son existence des détails assez précis pour le 
faire aimer. Nous les devons, en partie, à l'obligeance de 
la sœur et de la nièce de Peyson, (1) dignes femmes dont 
il eut toute la tendresse en ce monde et qui, restées 

(1) Madame Boyer-Peyson, veuve du docteur B iyer, l'éminent 
professeur à la Faculté de. médecine de Montpellier et Mademoiselle 
Marie Boyer. 



— 262 — 



fidèles à l'affection la plus dévouée, conservent le culte 
de sa mémoire avec la plus touchante piété. 



Frédéric Peyson est né le 21 mars 1807, à Montpellier, 
d'une honorable famille de négociants. Tout semblait 
lui sourire dès son berceau. Ses parents, qui devaient à 
leur probité l'estime et la considération de leurs conci- 
toyens, jouissaient d'une aisance .qui lui^rermettait la vie 
douce et facile Venu au monde dans des conditions 
normales, avec une constitution robuste, l'enfant se 
développait rapidement. Il était la joie de tous les siens, 
il" était l'orgueil de sa mère. Déjà il emplissait l'heureuse 
maison de son charmant bavardage, 
Il venait d'atteindre l'âge de deux ans et demi. 
Un jour, des cris déchirants se font entendre. C'est la 
' voix du petit Frédéric, dont les appels désespérés jettent 
soudain la terreur par toute l'habitation. On se précipite 
vers l'endroit d'où partent les gémissements plaintifs, et 
l'on trouve l'enfant la tête prise et comme écrasée entre 
les barreaux de fer d'une Fenêtre grillée. Vite on cherche 
à l'en dégager; mais on n'y parvient qu'avec difficulté et 
après de violents efforts. 

On croyait en être quitte pour la peur. Hélas ! la 
secousse avait été trop forte pour une tète encore si 
délicate, et l'accident, en apparence si peu grave, 
provoqua une fièvre cérébrale. L'enfant survécut, mais 
les conséquences de cette maladiedevaient être terribles 
On ne tarda pas à s'apercevoir que l'ouïe du pauvre petit 
s'affaiblissait peu à peu. Bientôt la surdité fut complète 
et, à son tour, la voix s'éteignit progressivement. Plus 
de doute, l'enfant était sourd-muet. 

Toutefois l'intelligence n'avait reçu aucune atteinte de 
cette funesteépreuve. L'enfantrevenu àlasantéphysique, 



— 263 — 

retrouva sa gaîté, son vif esprit, et la gentillesse de ses 
gestes remplaça* le charme de. sa voix. Sa mimique 
naturelle parlait d'ailleurs .aux yeux avec tant de 
justesse-,. qu'il se mêlait, sans en éprouver trop de* gêne, 
aux jeux de ses camarades. Bientôt même .on remarqua 
que, toujours muni d'un crayon, et comme pour, rendre 
encore plus clairement les pensées qui traversaient 
son cerveau, il .couvrait portes et murailles des 
images les plus variées. 

On a cru voir, avec 'raison peut-être, dans cet emploi 
abondant et spontané de l'écriture figurative, une 
indication d'aptitudes précoces pour l'art du dessin. 

Cependant la famille, toujours soutenue par l'espoir, 
épuisait tous les secours de la science, pour essayer de 
rendre l'ouïe au jeune Frédéric. Mais il devenait dérai- 
sonnable de conserver plus longtemps cette illusion. 
L'enfant grandissait, il fallait songer à son instruction 
ce puissant palliatif d'un mai incurable. 

Il n'y avait pas encore, à Montpellier, d'école pour les 
sourds-muets. Quoi qu'il en coûtât au cœur des parents, 
ils se résignèrent à envoyer leur fils à Paris. La sépara- 
tion donna lieu à une seène des plus déchirantes. 

Frédéric Peyson entra donc à l'Institution des sourds- 
muets de Paris le 23 Mai 1817 ; il venait d'accomplir 
sa dixième année. 

II passa prés de dix ans dans, cet établissement dont 
il fut un des meilleurs sujets. On avaiteu soin de cultiver 
particulièrement ses dispositions pour le dessin, et il 
avait lait dans cette Voie des progrès qni promettaient 
un bon élève a l'école des Beaux-Arts, 

En sortant de l'Institution royale, il se retira chez le 
célèbre instituteur Bébian, qui avait été un de ses 
maîtres de langue française et qui, à la suite de dissen- 
timents d'ordrepédagogique avec l'administration, avait 
fondé une pension privée. Peyson, alors âgé de vingt 
ans, y eut toute liberté pour se livrer presque exclusi- 
vement à ses études artistiques. 

Il s'y appliqua avec une ardeur extraordinaire, pas- 



— 264 — 

santsuccessivementpar les ateliers de nos grands artistes 
de cette époque, Gros, Hersent, Cognief, Ingres, et rece- 
vant de ces maîtres les plus flatteurs encouragements. 
C'est ainsi qu'Hersent disait au père de Peyson, à qui il 
faisait l'éloge de son intéressant disciple: — Si Frédéric* 
était mon fils, je ne lui donnerais que le strict nécessaire 
pour vivre, il trouverait, dans une vie. plus dure, ce 
stimulant qui fait des élevés bien doués des artistes hors 
de pair, et votre fils est un de ceux-là. 

Cette bonne opinion qu'Hersent avait de son élève se 
trouva justifiée par le succès que Peyson remporta dans 
un des concours pour les Prix de-Rome; il obtint le troi- 
sième rang avec ce sujet : Homère parcourant , en 
chantant , les villes de la Grèce. 

Mais ce fils était infirme et par cela même doublement 
cher à ses parents, qui saisissaient , au contraire, toutes 
les occasions pour lui prodiguer les trésors du plus vif 
amour, et pour étouffer, sous les témoignages de l'affec- 
tion la plus plus attentive, les révoltes qui grondaient 
parfois dans le cœur du jeune homme, aux heures où il 
sentait l'infériorité dans laquelle le maintenait une des- 
tinée cruelle. 

Il ne pouvait donc pas être question de laisser 
Peyson lutter avec les embarras de la vie et de l'obliger 
a conquérir la renommée au prix des arrières tribula- 
tions qui attendent si souvent les débutants opiniâtres. 
Notre artiste devait rester peintre amateur, ce qui ne 
l'empêcha pas de se montrer laborieux, de produire 
énormément et d'envoyer une partie de ses ouvrages aux 
Salons annuels. 



* 



Nous allons d'abord suivre Peyson dans les Expo- 
sitions, ce qui nous permettra d'enfermer notre rapide 



— 265 — 

étude dé ses œuvres dans le cadre que nous offre l'ordre 
chronologique. 

Son début au Salon date de 1837 : il y figura modeste- 
ment avec le portrait en pied d'un capitaine de la légion 
Jbélge. 

En 1838, il exposa une Sainte-Marguerite, composition 
empreinte du sentiment hiératique le. plus pur. La 
vierge d'Antioehe est debout, la palme du martyre à la 
main, écrasant d'un regard imposant. le dragon qUi se 
roule' à ses pieds avec une fureur • impuissante. On 
remarque surtout dans cette toile le souci de la correc- 
tion du dessin et cette tière simplicité de l'arrangement 
que les élèves d'Ingres rapportaient des leçons sévères 
du maître. 

Ce tableau, légué par Peyson, en 1S77, au musée de 
Montpellier, est la première pensée de celui qui a été 
placé à l'église cathédrale de Saint-Pierre, de la même 
ville, 

Frédéric Peyson envoya au salon de 1839 une toile qui 
n'était pas seulement une belle page artistique, mais 
qui avait de plus le mérite d'être un des actes les plus 
touchants que puisse inspirer le noble sentiment de 
la reconnaissance. Ce tableau représentait, les derniers 
moments de l'abbé de CEpée. Nous n'avons pas besoin de 
dire que l'artiste dépensa toute son âme dans l'interpré- 
tation d'un sujet que lui avait dicté une.filiale prédilec- 
tion. Cette œuvre, une des plus intéressantes qui soient 
entrées dans la galerie historique de l'Institution 
nationale des sourds-muets de Paris, produit l'effet,' à, 
première vue, dans la synthèse *de son arrangement, 
d'une des scènes de famille décrites avec tant d'émotion 
par Greuze. Rappelez-vous, par exemple, dans le Fils 
puni, ce vieillard étendu sur son lit de mort et entouré 
de sa famille éplorée. 

Cette toile ne passa point inaperçue. Le public et la 
critique d'art lui firent un succès très flatteur. On en 
retrouvera un écho dans cet extrait d'un article du 
Moniteur universel ; 



— 266 — 

«... L'auteur est un jeune sourd-muet dont cette 
composition, pleine de sentiment, est le premier ouvrage 
important, et japense que les plus sévères connaisseurs 
seront agréablement surpris d'un pareil début. Quant à 
moi, je trouve que ce peintre a déjà deviné l'art d'or- 
donner son sujet, de manière à ramener toutes ses 
parties à Tunité d'intérêt ; que sa couleur n'est point 
tourmentée, qu'elle ne manque ni de fraîcheur ni d'har- 
monie, en un mot que M. Frédéric Peyson mérite, dès à 
présent, plus que -des encouragements. » 



Le tableau dont nous venons de parler a une petite 
Odyssée. Si le public l'avait accueilli avec sympathie, si les 
élogêsde la presse ne lui avaient pas manqué, les sourds- 
muets l'avaiertt salué avec une joie que le sentiment de 
la solidarité porta jusqu'àl'enthousiasme. Ils étaient fiers 
de cette œuvre qui, leur semblait-il non sans raison, les 
relevait aux yeux de la société, en ce sens qu'elle était 
un éloquent témoignage des résultats auxquels le sourd- 
muet pouvait atteindre, dans l'ordre intellectuel et 
moral, par le travail et l'étude. Pour eux, la place de ce 
tableau était tout indiquée : l'Institution de Paris devait 
le posséder. 

; C'était bien certainement la propre pensée de Peyson. 
Mais comment réaliser Ce vœu ? Deux moyens se présen- 
taient :, ou faire don de son œuvre à l'administration, ou 
en proposer l'acquisition à l'État. 

L'auteur réfléchit qu'il avait toujours le temps de 
recourir au premier moyen. Par un sentiment de 
légitime amour--propre, il attendit donc les offres du 
gouvernement. Celui-ci était d'ailleurs vivement sollicité 
par les dévouée camarades de Peyson. 

Ces offres ne s'.étaient pas encore produites, lorsque 
le 11 Décembre 1842 les sourds-muets, réunis au banquet 



— 267 — 

commâmoratifde la naissance de l'abbé de L'Épèe, réso- 
lurent d'adresser une pétition au ministre de l'Intérieur, 
quiavaitdansse? attributions la direction des Beaux-Arts 
EUe fut signée séance tenante. Cette^étition a été publiée 
dans la notice que Fei*dinand Berj^hier a consacrée à 
l'abbé de l'Épée. Mais ce qui ne se trçuv^ pas dans c© 
livre, c'est la lettre suivante qui indique le bon accueil 
dont la pétition fut l'objet de la part de l'administration 
supérieure. Elle émane du chef de la section dont 
relevaient les institutions de sourds-muets. Ce fonction- 
naire ne pouvait que recommander la. requête à son 
collègue des Beaux-Arts ; il le fit dans une excellente 
forme : 

« Monsieur, Les sourds-muets de tous les pays, de 
toutes les conditions, réunis le 11 de ce mois pour 
célébrer dans un banquet l'anniversaire de la naissance 
de l'abbé de L'Épée, ont tous, à cette occasion, signé la 
demande ci-jointe, à l'effet d'obtenir qu'un tableau 
représentant les derniers moments de Vabbé de l'Épée 
soit acheté au jeune Peyson, leur camarade, qui en est 
l'auteur. 

« Cette demande, appuyée des recommandations 
honorables de MM, de Jussieu, de Lanneau, Eugène 
de Monglave, etc,, mérite tout l'intérêt et toute la 
sympathie du gouvernement, 

« L'Institution Royale des sourds-muets de Paris a 
fait partie de la Direction des Beaux : Àrts et les élèves 
de cet établissement n'ont pas perdu le souvenir de la 
constante sollicitude avec laquelle vous vouliez bien 
accueillir alors tout ce qui "pouvait intéresser leur posi- 
tion présente et leur sort h venir. Ils espèrent donc 
aujourd'hui encore que vo*us aurez la bonté de soumettre 
leur demande au Ministre avec un rapport favorable. 

« Agréez, etc, Durieu.» 

A la suite de cette dépêche, l'artiste reçut des pro- 
positions. Mais Peyson n'était pas un de ces artistes 
besoigneux dont l'État, suivant une déplorable tradition,, 



— 268 — 

a l'indélicatesse de taxer les œuvres à des prix dérisoires 
On trouva ses conditions trop élevées. 

Dès ce moment, son parti était pris. Au banquet com- 
mémoratif de 1814, le professeur sourd-muet Alphonse 
Lenoir, artiste lui-même, annonçait que Peyson Pavait 
chargé d'informer « ses frères » qu'il faisait don à 
l'institutionde Paris de son tableau Derniers moments 
de l'abbé de VEpée. Cette nouvelle fut reçue avec les 
marques de la plus chaleureuse allégresse, 

Enfin l'œuvre de Peyson prenait place dans l'établis- 
sement de la rue Saint- Jacques au mois de Juin 1845. 

Voici en quels termes M. de Lannèau, Directeur, Maire 
du 12* arrondissement, remerciait l'artiste. 

« Paris., 3 Juin 1845 
Monsieur 

« L'Institution royale des sourds-muets a reçu avec 
reconnaissance le don que vous avez bien voulu lui faire 
de votre tableau représentant les derniers moments de 
son illustre fondateur l'abbé de l'Épée; elle est fière à 
juste titre de posséder ce souvenir d'un de ses enfants 
qui ont le mieux recueilli les précieux avantages de 
l'éducation qui se donne dans son sein. 

« La commission consultative partage, dans cette cir- 
constance, toute la gratitude du Directeur et me charge, 
Monsieur, de vous en transmettre le sincère témoignage. 

« Il a été décidé que le tableau porterait une inscrip- 
tion rappelant à la fois le nom du donateur et le motif de 
son offrande . 

« Je réitère, Monsieur, tant au nom de mes collabo- 
rateurs et de mes élèves qu'au mien la vive expression 
de mes sentiments de reconnaissance et d'attachement. 

» Votre affectionné. de Lanneau » 



— 269 — 

Le récit pictural des Derniers moments de Vàbbé de 
VEpèe figura avec honneur, à . l'Exposition universelle 
de 1889, dans l'Exposition particulière que le Directeur 
de l'institution nationale des sourds-muets organisa avec 
tant de succès au milieu du Palais affecté aux établisse, 
ments de bienfaisance. 

(A suivre) 

Théophile Denis 



Société Anonyme des Sourds-Muets de l'Est 

(Ancienne Institution Piroux) 



ASSEMBLEE GENERALE DES ACTIONNAIRES 
du 18 Janvier 1890 



Rapport de M. le Président du Conseil d' A dministration 



Depuis près de dix ans,ies Institutions de sourds-muets 
ont adopté l'enseiguement à l'aide des méthodes orales. 
Aujourd'hui, presque toutes le suivent exclusivement. 
Aussi peut on déjà en estimer les résultats. Plus de la 
moitié des élèves en recueillent les effets promis. 
Ils peuvent, après leur temps d'études, communiquer leurs 
pensées par la parole et saisir celles des personnes qui 
leur parlent, en les lisant sur les lèvres. 

Mais il est incontestable que dans l'enseignement des 
sourds-muets, comme dans tout autre, plus peut-être 
que dans toute autre, il se trouve des fruits secs. L'ato- 
nie des organes de la parole, le manque d'intelligence, 



— 270 — 

une molesse plus qu'ordinaire empêehe bon nombre 
d'enfants de trouver, dans leurs études, le remède âleur 
cruelle infirmité. Pour ceux-ci, dit-on parfois, n'est-il 
pas -superflu d'en appeler aux efforts longs et pénibles 
qu'exigentl'articulationet la lecture labiale ; ne vaudrait- 
il pas mieux s'en tenir à l'ancien mode.de langage, au 
langage par signes que le sourd-muet s'assimile facile- 
ment. Pourquoi passer des années à chercher à tirer 
des sons du gosier d'un enfant, à lui faire péniblement 
articuler des mots, à lui' apprendre un alphabet 
difficile dont les let.tres sont les mouvements quasi 
imperceptibles des lèvres, quand il est probable que cet 
enfant ne sera pas récompensé complètement de tant 
d'efforts? question du plus haut intérêt qui se résume 
en celle-ci ; La méthode orale pure est-elle applicable 
à tous les sourds-muets ? 

Si, en employant les méthodes orales dans l'ensei- 
gnement des sourds-muets mal doués, le temps et les 
efforts des élèves, les soins et le travail des professeurs 
se trouvaient dépensés en pure perte, on devrait évide- 
meut en revenir à la méthode mimique. Mais comme 
ce fait ne se produit que chez les enfants dits arriérés . 
et coinme ceux-ci ne devraient pas être admis dans nos 
établissements spéciaux d'instruction, etce retour sera 
une faute. 

Tel sourd-muet, en effet, qui, au début de ses 
cours, semble se refuser à profiter de nos méthodes, voit 
son intelligence s'élargir et ses aptitudes se révéler après 
un ah, deux ans, souvent trois ans d'études. Aussi doit- 
on attendre ce réveil et tout faire pour le provoquer. 
La possibilité de donner la parole à un muet né vaut- 
elle pas une série d'efforts de la part de l'élève, des 
années de travail et de dévouement de la part des 
profeseurs et une somme de sacrifices de la part de la 
société. 

Si, à la fin des cours, le gosier de ces enfants ne s'est 
pas suffisamment façonné à l'exercicedelaparole.l'élève 
n'en a pas moins suivi les cours d'enseignement 



— 271 - 

primaire et professionnel et, quelque rebelle qu'il soit à 
l'usage de la parole, il arrive, à l'égal de S33 camarades 
mieux doués, àlire couramment; à écrire correctement, 
et à avoir des notions suffisantes d'arithmétique et 
d'histoire naturelle. Puis qulerque peu de mots, quelque 
peu de phrases, quelque dure que soit la voix qu'il rap- 
portedesapériode d'instruction, son bagage, si petit qu'il 
soit, lui, rendra toujours les communications so- 
ciales plus faciles que le langage pai* signes que peu de 
monde comprend. 

La méthode orale pure est donc applicable à tous 
les sourds-muets. 

Du reste, s'il en était autrement il faudrait organiser 
un double enseignement, créer d'autres cours, peut-être 
d'autres Institutions. S'il est dispendieux de subven- 
tionner un enseignement unique, il serait malaisé d'en 
entretenîrdeux. C'est pourquoi la Malgrange persistedans 
la voie qu'elle suit depuis cinq ans. 

Toutes les questions, relatives à l'enseignement des 
sourds-muets, sont du plus haut intérêt. Elles sont 
discutées périodiquement dans des congrès dont font 
partie les chefs d'institutions et des professeurs. Elles 
l'ont été cette année dans un congrès réuni pendant 
l'Exposition internationale auquel ont aussi assisté des 
sourds muets de tous pays. 

La Malgrange a eu le regret de ne pouvoir pas s'y 
rendre. Elle a pensé que si des procédés nouveaux 
d'enseignement, ou des modifications heureueses dans 
le genre de vie des élèves y étaient apportés, la presse 
-se chargerait de lés annoncer et qu'elle en serait 
informée sans qu'elle ait besoin de sortir de sa vie 
calme et régulière, ni de toucher à sa réserve si utile 
au bien-être de ses enfants. Notre personnel a donc 
suivi, de loin mais avec intérêt, les séance du congrès. 
Professeurs et élèves se sont unis aux congressiste dans 
la manifestation de reconnaissance que ceux-ci ont eu 
la religieuse pensée de faire pour célébrer le centenaire 
de la mort de l'illustre abbé de l'Épée, La reconnais- 



— 272 — 

sance envers leur bienfaiteur les a conduits, en grand 
nombre et en grande pompe, à Versailles où ils ont fait 
poser une plaque commémoratfve sur la maison où il est 
né; puis à Paris, rue Thérèêe, où ils en ont fait appliquer 
une autre sur la maison dans laquelle.il fonda sa pre- 
mière école; enfin, à l'église St-Roc h pour déposer des 
couronnes sur le monument élevé en l'honneur de leur 
cher maitre. 

Associons-nous tous, Messieurs, à ces sentiments de 
gratitude qu'a si bien mérités le fondateur de l'ensei- 
gnement des soui*ds-mùets en France et adressons les 
nôtres à tous les continuateurs de son œuvre si humani- 
taire et si digne de notre intérêt. Quoi de plus noble, 
en effet, que de donner aux muets la parole avec le 
sentiment de leurs devoirs envers Dieu et envers la 
société. 

La tâche des disciples de l'abbé de l'Épée est ardue. 
Si les grandes lignes des méthodes sont bien traeées 
que de.traits laissés à l'initiative du professeur. Aussi 
doit-il être toujours au travail, sans cesse à l'écoute. 

C'est ce que font ceux de la Malgrànge. Aussi l'Insti- 
tution reçoit-elle des preuves de la bienveillance des 
différentes administrations. Celle de la ville de Nancy 
lui est fidèle. A dater de cette année, tous les enfants 
sourds-muets sans ressources de h. ville, bénéficieront 
d'une bourse d'interne à l'Institution. Si l'État, si les 
départements suivaient cette voie libérale,, les commis- 
sions de classefnent ne se verraient pas obligées de jeter 
au panier dès demandes de bourses, qui datent de loin 
et auxquelles elles ne peuvent plus donner droit, vu 
l'âge avancé des candidats. 

Priver d'instruction et par là de la parole, un enfant 
sourd-muet,, n'est-ce pas un crime de lèse-humanité ? 
G'est au congrès de 1889, Messieurs, que ce_ mot a été 
dit. Il est rigoureusement vrai. Puisse-t-il faire son 
chemin comme l'ont fait ceux qui ne le sont pas. 

LaSociété, Messieurs, a été cette année, particulière- 
ment éprouvée. Elle a perdu un des membres de votre 



— 273 — 

conseil, l'honorable et sympathique M. Vergne qui, dans 
toute occasion, mettait son temps, son intelligence, son 
dévouementau service de noire œuvre ; puis Madame 
Piroux, la compagne de M. Piroux, le fondateur de 
l'Institution de Nancy ; peu après, M. le docteur Piroux, 
son fils, qui, pendant quelque temps, a bien voulu faire 
partie du conseil d'administration. Aunom de laSociété, 
votre conseil a prié la famille de M. Vergne et celle de 
M. Piroux, d'agréer ses compliments de bien cordiale 
condoléance. Une pourra oublier ses excellents rapports 
avec M. Vergne et devait se rappeler que M. Piroux 
fut l'abbé de l'Épée de la Lorraine et que notre Institu- 
tion porte son nom. 

Si l'on compare les quatre derniers bilans de la 
société, on voit celui de 18P6 se solder par un excédent 
de 1,054,74; celui de 1887, par un boni de 1,554, 70 ; 
celui de 1888, par un reliquat de 1,395, 10; celui de 1889 
enfin, par une mieux value de 1,364,-10; après avoir 
satisfait aux différents amortissements de nos em- 
prunts. 

Cette similitude de résultats doit, Messieurs, vous 
donner confiance en l'avenir, démontrer qu'en temps 
normal, notre budget sera toujours équilibré et affirmer 
la vitalité de la société comme celle de l'Institution. 

Si, d'une part, les dépenses d'entretien mobilier et, 
immobilier ont porté en 1889, les frais généraux à 
17, 056 fr. qui sont supérieurs de 1, 001 fr. 82 à ceux de 
1888 : de l'autre, les recettes nettes sur élèves se sont 
élevées à 21, 072 fr. 12 en excédent de 806 fr, 10 et le 
compte d'atelier, défalcation faite de la part revenant 
aux apprentis, à 2, 681 fr. 50 en bénéfice de 82 fr. 50 
sur l'année précédente. Enfin le compte d'intérêt de 
nos dettes est inférieur de 127 fr. 79 par rapport à 
l'exercice précédent, ce qui explique la similitude de 
ces deux bilans. Les avances faites par la société nan- 
céienne, avances qui constituent la dette flottante de la 
Société, sont, cette année, de 8,023 fr. 60 soit de 1, 769 
fr, 26 supérieures a celles de la période 1887-1888. Mais 



- 274 — 

elles sont couvertes dans la même proportion, par les 
sommes dues par élèves. 

Ces sommes ne sont pas toujours, . il est vrai, de 
l'argent comptant. Les familles de la plupart des élèves 
ont peu de ressources et les rentrées s _mt parfois diffi- 
ciles. Mais elles peuvent être portées aujourd'hui a 
l'actif, grâce à l'appoint généreux de la Société de 
Patronage, appoint qui, pour 1893, s'est élevé à 1.225, 
grâce aussi au compte de dons qiin Vous avez ouvert au 
budget, compte qui a été alimenté cette année par MM. 
Hulot et M. Victor de Metz. 

Vous vous rappelez, Messieurs, qu'en 1886, quelques 
personnes ayant eu la généreuse pensée de faire parti- 
ciper l'Institution à leurs libéralités, l'Assemblée générale 
a dû en régler l'attribution. Elle a décidé que les dons, 
sans désignation spéciale, étant pour la plupart souscrits 
par le seul désir de faire le bien, devaient être 
attribués à nos élèves pauvres. C'est pourquoi elle a 
ouvert ce compte de dons, auquel la commission peut 
faire appel, pour pourvoir de fournitures diverses, de 
vêtements, les élèves sans ressources et pour payer les 
petites dettes qu'ils ont laissées à leur sortie de l'insti- 
tution, dettes que les familles ne peuvent solder. 
Ce compte est réduit aujourd'hui à 411 fi\ 05. 
Votre commission voudrait le voir plus largement 
pourvu. Elle aimerait à se montrer moins rigoureuse vis 
à vis les élèves dépourvus de fortune. 

Une institution d'instruction qui compte 100 boursiers 
sur 115 élèves, a maintes fois besoin d'un fonds d'épargne 
pour constituer son budget de bienfaisance. La Mal- 
grange n'ayant pas cette réserve, le compte de dons 
doit la lui fournir. C'est lui que votre commission se 
permet de recommander à votre bienveillance et à celle 
de toutes les personnes bienfaisantes et généreuses qui 
doivent être certaines que ce n'est pas au budget de la 
Société que leurs libéralités viendront en aide, mais à 
celui de nos élèves pauvres et dignes de tout leur 
intérêt. 



— 275 — 

Après avoir entendu le ^apport de M, le commissaire 
de surveillance, l'Assemblée approuve les comptes de 
r.exercice 1838-1889 ainsi que les résolutions proposées 
par le conseil«d'administration. 



REVUE DES JOURNAUX ETRANGERS 



1° Blaetter fur Taubtummenbildung. Au numéro 2 
M. Odelga donne la suite de son article « le principe de 
l'intérêt etc. dont j'ai parlé dans le dernier numéro de 
la revue. — M. Kœbrich continue à publier les écrits 
queTlill avait laissés à sa mort. Hill donne aux jeunes 
maîtres de Sourds-Muets dans cet article d'excellents 
conseils qui méritent d'être gravés dans la mémoire de 
ceux quise vouent à cet enseignement. 

M. H. Hoffmann parle de l'importance et du but de 
l'enseignement de l'histoirp, se basant surune allocution 
de l'empereur Guillaume ri faite devant une députation 
de l'université de Goettingen, à laquelle il recomman- 
dait vivement l'enseignement de l'histoire, surtout de 
l'Allemagne depuis laRévolution Française jusqu'à notre 
temps, — M. Walther publie une lettre adressée par 
l'abbé Sicard âM.Eschke à Berlin, elle intéressera certai- 
nement les lecteurs de la revue : 

« Établissement de Bienfaisance. 

Paris, le an 180 

Le directeur-administrateur de l'Institution des 
Sourds-Muets, Administrateur de celle des Aveugles, 
Chanoine honoraire de l'Eglise de Paris, Membre de 
l'Institut de France etc.,- 

A l'instituteur des Sourds-Muets de Berlin. 



« Monsieur et très cher Confrère. 

Le voyageur qui vous remettra ma lettre et qui se 
rend à Saint-Pétersbourg pour affaire de commerce est 
un jeune homme fort intéressant au sort duquel je 
prends leplus tendre et le plus sincère intérêt. Je vous 
l'adresse, comme -vous auriez droit de m'adresser les 
voyageurs de votre pais, espérant que vous voudrez 
bien l'accueillir comme je recevrais vos recommandés. 
Je prends sur moi tout ce que vous aurez occasion 
défaire pour lui il me donnera des nouvelles de votre 
établissement comme il vous en donnera du mien ; il vous 
dira combien j'ai été sensible à la bonté que vous avez 
eue de m'envoyer l'ouvrage que vous avez publié sur 
l'organisation de votre établissement. Je serai enchanté, 
monsieur, de communiquer de temps entempsavec vous, 
comme avec un confrère que j'honore et que j'estime, 
je termine cette lettre en vous recommandant de nou- 
veau M. Sievrac que j'aime comme un enfant unique 
dont j'ai surveillé l'éducation et que mon intérêt suivra 
partout, 

Je suis bien affectueusement, monsieur, 

Votre très humble et très obéissant serviteur. 

l'abbé Sicard. 



2° Organ der Taubstummen-Anstalten. Le l' r 
numéro de la 3t5 ,e,n< - année vient de paraître pour la 
première fois en caractères latins ce qui facilitera aux 
étrangers la lecture de cette excellente revue. 

Le 1" numéro contient un article de M Vatter (Franc- 
fort) sous le titre : « Connais-toi toi même " contre 
M, Knauf qui lui reproche d'empêcher par sa méthode 
les progrès dans l'enseignement des sourds-muets 
quoiqu'il ait obtenu dans sa propre école de bons résul- 
tats. Ces résultats ne seraient dûs selon M. Knauf, qu'à 
la personne de M. Vatter et non à sa méthode. Bien loin 



— 277 — 

ds vouloir prendre parti pour l'un ou pour l'autre je dois 
cepeifdant dire que M. Vatter a prouvé par sa longue 
pratique, par >es résultats de son éceje et par ses écrits 
qu'il est undes hommes le? plus é*minents dans l'enseigne- 
ment actueldes sourds-muets. Enseigner d'après les livres 
M. Vatter cela ne veut pas encore dire enseigner d'après de 
sa méthode. En entrant dans ses idées, dans ses pensées 
chacun sera on état d'obtenir les mèmas résultats que 
M. Vatter, 

Ilestàregretterpourl'enseignement des sourds-muets 
quecette polémique qui devientdejour en jour plus âpre 
ne C3sse pas. A qui la faute ? Ce ïTest pas à moi de pointer 
un jugement. Je n'ai que le_désir de voir les deux partis 
se réconcilier et cela dans l'intérêt de nos institutions. 

M. Kull-Zfirich publie la première partie d'un article 
fort intéressant, intitulé: l'école primaire et l'école des 
Sourd s-Mueis; c'est une comparaison pédagogique dans 
laquelle il montre de grandes connaissances littéraires" 

L'article tout entier se divise en deux parties ; 

1° Comparaison entre I'école'dcs Sourds-Muets et 
l'école primaire dans leur état actuel, 

2° Les rapports à créer entre les deux écoles. 

C.Renz 



NECROLOGIE 

M, Pustienne Receveur-Econome 
de l'Institution Nationale de Bordeaux 



Nons avons reçu trop tard par l'anncer dans notre 
dernier numéro la nouvelle de la mort de M. Pustienne. 
Receveur Econome de l'institution Nationale de Bordeaux 
Nous insérons la notice que nous a fait parvenir le 



— 278 — 

sympathique directeur de cette instituliouM.C.avè-Esgarig 
en le remerciant (Je son envoi. 

L'institution Nationale des Sourdes-Muettes de Bordeaux 
\ient d'éprouver une perte très sensible en la personne do 
son reccveur-éeonom<\ M. Pustienne, qui est décédé dans cet 
établissement, le 3 Janvier, à la suite d'une longue et doulou- 
reuse maladie 

Ancien répétiteur, puis professeur supplémentaire au 
'^rytanîede la Flèche M. Pusticnne entra dans l'administration 
centrale du Ministère de l'intérieur en 1860, saviveintelligênce 
et son zèle ardent ne tardèrent pas à le faire distinguer par ses 
chefs, et en 1873, sur la proposition du directeur du secrétariat 
et delaeomptabilité, M. Normand, il était appelèauxfonclions 
d n Receveur Econome de l'Inslitulion nationale de Bordeaux. 
. Doui d'une grande facilité d'assimilation et passionné pour 
l'étude, M, Puslienne ne pouvait pas se désintéresser de 
l'œuvre poursuivie dans l'Etablissement auquel il venait 
d'être attaché. Il consacra donc ses loisirs à écrire de " Petits 
récits d'Histoire de France u ouvrage paru en 1885 et en 1886, 
et q,ui dénote ch^z son auteur une connaissance approfondie 
des méthodes d'eusejgnement des sourds-muets. 

On sait combien les livres véritablement à la portée 4e ces 
derniers sont rares et combien est encore vaste, à ce point de 
vue, le champ laissé à l'initiative des professeurs. L'ouvrage 
(It M. Pustienne comblait unedeces lacunes; aussi, bien 
qu'il eut été spécialemeut écrit pour les élèves de l'Institution 
nationale de Bordeaux, n'en fut-il pas moins adopté par la 
généralité des écoles françaises de sourds-muets. 

M. Pustienne n'était àgè que de 49 ans. Il avait été nommé 
officier d'académie au mois de Juillet 1S85. 

C'est en 1883 à la suite de la publication d'un compte- 
rendu sur ses petits Récits d'Histoire de France, que nous 
finies la connaissance de l'excellent M. Pustienne; nous 
nous rencontrâmes ensuite au Congrès de Paris, la même 
année, il en fut, on le sait un des secrétaires. Modeste, 
aimable, d'un esprit vif, tel il nous apparu et tel nous 
le retrouvâmes dans la correspondance que nous échan- 
geâmes ensuite. La maladie qui devait l'emporter avait 
depuis longtemps brisé sa plume. Nous ne l'oubliions pas 
pour cela et tous ceux qui l'ont connu se rappelent 
l'homme charmant, le confrère dévoué qui nous a 



— 279 — 

devancé dans l'autre monde. Qu'il nous- soit permis de 
dire à sa famille que nous avons ressenti douloureuse- 
ment cette perte et que nous nous associons bien 
sincèrement à sa douleur. 

Ad. Bélanger 



INFORMATIONS ET AVIS DIVERS 



Un Sourd-Muet en Police Correctionnelle 
pas d'Interprète ! 

Le mois dernier, un sourd-muet , ouvrier tailleur à Calais 
était traduit devant le tribunal correctionnel de Boulogne 
Quel délit avait-il commis ? Vous allez le voir. Ce mal- 
heureux, manquant d'ouvrage à Calais et se voyant réduit 
à la misère, alla chercher de l'occupation à Boulogne. 
Il n'y fut pas plus heureux, au contraire. Là police mit 
fin à ses démarches en l'arrêtant comme mendiant. Et 
voici ce que je lis dans le compte rendu judiciaire où je 
puise le fait ci-dessus: « Le tribunal n'ayant, pas d'interprète 
à sa disposition, le président et le prévenu correspondent 
laborieusement par l'intermédiaire de l'huissier. » Vous 
croyez peut-être que le tribunal, si mal éclairé, s'est 
empressé de rendre le pauvre garçon à la liberté ? 
Erreur. Il l'a condamné à deux jours de prison. Pas 
d'interprète! Est-ce que le devoir du magistrat n'était 
pas d'en faire venir un d'Arrasou de Lille, où se trouvent 
des institutions de sourds-muets ? Est-il bien juste, bien 
humain de doter si légèrement d'un casier judiciaire un 
malheureux dont on n'a pas pu comprendre la défense ? 



— 280 — 

Dans bien des causes, on appelle à grands frais des 
témoins inutiles. On pouvait bien, dans le cas qui nous 
intéresse, faire la dépense d'un interprète. 



Distinctions honorifiques. — M. Eugène Péreire Pré- 
sident de la Compagnie G 1 " transatlantique, membre 
de la Commission Consultative de l'institution nationale 
de Paris vient d'être promu au grade de comman- 
deur de la légion d'honneur. M. Eugène Péreire était 
officier de la Légion d'honneur depuis le 5 Mai 1884- 

M, Chambellan, ancien professeur sourd-muet, àl'ins- 
titution nationale de Paris vient également de recevoir 
les palmes d'officier de l'Iifstruction publique. 

Nos bien sincères félicitations. 



AVIS IMPORTANT 

Ce numéro étant le dernier de la Cinquième année, nous 
prions nos lecteurs do vouloir bien nous faire parvenir le 
montant de leur abonnement pour la sixième année 

Le mode de paiement le plus simple est l'envoi d'un mandat 
par la poste soit à : 

M. Ad. BÉLANGER, directeur de la Revue, rue Méchain 13 
Paris 

ou à M Ettg BÉLANGER. Imprimeur-Sérant du journal 
225, rue Saint-Jacques Paris 

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Pour l'Etranger un an 10 — 

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Ire année 4fr 

2 » 9fr 

3 » 9fr 

4 » 9fr 
6 9 fr 

L'Imprimeur- Gérant , Eug. BELANGER rue S«int-Jtsqu«« l'J, Paris 



TABLE ANALYTIQUE 

de la 

REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muets 



CINQUIÈME ANNÉE 



Table alphabétique des noms (Fauteurs 



Institution d'Annonay. Application, de l'électricité 
dans l'enseignement des sourds- 
muets. • J70 

Bélanger (Ad,). Causerie Pédagogique. Du rôle 
de l'articulation dans l'instruction 
orale du sourd-muet. 10 

— Bibliographie générale de tous les 

ouvrages parus en France ou en 
langue française surl'enseignement 
des sourds-muëts. 22, 47, 65, 80, 121, 130 

— Causerie Pédagogique. La méthode 

orale et l'enseignement delà langue 

Du rôle delaparole et de l'écriture. 37 

— Cour d'assises du Loiret. 50 

— Causerie Pédagogique. La méthode 

orale pure est-elle applicable à tous 
les sourds-muets.— De l'instruction 
des arriérés. 90 

— Les institutions 'de sourds-muets à 

l'exposition universelle de 1?£9. 101 

— Causerie Pédagogique. Note sur la 

1" année d'enseignement : L'arti- 
culation et la lecture sur les lèvres 125 

— Bibliographie France 140, 194 
— - Célébration du Centenaire dé la mort 

de l'abbé de l'Kpée en France 223 



— 282 — 

Bourgeois (Lé A n). Documents officiels. Arrêté 107 

Chambellan. Discours 192 

— Discours 208 
Choppin. Discours 209 
Claveau (O.) Henri Keller. idées d'un instituteur 

suisse, coutemporain de l'abbé de 
l'Épée. sur l'enseignement des 
sourds-muets. 14, 56, 85 

— Bibliographie italierne. 41 

— L'abbé Jules Tarra. 77 

— Le 23 Décembre 1889 221 
Denis (Théophile) Deseine, sculpteur sourd-muet 

.élève de l'abbé de l'Épée. 5, 29 

— Les artistes sourds-muets au salon de 1889 10, 53 

— Joseph II chez l'abbé de l'Épée. 174 

— Les sourds-muets en France au XVI e 

siècle 197 

— Frédéric Peyson. Peintre sourd-muet 261 
Dusuzéau (E.) Congrès, international des sourds- 
muets. 73 

Hugot. Discours 192 

Marguerie. Discours prononcé à la Distribution des 

prix de l'Institution de Paris. 211 
InstitutiondeNancy. Président du Conseil, Rapport 

à l'assemblée générale. 269 

RenzC.) (Revue des Journaux étrangers 

Organ der Taubstummen . 1 19, 138, 182 

251,276 

— Blaetter fur Taubstummenbildung. 120, 139 

183, 247, 275 

— Bibliographie allemande. 194, 278 
Segerstedt (M elle ). Les écoles de sourds-muets en 

Suède. 94 

Ulbach (Louis). L'amour silencieux- 254 
Walther. Le centenaire de là mort de l'abbé de 

l'Épée. 237 

Wilen(J.A.) Les écoles de sourds-muets en Suède 61 



TABLE DES MATIERES 



J: li 



CINQUIEME ANNÉE 



Les Beaux- Arts et les sourds-muets 

Deseine sculpteur sourd-muet, élève de l'abbé de 

l'Épèe(27i. Denis). 5, 29 

Les artistes sourds-muets au salon de 1889. (Th. Denis). 47, 33 
L'enseignement du dessin dans les institutions de 

sourds-muets (Bludeau). 168 

Le tombeau de l'atfbé de l'Épée à l'église Saint-ftoçh, 

le 23 Décembre 1883 (R.Baudeuf). 232 .et 233 

Récompenses des artistes sourds-muets -à l'exposition 

universelle. 181 

Frôdéric Peyson. Peintre sourd-muet. (Th, Dmis). 261 

Bibliographie 

Bibliographie générale de tous les ouvrages parus en 

France ou en langue française (Ad. Bélanger). 22, 47, 68, 80 

121, 130 

Bibliographie Internationale 

FRANCE 140. 19 

Ad. CoRaiÉ. Etude sur l'institution nationale des sourdes- 
muettes de Bordeaux. 140 
Institution de Currière. Distribution des Prix. 194 
Société des Etudes historiques. 148 



— 284 — 

ALLEMAGNE 19i 

IIux. Collection de gravures pour l'enseignement des 

sourds-muets. 19i 

ITALIE 41 

G. Ferreri et G. Morbidi. Exercices gradués de lecture à 

l'usage des sourds-muets italiens. 41 

G. Ferreri. L'otologie et les écoles de sourds-muets. 41 

G. Perini, Lo sourd de naissance et l'otoiatrie. 41 

Biographies 

Deseine, sculpteur sourd-muet (Th, Denis) S, 29 

L'abbé Jules Tarra (0. Claveau). 77 

L'abbé Louis Dassy. 123 

Frédéric Peyson (Th, Denis). 261 

Le Centenaire de la mort de l'abbè de l'Épée 

Congrès international des sourds-muets' (Circulaire). 73 et 91 

Le Centenaire de la mort de l'abbé de l'Epée. 196 

Le 23 Décembre 1889 (0, Claveau). 221 
Célébration du Centenaire de la mort de l'abbé de 

l'Epée en France (Ad. Bèlangir). 223 
Les Blaetter fiir Taubstummenbildung et le centenaire 

de la mort de l'abbé de l'Epée. (Ed, Walther). 237 

Chronique des institutions françaises 

Institution nationale de Paris. 124, 143, 211, 220, 233 

Institution nationale deChambéry. 144 

Institution d'Elbeuf. 145 

Institution de Lyon (Villeurbanne). 146 

Institution Houdin (Paris), 259 

Institution de Nancy 269 

Chronique de l'Etranger 

Allemagne. 27 
Suéde (Les écoles de sourds-muets en.) Gl, 94 

Angleterre, Rapport de la Commission royale anglaise. 202 



— 285 — 

Italie. Institution Royale de Milan. 235 

Institution des sourds-muets pauvres de Milan. 23a 

Etats-Unis, 99 

Canada. j99 

Congrès 

2 e Congrès des professeurs de sourds-muets d'Allemagne. 27 
Congrès international des sourds-muets de Paris. 73, 191 
4 e Congrès des professeurs de sourds-muets du nord. 9b 

Congrès de Cologne- 169 

Distinctions honorifiques 

D r Rattel. 95 

M. Coldefy, 143 

M, Huguenin. 148 

M. Cochefer. 148 

M. Emile Martin. 220 

M. Goguiltot. 220 

M. P- Choppin, 220 

M. Eug, Péreire 280 

M, Chambellan 280 

Documents officiels 

Arrête déterminant les conditions et programmes des 
concours et examens pour le recrutement et l'avance- 
ment du personnel enseignant des institutions 
nationales des sourds-muets. 107 

Programmes d'enseignement de l'Institution nationale 
das sourds-muels de Paris approuvés par le ministre 
de l'Intérieur le 13 Juillet 1889. 149 

Enseignement Professionnel 

L'enseignement des métiers pour les élèves garçons dans 
nos institutions dé sourds-muets. (Flieth), 167 

Exposition Universelle de 1889 

Place occupée par les expositions des institutions natio- 
nales. 78 



— 286 — 

Les institutions de sourds-muets à l'exposition univer- 
selle de 1889. 101, 124 

Récompenses décernées aux inslitutions do sourds- 
muets. 180, 219 

C ravures 

Le tombeau de" l'abbé de l'Epée à Saint-Roch (Paris) le 

23 Décembre 1889 {René Baudcuf) 232-2315 

Médaillier appartenant à. M. Ad.. Bélanger, 240-241 

Nos gravures, 253 

Histoire de l'enseignement 

Deseine sculpteur sourd-muet élève de l'abbé de l'Épée 

(Th t Denis). 5, 29 

Henri Keller idéesd'un instituteur suisse contemporain de 
l'abbé de l'Épée sur l'enseignement des sourds-muets 
(0. Claveau) 14, 56. 83 

Joseph II chez l'abbé de l'Épée. (Th: Denis). 175 

Les sourds-muets en France au XVI e siècle (Th. Denis). 197 

Journaux (Revue des). 

Organ der Taubstummen Anstalten. 98.119, 138, 182,252, 275 
Blaetter fur Taubstummenbïkhmg 93, 120, f3^, 183,249, 276 
LaEnsenanza. 98 

Taubstuhimen-Courrier, 93 

Tidskrîft for Dofstuiùskoian. 99 

Quarlerly Rëview ôf deaf-mute" éducation. 99, 202 

American Annals of Deaf. 99 

Méthode 

•Du rôle. de l'articulation dans l'instruction orale du sourd- 
muet (Ad,Bèlanger).' 10 

Henri Kelfer, idéesd'un instituteur suisse, contemporain 
de l'abbé de l'Epée sur l'enseignement des sourds- 
muets (O, ClaveaU). 14, 56 



— 287 — 

La méthode orale rt l'enseignement de la langue — Du 

rôle de la parole et de l'écriture (Ad, Bélanger). 37 
Exercices gradués, de lecture de M. M. G, Ferreri et 

Morbidi (Ô.'jClavaau). 41 
La méthode orale pure est-elle applicable à tous les 
sourds-muets.— De. l'intruction des arriérés (Ad. 
Béiang?r). -90 
Programme d'artieulalion. 11 i 
Programme d'acoustique. 110 
Programme de l'histoire de l'art d'instruire les sourds- 
muets. 116 
Programme d'anatomie et*de Physiologie. 117 
Notes sur la i rc année d'enseignement: L'articulation et 

la lecture sur les lèvres. (Ad. Bélanger) 125 

Programme de l re année. 149 

Nomenelature"del ie année. loi 

Programme de 2 e année. 152 

année. ISS 

année. 154 

année. 135 

année. 156 

année. 157 

•■année; 158 
Le régime de l'internat applique aux 3 premières années 

d'études etc. (Cuppers). 160 
L'enseignement du langage dans le c"ours des trois 

premières années d'éludés (Vatter). 161 

L'enseignement de la parole au sourds-muCts (Heidsiek) 163 
Peut-on dans l'enseignement donné aux sourds-muets 

exclure absolument l°s signes. (Heinrichs), 163 
Comment l'on éveille et l'on fait"progresser l'intérêt des 

des sourds-muets pour notre langage (Knauf). 167 
Sur l'utilité des images dans l'enseignement des sourds- 
muets (Frietingsdorf). 1G8 
Changement de route pour la lecture au degré de l'ensei- 
gnement intuitif. (Kœler). 169 
Application de l'électrioitédans l'enseignemenl des sourds- 
muets (Inst. d'Annonay). 170 
Programme de Géographie. 184 
Programme d'Histoire de France. 187 
Programme de Droit-Usuel. 190 



Programme 


de 


3= 


Programme 


de 


4 e 


Programme 


de 


5° 


Programme 


de 


6 e 


Programme 


de 


1" 


Programme 


•de 


8' 



— 288 — 
Nécrologie 

L'abbé Jules Tarra, 77 

PaulBucquel. 172 

Le frère Louis. 236 

M, Pustienne 278 

Sociétés de Bienfaisance 

Association amicale des sourds-muets. 73, 209, 225 

Société centrale d'éducation et d'assislance. 75, 98. 121 

Société d'appui fraternel. 197 

Ligue pour l'union amicale des sourds-muels, 95, 22 

Variétés 

Cour d'assises du Loiret, affaire Malhieu-Savignat (Ad. 

Bélanger). 50 

Une fête de sourds-muets à Liège. 76 

Un sauveteur sourd-muet. 197 
Le 177 anniversaire de la naissance de l'abbé de l'Epée. 209 

L'amour silencieux, (L. Ulbach). 254 

Une guèrison originale. 160 
Un sourd-muet en police correctionnel, pas d'interprêle 279 

Ouvrages reçus 28, 100 




Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 



ÏÏ ' 



REVUE FRANÇAISE 

de l'éducation 

des 

SOURDS-MUETS 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLAÏGER 

Officier d'Académie 

Professeur, Bibliothécaire à l'Institution Nationale des Sourds-Muets de Paris 

Membre de la Société des Etudes historiques 




SIXIÈME ANNÉE 




PAR IS 

Imprimerie Eug BÉLANGER 225, r. St-Jacques 

1891 



I^S" 



REVUE FRANÇAISE 

DE i/ÉDUCATION 
ici 

SOURDS-MUETS 



REVUE FRANÇAISE 

DE L'ÉDUCATION 
des 

SOURDS-MUETS 



WM^wwvwwwv^^n^^^tfvv* 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIEE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLANGER 

Officier d'Académie 

Professeur à l'Institution Nationale des Sourds-Muets de Paris 

Membre de la Société des Études historiques 



SIXIÈME ANNÉE 




PARIS 

Imprimerie Eug. BÉLANGER 225, r. St-Jacques 
1890-1891 

Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muets 

6«™ année. N« 1 Avril 1890. 



A NOS LECTEURS 



En commençant sa 6 me année d'existence, La Revue 
Française est heureuse d'adresser à ses fidèles lecteurs 
tous ses remerciements bien sincères pour la confiance 
qulils n'ont Cessé de-lui Hémôigner; elle fera tous 'ses 
efforts pour la mériter. Son seul désir est de porter bien 
haut en France le drapeau de la charité et de signaler à 
tous lès progrès constants.de l'enseignement des sourds- 
muets dans notre pays. 

Ad. H. 



LA QUESTION DÉS EXTERNATS DE SOURDS - MUETS 

En ALLEMAGNE 

Tîne personne chargée d'une mission d'étude k" 
l'Etranger, n'ayant d'ailleurs aucune délégation du 
Ministère de l'Intérieur, s'est cru permis d'insérer dans 
un rapport officiel livré à la publicité des critiques 
aussi-malveillantes qu'injustes sur la situation des établis- 
sements français de sourds-muets. Je ne me propose pas 
d'insister pour le moment et à cette place sur l'incorrec- 
tion d'un semblable procédé non plus que sur la singulière 
méconnaissance des ïaits qui .laisse absolument dans 
l'ombre la transformation complète, réalisée depuis 



- 6 — 

bientôt dix ans dans les institutions de France par 
l'adoption et par la mise en pratique de la méthode orale 
pure et les succès qui ont couronné ces efforts. Je me 
bornerai à signaler aujourd'hui entre, autres méprises 
étonnantes et parce que cela m'amène à traiter une 
question générale, la soi-disant découverte que la 
personne dont il s'agit s'imagine avoir faite dans les 
pays Scandinaves du régime de l'externat appliqué aux 
institutions de sourds-muetâ.— Une découverte, me 
direz-vous ? Mais il y a en Allemagne et depuis long- 
temps quelque chose comme 50 externats de cette espèce. 
Il en est de même en Hollande pour l'institution renom- 
mée fondée par M. Hirsch à Rotterdam. Votre auteur ne 
paraît s'en douter?— L'auteur ne s'en doute pas, cher 
lecteur. Les termes formels dont il se sert le démontrent 
et si vous trouvez passablement présomptueux de sa part 
de s'ériger en juge, étant si mal informé, je serai bien 
forcé d'être de votre avis. Laissez-moi ajouter un 
'détail qu'il serait bon aussi de ne pas ignorer: c'est que 
parmi les' directeurs d'institutions allemandes, il en est 
de très marquants et qui, très attachés en principe 
ausystèmede l'externat, n'en proposent pas moins, avec 
une parfaite bonne foi, d'y renoncer pendant les 
premières années du coursd'instruction, ainsi quecelase 
fait du reste en Danemark à l'institut de Fridéricia. 
Le mouvement d'idées auquel je fais allusion se dessine 
nettement dans une discussion approfondie à laquelle 
s'est livré tout récemment le 2" congrès général des 
instituteurs allemands de sourds-muets réunis à Cologne. 
La question a été soulevée avec une indiscutable com- 
pétence par l'honorable M. Gùppers, directeur de 
l'institution provinciale de Trêves.. J'espère que les 
développements qu'elle a reçusetqueje reproduis ci-des- 
sous en les traduisant d'après le corripte-rendu officiel (1) 

(1) Bericht ueber den zweiîen deutichen ïaubstummenlehrer — 
CongroSs zu Kceln vom 24 bis 26 September 1889. (Compte-rendu du 
2° Congrès des instituteurs allemands de sourds-muets tenu à Cologne 
du 21 au 26 Septembre 1889.) 



— 7 — 

ne sont point pour fatiguer l'attention des maître 
français. Le .sujet en lui-même est digne d'intérêt et 
nous aurons tout au moins, à relever parmi les faits qui 
ont été mis en évidence, plus d'une observation utile à 
retenir. 11 n'est pas moins intéressant d'étudier"*les 
modifications que la discussion- a fait subir au système 
primitivement formulé par M.Ciippers pour être soumis 
aux délibérations de l'assemblée. Nous ne saurions 
d'ailleurs trop remarquer, enparcourant le compte-rendu 
des Actes du congrès et comme un excellent exemple» 
le libéralisme intelligent qui a présidé tant à la formation 
du programme des questions à traiter qu'à la direction 
des débats eux-mêmes. 

O. Claveau 

Extrait du Compte-rendu officiel des Séances 
du Congrès de Cologne. 

Les propositions que M. Gùppers a présentées au 
congrès se résument dans les termes que voici: 

I. Il y a lieu de recommander le régime de l'internat pour 
les trois premières années drs cours d'études. 

a) au point de vue les soins matériels â douner aux élèves 
et de leur développement physique. 

b) Au point de vue de l'éducation. 

c)au point de vue du développement du langage. 

II. L'internat doit être organisé de telle sorte qu'il soit 
soumis à la surveillance du directeur de l'institution, mais 
sans faire appel au concours des professeurs de celte institu. 
Mon. 

III. Des motifs de plusieurs, ordres doivent faire désirer, 
pour atteindre le but qu'on se propose, que l'internat soit le 
plus possible en connexitè immédiate avec l'établissement 
d'instruction. 

IV II y a lieu de recommander que l'internat seit confié 
(selon les cas) à des religieuses catholiques ou à des diaconesses 
protestantes. 

V Le règlement intérieur de l'internat doit-être prépa- 
ré et arrêté par le directeur de l'établissement de concert avec 



— 8 — 

les représentants de la Communauté et soumis à l'approbation des: 
autorités desquelles dépand l'établissement d'instruction. 

M. Cùppers a développé comme suit, dans la Séance 
du 24 septembre 1839; left motifs de ces propositions: 

Nous avons en Allemagne des internats et des externats. 

Les premières et les plus anciennes institutions de sourds- 
muets furent de petits internats. Plus tard on créa des externats 
qui ont été l'objet d'une préférence particulière dans l'Allema- 
gne du Nord, tandis que le Sud est resté plus fidèle à la 
forme originaire de l'internat. Il n'entre pas dans mon 
sujet de parler des causes' de ce phénomène. Pour le présent 
il y a en nombres ronds dans l'Empire allemand, 50 externats 
donnant l'instruction à plus de 1800 élèves, 30 internats avec 
2.230 élèves <»t un certain nombre d'établissements nouveaux 
ayant le double caractère d'internats et d'externats avec 900 
élèves. Chacun des deux systèmes a sa raison. d'être, offre une 
physionomie spéciale et, "comme. toute chose humaine, a ses 
inconvénients. Pour ma part, sans me faire illusion sur les 
désavantages que peut avoir l'externat, je n'en suis pas moins 
un partisan décidé de ce système. Je ne crois pas bon que le 
sourd-muet, isolé du reste des hommes par sofi infirmité* tel 
il y en a encore un nombre plus ou moins grand condamnés 
à demeurer dans cet isolement) soit écarté de la vie commune 
pendant le temps consacré à soi éducation, années si précieuses 
et si particulièrement décisives pour son a\enir. Il me semble, 
que pour perfectionner sous lerapportde la pratique lelangage 
du sourd-muét, pour donner à l'enfant l'usage de la vie, pour 
l'habituer à diriger lui-même sa conduite morale, ce qui doit 
être. le but de l'éducation, il y a dans cette période si impor- 
tante de son existence, le plus grand intérêt à le mettre et 
à Ie4enir d'une façon aussi intime que possible et de tous les 
côtés en contact avec la vie. J'estime que cette condition se 
trouve réalisée au mieux dans un externat bien organisé ef 
bien gouverné. 

Cette conviction qui détermine la position que je veux pren- 
dre dans la question à traiter ne m'empêche pas toutefois de 
reconnaître et de signalop les côtés faibles, fâcheux- que 
présent'é'le'réglni'ï de l'externat. Voici ce que j'y trouve à 
critiquer. 

1° Le régime de l'externat ne permelpas facilement de venir 
en aide dans la mesure désirable aux élèves trop nombreux 



— 9 — 

dont le tempérament est ultra-lymphatique et dont le dévelop- 
pement physique a d'ailleurs élé entravé par le défaut de nour- 
riture suffisante. 

2 J Nous ne sommes pas en situation de combattre avec 
l'énergie et la suite nécessaires les- défauts d'uÏÏe éducation mal 
conduite ou négligée. 

3' !>s personnes chez lesquelles nos sourds-muets sont 
mis en pension (gardiens) ne s'attachent pas suffisamment -à 
faire usage vis à vis des enfants de la langue parlée et par un 
emploi trop étendu et inutile des signes, retardent, au lieu de 
le fiiire avancer, le développement dulangage pendant lr s 
premières années d'instr uction. 

Je regarde oomm" un devoir essentiel pour un chef d'éta- 
blissement d'ouvrir l'œil sur les lacunes et l»s inconvénients 
qiie présente une telle organisation et do se m n ttre par suite 
en état de les combler, d'y obvier avec succès. Je cois que 
pour atteindre ce but, il convient d'instituer, pour les trois 
premières annè3sducoursd'intrttction,li régime de l'internat 

§ 1.1°. Avantages de l' internat durant les trois i remière > 
années appoint de vue des soins physiques oue réclament les 
enfants nouvellement admis. 

La plupart des élèves se ressentent, quand ils entrent chez 
noas des conséquences d'uue alimentation mauvaise et 
insuffisante, tout particulièrement au point de vue du tempé- 
rament ultra4'ymphatique, avec tout le cortège de maux qui 
en dérivent. Tous ces enfants ont essentiellement besoin d'un 
régime à la fois réparateur et simple, pas trop lourd 
admettant spécialement en forte proportion la viand», les 
œufs, le laitage. Ou ne doit*-au contraire*- faire entrer le§. 
pommes de terre qu'en faible proportion dans l'alimentation. 
11 faut habituer les enfants au changement de régime alimen- 
taire avec précaution et peu à peu, en usant même de 
contrainte si cela est n-cesôsaire. Mais ce serait en vain et 
même contre la justice qu'on voudrait assujettir les gardiens 
rivant généralement dans d n s conditions d'aisance médiocre 
à fournir aiuxjeunes élèves (qu'on peut bien en principe regar- 
der comme des malades) le régime dont ils ont besoin. Si 
l'on prétendait élever de pareilles exigences et y tenir la 
main,: on pourrait en vérité renoncer bientôt à trouver d<;s 
gardiens. Dans un internat au contraire on pi;ul tenir compte 



— 10 — 

constamment et complètement de ces considérations dans le 
règlement du régime alimentaire, sans même qu'il en résulte 
une augmentation dans le prix de revient de la pension. 

Lorsque par suite de la pauvreté des parents et parfois de leur 
coupable négligence, les enfants sont arrivés à un état de 
débilité physique, (et tel est le cas pour la grande majorité 
des sourds-muets que nous admettons) il faut en outre à ceux- 
ci des bains fréquents,bains ordinaires destinés àsatisfaire aux 
exigences de la propreté et à exciter l'activité trop souvent 
relâchée de lapeauet bains. médicamenteux. Dans un internat 
il n'est pas difficile de réaliser les dispositions voulues pour 
assurer lé service des bains aussi fréquents qu'il convient 
; p-)ur l'ensemble d n s éRjves. de même que celui des bains médi- 
camenteux nécessaires pour un certain nombre d'enfants. 
Dans les familles de gardiens, ceci ne pourrait se faire qu'ex- 
ceptionnellement' et non sans dérangement. Mais, si nous 
parvenons à former chez nos élèves qui déjà n'ont que trop à 
souffrir ,de leur infirmité, un tempérament sain, robuste 
c.ipable de résistance, ce résultat .constituera à lui seul un 
bienfait inappréciable. C'est en outre le seul moyen de 
satisfaire à une autre condition que l'établissement doit 
réaliser pour voir réussir l'éducation et à laquelle on ne 
pourrait, danà bien des cas, atteindre d'une autre façon, 
car le vieux proverbe " mens sana in corpore sano ' ' reste 
toujours vrai. 

S 1 2° AVANTAGES DU RÉGIME DE L 'INTERNAT PENDANT LES TROIS 
PREMIÈRES ANNÉES AU POINT DE VUE DE I.'ÉDUCATION 

Nous ne connaissons que. trop, tous tant que nous sommes, 
l^s conséquences regrettables d'une éducation mal dirigée et 
d'une négligence, imputable aux familles. Nous savons aussi 
combien il est difficile de combattre les mauvaises habitudes 
contractées par un enfant pour y substituer de bonnes 
habitudes. Or, dans les familles de gardiens il se présente 
bien souvent à cet égard des difficultés de tout genre. Un 
enfant quelque, peu méchant se refusera par exemple, à 
manger de tel ou tel mets, prèt'érant, suivant son habitude 
se charger l'estomac de pommes de terre et de tartines beur- 
rées. Si on veut l'astreindre séricu sèment, sévèrement à 
manger ce qui lui est servi, si on ne lui accorde pas ce qu'il 
récla.me voici des cris qui retentissent dans la maison et qui 



— 11 — 

mettent le voisinage en émoi. Combien n'ost-il pas à craindre 
qu'on ne se laisse aller à céder à l'enfant, un tout petit peu 
pour' commencer et plus tard tont à fuit! Quels inconvénients 
pareille faiblesse n'a-t-elle pas pour toute la suite de l'éduca- 
tion, quelles difficultés n'éprouvera-t-on pas pour faire plier 
l'obstination de l'enfant! Je n';iipasbesoin d'Insister sur ce point 
Le petit sourd-muet est-il gourmand, qur-rellcur, combien de 
fois n'arrivera-t-il pas qu^l^s gardions, raisonnables d'ailleurs 
et braves gens, manquent de la suite d'idées ei de la fermeté 
do caractère voulues, pour lutter contre de tels défauts! 
Ajoutez ,tout le cortège des choses qui font du petit sourd- 
muet un être désagréable, insupportable, choses que la mère de 
famille ne laisse pas s« produire ou durer chez ses enfants 
doues de tous l°urs sens, mais qu'elle ne, sait ni prévenir ni 
combattre chez un enfant sourd-mu n t. Beaucoup sont malpro- 
pres, incapables d'indiquer d'une manière intelligible ce dont 
ils ont besoin, souillent leurs lits, ne savent pas se tenir à 
table, ignorent l'usage d^s mouchoirs, soufflent^ sont bruyants. 
Et il faut que les pauvres gardiens arrivent à leur faire 
perdre le plusjtôt et le plus complètement possible ces fâcheuses 
habitudes, il le faut et pourtant combien le succès est difficile à 
obtenir. A la vérité le directeur de l'établissement et les 
professeurs se mettent bien aussi à la tâche dans la mesure du 
possible, mais peuvent-ils toujours être présents. Leur signa- 
le-t-on tous les casqui appelleraientue intervention sérieuse, 
tout de suite et d'une façon opportune? mon expérience 
m'autorise à dire qu'il n'en est pas ainsi, qu'on ne peut pas 
même s'attendre à ce qu'il en soit ainsi ou l'exiger. Dans un 
internat répondant conveuablement au but de sa création, 
où l'action a de l'unité et de la suite, on peut obvier à 
tout cela avec un succès beaucoup plus certain que clui 
qu'on peut espérer dans un externat, m A me avec le concours 
le plus dévoué de la part de l'établissement et des gardiens. 

§ 1 3° AVANTAGES DE L'iNTERNAT PENDANT LES TROIS 
PREMIÈRES ANNÉES AU POINT DE VUE DU DÉVELOPPEMENT DU 

LANGAGE 

Il faut que nos sourds-muots arrivent à se mettre, en- 
possession de la langue parlée, non pas s^ulemont en vue de 
l'école et du but qu'on y poursuit, mais au.ssi et dans le sens 
propre du mot en vue de la vie courant'». La parole doit 



— 12 — 

devenir pour eux l'instrument d'échange des idées. Or person» 
ne n'ignore qu'avant de commencer à apprendre la .langue 
parlée, le sourd-muet a déjà acquis un certain développement 
intellectuel et par conséquent éprouve le besoin d'entrer en 
communication av<w; les autres personnes, que, par suite il 
emploie les signes que la nature enseigne à tous les hommes 
et qui s'offrent à lui comme remplaçant la parole, qu'il donne 
à ces gestes une forme plus ou moins complète et un dévelop* 
piment plus ou moins étendu en proportion du besoin qu'il 
éprouve de communiquer ses pensées. Dans ces conditions, la 
tache de l'instituteur est double : Il îuut déshabituer le sourd- 
muet de ce procédé originaire de communication qui, dans 
une certaine mesure, peut être appelé sa langue maternelle et 
il faut le remplacer par la parole articulée; mais, pour y arri- 
ver, il est absolument nécessaire d'arrêter dès le début de la 
période d'instruction le développement des signes, de mettre 
obstacle à leur emploi et, d'autre part, de faire commencer 
sans délai l'emploi du langage parlé dans le commerce de la 
vie. Je ue suis pas de ceux qui s'épouvantent quand ils voient 
faire un signe. Le tout petit peu de langage que le sourd muet 
a pu s'approprier pour les communications les plus nécessaires, 
dont le cercle est toujours bien restreint, avant son entrée à 
l'institution, est quelque chose de si chétif qu'il ne faut 
vraiment faire appel à aucun Hercule pour en triompher. Un 
peu de surveillance et d'esprit de suite dans la conduite suffit 
pour cela, (1) car la parole progressivement développée est pour, 
ies'signes un adversaire bien supérieur en force. Elle ne rend 
pas -seulement ceux-ci superflus, elle étouffe dans sa croissance 
leur pauvreté et leur insuffisance. 11 n'y a qu'à prendre , soin 
de remplacer tout de suite et constamment l'emploi des signes 
par celui de la parole, non pas seulement dans les classes mais 
dans l'usage de la vie/Il est dangereux au contraire de laisser 
établir des communications par signes et non parla parole en 
-dehors du cours d'instruction, après comme avant, car alors 
les.signestirentderenseignementmemeunalimentplusriche.il 
leûrpoussedesailes avecune incroyable rapidité, Leur croissan- 



(l)Ou nous permettra de nepoint partager, à cet égard, la confiance de 
M, Cup,>ers. 11 ne faut rien m >ins. selon nous, que la surveillance la 
plus stricte et l'esprit de suite le plus persévérant pour déraciner 
chez le jeune sourd-muet l'habitude des signes et la tendance â se 
servir de ce ce nnyen de communication, tout incomplet qu'il soit. 



— 13 — 

ces'» fait d'une manière de plus en plus complète, en union de 
plus en plus intime avec le tout, dans une unité trop insépara- 
ble avec la vje intellectuel de plus en plus développée et la 
lutte que làparffledoit"eng.ige* contre eux devient singuliè- 
rement rude, Il va de soi que les gardiens ont pour mission 
d'aider sous ce rapport aux efforts qui se font dans l'école, et 
la Direction de. l'établissement doit s'attacher tout .particuliê-t 
rem°nt â ce que ces g°ns soient convenablement instruits du 
devoir qni leur incombe et des moyens de s'en acquitter. 
Malheureusement on ne peut pas se dissimuler au vu des 
résultats d'expérience, que presque tous les gardiens tombent 
fatalement dans la faute grave de ne pas tenir sévèrement 
la main à ce que- Leurs pupilles renoncent aux signes étales 
remplacent par l'emploi du langage articulé. Eux-mêmes aussi 
bien que leurs propres enfants et tous les gens de la maison 
communiquent avec les sourds-muets plutôt par signes que 
par la parole. La raison en est qu'ils ne connaissent pas 
d'une ïaçon assez précise jusqu'à quelles limites s'étend, en 
fait de langage, le savoir de chaque enfant en particulier et 
qu'ils trouvent les eommuuications par signes plus commodes 
que tout le reste. A la vérité, nous voyons que malgré cet in- 
convénient, la langue parlée peut arriver finalement à l'empor- 
ter sur les signes, mais la tâche des instituteurs serait bien 
facilitée si,dès qucle langage parlé commence à se développer 
iln'y avait pas à compter avec les obstacles qui s'élèvent ainsi 
et si l'on trouvait, au contraire, dans la maison même où 
seraient gardés les pelits sourds-miTets un concours possible et 
qui ne risquerait pas facilement de faire défaut. Si nous .orga- 
nisons l'internat d'une manière rationnelle pour les trois 
premières années du cours d'instruction, lé*s enfants ne» se 
trouveront pas autant abandonnés à eux-mêmes qu'ils le sont 
généralement et d'une manière inévitable ohez les. gardiens. 
En outre* les personnes dont les élèves, seront entourée, seront 
toujours au courant du point où ces enfants en seront arrivés sous 
lerapport du langage artiulé. etelles sev.erront tout particuliè- 
rement obligéesde faire elles-mêmes usage, autant que possible 
de la parole à l'exclusion des signes, tout comme elles doivent 
exciter les enfants à le faire. El quand, â l'expiration des trois 
premières années, nous ferons passer le sourd-muet chez- lés 
gardiens rattachés â l'extemat,ies signes se trouveront avoir 
été déjà repoussés si loin et l'usage de la parole se sera assez 



— 14 — 

solidement établi pour que dorénavant les enfants en restent 
à la langue parlée dans leurs relations avec les gardiens, pour 
que ceux-ci n'aient aucune occasion ou nécessité de recourir 
au langage des signes, le lout au grand avantage du dévelop- 
pement ultérieur du langage dans, son application aux usage M 
de la vie. 

Tels sont les motifs pour lesquels je recommande l'adoption 
du régime de l'internat pour les trois premières années, du 
cours d'instruction et en' soutenant ces idées qui, sans être 
absolument nouvelles, ne sont encore entrés dans "la pratique 
que dans une faible mesure, j'ai la conscience de ne point me 
mettre en contradiction avec moi-même. Je suis convaincu 
quejteur réalisation ne compromettra point les avantages es- 
sentiels de l'externat, car ce ne sont pas les trois années pen- 
dant lesquelles je préconise le régime de l'internat qni ont une 
importance capitale pour procurer ces avantages, mais bien le» 
années d'externat qui doivent venir après. 

( A suivre. ) 



FREDERIC PEYSON 
Peintre sourd-muet 

C»uite) 

Reprenons l'examenducataloguedesœuvresdePeyson. 

Un Offrait d'homme complétait son envoi au salon 
de 1839. 

En 1841, il exposait un A ceugle mendiant. 

Son envoi de 1843 comprenait: 1" Ménage de Caraques, 
tribu espagnole, dit le livret, vivant dansles ruines et dans 
les souterrains aux environs de Montpellier, depuis un 
temps immémorial; 2° un Chien de Terre-Neuve; 3° un 
portrait d'homme. 



— 15 — 

Il exposait: en 1844, Bohémiens dans le midi de la 
France; en 1815, Marguerite et Buridan dans la prison 
de la Tour de Nesle. 

Peyson a fait. don de ces deux tableaux, en 1846, au 
Muséede Montpellier. Le catalogue de cet établissement 
en donne les descriptions suivantes: 

Une famille de Bohémiens. Au milieu des ruines, une 
femme, la tête enveloppée d'un châle rouge, est assfse 
près d'une marmite pendue à un clou. A gauche, un 
homme épouillesonfilsqui, assisàterre, appuielatètesur 
les genoux de son pèi*e. 

Marguerite de Bourgogne. Marguerite, assise sur 
une pierre, dans un cachot, écoute Buridan qui éveille 
ses souvenirs par l'histoire'de ses amours : scène tirée 
du drame de la Tour de Nesle, par Alex, Dumas. 

A l'occasion de son acle de libéralité, Peyson reçut 
du maire de Montpellier la lettre suivante : 

« Montpellier, 9 Mai 1846. 

w » Monsieur, Les amateurs éclairés des arts ont ap- 
précié depuis longtemps le beau talent dont vous avez 
fait preuve en diverses circonstances et qui vous a élevé 
à une place remarquable, parmi nos grands artistes. . 

» Dans l'exposition qui vient d'avoir lieu, au Musée, de 
la Famille de Gitanos et de la scène de la Tour de Nesle 
tout le monde a pu reconnaître combjen étaient fondés 
les éloges qu'avaient faits de ces tableauxceuxque vous 
appelez vos anciens maîtres (Hersent et Cogniet) et la 
mention distinguée des journaux à l'occasion des expo- 
sitions de 1814 et 1815. 

» Personne, en effet, ne possède mieux que vous, 
ainsi qu'on l'a écrit, avec un dessin correct et une couleur 
harmonieuse, le profond sentiment de vérité et l'expres- 
sion qui font l'artiste supérieur. 

» Ces tableaux que vousnous offrez nousseraientdonc 
bienprécieuxàce point devue, en venant ajouter à notre 
belle collection une valeur unanimement reconnue; ils 



-* 16 — 

noift sont .précieux encore par votre qualité de compa- 
triote, ,et c'est avec orgueil que la ville reconnaissante 
trônvera, dans ce bienfait qui nous vient de vous, des 
œuvres dont elle s'honore â Sî juste titre 

» Agréez etc. Chaulieu. » 

Huit jours après, le conseil municipal de Montpellier 
acceptait « avec reconnaissance » le don de Pej^son et 
décidait qu'une médaille serait offerte à l'artiste « au 
nom de la ville. » 

En 1850, Peyson exposait un portrait, le sien. C'était 
une façon de faire ses adieux aux Salons, car il se 
déchargea, par la suite, du souci d'y envoyer ses œuvres. 
Ge n'es^ pas un mince souei, en-effet, que celui d'avoir 
à " préparer son salon " chaque année, c'est à dire 
à exécuter un ouvrage en vue d'une livraison à jour 
fixe. Ceux qui sont entrés dans (fes ateliers àl'approche 
de l'ouverture d'une exposition sa/ent ce qu'il coûte 
souvent d'efforts et d'ennui? aux artistes pour arriver 
à temps, avec des œuvres dont l'achèvement eût 
demandé moins de fièvre sous le front et dans la main 
qui tenait la brosse ou l'ébauchoir. D'ailleurs, noirS! 
l'avons dit, Peyson, peintre amateur, ne travaillait pas 
pour la vente, il produisait pour donner généreuse- 
ment. 

Il a légué son portrait en 1877, au Musée de Montpel- 
lier; il s'est représenté assis près d'une table, dessinant 
sur un album posé' sur ses genoux et qu'il retient de la 
main gauche. 



* 
* 



Bien qu'il eût renoncé à participer aux expositions, 
Frédéric Peyson ne se désintéressa pas de ces solennités 
officielles de l'art. 11 visitait et étudiait les salons en 



— 17 — 

amateur éclairé, en appréciateur compétent^ et sa cor- 
respondance intime renferme des jugements marqués 
au coin d'une critique impatiale et judicieuse. 

11 ne se relâcha-pas davantage dans ses habitudes de 
travail, car il resta jusqu'à la fin un artiste laborieux 
et fécond. 

Le nombre de ses ouvrages, dispersés dans les galeries 
particulières, chezses parents ou ses amis, est considé- 
rable. Aussi nous serait-il impossible de contîhuer à en 
dresser un catalogue complet et méthodique. 

II n'a pas laissé moins de trente portraits, en pied ou 
en buste, de membres de sa famille, d'amis ou de divers 
personnages. Dans ces derniers, il convient de citer le 
-portrait de Sicard, qui lui fut commandé en 1811 par 
M. de Montalivet, pour le Musée historique de Versailles. 
Le portrait de l'abbé de fÉpée, gravé par Geille, et qui 
orne le livre de Ferdinand Berthier, est de Peyson. 

Parmi ses «tableaux religieux ou d'histoire, originaux 
ou copies de maîtres, on relève: — une Descente de 
de croix, — la Flagellation, — plusieurs têtes de Saint- 
Pierre, dan3 le genre de Lanfrauc, — des Madeleines, 
inspirées du Guide, — le Denier de César, — les Grâces, 
de l'Education de Marie de Médicis, par Rubens, — 
l'ange Raphaël quittant Tobie, d'après Rembrandt, — 
Saint-Pierre dans- sa prison, — Saint-Roch, — des ré- 
pétitions de son tableau : Derniers moments de l'abbé 
de l'Épée, etc. 

Dans ses toiles de genre, on rencontre : — un Curé 
endormi faisant la classe, aussi spirituel qu'un Adrien 
van Ostade, — une Scène américaine, — des Jeunes 
filles, — des Vieilles, — des Gitanos, — .des Catalanes, 
— une Châtelaine, — un Petit marquis, — un PH.it 
moine, — une Liberté, — etc. , et une quantité de 
belles études de tout genre. 

Que d'omissions dans cette nomenclature! Pourtant, 
voilà déjà le bagage d'un véritable artiste, courageux, 
inépuisable et d'une activité sans défaillance. 



— 18 — 

Certes, laiertilité n'excluait pas la conscience. Peyson 
était un peintre d'une sincérité méticuleuse. Un' seul 
trait, d'ailleurs assez original, montrera à quel point il 
était amoureux de lavérité,notamm«n4dans ses portraits. 
Ce n'est pas lui qui eût consenti à flatter un modèle, 
môme féminin. 

Il faisait le portrait en pi»d de sou neveu, âgé de dix 
ans". L'enfant posait dans un jardin, tenant d'une main 
son cerceau, de l'autre un bouquet de fleurs. Le bambin 
avait d&s souliers affreusement éculés. Sa mère devait 
remplacer cette chaussure disgracieuse et aussi renou- 
veler les fleurs étiolées. 

On négligea ces détails. De son côté, Peyson ne s'en 
inquiétait guère ; peut-être même n'était-il pas fâché 
d'utilfsef les notes pittoresques que lui fournissaient 
des fleurs mourantes et des souliers agonisants. Il 
peignit donc consciencieuement les mauvaises bottines 
et le bouquet fané ; et, malgré toutes les supplications 
de sa sœur, il refusa énergiquement de redresser les 
talons et de rafraîchir les fleurs. L'artiste était satisfait 
de son œuvre, cela lui suffisait. Il avait raison, car le 
portrait est fort beau. 

J'ai déjà relevé quelque part la double erreur de 
Degérando qui, reconnaissant aux artistes sourds-muets 
de l'habilité dans l'exécution, .les .montre « échouant 
dans la composition originale et ne pouvant" atteindre 
à l'idéal de l'Art. » Les compositions de Peyson sont là 
pour réfuter la première observation de l'écrivain. 

En ce qui concerne l'impuissance d'atteindre à l'idéal 
de l'Art, je crois bien qu'on là rencontre tout autant 
chez les parlants que chez les muets. 

L'idéal de l'Art ? Si ce n'est pas une formule creuse et 
déclamatoire, cela veut dire sans doute la perfection ab- 
solue dans l'expression plastique d'un sujet. Alors, si 
cette perfection existe, où est-elle ? Pour moi, je 
n'aperçois que des perfections relatives, et je n'en exige 
pas d'autres d'une humanité condamnée, par l'imperfec- 
tion de ses ressources, à des aspirations irréalisables. 



— 19 — 

C'estainsi quepensait Peyson.Il avait une compréhen- 
sion si claire du pur idéal, qu'il ne le découvrait dans 
aucune œuvre. Certes, il le recherchait, comme tous ses 
oonfrères en Art, mais avec la sage prétention de .s'en 
tenir éloigné le moins possible, et il le voyait toujoursau- 
dessus de ce qu'ils parvenaient à enfanter, eux et lui. Il 
n'avait donc que le commun malheur de ne pointtoucher 
un but humainement inaccessible. 

Unjour qu'il se trouvait dans l'atelier d'un sculpteur en 
renom, qui venait de terminer une Vierge, on lui deman- 
de ce qu'il pensait de cette œuvre. Il l'examina longue- 
ment, mais il s'obstina à ne rien répondre. Ce n'est qu'en 
sortant qu'il -fit connaître son impression :« Non, non, 
mille fois non, ce n'est pas ça. . . Ah ! s'écria-t-il dans son 
langage imagé, pour créer une Vierge, la Vierge idéale, 
telle que je la conçois, telle que tout penseur doit la* 
concevoir, il faudrait vivre si détaché de ce monde, sentir 
son âme dans une atmosphère si pure ! C'est impossible.» 
Et, passant en revue toutes les Vierges célèbres des éco- 
les du Nord et du Midi, il répétait, après chaque évoca- 
tion : « Non, ce n'est pas encore çà . . . on n'y est jamais 
arrivé ... on n'y arrivera pas. » 

Voilà, si je ne me trompe, un irrécusabletémoignagede 
la possession, par le sourd-muet, du sentiment dé l'idéal. 

Degêrando n'eût jamais émis un doute à ce sujet, S'il 
lui avait été donné de s'arrêter devant les œuvres de 
Peysonet devant celles de Loustâu, de Princeteau, de 
Félix Martin, de Paul Choppin, de plusieurs* àutçes, 
encore, qui tiennent un rang distingué dans l'Ecole 
française, sans qu'il vienne à personne l'idée de recher- 
cher, dans leurs toiles ou sur leurs marbres, là marque 
d'une infériorité fatale. 

(.4 suivre) 

Théophile Denis 



— 20 



STATISTIQUE 

Des Institutions Françaises de sourds-muets 



Paris, Avril 1890 
Monsieur le Directeur 

"Nous avons publié, deux fois, en 1886 et en 1887, dan9 
la Revue Française,, une statistique de nos institutions 
françaises dans laquelle nos lecteurs ont pu trouver des 
renseignements sur nos écoles: Date de la fondation, 
nom du fondateur, du directeur actuel, nombre de» 
élèves, garçons ou filles, des professeurs, méthode 
suivie, durée des études. Depuis trois ans, des change- 
ments importants ont pu se produire, nous croyons qu'il 
y aurait utilité et intérêt pour tods à posséder une 
nouvelle statistique de nos écoles. 

Je viens donc vous prier, Monsieur le Directeur, de 
me faire parvenir pour votre institution, les éléments 
permettant de la dresser d'une façon exacte et de voirie 
chemin parcouru depuis trois ans. 

Je vous> serais reconnaissant de me faire parvenir 
les renseignements suivants sur lesquels porteront plus 
particulièrement nos investigations : 

1° Nom de l'institution, adresse 
2° — du directeur actuel 
3° Nombre des professeurs 
4° — des classes 
5° — des élèves (1) 

(1) Ne pas y comprendre ceux qui ont terminé leur instruction et 
qui sont resté» soit comme ouvriers, soit dans l'ouvroir 



— 21 — 

6° Méthode siiioie actuellement 

7° Durée des bourses accordées par chacun des dépar 
tements envoyant des boursiers à l'école. 

8° Nombre des boursiers 

9° Obset*oations particulières 



En vous priant de m'envoj'er le plus tôt possible, ces 
différents renseignements-, je vous prie d'agréer, 
Monsieur le Directeur, l'assurance de m 3s sentiments 
bien dévoués 

Ad Bélanger 



UN. DOCUMENT SUR LES SOURDS-MUETS 

au 17 ue Siècle 



Monsieur le V" de Grouchy a eu l'amabilité de 
nous communiquer le document suivant qui montre, une 
fois de plus, l'état malheureux dans lequel se trouvaient 
nos malheureux sourds-muets, avant l'arrivée de leur 
libérateur. I^es parents de ces infortunés ne pouvaient 
songer alors qu'à assurer leur situation matérielle, aussi 
étaitrce leur seul : souci. 

Nous remercions bien sincèrement lç chercheur 
laborieux qui nous parmet d'offrir à. nos lecteurs ce 
document intéressant. 



— 22 — 

Décembre 162 1 

Testamejit de Jean d'Orléans, avocat au Parlement 
et bailli des pauvres de cette ville de Paris, demeurant 
rue St. Séverin, en la maison où pend pour enseigne la 
Serpente. 

il lègue cinq sols pour être distribués en la manière 
accoutumée, . .veut son corps être enseveli en l'Église 
St.Sèverin proche la chapelle Ste. Marguerite, il laisse à 
Jeanne d'Orléans, sa fille la dernière de ses enfants, âgée 
de 16 à 17 ans, étant née muette et qui n'a aucun usage 
déraison, pour subvenir à la nourrir et entretenir durant 
sa vie une rente de 300 L. : il la confie à Louis d'Orléans, 
son fils aine, qui a donné à la dite Jeanne de grandes 
preuves d'affection, ainsi que sa femme depuis 17 mois 
qu'elle est dans la maison du testatenr. Le dit testament 
passé en présence d'Antoine de Het, prêtre régent de la 
Faculté de Théologie de Paris, confesseur ordinaire du 
testateur,de François du Four, conseillersecrétairedu Roi, 
maison couronne de France et de'ses finances, demeurant 
près le collège de Bourgogne par. St, Eustache, cousin, 
de Louis Lefèbure, avocat au Parlement et de Louis de 
Villebois, receveur des présidiaux de Champagne, amis. 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



ALLEMAGNE 



Reuschert, Taubstummen-Lehrer-Kalehder fur 1890 Lan- 
gensatza, Beyer u. Sœhne (prix2 fr.). 

M. Reuschert, directeur de l'institution des.sourds- 
muets protestants de Strassbourg vient de publier son 
almanach des instituteurs des. sourds-muets pour 
l'année 1890. 

L'auteur, bien connu par ses travaux statistiques, 
donne dans cet agenda une foule de renseignements sur 



— 23 — 

tous les établissements de sourds-muets de l'Allemagne 
et des pays voisin* où l'on parle l'allemant : l'année de 
fondation, le nombre des élèves, les noms du directeur 
et des instituteurs, leurs appointements etc,jine liste 
des ouvrages parus depuis- le 1 er Octobre 1888 jusqu'à 
la fin de Septembre 1889 et de toutes les revues publiées 
sur l'enseignement des sourds muets parmi lesquelles 
figurent la Reçue française et la Revue internationale. 

Cet almanach contient également un article dé l'année 
1780 par Samuel Heinicke, fondateur de l'institution 
de Leipzig, sur « la façon de traiter les sourds-muets et 
les mauvais traitements auxquels ils sont exposés j>ar des 
cures insensées- et de mauvaises méthodes d'enseigne- 
nent " l'article offre un très-grand intérêt, et .nous ne 
pouvons que féliciter M. Rëuschert d'avoir eul'heureuse 
idée de faire connaître un des plus anciens écrits de 
Heinicke. Ce" fragment" .comme Heinicke l'intitule, 
n'existe plus qu'en très peu d'exemplaires M. Rëuschert 
dit dans son introduction à cet article que l'année 1893 
(30 Avril) est le centenaire de la mort de Heinicke. 

Au lieu de la carte des chemins de fer .de l'Allemagne 
qui est jointe à l'almanach, j'aurais préféré que M. 
Rëuschert nous ait donné une carte de toutes les insti- 
tutions des sourds-muets de l'Europe. 

L'agenda de M. Rëuschert méritesoustousles rapports 
d'être recommandé aux professeurs de sourds-muets. 



Hill ses livres a l'usage des Sourds-Muets. Leipzig, chez Charles 
M erseburger 

J'ai parlé dans l'un de? derniers numéros de la Revue 
de la collection des gravures par Hill; aujourd'hui je 
voudrais faire connaître ses livres à l'usage des sourds- 
muets. Hill a publié. 

1° Un syllabaire; 2° Premier livre de mots; 3° livre 
de lecture en trois volumes ; 4" Ihistoire-sainte et 5° de 
petits contes pour les enfants. Un coup d'œil dans ces 
livres nous montre à quel point Hill était un homme 



— '4i — 

pratique connaissant parfaitement l'état du sourd-muet. 
Tous les progrès faits dans l'enseignement des sourds- 
muets en Allemagne pendant les dernières années, se 
basent sur la méthode de Hill et ses ouvrages sont 
encore en usage dans beaucoup d'écoles. Les livres de 
Hill sont aussi traduits en hollandais par le célèbre di- 
recteur de l'école dés sourds-muets à Rotterdam, M. 
Hirsch et ses instituteurs. — M. Koebrîch le digne 
successeur de Hill à Weissenfels, a publié, dans l'esprit 
de l'auteur, quelques nouvelles éditions. — M. Koebrich 
lui-même a publié chez Merseburger à Leipzig deux 
petits livres : un livre de religion pour les sourds-muets 
d'esprit faible et l'enseignement religieux d'après le 

catéchisme de Luther. 

C. Renz 



ITALIE 

Costantino Mattioli d. Se. Pie, Guida per l'insegnamento 
délia paiola articolata di sordo-mutl (Guide pour l'enseignement 
de laparôlearticuléeaux sourds-muets par le P. Constantin Mattioli 
dei Ecoles Pies 

Sienne 1839. un vol, in-12, 126, p. en italien 

C'est une véritable bonne fortune pour tous ceux qui 
s'occupent de l'enseignement des sourds-muets que de 
trouver condensés dans l'élégant volume que nous an- 
nonçons, les traditions de la grande École de Sienne sur 
l'enseignement de la parole articulée. Le livre de rémi- 
nent professeur Constantin Mattioli est bien de ceux 
dont on à le droit de dire qu'il faudrait tout citer. Aussi 
notre vœu serait-il qu'on pût offrir au public français 
une traduction qui reproduirait l'œuvre en son entier, 
sauf, bien entendu, quelques particulai'ités, spéciales à 
la langue italienne. (1) 

O. Clavesu 



(1) Nous sommes heureux d'annoncer à nos lecteurs que grâce a 
l'amabilité de M. l'Inspecteur Général Claveau nous commencerons 
dans uu prochain nnméro de la Revue Française une tradnetion du 
traité d'articulation du P, Constantin Mattioli due a notreéminent 
collaborateur 



— 25 — 

INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Institution d'Avignon. Nous avons déjà donné une 
notice sur l'école d'Avignon dirigée par l'abbé Gr-imaud, 
nous pensons néanmoins ê^re utile à nos lecteurs en 
reproduisant la lettre publiée suivante par le Directeur 
de cet établissement : 

Établissement de m . l'abbé grimaud a Avignon (vaucluse) 
POUR l'éducation des sourds-muets, des bègues, et 

PRINCIPALEMENT DES ENFANTS ARRIÉRÉS" DES DEUX SEXES 
FONDÉE EN 1863. 

Monsieur le Docteur. 

Depuis vingt-cinq ans je m'occupe de l'éducation des 
enfants anormaux et j'ai acquis nécessairement dans 
l'exercice de cette pénible tâche une expérience qui 
peut être utile à 'l'humanité. 

Je manquerais de sincérité si je disais que tous ceux 
à qui j'ai donné mes soins sont devenus des sujets 
brillants et des hommes complets: ce sont des miracles 
que je ne fais malheureusement pas,. Je puis dire 
néanmoins que tous ceux dont je me suis occupé se 
sont améliorés considérablement et ont pu rentrer 
dans leurs familles dociles et soumis, sans passer par 
les maisons de santé d'où ils neseraientprobabloment 
jamais sortis. 

J'ai donc créé, presque à, mon insu, un. établisse- 
ment qui tient le milieu entre les maisons d'éducation 
ordinaires où ces enfants ne peuvent être admis, et 
les maisons de santé où ils ne sont envoyés que le 
plus tard possible, et lorsqu'ils sont devenus pour ceux 
qui les entourent un intolérable fardeau . 

Je n'ai rien fait jusqu'à présent pour faire connaître 



26 — 

mon établissement, parce que je pensais qn'il existait 
en France des maisons de ce genre. Les élèves qui 
m'ont été présentés dans ces derniers temps, et dont 
les parents avaient' inutilement visité Paris, Lyon, et 
Marseille, sambleraient indiquer que ces maisons n'e- 
xistent pas ou qu'elles sont peu connues. 

Quand les parents ont la douleur de s'apercevoir 
qu'un de leurs enfants n'est pas dans des conditions 
normales, ils s'adressent d'abord à un médecin, et sou- 
vent à plusieurs. En présence d'un sujet qui ne souflre 
pas, les médecins sont embarrassés et conseillent d'at- 
tendre. Les parents attendent, les années s'écoulent, 
l'enfant grandit, et le temps le plus souvent aggrave 
son état au lieu'de l'améliorer. 

Les derniers élèves que j'ai reçus m'ont été adressés 
par des médecins, même par des médecins aliénistes. 
, J'ai rédigé cette lettre, que je prends la liberté de vous 
adresser, avec l'espoir de venir en aide aux médecins 
et aux familles, et je vous prie de la considérer comme 
une simple communication, non comme une réclame. 

Le prix de la pension est de 1200 fr. par an pour les 
enfants qui peuvent se suffire, et pour ceux qui ont des 
besoins spéciaux, il est à déterminer avec les parents. 
Les vacances sont facultatives et subordonnées à l'état 
du sujet. 

Daignez agréer, Monsieur le Docteur, l'expression 
de mes meilleurs sentiments. 

Grimaud, Prêtre 

Directeur-Fondateur d« l'Institut d» D<mutis»tion. 



L'abbé de l'Épèe de Boully au théâtre de l'Odéon — 
Le Directeur du théâtre de l'Odéon, M. Porrel nous don- 
nerai lundi de Pâques 7 avril une reprise de la pièce de 
Bouilly. Nous reviendrons dans notre prochain numéro 
»ur cette représentation intéressante pour nos lecteurs. 

Ad. B 



— 27 — 

Nomination du Directeur d9 l'École départementale 
des sourds-muets de Nantes. 

On lit dans l'Espérance du Peuple de Nantes : 
. « Nou-s apprenons avec satisfaction que M. le 
Préfet, par un arrêté en date du 18 courant vient 
d'agréer, comme Directeur de l'Éco'e départemen- 
tale des sourds- muets, en remplacement du très regretté 
Frère Louis, M. Constantin Antoine, en religion Frère 
Privât. 

« Le nouveau Directeur a débuté comme professeur en 
1872 sous le' vénéré Frère Louis ; il remplissait, en der- 
nier lieu, les fonctions de sous-directeur a l'institut des 
sourds-muets de Poitiers. 

« Nous savons que son intention est de s'inspirer des 
principes administratifs de son digne prédécesseur. 11 
peut compter sur le bienveillant appui de tous, car l'œu- 
vre si éminemment humanitaire dont il aura la sollicitude 
a toutes les sympathies de la population nantaise.» 



NÉCROLOGIE Monseigneur de Haërne. 

Nous avons eu le regret d'apprendre la mort de Monsei- 
gneur de Haërne. Prélat domestique de Sa Sainteté, Cha- 
noine honoraire 1j la Cathédrale de Bruges, Ancien 
membre du Congrès National, Membre de la Chambre des 
représentants, Président de la Société Centralede la Croix 
de fer,Fondateur des Instituts de Sourds-muets de Boston- 
Spa( Angleterre) et de Bombay (Indes), Grand-Cordon de 
l'Ordre de Léopold, Dâcoré de la Croix da fer Comman- 
deur de l'ordre de Charles III d'Espagne, Commandeur 
de l'Ordre du Christ du Portugal, Chevalier de la 
Légion d'Honneur, etc., etc. . né à Ypres le 4 juillet 1804 et 
décédé à Saint Josse-ten-Noode (Belgique) le 22 Mars 1890 
Nous publierons dans notre prochain numéro une notice 
biographique sur l'ancien président du Congrès interna- 
tional de Bruxelles qui depuis longtemps se dévouait à 
l'œuvre de l'éducation des sourds-muets. 



— 28 — • 

Institution de Gênes (Italie). — Les journaux de 
Gênes nous annoncent que les élèves de l'Institut Royal 
des sourds-muets de cette ville ont représenté' le 5 
février avec un plein succès une comédie intitulée 
f envieux démasqué, une comédie en 3 actes, s'il yous 
plaît et sur un vrai théâtre, le petit théâtre de l'Orpheli. 
nat mis gracieusement à la disposition des jeunes 
auteurs par l'administration de cette œuvre. M. le 
Commandeur Thomas Ruzza faisait les honneurs de 
cette soirée intéressante à laquelle assistaient beau- 
coup de personnes notables de la ville, entre autres le 
préfet M. Mnnichi. Compliments bien sincères au V. 
Directeur de cette institution le R. Silvio Monaci. 



L'Abondance des matières nous oblige à remettre 
au prochain numéro diverses notices bibliographiques 
notamment celle qui concerne M. Hogeheijde 



AVIS IMPORTANT 

Ce numéro étant le premier de la Sixième année, nous 
prions nos lecteurs do vouloir bien nous faire parvenir le 
montant de leur abonnement pour la sixième année 

Le mode de paiement le plus simple est l'envoi d'un mandat 
par la poste soit à : 

M. Ad. BÉLANGER, directeur de la Revue, rue Mèchain 13 
Paris 

ou à M, Eug, BÉLANGER Imprimeur-Gérant du journal 
225. rue Saint-Jacques Paris 



Pour la France un an 


9 francs 


Pour l'Étranger un- an 


10 — 


En vente au bureau du journal 




Ire année 


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2 » 


9fr 


3 », 


9fr 


4 » 


9fr 


5 » 


9fr 



L'imprimeur-Gérant, Eug, BELANGER fae saint-Jacquet n;, Pari. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muets 

6™» année. N» 2 Mai 1890. 



FRÉDÉRIC PEYSON 
peintre Sourd-muet 
[fin) 



Nous connaissons l'artiste, voyons l'homme, 

Au physique, Peyson n'avait qu'àse louer de la nature; 
il était robuste, solidement bâti, d'une belle santé. 
Agile et vigoureux dans les exercices du corps, il était 
d'une force peu ordinaire; il en donna un jour une 
(Singulière preuve. Une voiture arrivait à fond de train 
derrière lui; riea ne l'avertissait du danger qui le mena- 
çait : il ne pouvait entendre ni le bruit des roues ni les 
avertissements du cocher. . . Tout à coup le cheval le 
touche à la nuque; il se retourne précipitamment et, 
n'obéissant qu'à l'instinct de conservation, il assène un 
maître coup de poing sur la tête de l'animal, qui s'abat 
à ses pieds. 

. Les traits du visage avaient une virilité qu'accentuaient 
encore d'épaisses moustaches. Le front était large, sefc 
yeux, de grands yeux bleus fort beaux, atténuaient, par 
la douceur et la bonté du regard, la rudesse du masque ; 
ils avaient une limpide éloquence. Toute sa physionomie, 
d'ailleurs, parlait clairement, et telle était la justesse 
d'expression de ses moindres gestes, qu'on s'entretenait 
avec lui sur tout sujet saris difficulté. 

Malgré cette abondance et cette intelligibilité de son 
langage mimique, Peyson sentait tout le prix du langage 
oral, Devait-il cette perception aux vagues ressouve- 



— 30 — 

nances d'une fâcultê'qu'il avait possédée dans son bas 
âgé?.. Toujours est-il qu'il ne pouvait se défendre de 
manifester, â l'occasion, son chagrin d'en être privé. 
«Parler I. oh! parler!. . .», s'écriait-il souvent en gestes 
énergiques et-désespérés. Et montrant à sa nièce, sa 
compagne habituelle dans ses promenades autour de 
Montpellier, de malheureux ouvriers accablés du poids 
des plustlurs labeurs: «Je donneraistout, disait-il, pour- 
être à leur place. » 

Il désirait d'autant plus avidement la parole, qu'il se 
plaisait infiniment dans» la société -des parlants. Il 
suivait leurs conversations avec une facilité prodigieuse, 
et telle était l'intensité de son observation, qu'il saisis- 
sait non seulement l'expression de la pensée, mais la pen- 
sée elle-même avant qj'elle eût revêtu la forme verbale. 
« Sa perspicacité était parfois effrayante, nous dit sa 
nièce, et je ne réussissais pas à m'y l soustraire,inênîe en 
baissant les yeux. » 

Dans les moments où son infirmité provoquait ses 
dàcourageme4ts, on lui rappelait celle de l'aveugle, et 
l'apaisement se faisait dans esprit. Pour lui, — un peintre, 
un être vivant par la vue, — la cécité était une infortune 
incommensurable avec celle qui résultait de la surdi- 
mutité. 

Sa mère, qu'il perdit en 1$47, ne 'se consola jamais 
d'avoir un enfant sourd-muet. Quand son 'Frédéric 
revenait de Paris et se jetait dans ses bras, qu'elle lui 
parlait et que les lèvres de ce fils restaient closes inexora- 
blement, elle éclatai! ensanglots. C'était une scène déchi- 
rante, qui arrachait des larmes à tous ceux qui en étaient 
témoins. 



* 



En dehors des heures attristées qui traversaient Sa 
vie, et lorsqu'il se retrouvait au milieu d'amis, privés 



— 31 — 

comme lui, des moyens ordinaires de communication 
avec la société, Peyson se montrait naturellement gai et 
d'un commerce très agréable. Sabellehumeur lui dictaitdes 
réparties pleines d'esprit et d'à-propos, et il savait, au 
besoin, laTetreraper dans les souvenirs toujours vivaces 
des joyeuses années de l'atelier. Son crayon" laissait 
même parfois les lignes sévères de J'esquisse histoçique 
pour les audacieuses fantaisies de la caricature. 

« Le brave cœur et l'aimable camarade ! » disent 
encore ceux qui. ont connu Peyson. S'il était bon et 
affable, il eût été imprudent de chercher à le tromper. 
Loyal et franc, il aimait les caractères droits. Indépen- 
dant, il ne reconnaissait que la domination des»supério'- 
rités. 11 savait réfléchir avant d'arrêter une décision.; 
mais quand son parti était pris, il y persévérait avec 
une inébranlable volonté. 



* 



Peyson avait parmi les sourds-muets, des amis de 
choix; tels que Berthier, Gouin, Omnès, Braquehais, 
Lenoir, Ad. Combes» etc. 

Celui qu'il affectionna le plus, §t cette préférence fait 
Télôge de' son sage esprit et de son jugement éclairé, 
existe encore c'est le savant et vénérable instituteur M. 
Claudius Forestier, qui dirige dep'uis cinquante ans, 
une école à Lyon, Peyson allait le voir fréquemment. Sa 
famille se rappelle la « salutaire influence » qu'exerçait 
sur lui le rapprochement des deux amis! 

Ils firent ensemble un voyage en Italie. Se trouvant 
à Rojne, ils obtinrent, de Pie DÉ une audience parti- 
culière dont Peyson a laissé un récit intéressant que 
nous avons lu dans ses notes de touriste. Le Pape, qui 
les accueillît avec une extrême bienveillance, les entre- 
tint de divers sujets, notamment des causes de ki 
surdi-mutité. Venant à examiner la question des 



— 32 — 

mariages entre parents: « Je connais les inconvénients 
qui en résultent, leur dit-il, et cependant 1-Eglise est 
obligée d'accorder les dispenses; car, en France, vous 
avez le mariage civil, et l'on s'en contenterait, si je 
refusais les dispenses. . .» 

L'entrevue fut bientôt égayée par les bons mots du Pape 
et» lorsque vint le moment de -se séparer, il demanda à 
ses visiteurs charmés s'il leur plairait de se rencontrer 
avec lui dans l'élablissement des sourds-muets de Rome. 
Ils s'empressèrent d'accepter cette proposition et 
rendez-vous fut pris pour le lendemain. Pie IX et nos 
deux voyageui's passèrent donc en revue l'institut 
romain, mais cette inspection fut une véritable fête 
pour le personnel enseignant et les élèves; la conversa- 
tion enjouée du Pape n'avait rien qui ressemblât aux 
froides interrogations d'un pédagogue. 



* 
* 



On voit que Peyson ne craignait pas de s'aventurer 
dans de longs voyages. Il les recherchait pour étendre 
encoreles connaissainces variées qu'il savait acquérirpar 
de sérieuses et continuelles lectures. 

Bien qu'il eût sa résidence principale à Paris, il ne 
passait guère d'année sans reprendre le chemin du 
midi. Même après le décès de son père et de sa mère, il 
conserva un appartement et un atelier dans l'habitation 
de sa famille, à Montpellier. Les séjours qu'il faisait dans 
sa ville natale étaient parfois très longs; il y passait 
jusqu'à huit mois dans une année. 

Il s'éloignait toujours de son pays avec regret, et 
cependant c'était avec une grande joie qu'il revoyait 
Paris. C'est à Paris qu'au point de vue de son art il 
trouvait des ressources et des avantages que ne pouvait 
lui offrir laprovince; ily sentait moins l'isolement auquel 



— 33 — 

le condamnait sa situation, car il pouvait s'y mouvoir 
dans la nombreuse société de ses frères, anciens profes- 
seurs où anciens condisciples de l'Institution où il avait 
été élevé. 
-C'est dans ce Paris, dans cette Institution, qu'il était 
né à la vie intellectuelle. C'est là qu'il avait acquis son 
talent, qu'il avait obtenu ses succès, qu'il avait reçu les 
sympathiques encouragements de la presse, de ses 
maîtres et des connaisseurs. 

Il aimait le mouvement de la grande ville ; aussi, s'il 
changea plusieurs fois de logement, il ne s'éloigna 
jamais des boulevards. C'est dans la rue Louis-le^Grand, 
avec fenêtre sur le boulevard des Italiens, qu'il demeura 
le plus longtemps. Son dernier appartement était rue 
Grétry. 

11 aimait tant Paris, qu'il voulut y rester pendant le 
siège, malgré les instantes prières de sa famille ; et, bien 
qu'il eut ày souffrir, il repoussa toutes les occasions qui 
se présentèrent pour l'en faire sortir. Sa vie y fut même 
en péril dans de singulières circonstances. 

Il fut^pris un jour, en pleine rue, pour un espion 
prussien, on en voyait partout ! On voulut l'entraîner 
devant un conseil de guerre. 11 avait beau protester, ses 
gestes et son mutisme ne faisaient que donner du poids 
à l'accusation dont il était l'objet. Plus il se défendait, 
plus on restreignait et on le maltraitait. Un hasard le 
sailva: quelques uns de ses amis le reconnurentau milieu 
de la bagari'è et leurs explications parvinrentà convain- 
cre de leur erreur ceux qui l'avaient arrêté. 

Toutefois Peyson garda de cet incident un souvenir 
si pénible, que sa santé en fut ébranlée. Un prussien ! 
un espion ! lui qui, dans ses angoisses d'ardent patriote,, 
laissait tomber de son cœur troublé, dans une lettre du 
2 Août 1870, ces pressentiments qui devaient être une 
cruelle réalité : « Si la France était vaincue, elle 
pleurerait du sang, car la Prusse nous enlèverait 
l'Alsace et la Lorraine » 

Les souffrances physiques et morales endurées pendant 



— 34 — 

le siège, jointes aux douloureuses émotions que lui 
causèrent nos désastres, jetèrent dans son âme une 
ti'istesse qui ne devait jamais s'effacer, 

Dès cette époque, « sa gaîté naturelle, écrit sa sœur., 
l'abandonna complètement, sa forte constitution s'affaiblit 
graduellement, il "aevint sérieux, morne, on pourrait 
presque dire ennuyé de la vie. Bientôt il fît son testa- 
ment, bien que rien encore ne pût taire présager sa fin 
prochaine. » 

Frédéric Peyson mourut le 13 Janvier 1877, à Mont- 
pellier, où il s'était retire depuis plusieurs mois. 

Il conserva jusqu'au dernier moment la lucidité de 
son esprit. Il resta «_ doux et courageux devant la mort, 
rapporte un témoin dusuprême adieu, sa fin fut celle-d'uiv 
fervent chrétien. . .. Nous voyant en. prières près de lui, 
il leva encore sa main défaillante pour faire le signe de 
la croix. . .. Elle retomba de la hauteur du front. ... Il 
n'était plus ! » 



L'amour de l'Art et l'amour du bien, telles sont les 
deux noblespassions qui dominent dans la vie de Frédéric 
Pej r son. Elles l'ont suivi jusque dans la tombe. On les 
retrouve, en effet, dans ses dispositions.testameniaires. 

L'artiste a légué au Musèe-Fabre, en outre des tableaux 
dont nous avons parlé, une somme de dix mille francs 
destinée à enrichir la collection de peinture dé sa ville 
natale. Il a créé une rente de cent cinquante francs 
pour être donnée en récompense à l'élève qui obtiendrait 
le premier prix de tête peinte à l'Ecole des Beaux-Arts 
de Montpellier. Geprixporte lenom Aeprix Peyson. Lenom 
de Frédéric Peyson a, en outre, été donné à une rue, de 
la ville. — C'est encore Ja pensée de l'artiste qui appa- 
raît dans le legs fait au musée de Cluny d'un meuble 



— 3a — 

précieux dul7 e siècle ayant appartenu àMariedeMédicis. 
Ce meuble est désigné au catalogue sous le n° 1451. 

LTïômme de bien a compris dans ses libéralité*s divers 
établissements charitables de Montpellier. I) a notam- 
ment légué quatre mille francs à l'institution des 
sourds-muets. L'école de sourds-muetsd'une autre ville, 
dont le directeur était son ami, a reçu dix 'mille francs. 
Il a assuré à M.'Combes, actuellement professeur à 
l'Institution des sourds-muets de Namur, une rente 
viagère de six cents francs. Ce même professeur, digne 
sous tous les rapports, de cet affectueux souvenir, 
écrivait encore dernièrement que Peyson, dans son 
inépuisable générosité, lui avait offert quarante mille 
francs pour fonder une institution. « Je n'acceptai pas, 
dit-il, de crainte qu'une question d'argent ne vînt em- 
poisonner notre amitié. » 

Mais combien- n'eurent pas lés mêmes Scrupules: et 
nous savons, entre autres faits, que Peyson lit abandon 
d'une assez lourde somme avancée à un camarade, pour 
Te soutenir dans une entreprise coriïmerciale. 

Trois jours avant sa mort, se souvenant que, par suite 

de pertes récentes, M. de N .sourd-muet, se trouvait 

dans une situation précaire, il pria sa sœur de _lui 
envoyer dix mille francs. Madame Boyer Peyson fit 
• parvenir cette somme à l'ami malheureux de son frère 
par l'entremise du colonel de M , parent du destina- 
taire. 

D'autres legs individuels, faits au profit de sourds- 
muets et représentant un chiffre d'une certaine impor- 
tance, achèvent de donner la plus haute idée de cette 
âme~bïenfaisante. . . 

A quelle source avait-il puisé ces sentiments élevés, 
ce désintéressement, cet évangélique amour du prochain? 
Dans sa famille d'abord, nous le "savons et, dussions- 
nous bfesser la modestie de ses chères survivantes r , nous 
voulons le dire bien haut ;majs aussi dans l'admiration 
que lui avait inspirée la vie sublime de l'abbé de L'Épée. 
Frédéric Peyson" avait une telle vénération pour la 



- 36 — 

mémoire de ■ l'illustre père des sourds-muets, qu'il a 
Voulu, par delà lamort, se montrer un de ses plus dignes 
etdeses plus. glorieux enfants. 

Théophile Denis 



LÀ QUESTION DES EXTERNATS DE SOORDS-MUÏÏS 

en ALLEMAGNE 

(suite) 

Voir laRetfue française dn mois d'Avril ÏS90 

Après avoir etfposè les avantages du régime de l'inter- 
nat substitué au régime d« l'externat pendant les pre- 
mières années du cours d'instruction, l'honorable M. 
Cûppers a développé comme suit ses idées sur le plan 
d'organisation à adopter ; 

§ 2. L'iNTËRtfAT DOIT ÊTRE ORGANISÉ DE TELLE FAÇOtf 
QU'ÉTANT SOUMIS A LA DIRECTION DE L'INSTITUTION, IL N'AIT 
NULLEMENT A FAIRE APPEL AUX PROFESSEURS DE CET 
ÉTABLISSEMENT, 

Il va sans le dire que l'internat, tout en conservant une 
certaine autonomie, ne Saurait être placé dans une situation 
d'indépendance absolue vis à vis de l'institution de sourds- 
muets, qu'il faut écartfir tonte idée d'opposition entre l'un et 
l'autre établissement, que par suite toute l'organisation de 
l'internat, tout ce qui s'y crée, tout changement à l'ordre 
établi doit être l'objet d'une entente avec le directeur de 
l'institution. Celui-ci doit avoir le droit, comme il en a In 
devoir, de veiller à ce que ce qui a été réglé soit exécuté. Mais 
dans l'internat tel qu'il m3 paraît' devoir être organisé, Tinter- 



-37 — 

vention des professeurs de l'institution ne me paraît nulle- 
ment nécessaire. En effet, et en premier lieu, je n'entends 
pas que l'enseignement doive se prolonger dans l'internat. 
Les enfants ont assez et bien assez des heures d'études qui 
leur sont assignées pour chaque journée passée dans l'insti- 
tution. Le reste du "temps, ils doivent être affranchis de la 
juridiction de l'enseignement et de l'école. Il ne faut pas qu'il 
y ait toujours et partout quelqu'un derrière -eux cherchant, 
pour peu que l'ocoasion s'en prése»te à enrichir leur vocabu- 
laire, à leur enseigner des phrases de conversation, à contrôler 
l'emploi des formes de mots et de phrases qu'ils ont apprises . 
Cette servitude qui paraît tout à fait appropriée pour tuer toute 
gaîté de jeunesse, de jeu, de commerce de la vie, je voudrais 
lajenir bien. loin des enfants. Aussitôt que les heures de classe 
sont éconlées, ils doivent,"selon moi, être laissés à la joie de 
vivre comme enfants, et par .conséquent êtee avant tout 
délivrés de toute contrainte tendant à régler comme en 
classe leurs actions et leur , conduit^. En second lieu, je ne 
veux point de surveillance exercée par les professeurs. Il ne 
faut pas, sans doute que dans l'internat les enfants soient 
laissés libres de fainéanter à leur fantaisie et d'organiser toutes 
sortes de cachotteries. Il faut au contraire qu'ils restent 
constamment sous les yeux de grandes personnes, en 
telle manière toutefois qu'ils ne se sentent pas sur 
veillés," mais qu'ils voient dans ces relations quelque chose 
d'amical, d'aimable, d'excitant soit pendant le jeu, soit 
pendant le travail, soit au cours de toute espèce d'occupation. 
Je* crois que nous sommes tous unanimes à penser que c'est 
purement et simplement dans ce sens qu'il convient de com- 
prendre et d'exercer la surveillance ; mais, pour cela, je ne 
voudrais pas voir employer les professeurs qui, après avoir 
accompli leur tâche journalière d'enseignement, sont fatigués 
et ont besoin de se remettre, et ceci dans l'intérêt des enfants 
comme dans celui des maîtres. Il nous faut un personnel dont 
l'intelligence soit reposée, qui, après les divers travaux de 
ménage, trouve gaîté et repos dans les relations avec les petits 
sour.is-muels.S'il arrive que, par mesure d'équité, l'on dispense 
du service de surveillance les professeurs les plus âgés, qui 
ont chez eux femme et enfants et qu'on n<î veut pas enlever 
àleurfamille, le fardeau et la responsabilité tombent sur des 
jeunes gensqui.àtouspoints de vue, sontaussi peupropresque 
possible àce service, Je ne m'arrêterai pas àretracerdavantage 



— 38 — 

le tableau de la surveillance des professeurs dans l'internat. 
Il me suffira dédire que, dans les classes où des internes et 
des exiefnes se trouvent confondus, ja reconnais les premiers 
à. ce qu'ils ont généralement peu de goût pour la parole-? 
manquent de gaîtè, onl l'esprit moins vif et je n'ensuis pas 
étonné. 

En troisième lieu, je ne voudrais pas même voir les protes- 
s<mrs appelés . a surveiller une étude. Ola' ne pourrait 
être un repos pour eux. Je recommande précisément que les 
psrsonnes qui sont chargées d'un tel service, spécialement 
dans un internat, soient tout autour des enfants pendant que 
ceux-ci font leurs devoirs de classe, apprennent par cœur ou 
répètent leurs leçons. Je tiens ceci pour suffisant et en même 
temps pour impertant au point de vue des communications 
par la parole dans l'internat. En effet les personnes dont-il 
s'agit eu faisant, acte de présence pendant les études, se 
trouvent entretenir des relations renouvelées chaque jour 
avec l'enseignement ; elles se mettent sans peine au courant 
du savoir que les entants possèdent en fait de connaissances 
positives et de langage, des formes de phrase qu'ils ont à leur 
disposition et de leurs progrés quotidiens. Elles se rendent 
aptes de cette façon à entrer en communication fructueuses, 
par la parole avec les élèves des classes et à les faire avancer. 

En quatrième lieu, je ne voudrais pas voir employer les 
professeurs à contrôler la marche de. l'internat ; les personnes 
auxquelles et internat est confié doivent posséder notre con- 
fiance à un degré éminent et ont besoin, ont droit de réclamer 
de nous cette confiance. Pour exercer utilement leur activité 
auprès des enfants, elles ont besoin d'avoir cette confiance à 
un bien plus haut degré que les gardiens isolés, auxquels-nous 
pouvons remettre aujourd'hui les enfants sauf à les retirer 
demain.Vis-à-vis de ces personnes.ilsunïra que le directeur de 
l'institution surveille et sache comment les choses se passent 
dans l'internat. Que pourrait-on gagner à ce que les professeurs 
reçussent pareille, mission ? Si le^ , personnes qui dirigent 
l'internat ne sont pas ce qu'il faut, cette surveillance et ce con- 
trôleréclainésdesprofesseursne sauraient suffire pour remédie 
à fond à quoi que ce soit b Dans le cas contraire, il n'y a pas 
besoin d'un tel contrôle qui a même quelque chose de blessant 
et risque de troubler la bonne harmonie. 

Donc, en résumé, je suis d'avis d'écarter absolument de l'in- 
ternat les professeurs de l'institution. 



— 39 — 

Mais où trouverons-nous donc les personnes qu'il nous faut 
vraiment pour notre irilernat î Partons avant tout de ce prin- 
cipe que les enfants qu<> nous- envoyons à I'inlernat ne doivent 
pas perdre pour cela quoi que. ce soit des avantages d'une vie 
de famille bien réglée, mais, au contraire, y participer, s'il se 
peut, à un p)us haut degré. Ces enfants doivent se sentir 
enrôlés dans une association bien organisée sous touY les 
rapports oii l'on se dit avec satisfaction : « Il est bon d'être 
ici » ,où les relations réciproques ont un caractère amical et 
joyeux, où 1 chacun .doit'ètre à son rang, trouver les moyens 
d'exercer son activité selon son pouvoir comme sous le patro- 
nage d'une mère, rencontrer une sollicitude maternelle pour 
ous les besoins de la vie, des soins maternels en cas de mala- 
dies, une direction, une éducation maternelles et par-dessus 
tout l'amour ardent et sincère d'une mère se manffestant/à 
chaque élève en particulier. Une tâche si importante et 
entraînant une responsabilité si étendue ne peut-être confiée 
qu'à des personnes ayant pour cela une véritable vocation, 
c'est à dire à des personnes suffisamment et incontestable- 
mentcapables d'abord de bien tenir une grande maison, de 
donner et de perfectionner sur c^tte base et dans ce cadre, 
pour un nombre d'enfants important, une bonne éducation 
physique, morale et religieuse, même avec la complication des 
conditions défavorables que présentent à tous égards les 
enfants nouvellement admis, par suite de leur infirmité et de 
leur provenance de familles si différentes. Ces personnes 
doivent encore exercer dans toute son étendue la surveillance 
que l'élablissement d'instruction est en droit de réclamer sous 
]e rapport de l'aideà donner et de l'élan progressif à seconder 
pour arriver au but. 

Si l'on considère la difficulté, l'étendue de ces devoirs à 
remplir, qui, certes, ne sont pas dans les aptitudes de tous 
le mond<v on pourrait à juste titre s'étonner de voir des 
internats mis pour tout ou partie aux mains de personnes 
sans instructiou, prises dans lés rangs de ia domesticité. Si 
notre internat doit réellement offrir l'image d'une bonne vie 
de famille en larges proportions, il faut qu'il y ait au centre 
de tout une personne qui remplisse le rôle de maîtresse de 
maison. Elle gouverne le ménage, de tout l'externat, y conduit 
et ordonne la vie, dispose et agit à son gré avec les auxiliaires 
qui l'entourent sans que les enfants puissent s'apercevoir le 
moins du monde qu'elle dépend d'une autorité étrangére.en 



— 40 — 

en reçoit des instructions, est soumise à une surveillance et 
à un contrôle. Or, il faut qu'il en soit ainsi, mais comme nous 
ne pouvons évidemment employer de la sorte l'ancien person- 
nel de domestiques ou des personnes du même ordre, je 
réponds à la question ci-dessus posée : 

§ 3. Ilconvtentde confier l'internat a des religieuses 
catholiques ou a des diaconesses protestantes. 

Ces dames nous donnentpar la préparation qui résulte de 
leur vocation les meilleures garanties que l'on puisse désirer 
pour le bon accomplissement de la tâche que nous mettons 
entre leurs mains. Chercher a le démontrer ici me paraîtrait 
une perte de temps et, j'oserais le dire, presque" une ofiense 
pour les Communautés dont il s'agit et qui, ayant fait leurs 
preuves, jouissent par cette raison de la confiance générale 
de leurs co-religionnaires. 

Ce qui les recommande d'ailleurs particulièrement, c'est 
qu'elles sont en situation de choisir le personnel le mieux 
préparé à remplir ia tâche, de mettre toujours un nombre 
suffisant de leurs nTembres*a la disposition des" "institutions, 
d'assurer leur recrutement et par suite do remplacer en temps 
utile \& personnel épuisé, par le travail. 11 est évident "que 
tout eela est d'une importance inappréciable pour perpétuer 
l'existence de tout internat et pour garantir la bonne marche 
du service- Autrement, et eût-on réussi à voir ces conditions 
remplies, on se demande nécessairement : Combien de temps 
cela durera-1-il et qu'est-ce qu'il arrivera ensuite ? Avec le 
personnel dont je parle, ce souci disparaît. 

§ 4. IL EST AVANTAGEUX PAR DIVERS MOTIFSXÎUEL'INTERN AT 
SOIT, AU POINT DE VUE DE L'EMPLACEMENT, DANS LES 
RAPPORTS LES PLUS IMMÉDIATS QU'IL SOIT POSSIBLE D'AVOIR 
AVEC L'INSTITUTION, 

On ne peut pas strictement exiger et comme une condition 
sine quâ non que l'internat se trouve dar\s le voisinage im- 
médiat de 1'institutîoh, mais, en tous cas, je tiens cela pour 
désirable. La proximité des deux établissements simplifie les 
relations du directeur de l'institution avec l'internat, et donne 
par là* satisfaction aux intérêts des deux parties. En outre les 
services économiques de l'internat, si celui-ci est voisin d e 
l'institution offrent d'une manière commode, pour l'instruc- 



— 41 — 

tion à donner dans les classas inférieures et moyennes, un 
-mat riel d'ens"ignement intuitif qu'on trouveraildiffîcilement 
sans cela, plus complet et plus au gré de ses désirs. 

Quant à l'idée d'établir, pour tout ou partie, l'internat dans 
les locaux de la classe, .je la repousse absolument. Si l'on 
mettait à usage de réfectoire, de salle de travail pour le 
ménage les ptjbces dans lesquelles les enfants reçoivent 
l'instruction, on nuirait au respect que les élèves doivent 
avoir pou.r ia classe. J'estime en outre que cette pratique est 
préjudiciable à la santé. A quel moment pourra-t-on balayer, 
laver, "aérer les salles de classe ? Il s'y mettra inévitablement 
avec le tempseelteodeurbien connue de caserne, qu'il devient 
alors impossible de chasser. 

§ 5. Le règlement intérieur et le règlement jour- 
nalier DE L'INTFRNAT SONT PRÉPARÉS ET ARRÊTÉS DE 
CONCERT AVEC LA COMMUNAUTÉ PAR LE DIRECTEUR DE 
L'INSTITUTION. 1.E RÈGLEMENT INTÉRIEUR DOIT-ÈTRE EN 
OUTRE SOUMIS AUX AUTORITÉS DESQUELLES DÉPEND L'Éta- 
BLISSEMENT D'INSTRUCTION. 

Je pense que ce point ne réclame ni justification ni démons- 
tration et je m<* borne à en dire deux mots. Jl va de, soi que 
le règlement intérieur et le règlement-journalier .doivent 
s'accorder tout autant qu'il est nécessaire avec les réglés de 
la Communauté et cela pourra se réaliser sans préjudices 
pour le but auquel doit répondre l'internat. Le règlement 
intérieur a le caractère d'un statut pour l'administration de 
la maison. C'est à bon droitqu'ildoitêtresoumisàl'approbation 
du directeur de district ou des autorités desquelles dépend 
l'établissement d'instruction. Le règlement journalier, au 
contraire, est une chose variable suivant les saisons et 
suivant d'aulres circonstancees et les règles générales- ayant 
été posées dans le règlement intérieur, il" suffira de s'en 
remettre, pour le règlement journalier, à l'appréciation de la 
direction de l'établissement, 

-Je termine. J'ai misîîemon mieux en lumière les avantages 
du régime de l'internat appliqué aux trois premières années 
et je suis entré dans les détails qui m'ont paru nécessaires 
au sujetdeson organisation. Mais je n'ai pas eu l'intention de 
faire, en traitantlesujet, ce qu'on appelle une thèse de doctorat. 
Il s'agit d'une chose qui me tient à cœur, à la réalisation de. 



— 42 - 

laquelle je voudrais contribuer, Puisse mon espoir n'être pas 
trompé! Puisse le régimsque jo recommande: internat a la bas»\ 
externat au somm n t; internat pour les trois premières années 
d'instruction, externat pour les annô35 suivantes, régime qui 
remîdie aux inconvénients de l'un et de l'antre système jet en 
réunit les avantages, être le régime deTinstitulionde sounls- 
îûuet de l'avenir. Dieu veuille en disposer ainsi ! 

Tfadiiit de l'allemand pai' 
O. Claveau 
{A suivre) 



LE FRÈRE LOUIS 

Directeur de l'Institution départementale 
des sourds-muets, de Nantes 



Louis Augustin Caillaud, en religion //'ère Louis 
naquit à. Bel-Air, Commune de Treize-vents (Vendée) le 
7 Janvier 1823. 

Dès 1839, à l'âge de 16 ans, nous trouvons déjà le 
frère Louis instruisant les sourds-muets à l'institut de 
Saint-Médard les Soiss-oris ou le P. Deshayes fondateur 
de l'prdre de Frères de Saint -Gabriel venait de le con- 
duire, il y fait son apprentissage et deux ans après le 
jeune professeur était envoyé à l'Institution' d'Orléans 
dont noire vénéré confrère et ami, leR.P. Bouchet était 
alors aumônier ( 1841 ). 

• Il n'y resta que peu d'années et passa en 1844" à l'école 
départementale de Nantes qui venait d'être transférée 
(1813) de la Chartreuse d'Auray (1). Il y avait alors 25 ou 30 
élèves occupant un des vieux bâtiments de l'hospice 

Saint-Jacques. 



(1> Consulter; 1{. R Bouchet. Notice sur l'instiiution delaChirtreus* 
flAur.-ty ( Revue Française 3" année. N» 8 p. 175.) 



— 43 — 

Notre jeune professeur en devint bientôt le Directeur. 
Dès lors, il se consacre corps et âme à son institution, ce 
n'est plus seuîement le jeune et brillant professeur, c'est 
l'administrateur consommé. 

Il n"est pas chez lui, il est à l'étreit ; grâce à ses, 
démarches persévérantes, favorisées parle Préfet. M. 
Henri Chevreau et, l'évèque Mgr. Jacquemet, le Dépar- 
tement achète la propriété de la Persagotière et en 1856 
les sourds-rmuets viennent l'habiter. Nousle voyons alors 
organiser sa maison, ses élèves deviennent ses auxiliai- 
res, ses ouvriers, les uns sont jardiniers, d'autres 
menuisiers, cordonniers, tailleurs, tous, lorsqu'ils sor- 
tiront seront capable de gagner leur vie. 

En 1870-71, son école devient une ambulance, enfin 
en une année (1873) il bâtit une chapelle et trouve un 
aumônier volontaire (gratuit). 

Depuis 30 années le frère Louis était à Nantes, ses 
supérieurs l'envoient à Orléans ; mais les démarches 
pressantes de l'évèque Mgr. Fournier et du Conseil- 
Général obtiennent le retour à Nantes du zélé directeur, 
il se remet à son oeuvre avec courage et obtient du 
Conseil Général le vote des fonds nécessaires pour la 
construction d'un nouveau bâtiment, il pourra ainsi 
augmenter son effectif et recevoir 70 élèves. 

Une révolution se préparait en France dans l'euse;- 
gnement des sourds muets le Congrès de Milan qui devait 
sanctionner les efforts tentés en France par l'adminis- 
tration du Ministère de l'Intérieur allait se tenir (1880). 
Le frère Louis envoie 5 de ses professeurs : je suis trop 
vieux pour m'y rendre, disait-il. 

Sans hésiter, se conformant aux vœux exprimés, il 
introduit la méthode orale dans son institution et 
grâce à de nouvelles subventions du Conseil Général, 
il transforme sa maison afin de se plier aux exigences 
de la méthode (1887). 

Depuis 51 années, frère Louis avait voué sa vie au service 
des sourds-muets, s'efforçant de leur prodiguer l'éduca- 
tion et l'instruction, d'en faire des hommes utiles. Il 



_ 44 — 

voulait â côté de son œuvre, de l'institution de Nantes, 
fonder une école pour les aveugles et le Conseil Général 
avait accueilli favorablement sa demande'. Mais Dieu 
avait trouvé la mesure suffisamment pleine, et le 11 
Janvier dernier, H rappelait à lui le vénérable Directeur 
Là ville de Nantes lui a fait des funérailles dignes de luf 
et ses anciens élèves, n'oublieront jamais ce qu'ils doivent 
au savant modeste qui vient de disparaître. 

Ad. Bélanger. 



L'ABBÊ DE L'ÉPÉE AU THÉÂTRE 

« L'ABBÉ DE L'ÉPÉE » de Bouilly 
Comédie historique en 5 actes 

M. Porrel, le sympathique Directeur de l'Odêon, a 
donné le Dimanche 6 Avril une reprise de l'abbé de 
l'Épée, comédie historique, de Bouilly, Cette. pièc e 
représentée pour la l r * fois au Théâtre Français, le 14 
Décembre 1799 repose, on le sait sur une donnée histo- 
rique : L'abbé de l'Épée, le célèbre instituteur, recueille 
un jeune sourd-muet en "haillons, l'instruit, croit, 
d'après les renseignements de l'enfant reconnaître le fils 
spolié d'une grande famille ; après mille recherches 
retrouve le spoliateur et obtient un Arrêt du Parlement 
de Paris rétablissant le jeune Comte de Solar dans ses 
titres, lui restituant aussi la fortune de ses pères (8 Juin 
1781) Il convient cependant d'ajouter que cette sentence' 
fut infirmée peu de temps après la mort de l'abbé de 
l'Épée (1792) 

La scène se passe à Toulouse. Au 1 er acte, l'abbé de 
l'Epée arrive dans cette ville avec son jeune élève qui 



— 45 — 

reconnaît la place sur laquelle se trouve l'hôtel de se3 
ancêtres, puis la maison paternelle. 

Nous retrouvons de l'Épée au 2 e Acte chez Franval 
un avocat célèbre de la ville et venant lui demander le 
conseil de ses lumières. Il lui explique sa cause. 

C'est toujours chez l'avocat Franval que se passe le 3' 
acte. L'abbé de l'Ëpée lui présente Théodore son jeune 
élève qui reconnaît Marianne la femme de l'ancien portier 
de l'Hôtel d'Harancourt. 

 l'acte suivant, nous sommes chez Darlemont, le spo- 
liateur du jeune Comte. Son vieux domestique, Dupr.é, 
son complice avec lequel il conduisit le jeune sourd- 
muet à Paris, poussé par le. remords, rapporte l'argent 
qu'il reçoit pour prix de son crime. 

Nous oubliions de dire que Sâint-Alme le fils de 
Darlemont est amoureux de la sœur de l'avocat Franval 
et que Darlemont et Madame Frauval s'opposent chacun 
de leur côté à l'union projetée. 

L'avoeat Franval et de l'Épée se rendent chez Darle- 
mont pour obtenir de celui-ci la restitution du titre 
et de la fortune du Comte dHarancourt. Refus de 
Darlemont. Le jeune sourd-muet introduit, reconnaît 
son tuteur et son cousin auquel il sauva la vie autrefois. 
Enfin au 5 e acte, après la reconnaissance du vieux 
domestique Dupré qui avoue sa complicité, Saint- Al me 
parvient à obtenir de son père une reconnaissance de 
Jules d'Harancourt et Théodore donne à son cousjn Saint- 
Aime la moitié de ses biens. 

Le rôie de Théodore, le jeune sourd-muet qui fat 
créé à l'origine par Madame Talma était rempli cette 
fois avec beaucoup de talent par M eUo Sanlaville ; celui 
de l'abbé de l'Épée joué autrefois par Talien était tenn 
non moins consciencieusement par Jahan. 

Bien sourd-Muet. M ,IU Sanlaville, c'est le meilleur 

compliment que Ton puisse faire "à la gracieuse artiste, 

très pathétique aussi la scène de reconnaissance de 

l'Hôtel d'Harancourt. 

Au 3 e acte, l'abbé de l'Épée montre à la famille Franval 



— 46 — 

de quelle façon il correspond avec ses élèves, comment 
celui-ci interprète ses signes et peut répondre aux 
questions qu'on lui adresse, 

QueK est le plus grand homme vivant ? demande 
Clémence la sœur de Fra rival. Les signes de l'Épée 
traduisent la question de Clémence. La réponse du 
sourd-muet ne se fait pas attendre. — 'C'est l'abbé de 
l'Épée, c'est son maître* 

Pendant cette scène, on aurait entendu une mouche 
voler dans la salle, l'auditoire était absolument devenu 
sourd-muet, les yeux des spectateurs cherchant àne pas 
^perdre un signe decette scène. Très expi^essifé, très bien 
rendus les signes de l'abbé. L'excellent acteur Jahan 
s'était incarné dans le rôle de l'abbé et l'a rendu avec 
une grande perfection. Rien de plus palpitant que le- 4* 
acte dans lequel M. Duparc (Darlemont) a montré de 
très grandes qualités,. Pour ne rien omettre, signalons la 
simplicité toute naturelle de M 6 " 8 Duhamel (Clémence) 
et le jeu clair et précis de M. M. Dupont et Maury 
(Pranval et-Saint-Alme M? 1 " Grosnier et M. Duard ont 
également été très appréciés du public. 

Comme elle avait bien l'air d'un sourd^muetentendions- 
n_pus dire à chaque instant dans lepublic; ce compliment 
qui s'adressait à l'artiste me semblait peu fait pour 
dissiper dans le publip les vieilles erreurs répandues 
sur ces malheureux et ne le disposeront peut-être pas à 
croire qu'aujourd hui le sourd-rrruet parle et que les 
signes, comme la pièce de Bouilly n'ont plus qu'un intérêt 
historique. 

Ad Bélanger. 



4? 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



BELGIQUE 

Rekenboekje voor Doofstommen'Scholen — Petit livre de cal. 
Cul pour les écoles de sourds-muets^ partie. Nombres au dessus de 
l'JDO par J. Hogerheijde professeur principal à l'institution des sourds, 
tnuets d'Anvers. Anvers, 1889. 1 Vol. in-12. 108 pp. (en flamand) 

M. Hogerheijde offre aujourd'hui au public la 4™" 
partie de sou excellent petit manuel de calcul imité 
librement de Hilger. 

11 s'agit cette fois de faire aborder aux élèves sourds- 
muets l'étude des nombres supérieurs à 1000 et la prati- 
que des opérations à effectuer sur ces nombres. 

L'auteur marque très sagement les limites dans les- 
quelles il convient de renfermer cet enseignement, « La 
plupart de nos élèves, dit-il en s'appropriant les termes 
dont s'est servi Hilger lui-même, sont d'une condition 
peu aisée et destinés à rester dans cet état après l'achè- 
vement de leurs études. Quand on les aura rendus capa- 
bles de distinguer le million d'avec les mille et de cal- 
culer avec sûreté dans ces limites de grandeur, on aura 
assez fait pour ce que 'réclament les besoins journaliers 
de la vie.» 

Les unités dé millions forment donc le maximum des 
nombres à proposer comme données ou a faire trouver 
comme résultat. 

De nombreux exercices préparatoires, sur lanécessité 
desquelles M. Hogerheijde insiste fortememt, sont con- 
sacrés à la numération tant parlée qu'écrite : en premier 
lieu pour la série des nombres compris entre 1000 et 
10 000, en second lieu pour lesjiQnibres compris entre 
10 000 et 100000 et enfin pour les nombres snpérieursk 



— 48 — 

103 009. L'aridité de ces leçons est un peu tempérée~par 
quelques questions comme celles-ci : Quel est le nombre 
qui vient après 4 0i8 ? avant 2 112? Après quel nombre 
vient 4.530 ? Avant quel nombre vient 2.719?Quel est le 
nombre qui sfe place entre 1.498 et 1.500 ? Entre quels 
nombres se place 3 670? 

Il est d'ailleurs très recommandé, et le bon sens l'indi- 
que, de continuer, tout en faisant étudier la 4 me partie 
de l'ouvrage, les exercices sur les nombres de 1 à 1 000. 

Les élèves ne sont donc pas emprisonnés dans un 
travail monotone, de numération. 

Les 4 sections qui se placent à la suite des exercices 
préparatoires sont respectivement consacrées à chacune 
des 4 opérations fondamentales de l'arithmétique Le 
plan en est conçu sur un type uniforme, rigoureuse- 
ment méthodique et présentant un ordre progressif heu- 
reusemnt gradué. On y trouve d'abord une série d'exer- 
cices pour le calcul de tête, puis une série d'exercices 
plus compliqués pour le calcul écrit. Chaque section se 
termine par des exercices avec nombres concrets, suivis 
d'une collection variée de petits problêmes empruntés à 
la pratique de la vie usuelle. 

11 est à remarquer qu'au début de chaque série d'exer- 
cices, M. Hogerheijde se fait une loi de ne proposer 
aux élèves que les nombres ronds de mille, de centaines. 
Dans les calculs à faire de tête, les additions ne portent 
jamais que sur deux nombres; les multiplications ne se 
présentent qu'avec l'un des facteurs inférieur à 10 ou 
formant un nombre rond de dizaines inférieur à 100 et, 
dans ce dernier cas, l'autre facteur n'a pas plus de deux 
chiffres. Les divisions à effectuer ne comportent jamais 
qu'un diviseur inférieur à 20 ou formant un nombre 
rond de dizaines. Dans les exercices de calcul écrit, les 
diviseurs proposés n'ont jamais plus de trois chiffres. 

Je ne dois pas omettre de signaler, bien que je l'aie 
déjà fait, je crois, dans un, précédent compte-rendu, le 
soin pris par M. Hogerheijde de familiariser les élèves 
avec toutes les formes de langage sous lesquelles l'énoncé 



- 49 — 

d'un même problème peut être présenté. Ce , point m'a 
toujours paru d'une importance capitale, surtout vis à 
vis des jeunes sourds-muets. 

En somme, œuvre très utile et dont il suffirait de tra- 
duire quelques pages, spécialement des titres de chapi- 
tre et la partie relative aux problêmes, pour mettre le 
livre à usage des instituteurs de toute nationalité, les. 
chiffres parlant d'eux-mêmes pour le reste. 

O. Claveau 



CORRECTION DES VICES M PRONONCIATION 

dans les institutions de sourds-muets 



Nous trouuons dans le journal de VAin l'infor- 
mation suivante relative à l'Institution des sourds- 
muets de Bourg et nous sommes heureux de signaler 
cette innovation à tous les directeurs d'école. 

Ce n'est certes pas la première, fois qu'un professeur 
de sourds-muet s'occupe du redressement des vices de 
la prononciation chez les entendants. Nous savons que 
des résultats très sérieux ont été obtenus dans cette 
vole par plusieurs de nos confrères et nous pensons que 
nul mieux qu'un professeur de sourds-muets ne peut 
y réussir, N'a-t-il pas l'habitude de donner le parole à 
ses élèves, de corriger leurs défauts de prononciation et 
Dieu sait s'il s'en présente. 

C'est avec plaisir que nous enregistrons la tentative 
faite par l'école de Bourg et nous souhaitons bien 
vivement, qu'à son exemple, chaque école française 



- 50 — 

Ouvre des cours spéciaux appelés à render de réels 
services. 

Ad. B. 

«Qansles écoles comme dans les familles, on rencontre 
fréquemment certains enfants, même intelligents, qui 
parlent très mal : ils zézaient, blèsent, chuintent, bë~ 
ffaient même. 

Difficilement ces défauts seront corrigés à Técole pri- 
maire ; il faut, pour cela, des procédés et des exeixices 
spéciaux. 

Les parent*, désireux d'améliorer laparoledéfectneuse 
de leurs enfants, apprendront avec plaisir que les Frères 
des Ecoles chrétiennes viennentd'annexeràleurétablis- 
sement des sourds-muets de Bourg, une division spéciale 
pour la correction des défauts mentionnés plus hauts. 

Le 'succès est toujours certain, si l'élève est docile, 
laborieux et persévérant à suivre les exercices auxquels 
on le soumettra. 

Ces exercices n'ont rien en eux-mêmes de fatiguant ni 
de dangereux : ils consistent simplement en une gj'm- 
nastiqne respiratoire et phonétique très propre même 
à fortilier la poitrine en améliorant le jeu desorganesde 
la respiration. 

Aucun appareil n'est employé : tout est naturel, phy- 
siologique et uniquement basé sur une pédagogie spéciale. 

Il est une autre infirmité qui trouvera aussi à l'Institu- 
tion de Bourg son soulagement assuré, sinon sa gnérison ; 
c'est l'état malheureux des jeunes gens devenus sourds 
à un certain âge. Ils, ont perdu l'ouïe tout en conservant 
la parole ; ils parlent encore, mais ils se mettent diffici- 
lement en rapport avec leur interlocuteur. 

A rétablissement, ces pauvres enfants apprendront à 
lire la parole sur la bouche ou mieux sur lesHfèvres de 
quiconque leur parlera. Ils n'entendront pas la parole, 
mais ils verront parler : ils compendront et pourront 
répondre. 



- Dl — 

Cette dernière infirmité est cependant plus longue que 
le? autres à guérir ou à corriger complètement ; elle 
demande une série d'exercices particuliers. 

Les cours commenceront le 15 Avril 1S99 ; et se con- 
t : uueront pour chaque catégprie jusqu'à parfaite gué- 
rison. 

L'enseignement est simultané ; au moins -pour les 
exercices préparatoires ; ce procédé donne de l'entrain, 
de l'émulation et favorise les progrès. 

L'âge -n'est pas un obstacle invincible à la guérison : 
chez l'enfant, les organes sont plus souples, mais l'adulte 
a plus d'énergie et plus de persévérance dans la volonté- 

Le prix du traitement est dépendant de la gravité du 
mal et des soins particuliers que peut réclamer l'élève. 

Un premier examen du sujet servirait avantageu- 
sement à fix^r les chances de succès et la durée probable, 
du traitement. 

-Adresser les demandes au directeur de l'Institution 
des sourds-muets de Bourg (Ain). Indiquer ; 1° l'âge; 
2° la nature de l'infirmité ; défauts de prononciations, 
bégaiement, surdité. » 



NÉCROLOGIE 



Monsieur Fernand CLAVEAU 

Monsieur 0. Chiveau,. Inspecteur Général honoraire 
des Établissements de Bienfaisance vient d'avoir la 
douleur de perdre son fils, M. Fernand Claveau, notaire 
à Paris, décédé â Arcachon le 12 Avril dernier dans sa, 
3t e année. Nous nous associons bien sincèrement .à sa 
douleur. Si la . sympathie affectueuse qui entoure en 
France le nom du propagateur de la méthode orale dans 
notre pays, peut adoucir sa peine ; il peut être certain 



— m — 

qu'en cette triste circonstance surtout, elle ne lui fait 
pas défaut. 

Ad. B 

Monsieur Paul RIVIÈRE 

L'institution Nationale de Paris vient de faire une 
perte bien sensible en la personne de M. Paul Rivière 
Professeur de Jardinage depuis plus de vingt années, 
décédé le 1" Mai dernier. Pendant la longue carrière 
qu'il a fournie, M. Rî'/ière avait su se concilier les 
sympathies les plus vives parmi tous ses collègues de 
l'Institution et tous les Directeurs qui se sont succédés 
le tenaient en tx*ès grande estime. Consciencieux avant 
tout, il fit son devoir jusqu'au bout et les souffrances 
d'une maladie longue et douloureuse ne l'empêchèrent 
pas de diriger ses élèves jusqu'au moment même de sa 
mort.. Savant modeste autant que zélé, il avait su 
acquérir les connaissances les plus étendues en horti- 
culture et en arboriculture; il était de ceux bien rares 
certainement qui a une pratique consommée savent 
joindre la théorie la plus sure et la plus précise. Tous 
nos confrères n'ont pas oublié le manuel de jardinage 
qu'il publiait récemment (*) et beaucoup d'entre eux l'ont 
certainement entre lesmains. Eu récompense de seî 
nombreux services M. le Ministre de l'Intérieur l'avait 
proposé pour la croix du Mérite Agricole qui lui avait 
été décernée par M. le Ministre de l'Agriculture. 

Ses élèves avaient pour lui l'affection la plus grande 

et de longtemps n'oublieront pas le maître dévoué qui 

a consacré sa vie à plusieurs générations. La douleur 

de tous était sincère et l'émotion bien vive de M. le 

Directeur Javal adressant à M. Paul Rivière le suprême 

adieu était évidemment ressentie par tous au moment 

de la séparation. 

Ad. B. 

(•) Manuel de jardinage et d'agriculture k l'usage des institution» 
de sourds-muets et des écoles primaire!», Paris. 1888. 

L'imprinieur-Gérant, Eug. BELANGER rue sai»t-J jcques 115, Paris 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des ^Sourds-Muets 

6™e anii^e. N° 3 Juin 1890. 



GUIDE POUR L'ENSEIGNEMENT DE LA PAROLE 

AUX SOURDS-MUETS 
par le R.P. Constantin MATTIOLI 

des Ecoles Pies 
Professeur à l'Institut Royal Pendola de Sienne 

traduit de l'italien, avec l'autorisation de l'auteur, 



par O. Claveau 



INTRODUCTION 

Le jeune enfant qui a le malheur d'être, né sourd ou 
devenu tel dans le cours de ses premières années se 
trouve, par cela même qu'il n'entend aucun mot, dans 
l'impossibilité de reproduire ces mots et d'apprendre la 
parole. S'il ne parle pas, ce n'est poift qu'il n'ait rien 
à dire ou, en d'autres termes, qu'il n'ait point d'idées. 
C'est seulement par ce qu'il ne peut employer le 
moyen destiné à exprimer sa pensée, — moyen qu'il 
possède pourtant comme les entendants parlants, mais 
dont il ne saurait tirer parti à moins qu'un art chari- 
table ne vienne a son secours en lui enseignant la 
manière de faire passer en acte la puissance ou aptitude 
à parler qu'il a naturellement, c'est à dire en lui montrant 
à se servir de l'instrument de lu parole. 

L'organe qui sert à parler est sain et entier chez le 
sourd-muet comme chez l'entendant ; ses parties sont 
coordonnées entre elles et disposées pour émettre le 
son au moindre signe de la volonté, tout comme cela se 



— 51 — 

passe en nous. Ea effet le pauvre petit muet pleure, 
hurle, crie comme touv les autres enfants. Si, dans 
Quelques cas et chez certains sourds-mdets, l'organe 
vocal se trouve imparfait, ces cas sont très rares. Ou 
en rencontre de pareils chez les entendants. Mais il' ne 
faut pas croire que si l'enfant sourd-muet pleure et 
crie, il pourrait, aussi parler, car les pleurs et les cris 
dépendent entièrement de la nature et de l'instinct, 
tandis qu'il faut, pour donner naissance à la parole, tout 
à la fois l'intelligence et la mémoire et la volonté. Le 
petit enfant voit les autres personnes remuer les lèvres 
et converser entre elles ; il voudrait les imiter, mais il 
ne peut y arriver qu'autant qu'une main charitable 
l'amène à acquérir par le tact et pa&la vue ce qu'il n'est 
point capahle d'apprendre par le sens de l'ouïe dont il est 
privé, qu'autant qu'on luienseigne à se servir par artifice 
de ses organes vocaux, ne pouvant le faire naturellement. 
La surdité est la cause unique et plus que suffisante de 
la mutité. 

11 est vrai que- parfois l'on^ rencontre des enfants 
entendants qui ne parlent pas. Ceux-ciforment une Classe 
à part. On dit . qu'il sont atteints d'aphasie qu'il y a un 
manque \de relation entre les centres nerveux de 
l'organe de l'ouïe et celui de la parole. On ne doit pas 
les confondre avec les. sourds-muets proprement dits, 
encore bien qifonpuisse donner la parole par les mêmes 
procédés aux uns comme aux autres. 

De nos jours", grâce à Dieu, il ne reste presque plus 
trace des absurdes et inj listes prèvent ion s que le paganisme 
la barbarie et l'ignorance avaient accumulées sur cette 
classe d'infortunés ; mais il ne faudrait pas s'imaginer 
q le les sourds-muets en soient arrivés à recouvrer 
tous leurs droits et que la société «actuelle fasse pour 
eux tout ce qu'elle aurait à faire en vertu du devoir 
naturel, des liens de fraternité, des obligations que 
créent la Religion et la Charité. Les sourds-muets ne 
réclament pas seulement de nous le pain de la vie 
matérielle, ma,is encore le pain de l'intelligence si 



- 55 — ■ 

nécessaire et indispensable pour eux. Si nous ne pouvons 
leur rendre l'ouïe, cherchons à alléger le peids.de leur 
infortune en les dotant du flon précieux de la parole 
pour arriver par ce moyen à leur donner la nourriture 
de l'esprit et à les relevei\da leur déchéance. 



Les sourds-muets, par rapport au degré de leur 
infirmité, peuvent se diviser eu trois grandes catégories. 

On doit ranger dans la première catégorie les sourds- 
muets de naissance et encore ceux qui ont perdu l'ouïe 
dans le premier âge avant d'avoir commencé" à parler. 
Ceux-là sont iotalementsourds et n'ont aucune idée ni du 
son nide rien de ce qui concerne le langage articulé. Ce-sont 
des sourds-muets dans toute la force du terme, ceux 
que quelques personnes voudraient continuer à consi- 
dérer comme incapables de recevoir l'instruction par la 
parole vivante. Mais il n'y a I3 qu'un préjugé dépourvu 
de fondement, les sourds-muets dont-il s'agit n'ayant 
rien qui les distingue sous de rapport ou qui les place 
plus bas que leurs frèresd'infortune devenus absolument 
sourds et muets après avoir joui pendant quelque 
temps de l'usage de la .parole. Il n'est pas rare au 
contraire de trouver, dans cette catégorie -des sourds- 
muets de naissance, des enfants plus éveillés, plus 
intelligents, plus aptes à l'étude et à la parole que ceux 
qui appartiennent à d'autres catégories. On attribue 
d'ordinaire la surdité congénitale aux. mariages consan- 
guins, à l'atavisme, à des impressions fortes et pénibles 
r3ssenties durant la gestation, à d'autres causes encore 
assez mal définies ; mais -tout cela ne se fonde guère 
que sur des suppositions el jusqu'ici l'onn'arien constaté 
de certain. 

La deuxième classe comprend ceux qui, ayant perdu 
l'ouïe entre l'âge de 4 ans et celui de 7 ans ou même 
plus tard, ont profité pendant un temps plus ou moins 
loug dubienfaitde la parole. Bienqu'entièrementsourds, 



— 56 — 

ils se trouvent généralement dans des conditions plus 
favorables que ceux de la catégorie précédente, à raison 
du plus grand développemenl intellectuel et d'un certain 
bagage de mots qu'ils peuvent avoir conservés. Ce 
bagage est plus ou moins restreint et. en rapport avec 
l'époque de la vie à partir de laquelle la surdi-mutité s'est 
déclarée, en rapport aussi avec la nature du milieu 
dans lequel les enfants ont vécu. En tous cas, cependant, 
ceux-là même qui n'ont perdu l'ouïe qu'à l'âge de sept 
ou huit ans oublient peu à peu le langage qu'ils ont 
appiis et ne tardent pas à devenir de véritables muets, 
à moins qu'ils n'aient su lire et écrire auparavant et qu'ils 
n'appartiennent à des familles prenant d'eux un soin 
particulier. Tout au plus conservent-ils la mémoire et 
l'usage du petit nombre de mots qu'ils sont obligés de 
répéter fréquemment. Lorsqu'un enfant devient sourd à 
l'âge de cinq ou six ans et qu'il est négligé comme cela 
arrive presque toujours parmi les gens pauvres, il ne 
s'écoule guère plus d'u,n an avant que la surdité ne soit 
complète et que l'enfant ne finisse par en être réduit à 
l'état de ceux qui n'ont jamais parlé. 

A la troisième catégorie appartiennent tous ceux qui 
conservent un certain degré plus ou moins élevé 
d'audition. Ce peu d'ouïe, à peine suffisant d'abord pour 
faire entendi e des bruit très forts et des sifflements 
aigus, peut s'affiner par l'exercice jusqu'à faire distinguer 
les sons qu'articule une personne parlant à haute 
voix, mais il demeure impuissant à faire saisir nettement 
la parole, si ce n'est à très courte distance. Les sourds 
de cette catégorie, la plus nombreuse de toutes, sont 
placés, sous le rapport de l'articulation, dans une 
situation plus avantageuse que celle des sourds-muets 
totalement privés d'ouïe et généralement leur voix se 
montre, en proportion du degré d'audition, plus harmo- 
nieuse, avec un diapason plus élevé. Mais, en ce qui 
touche la lecture sur les lèvres, la connaissance à 
acquérir des formes et de l'usage du langage parlé, ils 
sont au même niveau que tous les autres et même, le 



— 37- — 

plus souvent, c'est parmi euxque l'on trouve les enfants 
les moins intelligents, les plus. dépourvus de mémoire. 

Les crétins ou idiots forment une classe à part. Il ne 
faut pas les confondre avec les sourds-muets doués de 
toutes les facultés intellectuelles, les seuls dont nous 
ayons dessein de parler ici. 



Que l'on puisse apprendre à parler à, tous les sourds- 
muets dont la vue et les organes vocaux ne présentent 
pas d'imperfections graves et qui sont en possession des 
facultés de l'intelligence, c'est ce que personne n'ose 
plus mettre en doute aujoud'hui, à l'exception de ceux 
qui parlent des sourds-muets sans les connaître ou qui 
ont intérêt à nier le fait. Celui qui en douterait encore 
et qui voudrait loyalement s'assurerde la vérité n'aurait 
qu'à se rendre dans une des institutions où la méthode 
orale est appliquée sérieusement et non pas seulement- 
de nom. Et si la voix des pauvres sourds-muets n'est 
pas toujours très claire ni très agréable, il ne faut pas 
en rejeter toute la faute sur l'imperfection de la natu- 
re. C'est souvent et pour une bonne partie l'insuffisance 
de l'art qu'on doit en accuser. Le bien fondé de .jïotre 
assertion est bien, démontré journellement par cela 
même que les institutions où les sourds-muets parlentle 
mieux sont celles où l'on met en pratique les meilleurs 
procédés, où l'on trouve les maîtres les plus habiles, les 
- plus expérimentés, les plus zélés. C'est là un fait qui, 
par lui seul, prouve àqui veut comprendre que non seu- 
lement les sourds-muets peuvent parler, mais qu'ils 
peuvent 6/e/i parlerjiourvu qu'ils aient la bonne fortune 
de rencontrer des cœurs généreux, des esprits éclairés 
qui veuillent se consacrer à leur éducation, avec les 
connaissances nécessaires. La raison confirme d'ailleurs 
ce que nous apprend l'expérience directe. 

A quelque catégorie qu'un sourd-muet appartienne, 
sesorganes, vocaux se trouvent .comme nous l'avons déjà 



— 5r— 

fait remarquer, dans los -conditions exactement sembla- 
bles à celles qui se rencontrent chez l'eniendantparlant 
Les cordes vocales, sous une simple impulsion de la vo- 
lonté, sont aptesà se contractrer, à entrer en vibration età 
émettre une onde sonore tout comme les cordés vocale 9 
des personnes non affligées. de surdi-mutité. Le petit 
sourd-mûe.t ne pouvant s'aider de l'orgauè de l'ouïe pour 
la perception et la reproduction des sons, doit réclamer 
le concoursdutactpourse rendre compte sur la personne* 
de son maître des vibrations qui engendrent cessons et 
pour les reproduire en lui-même et, quand il est bien 
guidé, il y parvient avec Une précision surprenante. 

En outre et indépendamment du sens externe ou dé 
relation , le sourd-muet a le sentiment des vibrations 
internes qui viënnentà se produire dans son organe vocal 
sentiment au moyen duquel il se rend compte des mou- 
vements àfairepour réaliser les mêmesphériomènes toutes 
es fois que cela est' nécessaire. Le retour fréquent de ces 
Sensations internes et intimes finitparcréer une mémoire 
musculaire qui sertau sourd-muet à exécuter avec une 
merveilleuse promptitude les mouvements d'où résultent 
jes sons et la parole et qui-finit,sousï*influénce d'exerci- 
ces répétés, par devenir une fonction instinctive ou 
mécanique. 

Quanta la parole proférée par un interlocuteur le 
sourd-muet parvient a la saisir parla.vue, ou, en d'autres 
termes, à la lire sur les lèvres d'autrui. Le tact et la vue 
suppléent donc en, grande-partie au manque de l'ouïe, de 
telle sorte que le pauvre infirme en arrive, lui aussi, à 
parler. 

( A suiore ) 



— 59 — 

L'abbé Louis -Toussaint DASSY 

1808-1888 



Nous avons déjà annoncé dans la Revue Française (') 
qu'un comité s'était formé à Marseille pour élever sur 
l'une des p'aces publiques de cette ville un monument 
à la mémoire du venen-.be abbèDassy, ancienDirecteur 
de l'Institution des sourds-muets de Marseille et fonda- 
teur de l'Institution des aveugles de.cette ville. 

Ce comité composé de notables sous la présidence de 
MonsieurEmile Arnaud président du tribunal de comme r- 
ce de Marseilles'estconstituéve'slafinde l'année dernière 
Le monument a été confié à Uartiste Falguière, Voici 
le plan: sur un piédestal de granit se dresse la statue, en 
beau marbre blanc do Carrare, de l'abbé Dassy. Assise, 
à ses pieds, une jeune aveugle lit, avec ses doigts, c(ans 
un livre écrit eu caractères Braille ;' tandis que, de 
l'autre côté un jeune sourd-muet, en tenue de collégien 
l'œil fixé sur l'abbé Dassy, qui lui parle, saisit la parole 
sur les lèvres.- 

Nul ne mérita mieux honneur qui lui est 1 fait. Né le'l" 
Novembre 1838, d'une famille honorable de Marseille 
Louis-Toussaint Dassy fit son éducation dans cette 
ville au pensionnat Cauvière, il s'agréa à la Congrégation 
des Oblats; envoyé ensuite àFribourg,.ilen. revint prêtre 
à 22 ans. Dès lors, il appliqua toute son activité à l'œuvre 
des missions 

Les recherches historiques qu'il entreprit au cours de 
ses voyages, les travaux qu'il publia sur cette matière, 
lui ouvrirent en 1858 les portes de l'Académiede Marseille 
dont il devint ensuite le Secrétaire-Perpétuel. Nommé 

(*) Revue Française 5 me "aun^e. N" 5 p. 123 



— 60 - 

correspondant du Ministère de l'Instruction Publique* 
nous avions le plaisir d'enregistrer dans la Revue 
Française sa nomination de Chevalier de la Légion 
d'Honneur le 1" Janvier 1880. 

Nos lecteurs connaissent l'œuvre de l'abbé Dassy et 
comment il prit en 1866 la succession de l'école de M- 
Gués à Marseille (*) Peu de temps avant sa mort le véné- 
rable abbé nous avait envoyé une notice sur la maison 
qu'il dirigeait dans la vieille cité Phocéenne. Mais les 
sourds-muets n'étaient pas les seuls malheureux que 
secourait la charité de notre vénéré confrère. Depuis 
1858 les aveugles de cette région avaient trouvé leur 
bienfaiteur qui fondait à cette époque l'Institut des 
aveugles de Marseille. 

Jusqu'à la fin, l'abbé Dassy consacra tous ses 
moments de sa vie â ses deux écoles : sourds-muets et 
aveugles, s'eftorçant d'améliorer les méthodes et le bien- 
être de ses enfants, il y fut aidé par un collaborateur 
distingué, mort aussi, et dont nous ne saurions oublier le 
nom, M. l'abbé Guéri», que les congressistes français de 
Milan se râpe lient tous, et dont la perte prématurée fut 
si sensible. 

A la fin d'Août 1888, l'abbé Dassy succombait presque 
subitement a Caûterets, âgé de près de 80 ans. Ses com- 
patriotes n'ont pas oublié, on l'a vu, les services qu'il a 
rendu à leur cité etperpétuent sa mémoire en conservant 
les traits de cet homme de bien. Noblesse oblige, sa suc- 
cession a été reprise par son neveu, M. l'abbé Léopold 
Dassy, qui continue à Marseille les traditions de son 
oncle vénéré. 

Ad. Bélanger 



(")< llevue Française, 4 me année. N° 4 p. 87 



- 61 — 

LA QUESTION DES EXTERNATS DE SOURDS-MUETS 

EN ALLEMAGNE 

(suite) 

Voir la Revue française d'Avril et Mai 1890 



Dans la discussion à laquelle a donné Lieu au Congrès de 
Cologne la proposition de M. Cuppers, le directeur de l'insti* 
tution de Neuwied, M. Barth a pris le premier la parole. 

La question de savoir si c'est l'internat ou l'externat 
qui constitue pour nos élèves le meilleur régime à 
adopter a été soulevée, il y a 70 ans déjà et dit-il a été 
vivement discutée en connexité avec cette autre question : 
Quel est le moyen principal d'étouffer- les signes et de favori- 
ser le développement du langage articulé, même en dehors 
du temps des classes ? On s'attendait alors à ce que l'externat 
produirait à ce point de vue quelque chose de tout à fait ex- 
traordinaire ; c'est pour cela qu'on donna la préférence à 
cette organisation, mats les faits n'ont pas répondu à l'attente. 
Nous sommes assez dégrisés aujourd'hui pour pouvoir ca- 
ractériser plus fermement qu'autrefois les désavantages de 
l'externat. Tous les inconvénients que M. le directeur Cuppers 
a signalés pour les trois premières années du cours d'instruc- 
tion peuvent être relevés à la charge du régime de l'externat 
en général. Je demande qui est-ce qui prend nos enfants en 
pension. Ge ne sont pas, à coup sûr, nos bourgeois aisés. Le 
dernier appel que j'ai adressé à cette fin aux bourgeois de 
Neuwied est demeuré sans résultat. Aucun ouvrier ne s'est 
présenté. Ailleurs aussi les mêmes conditions se retrouvent. 
Dis lors pour recruter les gardiens, il faut descendis jusque 
dans les plus basses classes du peuple. Ces personnes-là sont- 
elles aptes à élever 1p,s sourds-muets ? non, pas même à em- 
pêcher nos élèves de faire des signes. Il n'y a pas de langage 
qui soit si vite, adopté que le langage des signes et il y a mê- 
me des gens qui prennent plaisir à en faire usage. Toutes les 



— 02 - 

circonstances dont on s'ost prévalu en ce qui concerne les 
trois prejnières années, je les relève pour toule la durée de 
l'externat, quand même il se pourrait faire que l'on trouvât 
des bourgeois disposés ù recevoir les enfants. A propos des 
éclaircissements que nous adonné, notre collègue Cùpperssur 
les soins physiques spôciaux]que réclameutlesenfantsinnïnies," 
je voudrais que l'on me dise à quelle époque ces infirmités 
disparaissent. Est-ce la troisième année d'études qui déter- 
mine cette limite ? Je me félicite de pouvoir annoncer ici que, 
dans noire institution deNeuwied, on a établi récemment un 
internat pour 20 jeunes filles, dirigé par des diaconesses. Eu 
égard aux conditions dans lesquelles nous nous trouvons à 
Xeuwied, je suis bien d'avis qu'une organisation pareille soit 
dite aussi pour les garçons. 

Cuppers (de Trèo-is). Il ms semble que notre collègue a u n 
peu déplacé la question. En ce qui concerne le recrutement 
des gardiens, les conditions sont sans doute très fâcheuses 
à Neuwied. En général, par exemple à Bruni, à Trêves, 
on a toujours trouvé à choisir parmi un nombre suffisant de. 
gardiens offrant des garanties convenables pour l'éducation 
et les soins matériels à donner aux enfants. Sans doute, les 
conditions que l'on rencontre ne répondent pas toujours à 
tout ce qu'on pourrait demander,mais il me serait impossible 
de renoncer aux autres raisons que j'ai développées en faveur 
de. l'internat pour les élèves des classes supérieures, quelque 
désir que j'aie de voir établir le régime de l'internat pour les 
élèves d<*s classes inférieures. 

Le Président. Je ne puis que confirmer en ce qui concerne 
Cologne ce qu'a dit de Briihl et de Trêves notre collègue 
Ciippers. Ici nous pouvons dire que, nos gardiens nous donnent 
pleine et entière satisfaction. 

Bergmann (de B.-eslau). Nous avons expérimenté avec le 
plus heureux succès l'association de l'internat avec l'externat. 
Xous conservons les enfants pendant une ou deux années 
dans l'établissement avant do les remettre aux mains des 
gardiens et nous avons trouvé que cette organisation remplis- 
sait -complètement son but. Nous avons cherché à ce que les 
élèves trouvent chez les gardiens des conditions analogues à 
celles du milieu d'où ils viennent mais généralement d'un 
niveau un peu plus élevé. Cette combinaison nous a donné 
précisément les meilleurs résultats. Nous nous sommes trouvés 
en outre dans la situation favorable de pouvoir conserver dans 



~ 63 - 

l'établissement 1rs enfants souffrants. Nous avons assujetti 
à une discipline spéciale les enfants difficiles à éduquer, les 
personnes étrangères comme nous le sommes à la famille 
même des enfants ne. pouvant faire us:ige de punitions bien 
sévères. Nous avons eu toujours a notre disposition un choix 
suffisant de gardiens. 

L'organisation est encore de date rèconte et ce n'est que 
depuis sept ans qu'il s'est formé une population de gardiens 
qui nous est fidèle. Je ne puis qu'appuyer en tout les vues de 
l'auteur de la proposition. Quant à confier à des religieuses le 
service de l'internat, c'esl pour nous un projet qui reste en 
l'air, attendu que nos établissements sont ouverts aux enfants 
de toute confession religieuse. Il faudrait changer cette orga- 
nisation, ce qui rendrait évidemment l'administration difficile. 
Graf(de Vienne. — Obsr Bobling). Il n'y a eu jusqu'ici en 
Autriche qu'un essai isolé de c n genre, il faudrait encore 
èelaircir la question de savoir si l'on confie à une famille 
de gardiens un ou plusieurs enfants. Dans ce dernier cas 
l'externat devient une sorte de petit internat. Je sollicite 
une explication à ce sujet. 

dïppers (de Trêves). L'usage qui prédomine chez nous est 
d'isoler le moins possible les sourds-muets et de les placer 
dans les familles deux par deux, trois par trois, quelquefois 
en plus grand nombre. 

Le Président. On demande que les propositions soient 
discutées isolément l'une après l'autre. Je prie l'assemblée de* 
se conformer à cette demande. 

Bi'icss {ds Lingenho>*st) demande que l'on ajoute a la 

première proposition les mots: et aussi après les trois premières 

années du cours d'instruction pour tous les élèves .qui ont 

besoin d'une surveillance spéciale au point de vue des soins 

■physiques, de l'éducation et du langage. 

Holleniceger {de Marienburg). On a omis de faire 
connaître 1<* raison pour laquelle on juge bon de fixer 
la limite de. 3 ans. A mon sens il suffirait d'établir le régime 
de l'internat pour les deux premières années. Je propose de 
dire: en règle générale, pour les deux premières années du 
cours d'instruction. 

Firth {d-j Brfiht). Les motifs qui font désirer que l'on con- 
serve les enfants dans l'internat pendant les trois premières 
années subsistent pendant la quatrième année. Je repousse le 
3 e paragraphe de la I e proposition, car ce point s'appliquera 



- 61 — 

à toute la durée du cours d'instruction et je propose de 
mettre : les élèves qui ont besoin de soins spéciaux sous le 
rapport physique et sous le rapport d'éducation sont conservée 
plui longtemps dans V internât . 

Willareth (de Gerlachsheim). Il convient de préciser quoi 
doit être le nombre des élèves dans un internat. Je voudrais 
voir émettre le vœu qu'on n'établisse pas d'internats et d'exter- 
nats aussi nombreux qu'on le fait et que l'on détermine un 
nombre modéré d'élèves dans les limites duquel il est possible 
de s'opposer au développement "du langage des signes. 

Kœbrich (di Weissenfels) . Je dois considérer comme la 
meilleure organisation à adopter celle qu'a indiquée Cuppers, 
seulement je ne voudrais pas voir exclure en principe de 
l'internat les élèves des classes supérieures. Je désirerais que 
les élèves sortant des deux dernières classes fussent envoyés à 
l'internat pour venir en aide aux personnes qui sont chargées 
de la direction de cet internat. On peut très bien concevoir 
que les élèves les plus agis concourent à la surveillance, ce 
qui sera un excitant pour les jeunes enfants. Je voudrais 
donc qu'on fît entrer à l'internat, en nombre limité, les élèves 
les plus âgés, non pas seulement ceux qui auraient besoin 
d'amélioration. 

Le Président fait remarquer qu'on a exprimé le vcôiide "voir 
préciser le nombre d'élèves que l'on devra admettre dans un 
internat. 

Engelke(de Sehleswig). Les- internats qu'on établira doivent 
être d'une importance aussi réduite que possible. Chez nous, 
on a compté aussi sur deux ans. Cela n'est pas arbitraire. A 
ceci se rattache immédiatement la question de savoir quel 
est le nombre d'élèves qui fréquentent l'institution. Si un 
établissement adm^t annuellement 10 élèves, la population 
de l'internat se composerait de 30 élèves. Dans les conditions 
où sa trouve mon institution, j'aurais à établir un internat 
de 40 élèves. Je désire mettre bien en évidence les avantages 
de l'internat, mais je ne voudrais pas non plusfermer les yeux 
sur les grands inconvénients qu'il peut avoir. Mon plan 
était de faire passer 'à l'internat au bout de deux ans même 
les élèves faibles ; mais pour ceux-ci on a trouvé moins aisé- 
ment des gardiens que pour les autres. Je tiens à faire 
remarquer que, dans une semblable organisation, il faut 
penser aux suites et ne pas établir un internat à proportions 
trop petites. 



— 65 — 

Hemmes {di Bensheim). Je désirerais vivement voir Ajouter 
les mots: " en règle générale ". Tout chef d'internat est 
exposé ,â bien des difficultés dé la part de parents anxieux 
qui viennent dire : " nous avons pleine confiance en vous, 
mais nous ne savons pas ce que sont les gens chez lesquels 
notre enfant va être mis en pension. " D'autres, spécialement 
les gens distigués, s'effraient de l'idée d'un internat par ce 
qu'ils ne veulent pas que leurs enfants soient traités sons tous les 
rapports comme les enfants pauvres. Lorsque les parents son 1 
en état et en disposition de payer un prix de pension élevé, 
on trouve toujours des gardions. Pour laisser aux enfants de 
celte catégorie la possibilité de faire» leur éducation sous le 
régime de l'internat, l'addition que je propose est nécessaire. 

Henning, Conseiller provincial de l'instruction publique. La 
considération dudéveloppementâ assurera laparoleestdécisive 
en faveur de l'internat pour les trois premiêresannées.L'addition 
des mots: "en régis générale "veut dire : on pourra conserver 
les élèves dans l'internat pendant les années qui suivront les 
trois premières, de même qu'on pourra laisser des enfants ( au 
régime de l'externat pendant ce? trois premières années. 

A la suite de cette discussion, la majorité adopte la rédaction 
suivante* Il y a lieu de recommander en règle générale 
le rêgima de l'internat pour les trois premières 
années, du cours d'instruction 

Le Congrès écarte la proposition de fixer le nombre d'élèves 
que devra admettre l'internat, 

(.4 suiore) 



Traduit de l'allemand par 
O. Claveau 



— 66 — 

SOCIÉTÉ CENTRALE D'ÉDUCATION. & D'ASSISTANCE 



Pour les Sourds-Muets en France 

COMPTE RENDU DE LA. SITUATION 
CLOTURE DE L'EXERCICE 1883- 



14, Mai 1890 
MESSIEURS 

Dans notre dernière réunion, j'ai pris rengagement de 
tous faire un rapport sur la situation générale de notre 
société. 

Il est utile, en effet, de jeter de temps en temps un re- 
gard enarrière pour récapituler ce qui a été fait, etmieux 
se rendre compte de la direction dans laquelle nous de- 
vons porter nos efforts. Une société qui ne cherche pas à 
mieux faire, et qui se complaît dans son œuvre quotidien- 
ne périclite et finit par périr d'inertie. Elle ne captive 
pluslintérêtetnetrouveplusdenouveauxadhé -entspour 
combler ses vides. J'ai souvent redouté ce danger pour 
notre société et plus d'une fois nous avons cherché en- 
semble les moyens d'y remédier. Sinousn'âvonspas tou- 
jours réussi, c'est que le succès ne dépendait pas de nos 
seuls efforts. 

Nous avons pu jusqu'à présent soulagerles besoins les 
plus .urgents, consacrer des sommes relativement impor- 
tantes à l'éducation des jeunes sourdes-muettes, et, en 
capitalisant les dons qui nous étaient faits réaliser une 
petite fortune qui dépasse 75,000 fr. 

M. le Trésorier a fait ] e relevé des recettes et des dépen- 
sesdesdixdernièresannéesetnous constatons que depuis 
1879 notre Société a reçu 108,543 fr. 83 c. Sur ce chiffre 
91,594 fr. 20 cent, ont été distribués en secours sous les 
formes les plus diverses,, et 16,158 francs qui prove- 
naient de dons ont è{ê capitalisés et ont été placés en 



— 67 — 

obligations de chemius de fer ou du Crédit foncier. Ce 
chiflre sera encore augmenté d'une somme de 1,000 
francs quand nous aurons touché le legs Berthier. 

Le tableau des recettes et des dépenses ci-après vous 
donne le mouvement de notre caisse pendant les dix 
dernières années. 



Années 


Recettes 


Dépenses 


1879 


5,639 f. 


30 


6,014 f. 35 


1880 


19,276 


65 


12,933 87 


1881 


13,257 


40 


16,014 80 


1882 


10,569 


85 


12,514 J22 


1883 


8,864 


05 


9,795 30 


1884 


7,177 


58 


7,265 32 


1885 


9,015 


40 


11,261 70 


1886 


8,516 


85 


7,140 » 


1887 


8,249 


20 


10,415 59 


1888 


9,676 


65 


6,957 15 


1889 


8,290 


90 


7,339" 90 




108,643 f. 


83 


107,652 f. 20 



La nature des recettes et des dépenses étant à peu près 
la même chaque année, je me bornerai à vous rendre 
compte de notre budget de 1889. 

Les recettes proviennent : 

1° Du produit de la loterie 

2° De la subvention du dépar* de la Seine. 
3° De la subvention de la ville de Paris . 
4° Du produit des souscriptions . . . 

5° D'un don de 

6° D'une restitution d'un anonyme. . .. 
7° De l'intérêt de nos rentes ou obligations 
8° Contribution des parents aux pensions . 



1,630 f 


» 


2,000 


» 


700 


» 


485 


» 


50 


» 


100 


» 


2,590 


99 


744 


» 



Total. 



8,290 90 



— 68 - 



Nous avons dépensé en 1889 savoir : 

1° Pour secours de nourriture 
2° Pour secours de loyer . 

Pour frais d'instruction . 

Pour frais de bureau. . 

Pour frais de médicaments 
6° Pour secours en outils . 
1" Pour secours en argent. 

Total 



3° 

4° 

5° 



919 f. 


15. 


764 


> 


5,064 


50 


403 


45 


24 


80 


5 


» 


129 


» 



7,339 f. 90 



M leTrésoriervousafait connaître que nous avions encais- 

seàlaclôturederexeroicel888unreliquatde 6,628 f. 95 

Les recettes de 1889 ayant été de . - 8,270 90 



Cela faisait un total de. 
Il a été dépensé en 1889. 



Nous avons donc tin reliquat ou réserve 
disponible de. 



14,919 f. 86 
7,339 90 

7 579 f. 95 



Je vous ai déjà indiqué que la petite fortune de notre 
Société s'élevait à 75.536 fr. 75 cent, 

Les fonctions de trésorier d'une œuvre de bienfaisance 
sont toujours laborieuses et ingrates. Elles exigent l'en- 
registrement minutieux de recettes et de dépenses 
toujours minimes qui entraîne un travail de chaque 
jour. Elles sont ingrates parce que plus qu'un autre le 
trésorier est appelé à constater combien les recettes 
sont disproportionnées aux besoins et aux misères qui 
font appel à notre charité. 

M. Coldefy a rempli ses fonctions avec un dévoue- 
ment auquel je me plais à rendre justice, et pour 
leqUel je vous demande de chaleureux remerciements. 
Lorsqu'il a été éloigné de l'Institution par sa mise à 
la retraite, so*n séjour prolongé à, la campagne ne 
lui a pas permis de s'occuper chaque jour de nos 
affaires ; M. Bocquin, que vous lui avez donné 
comme adjoint, l'a suppléé avec une exactitude don* 



— 6î> - 

nous lui devons être reconnaissants. L'administration de 
notre caisse et de notre fonds social ne laisse donc 
rien à désirer. 

Je n'oserais pas en dire autant de l'administration 
générale de notre œuvre qui incombe plus particuliè- 
rement à votre secrétaire général. 

Elle doit avoir pour but de développer incessam- 
ment les ressources de notre œuvre. 

Donner à notre association de nouveaux adhérents 
n'est pas, vous le savez, chose facile. Certainement, 
l'élan charitable avec lequel on cherche à soulager 
toutes les misères sera l'honneur de notre pays et 
de notre époque, mais c'est précisément parce que 
les œuvres se sont multipliées à l'infini, que chacun 
est absorbé par celle qui a eu le privilège de 
l'intéresser plus particulièrement. 

Cette tâche qui ne peut être celle d"un seul d'entre 
nous devient plus facile avec le concours de tous les 
membres du conseil : je fais appel à leur dévouement. 
Nos statuts admettent â faire partie de notre œuvre des 
souscriptions aussi minimes qu'on voudra. Si vous vouliez 
faire appel aux bourses les plus modestes en ieurdeman- 
dant la plus petite obole avec l'engagement de 
trouver à leur, tour une souscription semblable, nous 
réaliserions notre boule de neige ; nous aurions 
l'orgueil de publier de longues listes de souscrip- 
teurs; notre caisse se remplirait de menue monnaie, 
mais notre œuvre serait prospère et la fortune 
s'ourit toujours aux heureux. 

Nous organisons tous les deux ans une loterie, 
mais nous manquons de la clientèle à laquelle nous 
puissions dire : « Votre œuvre fait appel à votre 
concours, prenez un billet. » 

Les fêtes de charité (concert ou bals) ne nous sont 
plus possibles comme autrefois, parce que les frais 
d'organisation sont trop considérables et les billets 
trop chers. 

Si nous avions le concours d'un plus grand nom 



— 70 — 

bre de dames, peut être pourriops nous organiser 
une vente de laquelle seraient exclus les verres de 
Champagne et les bouquets de fleurs, l'effroi des 
invités, mais dans laquelle ne figureraient que des 
objets usuels, pratiques et d'un usage journalier. 

La publicité est aujourd'hui plus nécessaire que 
jamais à- toutes les entreprises, même celles de la 
charité. Autrefois alors que les sourds-muets capti- 
vaient davantage la. curiosité publique, le compte 
rendu de quelques séances solennelles, suivi de la 
liste des membres de l'œuvré, formait une brochure 
qui était imprimée chaque année et tirée à un 
grand nombre d'exemplaires. Nous avons continué 
pendant longtemps ces traditions, mais l'augmentation 
toujours croissante de nos archives vous ayant 
prouvé que ces dépenses n'étaient plus fructueuses 
vous avez dû y renoncer. 

Peut-être' serait il- utile de revenir à une 
publicité plus restreinte, celle d'une simple feuille? 
Je pose encore cette question -au Conseil en lui 
demandant d'en délibérer et d'y répondre. 

L'administration du budget des dépenses n'est pas 
moins difficile "que celle de nos recettes. 

Donner le nécessaire à- celui qui- en est dépourvu, 
trouver du travail à l'ouvrier, être généreux pour 
les bons et parcimonieux pour les paresseux, se- 
courir tous les enfants que les parents sont* im- 
puissants à faire élever, tel est le programme que 
vous vous êtes tracé mais dont l'exécution est pleine 
de difficultés. 

I^e nombre des sourds-muets auxquels nous donnons- 
des secours est toujours considérable, il n'est pas 
moindre de 70 ménages à chaque distribution. 

Nos patronnés viennent taus affirmer leur chômage 
et leur misère, mais le contrôle est difficile. Pour 
procurer le travail, il faut connaître les besoins 
des ateliers. Les quelques lettres que j'écris chaque 
mois pour recommander des ouvriers sans travail 



- 71 — 

sont portées le plus sovent a des chefs d'ateliers 
dont le personnel est' au complet. 

Nous ne pouvons que recommander nos vieillards aux 
bureaux de bienfaisance et à l'assistance publique, et la 
modicité de nos ressources nous oblige à ajourner l'admis - 
sion à Bourg-la-Reine déjeunes sourdes-muettesjusqu'à 
ce que le départ d'une de nos patronnées nous permette 
de placer sur une autre tête les sommes devenues dispo- 
nibles. 

Nous continuons à payer à Larnay la pension de notre 
patronnée sourde-muette aveugle Marthe Obrecht .Elle 
est de 500 francs. Cette jeutfe fille mérite toujours votre 
plus bienveillant intérêt. 

Nous avons en ce moment, au couvent d« Bourg-la. 
Reine, 22 jeunes filles ou adultes occupées à l'ouvroir 
pour lesquelles nous dépensons au moins 4.500 francs 
Comme vous Je voyez, les frais . d'éducation absorbent 
chaque année les deux tier3de nos ressources. Nous, ne 
devons pas le regretter. Le couvent des religieuses du 
Calvaire, à Bourg-la-Roine, ne mérite que dos éloges 
les enfants sont l'Objet des soins les-plus attentifs; aussi le 
résultatsobtenus pourle développement du langage, l'é- 
tude de lalanguefi'ançaiseetl'instructiohprofessiohnelle 
sont-ils très remarquables, et aussi satisfaisants qn'on 
puisse.les obtenir dansles établissements les mieux dotés. 

Votre sollicitude pourvospatronné's s'est toujours effor 
cée de rendrov.os secours efficaces ; c'est en m'inspirans 
de vos généreuses intentions que j'ai demandé l'année 
dernière, au Conseil municipal de Paris, la création d'un 
bureau de charité^our les sourds-muets. Institution nou- 
velle qui aurait été à la fois un bureau de placement, tin 
bureau pour les secours médicaux et alimentaires, et 
enfin un asile momentané pour ceux qui seraient 
privés de toute ressource. 

Le projet que j'ai soumis au Conseil municipal a 
été accueilli avec bienveillance, mais le vote des 
fonds nécessaires ayant été ajourné, il y aura lieu 



— 72 — 

de recommencer les démarches que nous avons laite 
et peut-être serons-nous plus heureux. 

Je crois, Messieurs, vous avoir fait connaître aussi 
rapidement que possible la situation de notre Société, 
et les desiderata qu'elle présente ; je serai heureux 
de trouver dans vos inspirations de nouvelles occa- 
sions de faire du bien à tant de malheureux auxquels 
je consacrerai toujours ce qui me restera de force 
et de dévouement. 

D r Ladreit de Lacharrière, 



REVUE DES JOURNAUX ETRANGERS 



1 . Organ der Taubstummen- Antalten. Dans les N°* 
2 et 3 M. Kull (Zurich) donne la suite de son excellent 
article sur " l'école primaire et l'école de sourds-muets 
que j'ai déjà mentionné au N° 12 de la Revue. 
, Au numéro du mois de Décembre sous le pseudonyme 
de Suleimann, il ayait été publié un articlesous le titre: 
,;les réformes les plus récentes de l'Autriche, " article 
qui nous fournit des détails intéressants sur la nouvelle 
organisation de l'enseignement des Sourds-Muets dans 
ce pays, organisation qui ne répond guère au vrai 
besoin de ce* institutions selon Suleimann. M. le 
directeur Fi nk, Wîen (Vienne) réplique à cet article 
au N° 2 de l'Organ sous le titre : 4t Aux réformes les plus 
récentes de Suleimann. " Il proteste énergiquement 
contre l'assertion de ce^dernier que l'Autriche forme 
théoriquement et pratiquement en FO heures ses maîtres 
de sourds-muets et que les spécialistes autrichiens n'ont 
pas le courage de dire ouvertement qu'un pareil 
procédé resterait infructueux. Le directeur Fink dit, 
qu'il est vrai qu'aucun maître des sourds-muets autri- 



- -73 — 

chien n'a eu le courage de dire au ministre dans une 
forme aussi peu convenable que celle citée par Sulei- 
mann : „ Excellence, cela ne vaut rien, " mais que tous 
avaient dit sans se gêner, ce qui est nécessaire pour le 
bien de leurs élèves. 

C. Renz publie dans le même numéro un compfe-rendu 
de la Revue Française et internationale. 

Le numéro 3 contient le commencement d'un travail 
par M. Kerner : „ le nombre et le premier enseignement 
du calcul au point de vue physio-psychologique démon- 
tré théoriquement etpratiquementparégardaux sourds- 
muets. L'auteur a déjà publié la partie théorique dans 
l'Organ de l'année 1886 et 1887. Par cet article il com- 
mence la publication de la partie pratique 

M. Heidsiek, bien connu par son ouvrage : le Sourd- 
Muet, et son langage ( Der Taubstumme ùnd Seine- Spra- 
che ), qui a produit une si grande émotion -parmi les 
maîtres des sourds-muets en Allemagne, ouvre sous le 
titre : " A mon cher et vieil ami Tobie ", une polémique 
fort vive contre un article publié par- M. Walthei* dans 
leNM des Blaetter. 



Blaetter fur Taubstummenb/ildung. M. Nordmann 
Bronberg publie dans les N t,8 .3 et 4 un article intéressant 
sur la langue écrite et la langue parlée, qui mérite bien 
d'être étudié. 11 met en lumière! la différence entre les 
deux et conclut que la langue parlée ou Ja langue de 
conversation doit être celle du sourd-muet. 

M. Walther polémique contre M. Heidsiek dans un, 
article intitulé : la guerre fraticide ( DerBruderkrieg ) 
à propos d'un article publié par la *' schlesische Schul- 
zeituug ", qui prend parti pour M. Heidsiek. Quoique 
l'Organ soit du même avis que les Blaetter concernant le 
point de vue de M. Heidsiek, M. Vatter, le rédacteur en 
chef de l'Organ, a cru Caire acte de justice en mettant la 
publicité de son journal au sei'vice de M. Heidsiek qui 



— 74 — 

répond à M. Walther par l'article déjà cité : " A mon 
cher et vieil ami Tobie '" 

M, Werner traite aux N 0s 5 et 6 une question impor- 
tante sous le titre : programme général pour l'enseigne, 
ment des sourds-muets (Allgemeine Bestimmungen fur 
das Taubstummen-Bildungs-wersen.) 

M. Marguardt ( Hildesheim ) publie la biographie d'un 
maître de sourds-muets de grand mérite, du '• père 
Krack " ancien professeur à l'institution de Hiklèsffëim 
Le père Krack f né le 26 Octobre 1811 etmortle25 Janvier 
de cette année, était le vrai modèle du maître maître de 
sourds-muets, aimé de tout le monde à cause de soii 
savoir pratique, de sa modestie et de sa sincérité. 

M. Fr. Hilger, connu par ses petits livres d'arithméti- 
que pour les sourds-muets, traite dans les numéros 5 et 
6 sous le tître «i " de la pratique pour la pratique ", les 
nombres de 1 à 20 C'est une leçon bien pratique qu'il 
donne, 

Au N° T*M. Heinrichs ( Brùlh ) commence un traité 
sur les travaux manuels. Il fait ressortir d'une manière 
claire et nette la grande importance (Je cette branche, 
d'enseignement pour les institutions des sourds-muetg 
citant le dire des RoTbert Seidel, des Jules Ferry, des 
Schenkendorff-Gœrlitz etd'autreshommes remarquables. 

M. Franke publie une intéressante statisque sur les 
infirmas dans le royaume de Prusse." Le nombre des 
sourds-muets y était en 1880 de 27,791. 

C. Renz-Stuttgart. 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Société pour l'instruction et la protection dee sourds- 
muets. — La Société pour l'enseignemenj; simultané des 
Sourds-muets et des Entendants parlants a tenu le 11 
Mai, sous la présidence de M. le sénateur Journault, sa 



— 75 — 

22 e assemblée générale publique, d, ans un des grand 
amphithéâtres de la Sorbonne. Le compte-rendu fait par 
l'un des vices-présidents. M. Emile Gitfsselin, a princi- 
palement porté sur l'organisation, à l'Exposition univer- 
selle de i889 d'une classe destinéeàmontrerlesprocédés 
et les résultats de la méthode phonomimique d'Augustin 
Grosselin appliquée aux sourds-muets élèves des écoles 
enfantines ou primaires II a rappelé que les exercices 
faits en présence des visiteurs avaient été oraux et écrit 
et avaient montré à quel point cette" instruction donnée 
au* sourds-muets au milieu des entendants développe 
chez eux la parole et la lecture labiale. 

Des exercices d'application ont été faits par divers 
élèves sourds-muets, d'écoles de Paris et la séance s'est 
terminée par la distribution de récompenses honorifi- 
ques. Mentions honorables, médailles de vermeil d'argent 
et dé bronze aux instituteurs et aux institutrices qui 
concourent à l'œuvre de la Société. 



NECROLOGIE. — Madame V e Léon Boyer, née 
Peyson. — « Nous avons le regret d'apprendre la mort 
de Madame V ïe Léon Boyer, née Peyson, décédée a 
Montpellier le il Mai à l'âge de 75 ans. Il y a quelques se- 
maines, Madame Boyeradressaitencore à M. ïh.Denisdes 
notes intéressantes pour la notice biographique consa- 
crée à son frère Frédéric Peyson. » 



M. Paul Rivière. Nous lisons dans le républicain 
Orléanais : 

Boiscommun . — Mort de M. Paul Rioière. — Un de 
nos compatriotes, aussi méritant que modeste, M. Paul 
Riviérs, professeur de jardinage à l'institution natio- 
nale des sourds-muets, vient de mourir, à Paris à peine. 
Agé de 48 ans. 

Ses obsèques -ont été célébrées à la chapelle de 



l'institution, en présence des élèves du personnel et dô 
M. le Directeur Javal. qui en termes empreints d'une 
émotion partagée par l'aasistance, a fait l'éloge du 
regretté maître. 

L'inhumation a eu lieu à Bolscomrnun, dont la munici- 
palité et les hahitants se sont fait un devoir d'accompa- 
gner leur compatriote au champ de repos. 

Né le 24 Janvier 1842 àMontbarrois. près Boiscommuu 
Paul Rivière entra le 2 août 1870commesimplejardinier, 
à l'institution nationale des sourds-muets de Paris, et 
là, malgré de très sommaires études, arriva, à force de 
travail et d'éuevgique volonté, à conquérir le poste 
envié de professeur de jardinage, où il fitpreuve de solides 
qualités et de connaissances consommées en horticulture 
et arboriculture, qui le firent admettre au rang des 
membres de la Société d'horticulture de France et le 
signalèrent à l'attention de M. le ministre de l'agriculture 
qui lui décerna la eroix de Chevalier de l'ordre du 
mérite agrioole. 

En 1888, il publia un remarquable manuel de jardinage 
et d'agriculture, à l'usage des écoles primaires et plus 
spécialement des institutions de sourds-muets, donnant 
ainsi la démonstration que la pratique ne lui était pas 
Se ula familière et qu'il savait encore la professer excel- 
lemment en théorie. 

Très aimé de ses élèves et sympathique à tous ses 
collègues, son distingué directeur le tenait en particu- 
lière estime, et l'on peut dire que sa mort cause à 
'institution des regrets unanimes et est pour elle une 
perte sensible 

Son frère, Gérasime Rivière, tombait à 20 ans, à 
Champignyv décoré de la médaille militaire sur le champ 
de bataille. 

Tous deux, ils ont honoré leurpatrie et leur pays re- 
connaissant honore leurmémoire et gardera d'eux un 
pieux souvenir. » 



. «mfnmeweéMBt, Eug, BELANGER rue saint-Jacquei nj/ P»"» 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muets 

6">« année. N« 4 Juillet 1890. 



ALLOCUTION 

Adressée à Mgr. BEGEL Évêque de Vannes 



Nos confrères qui assistaient au dernier congrès de 
Paris (1*35), n'ont pas oublié M. l'abbé Bouchet dont l'ac- 
tivité si grande encore contrastait singulièrement avec 
l'âge de notre excellent confrère. Toujours sur la 
brèche, le vaillant aumônier de la Chartreuse , d'Auray, 
le doyen certainement de nos professeurs de sourds-muets 
français, nous adresse la dernière allocution qu'il vient 
de prononcer dans une cérémonie religieuse de son ins- 
titution. Nous sommes heureux de pouvoir offrir à nos 
lecteurs ce petit discours pédagogique intéressant à 
plus d'un titre. 

Ad. B. 

Après souhaité la bienvenue à Vévêque M. l'abbé 
Bouchet s'est exprimé ainsi : 

Monseigneur, je voudrais, comme les années précé- 
dentes, vous exposer une thèse plus ou moins technique 
sur notre enseignement spécial. Hélas! je ne le puis; 
actuellement ma force n'est que faiblesse, ce n'est qu'une 
ardeur qui s'éteint. 

Toutefois, recueillant mes souvenirs de plus de 50 
ans, j'espère vous intéresser encore, en signalant les 
phases principales par lesquelles a passé notre ensei- 
gnement spécial. 

La première phase c'est l'enseignement par la méthode 
des signes et de l'écriture, signes et écriture, furent les 
deux leviers qui étaient entre nos mains pour soulever 



— 78 — 

cette lourde masse que la surdi-mutité oppose à nos 
efforts. 

La seconde phase. — Phase de transition. — Consis- 
tait à surajouter aux signes et a l'écriture la parole 
artificielle à laquelle on n'attachait qu'un intérêt secon- 
daire ; tous les élèves n'étaient pas admis au cours 
d'articulation. J'ajoute : en général les progrès n'étaient 
pas merveilleux. 

La troisième phase, qui, celle-là est radicale, consis- 
te à substituer la parole aux signes tout en gardant l'é- 
criture comme signes graphiques de la parole, et ne 
venant qu'après la parole. Dans cette méthode on a 
toujours soin de rejeter impitoyablement tout espèce 
de signes conventionnels, et même on n'Use que sobre- 
ment et avec une très grande réserve des signes natu- 
rels. Nous nous bornons à la parole pure et simple, 
aussi, cette troisième méthode d'enseignement est-elle 
ustement appelée : Méthode orale pure 
J'ai ici la matière de trois gros volumes. 
Mais ne craignez rien, Monseigneur, je saurai me 
restreindre tout en visant à è!re clair, malgré ma 
grande concision. 

Je serai sobre de dates, ce n'est pas une histoire, 
c'est un court aperçu qne je veux vous donner. 
J'entre dans la première phase. 

Un peu après 1833, je quittai ma paroisse, j'entrai, 
avec la permission de mon évoque, bien entendu, dans 
l'école des sourds-muets, fondée par le P. Laveau, 
homme d'une rare valeur, principalement pour la ques- 
tion des sourds-muets. 

Or, notre système d'enseignement avait pour base 
les signes et l'écriture. 
Quant au choix, des signes on était loin de s'entendre. 
Une ardente polémique s'éleva entre les directeurs 
des divers ses institutions. Quelques uns, en assez grand 
nombre, rejetaient systématiquement ce que nous 
appelons signes méthodiques, ils abhorraient le système 
qui consiste à avoir un signe pour chaque mot, qu'un 



— 79 — 

et toujours le même pour le même mot. Autant de mots 
autant de signes, si ce n'est lorsqu'un même mot ex- 
prime des sens tellement différents qu'ils sont opposés. 
Dans ces cas, il faut Bien avoir plusieurs signes pour 
un mot sous peine de faire d'horribles contresens. 

Mais ce ne sont là que des exceptions assez rares. 

La langue des signes était alors une vraie Babel ; 
( J'ai été à même de le constater de visu et de auditu 
à Lille, Paris, Lyon, Orléans et ailleurs,) Voyant cette 
déplorab e confusion, et désirant établir une certaine 
uniformité, au moins dans les établissements dirigés 
par nos religieuses, je fus saisi d'un beau zèle et me 
mis résolument à poursuivre, un travail commencé il y 
a plus de 25 ans. 

J'eus recours à la science pratique des sœurs de notre 
école. Je les réunissais souvent. Elles et moi nous avons 
conduit à heureuse fin la composition d'un travail 
énorme, un dictionnaire complet. 

Il ne contient pas moins de 11, 120 mots dont j'ai 
théorisé les signes. 

Dans mon dictionnaire des mots et de leurs signes 
les mots sont rangés par ordre de famille, ce qui per- 
met d'en faire jusqu'à un certain point un livre de lecture 
courante. 

Pardon d'avoir parlé d'un travail que j'ai dû mettre 
de côté ; Et pour lequel, au congrès dé-Milan en 1880. j'ai 
réelamé un enterrement de troisième classe. 

Si misérable que fut le langage des signes joint à 
l'écriture, il a pourtant produit des merveilles. Je me bor- 
ne à quelques noms, ainsi : Alphonse Lenoir, Pélissier. 
N'était la crainte d'être trop long, je signalerais beau- 
d'artistes sourds-muets dessinateurs, peintres, statuaires. 
Dans la Revue française de l'éducation des sourds-muets 
un littérateur distingué, M. Théophile Denis, nous don- 
ne souvent des Causeries étrncelantes d'esprit et pleines 
de cœur pour nous faire admirer les œuvres de nombreux 
artistes sourds-muets, œuvres qui sont exposées aux 
salons des beaux-arts. 



— 80 — 

Au rang des hommes remarquables parmi, les célébri- 
tés sorties des écoles où les signes étaient en honneur 
figure avec distinction le sourd-muet Forestier, Direc- 
teur d'une des deux écoles de sourds-muets à Lyon. 

Il est auteur de plusieurs ouvrages classrques à l'usage 
des sourds-muets. 

Une autre célébrité parmi les sourds-muets c'est 
Ferdinand Berthier. Il a publié divers ouvrages, sur le 
droit civil usuel, sur la langue des signes, et un autre 
plus considérableencoresaw'e del'abbëdeïÉpëe; pour qui 
ainsi que tous les sourds-muets reconnaissants, il profes" 
sait un culte tout particulier. 

Il était tellement dévoué à la cause des signes mimi- 
ques qu'on l'a surnommé Pontife de la mimique. 

Is, Bouchet 

[A suivre) 



GUIDE POUR L'ENSEIGNEMENT DE LA PAROLE 

AUX SOURDS-MUETS 
par le R.P. Constantin MATTIOLI 

des Ecoles Pies 
Professeur à, l'institut Royal Pendola de Sienne 

traduit de l'italien, aoecV autorisation de fauteur, 
par O. Claveau (1) 



PREMIERE PARTIE 
MÉCANISME DE L'ORGANE DE LA VOIX 

La première condition pour l'émission du son et sans 
laquelle ce résultat ne peut être obtenu est l'existence 
d'un courant d'air venant des poumons, traversant le 
larynx et mettant en vibration les cordes vocales. 

(1) Voir la Revue Française du mois de Juin 1890 



— 8i — 

C'est de la modification du son ainsi produit que résul" 
tent ensuite les divers éléments constitutifs de la partie 
pnonique ou physique du langage articulé . D'où la con- 
venance, pour ne pas dir.e la nécessité, de se rendre un 
compte exact de la manière dont l'air s'introduit dans 
les poumons, dont il en sort, pour pouvoir apprécier en 
connaissance de cause si ce phénomène se produit régu- 
lièrement chez nos petits sourds-muets, toutes les fois 
que nous commençons l'éducation d'un de ces enfants. 

L'air extérieur prenant le chemin des fosses nasales 
passe par le pharynx ou arrière-bouche. De là il s'intro 
dùit dans le larynx, traverse laglotte et se trouve ensui- 
te amené dans les poumons. Quand ceux-ci le rejettent 
il reprend la même route eu sens inverse. Deux courants 
opposés l'un à l'autre s'établissent ainsi, mais, fonction- 
nant alternativement, ne se rencontrent jamais. Il faux 
observer que l'air peut pénétrer dans le pharynx soi 
par les fosses nasales, soit par la bouche, ainsi qu'il arri- 
ve spécialement quand nous parlons soit par ces deux 
voies eu même temps. 

La conformation des poumons, l'espace que cet organe 
occupe dans la cavité thoracique, les mouvements qui 
s'y peuvent afïectuer permettent d'introduire dans la 
partie que les poumons ouvrent à l'air une quantité de 
Ce fluide soumise à une certaine force et de dilater le 
volume des poumons eux mêmes au point, de déterminer 
une certaine contre-pression. Sous l'influence de la 
pression et eu supposant même que toutes les autres 
parties qui circonscriventla capacité thoracique resten 
fixes comme étant composées principalement d'éléments 
résistants, le diaphragme s'abaisse en pressant et refou- 
lant les intestins. On appelle, ,tout le monde le sait, 
diaphragme cette espèce de voile musculaire qui oc- 
cupe tout l'espace inférieur de la cavité thoracique et 
la sépare complètement de l'abdomen. Les intestins, à 
leur tour, réagissent sur le diaphragme qui, forcé de 
se relever, restreint le volume des poumons et l'espace 
que ceux-ci occupent et détermine l'expulsion de l'air 



- 82 — 

qui s'y était introduit. Quand ensuit© le diaphragme 
s'abaisse de nouveau un autre courant d'air pénétre 
dans les poumons et c'est ainsi que s'établit et se main- 
tient cette entrée et cette sortie alternative d'air qui 
constitue la partie tangible du phénomène de la respi-^ 
ration. 

Pour peu qu'on y réfléchisse, il est aisé de remarquer 
que l'introduction de l'air dans les poumons implique 
un certain effort' musculaire tandis qu'il ne faut aucun 
effort pour expulser l'air sortant. Il est facile aussi de 
reconnaître que le courant d'air sortant est mieux ap- 
proprié à la formation du son que fce le serait le courant 
d'air entrant. 

Dans la respiration ordinaire, les poumons sont loin 
de se remplir ou de se vider complètement, mais dans 
l'émission du son et spécialement lorsqu'on a de, très 
longues phrases à prononcer, il arrive, que les poumons 
ont à sortir de leur état normal et à expulser une plus 
grande quantité d'air. En pareil cas, la quantité introduite 
par suite des alternances ordinaires de contraction du 
diaphragme ne suffit'pas pour produire le phénomène 
voulu et il faut recourir à des moyens plus énergiques 
pour augmenter le volume d'air. 

Ces moyens consistent dans le soulèvement d'ensemble 
des côtes qui ferment par devant la cavité thoracique, 
dans le même temps que le diaphragme s'abaisse en 
se contractant. On augmente ainsi l'espace à occuper 
par les poumons pour rendre ceux-ci capables de conte- 
nir un plus grand volume d'air. 

L'augmentation ou renforcement de l'expiration 
s'obtient par une action exercée en sens inverse, c'est- 
à-dire en abaissant la paroi externe du thorax et en 
dimiuuant par conséquent la capacité de cette cavité. 
. Cette gymnastique est absolument nécessaire pour les 
petits sourds-muets tant avant que pendant l'enseigne- 
ment de la parole mécanique ; mais, comme ces pauvres 
enfants ne se sont servis de leurs poumons que pour la 
respiration ordinaire, cet organe se trouve inert e 



— 83 — 

manque de l'élasticité voulue et de développement suf- 
fisant. Pour développer les poumons, pour leur donner 
de la force, les rendre agiles et aptes à l'exercice de la 
parole, il faut habituer les élèves à inspirer de fortes 
quantités d'air et à laisser ensuite cet air s'échapper, 
soit d'un mouvement lent et avec énergie uniforme, soit 
d'une manière brusque et instantanée, comme nous le 
faisons suivant que nous parlons ou que nous poussons 
des cris. L'enfant doit apprendre, dans certaines limites 
et guidé par son maître, à régler sous l'influence de la 
volonté le volume d'air à employer aussi bien que la 
force et la durée avec lesquelles ce fluide est introduit, 
mis en liberté ou expulsé des poumons, de manière à 
s'en servir selon les besoins avec règle et mesure. 

La trachée avec ses ramifications constitue le canal 
qui met le larynx en communication avec les poumons 
et forme avec ceux-ci comme le soufflet ou agent 
moteur du merveilleux instrument de la parole. 

Le larynx qui s'unit à la partie supérieure de la trachée 
est traversé par le courant d'air qui s'échappe des 
poumons pour outrer ensuite dans le pharynx. C'est de 
beaucoup la partie principale, la plus importante de 
l'organe de la voix, attendu qu'il contient ou renferme 
l'organe générateur du son; cet instrument merveilleux 
est ce qu'on appelle les cordes vocales et consiste en 
une espèce d'anche formée par les bords supérieurs de 
deux lames résistantes et élastiques qui, placées vis à 
vis l'une de l'autre, laissent entre elles une fente étroite 
portant le nom de glotte. L'air qui %ient des poumons 
peut, en passant à travers le larynx et sous l'impulsion 
de la volonté, mettre en mouvement, faire vibrer les 
bords de la glotte et produire le phénomène qu'on 
appelle le son. 

Le pharynx est une cavité qui se trouve immédiate- 
ment au dessus du larynx et qui peut être considérée 
comme le tuyau d'embouchure de cet instrument. Le 
pharynx est limité en bas par le larynx comme nous 
venons de le dire, plus en arrière, par l'œsophage, en 



— Si — 

haut par la cavité nasale et par une voûte très allon- 
gée qui s'étend jusqu'à la base du crâne, en avant par 
l'isthme du gosier, le voile du palais avec ses piliers et 
l'épiglotte. L'importance du pbaryttx par rapport à la 
formation de la parole résulte non seulement de son union 
avec le larynx, la cavité buccale et les fosses nasales, 
mais tout spécialement aussi de ce que le pharynx sert 
comme de tube d'embouchure à la cavité supérieure 
du larynx, tube qui peut se raccourcir ou s'allonger 
par le mouvement d'élévation ou d'abaissement du 
larynx lui-même et qui, par suite, est en état d'exéreër 
une grande influence sur la qualité du son. 

On peut considérer la cavité nasale comme l'entrée, 
le premier tronçon de la 1 oute par laquelle l'air pénètre 
ordinairement pour se rendre dans les poumons et par 
où il s'en retourne quand les poumons l'expulsent. La 
cavité nasale commence aux narines et se termine à 
la partie supérieure du pharynx. Elle a aussi une 
influence qui n'est point médiocre sur la formation de 
la voix, comme nous aurons occasion de le constater 
plus tard. 

Le chemin des fosses nasales qui suffit ordinairement 
pour l'entrée et pour la sortie de l'air nécessaire à la 
respiration simple devient insuffisant quand la masse 
d'air est plus grande, ainsi qu'il arrive dans l'émission 
du son et dans la formation de la parole. En pareil |ca 3 
une grande quantité d'air passe par l'isthme du gosier. 
En outre, comme la bouche, en rai-son de son mécanisme 
et de sa structure spéciale, peut prendre des formes très 
diverses et modifier en mille manières sa cavité, elle se 
trouve être l'instrumentlemieuxappropriéàmodifieraus- 
si le courant d'air sonore qui, sortant du larynx, passe 
par la cavité buccale pour se rendre au dehors. De là 
l'importance très grande de cette cavité pour la forma- 
tion de la parole, puisque c'est d'elle que dépendent les 
éléments constitutifs du langage articulé que l'on nomme 
articulations. 

La cavité de la bouche est limitée : latéralement par 



— 85 — 

le» joues, en haut par la voûte du palais, en bas par la 
langue et le plancher sur lequel repose cet organe, en 
avant par les dents et les lèvres, en arrière par l'isthme 
du gosier, le voile du palais avec ses piliers. Pour 
donner le plus exactement possible l'idée des divers 
changements que peut subir cette cavité, nous passerons 
rapidement en revue les mécanismes qui déterminent 
les modifications dont il s'agit. 

Occupons-nous d'abord du mouvement de la mâchoire 
inférieure, pelle-ci, pouvant s'écarter plus ou moins 
de la voûte du palais et reprendre ensuite une position 
moins éloignée, permet d'agrandir et de restreindre dans 
une infinité de degrés la cavité delà bouche. Elle joue dès 
lors un rôle très important dans la modification du son 
et dans la formation des mots. Les pauvres sourds-muets 
qui ne se sont servis de cet appareil que pour la masti- 
cation des aliments ne sont pas en état de l'utiliser con- 
venablement d'eux-mêmes pour l'articulation des sons. 
Aussi faut-il que le maître sache bien leur enseigner 
à faire de tels mouvements, surtout au début du cours 
d'instruction. Ce mécanisme est simple et il ne sera 
pas malaisé de le faire bien fonctionner, si nous 
savons le faire mouvoir au degré justement requis; mais 
il deviendra compliqué et difficile si nous le laissons 
sortir de la juste position à prendre. 

Les mouvements des lèvres et leurs diverses positions 
ont aussi une part importante dans la formation des 
sons. Les lèvres se resserrent et s'étendent, font varier 
la grandeur de l'ouverture qu'elles laissent entre elles, 
se ferment ou s'ouvrent en diverses manières. Là 
encore le maître doit faire attention à ce que tout se 
passe naturellement et à ce qu'il ne se produise ni 
effort ni exagération. 

Un autre mécanisme important est celui qui fonction- 
ne à l'intérieur de la bouche et qui concerne le mouve- 
ment du voile du palais. C'est du voile du palais que 
dépend le degréde séparation des fosses nasales d'avec le 
pharynx et d'avec la cavité buccale. C'est sous l'influen- 



— 86 — 

ce des diverses positions qu'il peut prendre que l'air 
sortant du larynx est conduit soit par les fosses nasales 
soit par la bouche, ce qui engendre des résonances 
diverses. Les sourds-muets n'ont que peu ou point 
l'habitude de cet exercice. Aussi est-il nécessaire que 
le maître sache leur faire comprendre comment, en bien 
des occasions, il convient de contracter, relever le voile 
du palais pour empêcher le passage de l'air par les 
fosses nasales, peur-laisser au courant d'air un certain 
accès qui peut, comme nous le verrons, prendre des 
proportions plus ou moins larges. 

Eufin le mécanisme le plus important et en même 
temps le plus compliqué est celui qui préside au mou- 
vement de la langue, organe qui malgré sa simplicité 
(apparente) a le pouvoir de prendre position en tant de 
façons diverses et de modifier de mille manières le vide 
intérieur de la bouche, d'augmenter, de restreindre, de 
diviser, d'arrêter le courant d'air sonore et par suite 
d'exercer la plus grande influence sur la formation des 
sons articulés. Là aussi et plus encore que partout 
ailleurs, il convient que le maître sache bien habituer 
ses élèves à réaliser avec exactitude et naturellement 
les mouvements requis, à prendre avec précision les posi- 
tions sans lesquelles il est impossible d'obtenir des sons 
clairs et francs pour la formation de la parole: 



Les Premier pas. 

Ce que le professeur d'articulation doit s'attachera 
obtenir avant tout des jeunes sourds-muets, c'est la 
bonne tenue et l'attention sans lesquelles il serait impos- 
sible d'accomplir la tâche ardente et laborieuse qu'on 
se propose. Le maître doit donc d'abord chercher à bien 
fixer les regards de ses élèves et leur esprit bien mobile 
d'ordinaire sur des objets et des actions susceptibles de 
de les intéresser, de façon à les amener ensuite peu à 
peu à observer, à considérer attentivemen, à imiter les 



— 87 — 

mouvements même les plus petits et les plus difficiles à 
reconnaître. Les premiers exercices pourront consister 
dans l'exécution d'actions simples et faciles, puremoiit 
imitatives et de mouvements de gymnastique élémentai- 
re, par exemple : marcher au pas, se lever, s'asseoir 
porter les bras en haut, en bas, en avant, en arrière, 
tourner à droite, à gauche ; tourner la tête dans un 
sens ou dans l'autre; frapperlesmainsl'une contre l'autre 
un certain nombre de fois; fermer le poing et l'ouvrir ; 
ouvrir et fermer la bouche, tirer la langue et la retirer 
en arrière ; fixer le regard sur un point donné. 

Dans les exercices de ce -genre, le maître doit, procé- 
der constamment du plus simple au moins facile, de 
mouvements de tout le corps à ceux des jambes, des bras 
de la bouche, des yeux. Il est des personnes qui conseil 
lent de faire exécuter sons les mouvements de la langue 
correspondant aux divers tous articulés, mais je trouve 
préférable et plus naturel de ne faire passer l'élève à 
ces exercices de gymnastique spéciale qu'au fur et à 
mesure que l'on enseigne les diverses combinaisons de 
la phonation. On aura soin alors de faire toujours 
joindre au mouvement musculaire l'élément sonore, de 
façon à se bien assurer de l'exactitude des mouvements 
exécutés et à ne point, courir le risque de faire contrac- 
ter de mauvaises habitudes. 

Il faut aussi, dès le commencement, cultiver le sens 
du tact par tous les moyens que l'on juge bons ou, pour 
mieux dire, qui sont reconnus bons pour développer ce 
sens, le rendre fin et délicat, en telle sorte qu'on puisse 
ensuite réclamer de lui tout le concours très nécessaire 
qu'il sera appelé à fournir pendant toutedurée la du 
cours d'articulation. 

En même temps que l'on s'attache à obtenir la bonne 
tenue et l'attention, à faire l'éducation des sens de la 
vue et de tact, il y aurait <ieu de faire aussi l'éducation 
du sens de l'ouïe chez les enfants qui ont conservé un 
certain degré d'audition. Mais, par dessus toutes choses, 
il faut se préoccuper du développement et de l'exercice 



— 88 — 

à donner aux poumons au moyen d'exercices de respi- 
ration naturels, progressifs et bien compris; 

f A suivre } 



LA QUESTION DES EXTERNATS DE SOURDS-Mtffi 

EN ALLEMAGNE 

(Fin) 

Voir Revue Française d'Avril, Mai et Jnin 



On se souvient sans doute que le projet de M.Cûppers 
(proposition n° 2) écarte de la surveillance de l'Internat 
les professeurs de l'établissement d'instruction 

Bemmes (fie Bensheim) demande que l'on modifie le texte de 
cette proposition en rédigeant comme suit : " Il y a lieu 
d'organiser l'internat de façon à ce que cet établissement soit 
soumis à la direction du chef de l'institution et à ce que tes 
professeurs soient appelés à concourir à la même tâche. 

Vatter {de Francfort sur le M.) Cette proposition se lie 
étroitement à la suivante. J'ai tout espoir que les religieuses 
et les diaconn^sies dont il est question dans les propositions 
remplissent pleinement l»ur devoir et justifieront la confiance 
que nous leur accordons, mais je .désire que les professeurs 
de l'institution soient appelés à exercer une surveillance, et 
ceci dans l'intérêt même de ces jeunes maîlres. Ces Jèùhes 
Messieurs et ces jeunes Daines ne peuvent que gâgriër 
à apprendre â connaître les élèves dans le cours de leurs jeux 
et autres exercices. On dit que le service des classes est assez 
assujélissantetque, par suite, il faut décharger les professeurs 
du soin de la surveillance, mais on peut trouver une organi- 
sation dans laquelle la tâche du personnel de surveillance 
serait allégée. Dans mon institution la dame professeur qui 
exerce la surveillance dans l'aprés midi n'a plus, en général, à 
s'ocouperdo la classe à partir de 10 heures du matin. Pour 
réaliser ce qu'on demande d'un surveillant il faut être mêlé 
h l'enseignement du langage dans l'institution. Je demande 
donc a ce qu'on n'écarte pas en principe de la surveillance de 
l'internat les professeurs de l'établissement. 



— 89 — 

Henning. {Conseiller provincial de Vinstruction publique 
La proposition de M. Cuppers m'a étonné. Je comprends bien 
les raisons qu'il a données, mais pourquoi le directeur de 
l'institution a-t-il des professeurs à côté de lui? Le directeur 
ne forme-t-il pas un collège avec eux? Et les professeurs se- 
ront-ils bien aises de se voir écarter d'une tâche qui incombe 
à tous? c'est là le point de vue principal qui doit engager à 
ne pas exclure les professeurs. Chacun doit prendre part sui- 
vant ses forces et suivant les facultés dont il est doué au travail 
qu'il y a à faire pour l'établissement. (Vive approbation) 

C&ppersde (Trêves) M. le Conseiller provincial me permet- 
tra de rester très attaché â mon sentiment. L'internat 
doit être une extension de la vie de famille et pour cela, je 
dois l'avouer, l'intervenlion des professeurs me gène, carils 
n'ont rien à voir dans cette vie de famille. Je me suis mis en 
relations àTréves avec iaSupérieur* générale de la Congrégation 
de Saint-Charles Borromée pour me faire une idée générale de 
la manière dont on pourrait présenter l'affaire pratiquement. 
On pourrait, sans voir s'élever les conditions du prix d'entré- 
tien, telles qu'elles sont fixées actuellement, obtenir pour les 
enfants le régime qu'il est indispensable de leur donner. Les 
sœurs désigneraient une supérieure de l'internat à laquelle on 
adjoindrait deux autres sœurs et une servante. Les sœurs 
joueront ainsi le rôle de méresde familles, ilpetit ne poirilleur 
plaire d'être soumises à une surveillance continuelle qui 
amoindrirait leur influence. Dans mon institution, les profes- 
seurs ont £8 heures de classe à faire pat* semaine, quelques 
uns même davantage. OU peut se demander s'il convient de 
leur imposer uii far^âu plus pnsartt. Si les heures de sur- 
veillance doivent être distribuées de telle sorte que les pro- 
fesseurs ne fassent plus que cela, il vaut mieux les laisser 
dehors. Je ne puis pas m'absenter de cette idée que l'on gênera 
ainsi la vie de famille telle que je la conçois. 

Un enfant qui se trouvait dans sa deUxiè:ne année de cours 
à Trêves tomba malade. On le mit dans la maison-mère des 
sœurs. Non seulement son séjour dans cette établissement 
tte lui a pas fait perdre le peu de parole qu'il possédait mais 
encore l'a développé beaucoup sous ce rapport, spécialement 
pour la lecture sur les lèvres, de telle sorte qu'étant rentré 
dans la classe au bout de neuf mois, il a pu continuer à en 
suivre tous les exercices. 

Vatter{ de Francfort ) C'est une très bonne chose que de 



— 90 - 

Vouloir constituer en vie de famille la vie dans l'internat. J'ai 
été témoin dans le nord de l'Allemagne des premiers essais 
du régime de l'internat pour les trois classes inférieures. Je 
ne puis dire que j'aie trouvé les résultats satisfaisants. Lrs 
enfants n'onl d'attaches nulle part. Si vous voulez organiser 
convenablement un internat, confiez-le à un chef d'institution 
et à sa femme. {Approbation ) On a raison de dire qu'on peut 
avoir toute confiance en des personnes comme les religieuses, 
mais, dans la pratique, les choses tournent autrement. Trop 
souvent les dames, comme éducatrices,ontla vue trop courte. 
Quand, par exemple, un élève tombe dans une faute qui est 
de son âge, la dame croit bien souvent que l'enfant a eu le 
dessein de la vexer. Il faut qu'il y ait un homme par derrière 
(vifs applaudissements ). 

Cûppers (de Trêves ) Vatter a certainement beaucoup d'ex- 
périence, mais ne comprends pas l'internat tel que je me le 
représente. 

Willareth ( de Gerlachsheim ) Je voudrais faire remarquer à 
mes collègues que les autorités scolaires de notre pays de 
Bade attacheront une grande importance aux décisions du 
Congrès. Je désire que les professeurs continuent à exercer la 
surveillance comme ils l'ont fait jusqu'à ce jour. On a dit que 
nous devrions faire appel au concours de sœurs de charité et 
de diaconesses, mais alors comment nous y prendrons-nous 
dans le sud avec nos établissements mixtes ? 

Walther (de Berlin). J'émets le vœu que les professeurs 
attachés à l'établissement ne soient pas écartés de la surveil- 
lance de l'internat et concourent à l'éducation des enfants 
internés. Je demande en conséquence que l'on fonde en une 
seule les propositions 2, 3, et suivantes, avec la rédaction que 
voici : " L'internat est placé sous la direction du chef de f ins- 
titution aidé du concours de ses professeurs. Selon les cas, on 
appellera à la surveillance des diaconesses pour les établisse- 
ments protestants, des religieuses pour les établissements catho- 
liques " 

Hemmes (de Benshein). Je ne partage pas du tout cette 
opinion. Appeler les religieuses à exercer* seulement une 
surveillance ne serait peut-être pas suffisant. Je voudrais 
dire: "L'internat est confié aux religieuses ou aux diaconesses 
mais dirigé et surveillé par le chef de Vinstilution avec le 
concours de ses professeurs. 



— 91 — 

Le Conseiller de district Klauserer. La question se pose de 
savoir dans quelle forme les professeurs seront appelés à exer- 
cer la surveillance. Cette question devra se résoudra d'après 
les conditions locales ou confessionnelles ou personnelles, 
dans lesquelles on se trouve, je propose de rédiger comme suit 
la 2". proposition: " L'internat est placé sous, la surveillance 
supérieure du directeur de F institut ion auquel on s'en rapor- 
tera pour user dans la mesure nécessaire du concours de ses 
professeurs en vue de l'exercice de la surveillance. " 
" Le Président propose d'insérer ce membre de phrase : 
" en telle sorte qu'on n' exclue pas le concours des professeur 
de l'institution pour la surveillance, sans toutafois imposer 
à ceux-ci une surcharge de travail. 4 , 

Le Conseiller provincial de l'instruction publique, Henning. 
Mon impression est que l'internat doit, représenter une sorte 
d'organisation à part, à côté de l'institution de Sourds-muets, 
mais je ne puis pas me figurer que le directeur de cetteinstitu- 
tion ne soit pas chargé de la conduite de l'internat qui est en 
connexité organique avec l'établissement. Si l'internat est 
constitué en établissement absolument autonome, il ne me, 
paraît pas répondre au but de sa création et, nous ne trouvons 
cela nulle part dans l'organisatiou de l'internat pour les 
autres établissements. Le directeur est le chef de tout. Dans 
la proposition n°2 ,il ne s'agit que de déterminer si le directeur 
doit ex^rcr la surveillance seul, ou bien avec le concours 
A"- ses professeurs. 

La motion est faite d'ajouter au texte de la proposition 
Klausenir les mots : toutefois on devra éviter d'imposer une 
surcharge do travail aux professeurs ,, 

La majorité se prononce contre. 

Vatter (de Francfort). On a dit que le directeur aurait à 
exercer une haute surveillance. Sur quoi est l'Internat' est 
encore dans les nuages, je propose de dire ? " L'internat 
devra être organisé de façon à se rattacher à la famille du 
directeur. Les professeurs de rétablissement doivent être 
appelés à prendre- part à la surveillance. 

Le Président renouvelle la propositiou qu'il a déjà faite 

Le Conseiller de justice de district, Grosman. Je ne suis pas 
un homme de la spécialité. Nmi-i nous sommes écartés de l'é- 
tude de l'organisation de l'int<vnat pour passer à la question 
de la surveillance. Mais il faut tout d'abord bien arrêter l'idée 
qu'on se fait de. l'internat et lu manière dont il doit être orga- 



— 92 — 

nisé. M. Vatter a organisé l'internat à Francfort de manière 
à le rattacher à sa propre famille. 

On demande, d'un côté de l'assemblée, à réunir les proposi- 
tions 2 et 3 dans la rédaction suivante : " Il y a lieu d'orga- 
niser Vinttmat, en le soumettant à la conduite d'un directeur, 
mais d'un directeur marie. " 

Ansckûefs {de Urumwicli). Un des professeurs <|e l'institu- 
tion de Brunswick a entrepris de fonder un internat. Il y a 
là un frottemen t perpétuel entre les professeurs et le chef de l'éta- 
blissement et jusquàprésent il n'a pas été possible de réaliser }es 
conditionsd'unebpnne éducation, lorsqu'on exapjneavec calme 
les principes fondamentaux qui ont été exposés et qu'on entre 
dans les idées de Cuppers, on ne peut que s fi ranger en tout 
à son sentiment. D'après la proposition du CpnsejJler de 
district Klauserer, la conduite de î 'internat ne doit pas être 
remise au directeur. Cepi rentre encore complètement dans les 
limites des propositions, Cuppers a bien raison de penser 
qu'une telle surveillance et ingérence ne peut être utile â 
l'internat. 

Heinrick {de Bruchî). Il ne s'agit chez nous qqe de savoir 
ce qui, dans l'organisation de l'internat doit répondre au but 
qu'on se propose pour l'enseignement. C'est à quoi tend avec 
raison la proposition Klausener. Lacrèation et pour l'éducation 
et l'organisation ne sont pas notre affaire, mais bien cejle des 
autorités. 

Gris: Mais la motion est retirée. 

Koch (d'Augbourg). Je ne puis concevoir l'internat qu e 
comme réalisant complètement la vie de famille. Les sœurs 
qui sont entrées au couvent ont renoncé à la vie de famille 
Lors même qu'on les écarterait de la préparation pédagogique 
et que, par suite, elles n'auraient rien à démêler avec l'ensei- 
gnement, je ne puis admettre qu'elles soient en situation de 
donner aux élèves la meilleure éducation possible. Il faut pour 
cela plus que de la bonne volonté. Dans ces questions impor- 
tantes, nous devons confesser publiquement ce qui se révèle 
à notre institution. Déjà pendant le congrès des instituteurs 
bavarois de sourds-muets qui s'est tenu à Augsbourg et â 
l'occasion d'un cas particulier, j'ai déclaré qu'il n'était 
ni bon ni à propos de confier à une congrégation de sœurs 
des sourds-muets des deux sexes simplement pour en avoir- 
soin après les heures de classe. Il faut mettre à la tête d'un 



— 93 — 

internat renfermant garçons et filles un homme delaspécialité, 
un professeur de sourds-muets. 

Ciippers (d: Trêves). Je me félicite de me rencontrer avec 
Vatter et Koch sur un même terrain. Tous l^s trois, nous 
voulons créer la vie de famille. Il est absolument inexact de 
prétendre que des dames célibataires ne peuventjorganiser 
cette vie de famille. Je puis l'assurer d'après l'expérience qua 
j'en ai acquise à Trêves. Je suis en mesure de contester 
formellement l'assertion que les sœurs catholiques seraient 
incapables de cette tâche à cause de leurprofession religieuse. 
Touthommequiaural'occasion devoirdeprès de petits internats 
dirigés par des sœurs aura remarqué qu'une viede famille très 
heureuse peut s'y établir sans intervention d'un chef 
masculin. Ma 2" proposition et la 3 e ne sauraient être séparées 
l'une de l'autre. Je demande que l'on vote d'abord sur la 2 e 
proposition en adoptant la rédaction de Klauserér et en y 
ajoutant ce qu'a proposé Vatter. 

Le Conseiller provincial de l'instruction publique Henning. 
Il ne me semble pas qu'il y ait lieu de discourir iavanta e 
au sujet de la 4" proposition. Avec tout cela nous n'avançons 
pas. Je demande qu'on mette tout à fait de côté cette propo- 
sition et qu'on laisse â chacun de ceux qui ont un internat 
la liberté de recourir à d n s religieuses ou de rattacher 
l'internat â une famille. 

En ce qui concerne la 2 e proposition, disons : qu'en organi- 
sant un internat, on doit le soumettre à la direction et à la 
haute surveillance du chef di l'institution et appeler les 
professeurs à prendre part à celle surveillance. 

Cette motion est adoptée à une forte majorité. Les autres 
sont retirées. 

La 5* proposition. est adoptée avec la rédaction suivante 
Le règlement intérieur et le règlement journalier de l'interna 
sont èdictèspar ledirecteur et soumis à l'agrément des autorités 

La 4 e proposition est supprimée. La 3 e est adoplée sans 
modifications. 

M. le président félicite M. le Directeur Ciippers, au nom 

do l'assemblée, de la manière intéressante dont-il a traité 

son sujet. 

Traduit dé l'Allemand d'après le 
Compte rendu olficiçl du Congrès de Cologne par 

O. Claveau 



— 94 — 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 

ALLEMAGNE 



Einfûhrung in die Phonetik und Ortboepie der deutschen 
Sprache. Von H. Hoffmann. Marburg, librairie Elwert. 1888. 
Introduction à la phonétique et à l'orthoèpie de la langue 
allemande par M. H Hoffmann-Ratibor, 

Une brochure destinée aux maîtres d'écoles et aux 
jeunes professeurs de sourds-muets, ainsi qu'à tous 
les amis de la phonétique, elle m'a été inconnue jusqu'à 
présent, je l'avoue franchement. 

Elle ne contient que 65 page-?, mais des pages fort 
intéressantes. M. Hoffmann, s'occupantdepuis longtemps 
d'une branche d'enseignement, dont la grande impor- 
tance n'est pas encore assez comprise parles professeurs 
de sourds-muets, il a su rendre facile à comprendre une 
matière difficile. 

Quoique cette excellente brochure soit spécialement 
destinée à la langue allemande, no.s confrères français 
y trouveront aussi des choses utiles pour leur propre 
langue. M. Hofïmann vient de publier une autre brochure, 
destinée spécialement aux maîtres de sourds-muets, 
sous le titre : " Dar erste Sprech = und Sprach = Un- 
terrichtin der Taubstummenschule. Marburg, librairie 
Elwert. 1833. ( Lepremiorenseignementdela prononcia. 
tion et de la langue à l'école des Sourds-Muets. ) 

C'est une brochure de 03 pages, divisée en 5 parties : 

1° D'où vient que le résultat de l'enseignement de 
lj. prononciation à l'école des sourds-muets soit encore 
si peu satisfaisant ? 

2° L'emploi de récriture phonétique. dans le premier- 
enseignement de la prononciation. 

3° L'ordre au point de vue pratique et phonétique dans 
lequel les sons doivent être enseignés. 

4° Méthode pour enseigner les sons. 



— 95 — 

L'auteur indique trois ordres dans lesquels les sons 
peuvent être enseignés. 

1, les voyelles, etlorsqu'ellessons suffisamment acqui- 
ses, les consonnes ; 

2, d'abord les consonnes etensuite les voyelles, 

3, comme on peut sansordre, pêle-mêle. 

Après avoir cité et examiné les méthodes des proies* 
seurs de sourds-mnets les plus distingués, comme 
Amman, Reich, Hill et d'autres, l'auteur donne les sons 
avec l'ordre dans lequel il les enseigne. — Il nous mène- 
rait trop loin, si nous voulions le suivre pas à pas. 

Passant à la méthode du développement des sons nous 
voyons d'abord les exercices qui doivent préparer l'éco- 
lier : 

a, à s'habituer à la vie dans l'établissement. 

6, à penser. 

c, à bien prononcer. 

Vient ensuite l'enseignement des sons en particulier 
Cette partie est sans contredit la plus intéressante et la 
plus utile pour le maître des sourds-muets. Pourchaque 
son il y a à observer : 

l fl la manière de le prononcer, 

2° les fautes de prononciation et leur correction, 

3° les exercices avec les sons. 

Ces deux brochures méritent toute notre attention et 
je ne peux assez les recommander à mes confrères fran- 
çais, surtout la plus récente ( Der erste Sprech = und 
prach = Unterricht in der Taubstummenschuel), qui 
rendra de grands services à ceux qui s'occupent de l'en- 
seignement des sourds-muets. Je ne connais pas de livre 
pliis pratique et plus approfondit, que celui de M. 
Hoffmann- Je forme des vœux pour qu'il se trouve un 
spécialiste qui se charge de la traduction avec les mo- 
difications que la langue française exige. 

C. Renz-Stuttgart 



- 96 — 

LES SOURDS-MUETS ET LE C DB CIVIL 

« Un notaire peut-Ml recevoir des actes pour les 
sourds-muets ? » 

Telle est la .question que se pose M. Van Bastelaer, 
notaire à Charleroy, elle est traitée dans une brochure 
très intéressante que nous venons de recevoir et dont 
voici le titre : 

De l'état légal du sourd-muet dans la Société mo- 
derne. In-8, 14 p. 

Avant d'entrer dans le vif de la question, M. Van 
Satelaer est amené à faire quelques recherches rétros- 
pectives sur l'état du sourd-muet depuis les temps anciens 

Dans un. 1 er Chapitre il examine: l'éiat social du 
sourd-muet dans l'antiquité, résultant des préjuges 
sur son intelligence. Aristote les exclue de toute con- 
naissance, Saint-Augustin les déclare incapable d'arriver 
a^ix connaissances de la foi. Jusqu'au XVI" siècle ce sont 
toujours des parias, la société se préoccupe peu de ces 
malheureux, enfin quelques savants, quelques hommes 
charitables tentent de les instruire et bientôt arrive 
l'émancipateur de toute cette classe d'infortunés, l'abbé 
de l'Épée. 

Jlans le 2"" chapitre, l'auteur examine : la législation 
(b'-rioant de l'état social des sourds-muets. 

1° Législation, ancienne. Après avoir cité l'opinion 
d'intitutetirs célèbres sur le sourd-muet sans instruction 
M. Bastelaer en arrive à cette conclusion : 
o« Dans cet état de choses, que pouvait être la juris- 
prudence à leur égard ? » 

:« Êtres purement physiques, dénués de toutes con- 
naissances intellectuelles, incapables de morale, Ils ne 
pouvaient être responsables d'aucun de leurs actes. 
«Surdus et mu tus plane indisciplanabilis » était leur loi- 
Ci) n'est pas à notre avis la jurisprudence qui doit 
prévaloir pour le sourd-muet non instruit. Cependant 
si ce n'est pas l'irresponsabilité absolue des actes, ce 



- 97 — 

doit être néanmoins une responsabilité très lin, Une. 

2" Législation sous les Romains. Les sourds et les 
muets sont doués d'uneintelligencesufflsante quiles rend 
responsables de leurs actes, mais les sourds-murts sont 
encore considères comme incapables de tout acte intel- 
lectuel. 

3° Législation de Justinien . Le sourd-muet de 
naissance est pour lui incapable de recevoir l'instruction 
tandis que le sourd-muet accidentel a le droit de stipuler 
par écrit. 

4° Temps féodaux. Les sourds-muets étaient exclus 
des fiefs et des privilèges féodaux. 

Cependant, au XII" siècle, une décrétais d'Innocent 
III permet le mariage d'un sourd-muet même ignare, 
s'il peut maniiester sa volonté d'une manière certaine. 

5° Distinction entre le muet, le sourd, le sourd-muet 
et le sourd et muet et entre l'infirmité, naturelle et 
l'infirmité accidentelle ou congéniale. Reprenant les 
théories de Justinien l'auteur se demande s'il n'y a pas 
à établir de distinction entre ces différentes sortes d'in- 
firmité, et naturellement il repousse toute distinction. 

6° Législature moderne. C'est Napoléon, alors premier 
Consul qui plaide la canse des sourds-muets (26 Fructidor 
an IX). Aussi maintenant la législation française ne fait 
plus de différence entre ces malheureux etlesentendants, 

«Tout sourd-muet capable de donner un consentement 
valable peut contracterdans toute laplénitudedes droits 
civils. » 

Cependant le Code Napoléon a cru devoir restreindre 
les droits du sourd-muet en ce qui est relatif aux dona- 
tions et testaments. 

En général, le sourd-muet jouit de la capacité qui 
appartient à tous les autres citoyens. 

Il peut se marier, faire une donation entre-vifs, accep- 
ter une donation, tester même. 

II exprime sa volonté par écrit ou par interprète, s'il 
he sait pas écrire. ( Rutgeerts ) 

1" Jurisprudence qui s'ensuit. Par des exemples de 



- 98 — 

toute nature M. Van Bastelaer, nous montre la loi appli- 
quée dans le sens le plus large et la reconnaissance 
par les tribunaux de la capacité légale du sourd-muet 
même illettré, s'il donne des preuves d'intelligence. 

8° Dérogation au droit commun. Pourquoi alors des 
mesures restrictives se demande le notaire de Charleroy î 

Ainsi l'article 936 du code civil dit : « Le sourd-muet 
qui saura écrire pourra accepter lui-même ou par un 
'onde de pouvoir. S'il ne sait pas écrire, l'acceptation 
doit être faite par un curateurnommé à cet effet, suivant 
les règles établies au titie De la minorité, de la tutelle 
et de l'émancipation. » Première dérogation au droit 
commun. 

L'article 970 du Code civil dit : « Le testament ologra- 
phe ne sera point valable s'il n'est en entier, daté et 
signé de la main du testateur ». Ici le sourd-muet se 
trouve sur la même ligne. que l'entendant parlant; s'il 
accomplit les conditions énoncées, il fait œuvre valable. 

L'article 972 du Code civil dit : « Si le testament 
(public) est reçu par deux notaires, il leur est dicté par 
le testateur, et il doit être écrit par un de ces notaires 
tel qu'il est dicté. S'il n'y a qu'un notaire, il doit égale- 
ment être dicté par le testateur et écrit par ce notaire. 

» Dans l'un et l'autre cas, il doit en être donné lecture 
au testateur, en présence des témoins....!.. » 

S'étayant sur l'obligation imposée au testateur, de 
dicter le testament et d'en entendre la lecture, on 
déclare le sourd-muet n'être pas apte à remplir ces 
conditions; on le répute incapable de tester dans cette 
forme. 

L'article 976 du code civil dit : « Lorsque le testateur 
voudra faire un testament mystique, il sera tenu de 
signer ses dépositions..,.,. Sera le papier qui contiendra 
ses dispositions, ou le papier" qui servira d'enveloppe, 
s'il y en a une. clos et scellé. Le testateur le présentera 
ainsi clos et scellé au notaire, et à six témoins au moins, 
ou il le fora clore et sceller en leur présence ; et il 
déclarera que le contenu en ce papier est son testament 



— 99 — 

écrit et signé de lui. Le notaire en dressera l'acte de 
suscriptlon : cet acte sera signé tant par le tes- 
tateur que par le notaire, ensemble par les témoins ; 

et en cas que le testateur, par un empêchement survenu 
depuis la signature du testament, ne puisse signer l'acte 
de suscription, il sera fait mention de la déclaration 
qu'il en aura faite. » 
« Ici encore, ne pouvant déclarer que le contenu en ce 

papier est son testament on conteste au sourd-muet 

la capacité de tester mystiquement. » 

9° État futur du sourd-muet. Législation qui doit 
s'en suiore. Conclusion. C'est pour l'auteur une injustice 
de restreindre la capacité du sourd-muet en se fondant sur 
la faculté de la parole absente, pour lui l'article 936du 
Codecivil doit disparaître et les autres articlesdoivent être 
interprétés dans un sens très large, l'écriture et la mi- 
mique pouvant remplacer la parole. 

M. Van Bastelaer conclut ainsi : 
« Notre siècle, si fécond en œuvres de civilisation, doit 
faire disparaître cette anomalie, en rétablissant, sur des 
bases plus rationnelles, plus équitables, les droits et les 
devoirs des sourds-muets dans la société. 

Puisse le dix-neuvième siècle rendre à ces déshérités 
la place qui leur appartient dans la société moderne. » 

Nous sommes de ceux qui pensent que c'est au sourd, 
muet à aller vers la société, à rentrer dans son sein et. 
non pas à la société à se rapprocher de lui, à s'abaisser 
avec commisération vers cet infortuné. 

L'éducation actuelle, la méthode orale pure tend à 
replacer le sourd dans cette société qui le rejetait, elle 
lui read la parole autrefois inconnue pour lui et dont 
l'absence était la cause de toutes ces lois d'exceptions. 

Le sourd parlant pourra désormais relever la tête et, 
regarder le Code, face a face. Il n'aura plus que faire 
de l'interprétation des articles : je parle, je vous corn- 
prends, dira-t-il au Notaire, je suis devenu l'égal de tous. 
Et c'est ainsi que le Dix-Neuvième siècle aura complète- 
ment réintégré à leur place ces déshérités en leur ren- 



— 100 — 

dant avec lapai oie les droits qu'elle leur confère. 
Nous ne pouvons que féliciter M. Vàn-Bastelaer du tra- 
vail qu'il vient de no u-î envoyer, regrettant qu'il n'ait 
pas envisagé la situation nouvelle faite aux sourds-par- 
lant par l'acquisition du moyen de communication com- 
mun à tous. 

Ad Bélanger 

INFORMATIONS & AVIS DIVERS 

Institution Nationale de Chambèry. — Nous lisons 
dans le Républicain de la Saooie : 

Les sourds-parlants de Cognin. — Les examens du 
C3i'tificat d'études qui ont lieu, le samedi lt Juin, dans 
le canton de la Motte-Servolex, ont offert une particu- 
larité piquante et d'un grand intérêt. •, 

Parmi les jaunes candidats se trouvaient trois sourds- 
muets, élèves de l'institution nationale de Cognin, qui 
ont pris part à toutes les épreuves. Au grand étonne- 
ment de leurs nouveaux camarades, ils suivaient des yeux 
sur les lèvres du maître, le texte de la dictée et l'énonce 
des problêmes, qu'ils transcrivaieut ensuite sans hésita» 
tion. Ils ont lu de même sur les lèvres de l'examinateur 
les questions d'nistoireet de géographie et y ont répondu à 
haute voix. Enfin, ils ont récité tour à tour une fable ou 
un morceau de poëùe.-do façon à émerveiller la foule 
d'enfants et d'iiititutenrs qui se pressaient autour d'eux. 

C'est pour la première fois 1 que l'Institution nationale 
des sourds-muets de Chambèry présente des élèves au 
certificat d'études. Le fait est, du reste, exoessivement 
rare dans les écoles de sourds-muets. 

Nous félicitons donc chaleureusement les trois 
champions de l'institution de Cognin, qui vienneni de 
le subir avec un si grand succès. Ils ont été admis, en 
effet, avec les numéros 1, 2 et 7, sur 42 élèves présentés. 

Ce magnifique résultat est dû certainement au talent 
de professeurs et à l'habile direction de M. Baudard, 
dont nous n'avons plus à faire l'éloge, mais aussi à la 
méthode orale, ce merveilloux instrument d'éducation 
des sourds-muets. (*) 

() Depnis quelques année*, c'est l'Ii.stitntion Nationale de Pari» 
devenue Ecole Normale p-iur les professeurs de sourds-mueti des 
Institutions Natiouales, qui fournit à l'Institution de Chambèry son 
personn el enseignant. 

L'imprimeur-Girant, Eug. BELANGER ruTYaint-Juc^oei «5, Pari» 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muets 

6"»e année. N« 5 Août 1890. 



GUIDE POUR L'ENSEIGNEMENT DE LA PAROLE 

AUX SOURDS-MUETS 
par le R.P. Constantin MATTIOLI 

des Ecoi.es Pies 
Professeur à. l'Institut Royal Pendola de Sienne 

traduit de l'italien, avec V autorisation de l'auteur, 
par O. Claveau 

{suité){i) 



Exercices de Respiration 
En général, pour ne pas dire toujours, on ne rencon- 
tre chez les petits sourds-muets admis au cours que des 
poumons peu développés à raison du peu d'usage que 
ces enfants en ont fait et qu'une respiration faible, 
irrégulière. La première chose que doive faire le maître 
après qu'il a réussi à fixer l'attention de ses élèves est 
de prendre les moyens de remédier à ce grave incon- 
vénient, l'un des obtacles les plus redoutables qui se 
présentent dans l'enseignement de la parole articulée. 
On peut recourir a un grand nombre de procédés divers, 
Je me bornerai à en indiquer quelques uns consacrés par 
l'expérience et reconnus comme les mieux appropriés 
au but que l'on poursuit. Le plus simple dé tous consiste 
à faire venir l'enfant devant soi, à lui faire porter une 
de ses mains devant la bouche du professeur et à émettre 
ensuite le souffle légèrement, avec une force uniforme, en 
invitant l'élève â en faire autant, 

Il ne faut pas manquer de lui faire comprendre la 
manière de reprendre haleine et de remplir d'air les 

(1) Voir la Revue Française du mois de Juin et <lu mois de JuilUllWQ 



— 102 — 

poumons p.ir do profondes et rapides inspirations. Après 
quelques leçons, l'élève sera en état d'exécuter lui-même 
ce double exercice sans que le maître ait à le faire pa- 
rallèlement. 

On arrivera au même résultat et peut être mieux 
encore en faisant venir deux élèves au lieu d'un ou 
mieux un plus grand nombre et en leur mettant dan$ 
les mains ce joujou qu'on appelle vulgairement mou- 
linet. C'est un instrument de métal ou de carton fait en 
forme de roue sans cercle extérieur avec les rayons 
terminés par des espèces de petites palettes et suspendu s 
à un petit axe sur lequel il peut se mouvoir avec faci- 
lité. On invitera les élèves à faire tourner la roue en 
soufflant contre les palettes et on fera en sorte qu'il 
s'établisse une manière d'émulation à qui fera tourner 
la roue le plus longtemps d'une seule émission de souffle. 
D'ores et déjà le maître doit avoir toujours présente à 
l'esprit cette pensée que les résultats qu'il pourra obtenir 
avec ses élèves seront d'autant meilleurs qu'il saura 
mieux tenir les enfants attentifs et les intéresser aux 
exercices qu'il fera faire successivement et qui, par eux- 
mêmes, sont presque toujours ennuyeux. 

On peut, après avoir allumé une bougie on plusieurs 
bougies («u autant de bougies qu'il y a d'élèves, faire 
diriger le souffle sur la flamme, de façon à-tenir celle-ci 
constamment et uniformément inclinée, sans l'éteindre, 
pendant le plus longtemps possible. C'est la un exercice 
très utile pour habituer les poumons à débiter r'êguliè~ 
roment et sans dépense inutile l'air a faire passer par le 
larynx, comme la nécessité s'en fera sentir par la suite 
pour l'émission du son et de la parole. En faisant gonfler 
de petits ballons en baudruche ou autre substance, on 
aidera beaucoup aussi au développement des poumons 
et l'on favorisera la prolongation de la respiration, ce 
qui est la condition la plus essentielle pour le fonction- 
nement de la parole. Le père Marchio^, ce maître dont 
on ne déplorera jamais assez la perte, avait bien mesuré, 
avec la force de son intelligence et avec lapénétrationde 



— 103 — 

son esprit, toute l'importance du développement respi- 
ratoire chez le sourd muet. Il le recommande par dessus 
toutes choses et, pour arriver à en apprécier le degré 
il avait inventé un spiromètre spécial. L'enfant, en eflet, 
ne pourra jamais arriver à bien parler si sa respiration 
est défectueuse. Et qu'on ne craigne pas que les exercices 
que je viens de conseiller puissent nuire à la santé de 
nos chers élèves. Au contraire, s'ils sont bien dirigés, 
avec habileté, règle et mesure, ils seront très utiles au 
point de vue hygiénique comme le sont les exercices 
gymnastiques. Il n'est pas besoin de dire qu'ils pour- 
raient être rendus nuisibles par l'exagération et l'impè- 
ritie, ainsi qu'il en arrive pour toutes les choses, même 
les plus utiles et les plus nécessaires. 

Quelque profitables et dignes d'intérêts que soient ces 
exercices, je ne vois pas que nous ayons à nous y attar- 
der longuement avant d'en commencerd'autres, attendu 
que nous pouvons et devons les continuer sous d'autres 
formes pendant toute la durée du cours d'articulation . 
11 suffit, ce me semble, de s'y arrêter pendant quelques 
jours et quand on verra que les enfants les exécuteront 
avec une précision suffisante, on pourra, sans plus at- 
tendre, en venir â l'émission de la voix. 



De l'émission de la voix 

Bien qu'à première vue, l'émission de la voix semble 
être de médiocre importance, c'est pourtant en réalité 
le point le plus délicat et le plus intéressant, la base et 
le pivot sur lesquels doit se fonder et rouler tout le 
mécanisme difficile et compliqué de la parole artificielle 
que nous nous proposons de donner aux sourds-muets. 
C'est là ce qui doit fournir l'impulsion à tout cet 
ensemble de mouvements qui a pour résultat la pro- 
duction du son en général et plus particulièrement celle 
des sons diversifiés dont se compose cette admirable et 
providentielle harmonie appelée langage humain. 



— 104 - 

Faire commencer au sourd-muet l'émission de la voix 
c'est lui enseigner par industrie à se servir de son orga. 
ne vocal. Malheur au pauvre enfant s'il ne parvient 
pas à en saisir bien l'embouchure. On ne pourra plus en 
tirer rien de bon. Sa voix sortira tardive, ingrate, avec 
peine et plus propre exciter la compassion que l'admi- 
ration des auditeurs. Aussi faut-il ^ue le maître 
l'étudié bien lui-même et qu'il fasse en sorte que son 
élève l'imite. 

Tout le monde sait que deux éléments concourent 
à l'émission du son : une certaine tension des cordes 
vocale, et un courant- d'air qui, sortant des poumons 
avec un peu y d'énergie, met ces cordes vocales en 
vibration. C'est le premier pas que le sourd-muet doive 
apprendre à faire pour devenir parlant et qui aura 
ensuite tant d'importance durant le cours tout entier 
de l'enseignement de la parole et dans l'usage qu'on en 
lera. Voyons quelle est la route à suivre. 

On examinera attentivement le petit sourd-muet afin 
de savoir si, pour avoir eu quelque temps l'usage de la 
parole ou pour autres raisons, il est en état de prononcer 
quelques mots, d'émettre un son quelconque. S'il en est 
ainsi, l'on s'empareracomme d'un trésor des éléments dont 
l'élève se trouvera en possession. Le maître s'en servira 
pour développer, corriger la voix, pour la rendre plus 
agréable. Si l'entent appartient au contraire àla catégo- 
rie de ceux qui sont absolument muets, il faut trouver 
le moyen de lui faire émettre de la voix en l'acheminant 
à prononcer une voyelle, une S3 r llabe, un mot quelcon- 
que. Si une occasion favorable permet, comme il arrive 
quelquefois, d'obtenir ce résultat d'une manière spon- 
tanée, ou fortuitement, ce sera pour le mieux ; mais 
quand même de telles circonstances ne se présenteraient 
pas, il n'y aura pas encore trop de difficulté à faire 
émettre par industrie la voyelle a, la syllâble pa, va, fa 
ou telle autre qu'on pourrait mieux obtenir. Pour 
amener le sourd-muet à placer les parties de l'or- 
gane vocal dans la position requise, nous aurons 



— 105 — 

à recourir à la vue en faisant d'abord observer à l'élève 
sur nous mêmes comment il doit se comporter. Pour 
lui faire apprécier la vibration ou la résonance de telle 
articulation donnée, nous appellerons à notre aide le 
sens du toucher, en faisant porterlamaindel'élèvesurle 
point déterminé où l'on peut le mieux sentir et discerner 
la vibration. Les points où lavibration des sons articulés 
se manifeste le plus clairement sont là poitrine, la 
gorge, le dessous du menton, les lèvres et la bouche. 
On devra apporter le plus grand soin à ce que la voix 
sorte le plus possible sans effort et naturellement. Il n'y 
aura nullement lieu de se préoccuper en commençant 
de la force du son. L'on pourra ultérieurement pourvoir 
à ce dernier point. Il faut aussi faire attention à ce que 
l'air prenne le chemin de la bouche et non celui du nez 
comme il pourrait bien arriver par suite de l'habitude 
que le sourd-muet aura contractée en respirant. L'on 
prendra garde enfin a ce que la voix des élèves com- 
mençants soit normale, c'est-à-dire soit une voix de 
poitrine et non une voix de tête ou de gorge. 



Timbres défectueux de la voix 

La voix n'est pas autre chose que la résonance que 
détermine entre les parois de l'organe vocal l'air mis 
en mouvement par la vibration des cordes vocales. 
Suivant les parties où cette résonance se produit prin- 
cipalement, suivant les degrés de tension, le mode de 
vibration de ces cordes, la voix prend des aspect divers, 
des tons qu'on appelle timbres. Le timbre de la voix 
normale ou de poitrine est précisément celui qui est 
requis pour l'émission de la parole chez tout individu 
et par conséquent aussi chez le sourd-muet. Il se distin- 
gue par un son plein, volumineux, facile et naturel, 
qualités que l'oreille sait très bien apprécier, mais qu'il 
n'est pas aisé de définir. Je n'entrerai pas à cet égard 



— 106 — 

dans des considérations scientifiques qui m'entraîne- 
raient au delà des bornes de mon sujet et je n*ai dessein 
de parler ici que des timbres ou sons défectueux que 
prend d'ordinaire la voix du sourd-muet pour en arriver 
aux moyens de corriger ces défauts. 

En premier lieu, la voix émise par le sourd-muetpeut 
sortir aigre, ingrate, brutale, cassante. Cela vient du 
trop d'énergie que l'élève met en jeu. On s'en aperçoit 
rien qu'en le regardant. Les muscles du cou se gonflent, 
les muscles du larynx se tendent, le visage et la bouche 
prennentunaspectexagéréqui dénote l'effort. C'est là le 
défaut qu'on rencontre leplus communément chez les com- 
mençants. Ces pauvres enfants s'imaginent avoir à faire 
quelque chose d'extraordinaire et croient que tout le 
succès dépend de la force qu'ils déploieront tandis que 
c'est tout l'opposé. 11 faut en pareil cas leur faire com- 
prendre qu'il n'y a pas lieu de se donner tant de peine 
pour si peu de chose et les amener par le moyen de la 
vue et du toucher à émettre la voix d'une façon douce 
et légère, sans ombre d'effort. 

D'autres fois encore, la défectuosité de la voix peut 
résulter du manque de tension, du trop grand relâche- 
ment des cordes vocales faute d'énergie suffisante dans 
les muscles tant internes qu'externes du larynx ou dans 
les poumons. Pourvu que ce défaut ne se rattache pas à 
une atonie musculaire ou à quelque autre imperfection 
organique, il n'est pas de nature à susciter de sérieux 
inconvénients et l'on peut arriver facilement à le 
corriger. Il suffira de faire remarquer àl'ôlève l'absence 
de tension et de vibration dans le larynx et de raviver 
un peu l'activité des poumons. L'exercice atténuera 
graduellement ce défaut et finira par le faire disparaître. 
On se tromperait gravement si l'on poussait les enfants 
à crier et à émettre beaucoup de voix. Il vaut mieux, au 
début, que la voix soit basse plustôt que trop haute. Il 
suffit à ce moment qu'elle soit naturelle et que l'intona- 
tion soit bonne. Le reste viendra par la suite. 



— 107 — 

Le défaut opposé, c'est-à-dire un excès de tension des 
cordes vocales se rencontre plus souvent. Il n'est pas 
rare d'avoir à constater au début et même plus tard, 
y ue le sourd-muet ferme trop la glotte' par suite d'une 
exagération d'énergie des muscles laryngiens et que la 
contraction des muscles pharyngiens porte le larynx 
en haut. En pareil cas, la langue en arrive naturelle- 
ment â se porter en arrière et vient rétrécir le tube de 
renforcement. Il en résulte quo la résonance se pro- 
page presque exclusivement au dessus du larynx et que 
la voix prend le timbre ou ton de fausset ou, comme 
on dit, de tôle. Un tel défaut, si l'on n'y remédie pas en 
tempsutile, s'accentuera de plus en plus et fera prendre 
au sourd-muet cette espèce de voix éléphautine si déplai- 
sante et qui devient avec le cours du temps presque in- 
distincte. Pour corriger ce vice, on appellera l'attention 
sur l'effort qui se marque à la partie externe du larynx, 
sur le manque presque absolu de vibrations au thorax et 
l'on ramènera la langue en avant en abaissant la base 
de cet orgaee. 

Le son guttural dépend, comme le nom lui-même 
l'indique, d'une disposition, d'une structure particu- 
lière ou du rétrécissement de l'arrière- bouche. On 
reconnaît à ce défaut trois causes différentes : un vice 
organique, le gonflement exagéré dos amygdales, enfin 
(les mouvements faux, erronés de l'organe oral, spé- 
cialement- de la langue. Quand la voix de gorge vient 
d'un vice congénital, il est bien difficile d'arriver à le 
corriger. Cependant on peut, ce semble, y parvenir 
jusqu'à un certain point au moyend'exercices journaliers 
d'émission de voix exclusivement orale; je veux dire 
obtonue enne faisantprononcer que les voyelles, notam- 
ment la voyelle È, sans concours apparent des muscles 
de la gorge. 

Dans le second cas,. le son de la voix présente un 
caractère tout spécial qui le distingue du précédent. Le 
gonflement des amygdales entrave la contraction du 
voile du palais et empêche cet organe do remplir une 



— 108 — 

de ses fonctions les plus importantes qui consiste à 
fermer la route des fosses nasales. C'est pourquoi le 
son prond, dans ces conditions un caractère qui parti- 
cipe à la fois du guttural et du nasal. Il faut attendre 
alors quo l'inflammation disparaisse ou bien détermine*' 
la cessation de cet état par l'emploi de remèdes appro- 
priés. 

Enfin, sila voix gutturale provient de faux mouvements 
de quelques parties de l'organe vocal, on peut en 
corrigeant ceux-ci modifier entièrement le résultat, En 
général c'est la langue qui, se retirant trop en arrière, 
resserre tout à la fois l'isthme du gosier, l'arrière 
bouche et le pharynx. On devra donc ramener la laugue 
en avant en abaissant sa base, de manière à ce que le 
voile du palais puisse fonctionner librement et à ce que 
le souffle puisse sortir par la bouche sans difficulté 
aucune. 

Un autre défaut fréquent chez les sourds-muets est 
celui de la voix nasale. Il provient du relèvement 
exagéré de la base de la langue qui va s'appuyer contre 
le voile du palais, l'empêche de se relever, de donner 
libre sortie à l'air par la bouche et force le souffle à 
prendre la route des fosses nasales. Dès lors, il suffira, 
pour iaire disparaître le défaut en question, de ramener 
la langue plus en avant en abaissant sa base, on même 
temps qu'on s'eflorcera d'apprendre à l'élève à contracter 
à élever le voile du palais, à respirer par la bouche et 
par le nez. Je n'approuve pas le procédé qui consisterait 
à fermer les narines au moyen des doigts ou de quelque 
autre façon, attendu, que c'est remédier à l'efiet sans 
supprimer 1 la cause. Quelquefois la voix nasale dépend 
d'imperfections organiques et alors ilseraimpossiblede 
la corriger, 

Il n'est pas rare que la voix de nos pauvres sourds- 
muet sorte rauque, voilée. Ce défaut paraît tenir spécia- 
lement à la présence d'un excès d'humiditésur les lames 
vocales, déterminé et entretenu par une irritation chro- 
nique de la muqueuse laryngienne, trachéale ou bron- 



— 109 — 

chique. Le timbre rauquo peut provenir aussi de cris 
exagérés ou d'irritations passagères. Un tel défaut ne 
peut disparaître que par suite de la cessation des causes 
qui l'entretiennent. 

Tels sont les vices de timbre que présente le plus or- 
dinairement la voix du sourd-muet. On ne les trouvera 
pas tous réunis àunmême moment et dans un seul sujet ; 
mais on pourra avoir, à lutter tantôt contre l'un, tantôt 
contre l'autre, souvent contre plusieurs à la fois, en 
telle sorte qu'on ait à les combattre tous. Aussi faut-il bieu 
les connaître afin de pouvoir faire face à tous avec 
énergie chaque fois qu'on les rencontre et qu'il est 
possible d'en triompher. 

Quand nous aurons obtenu de nos élèves un timbredevoix 
normal, nous chercherons à le renforcer, à le rendre 
agréable, à l'améliorer le plus possible au moyen 
d'exercices appropriés, courts et fréquents et, avant de 
passer à autre chose, nous habituerons aussi peuàpeules 
enfants à dégonfler naturellement les poumons en faisant 
répéter plusieurs fois de suite et d'une même émission 
desoufHe un son donné. Nous les exercerons à mettre 
enmouvementtoutes les partiesdumécauismequidoivent 
ensuite concourir à la formation de tous les sons dont se 
compose la parole articulée. 



Défauts de la nature et défauts de l'art 

Le timbre des sons que rendent les divers instruments 
de musique dépend, comme chacun sait, de la disposition 
des parties de ces instruments et de la subtance dont 
ils sont formés. Il en est de même de la voix humaine 
tirant, elle aussi, ses qualités do la conformation et de 
la nature de l'organe vocal. En se bornant à considérer 
sous ce double rapport l'appareil oral on n'aperçoit 
peut-être pas tout d'abord que la voix du sourd doive, 
au point de vue de ses qualités, différer en rien de celle 



— 110 — 

de l'entendant; mais il faut remarquer que l'inertie dans 
laquelle est resté l'organe du sourd-muet et d'autres 
causes qu'il n'y a pas lieu'dhenumérer ici peuvent l'avoir 
sensiblement détérioré, troublé rendu peu propre à 
émettre un son harmonieux par défaut d'élasticité dans 
les mouvements, d'intensité dans les vibrations, do 
résonance dans les diverses parties. Aussi est-il tout 
naturel que la voix du sourd, sp-écialement quand il 
s'agit de sourds de naissance ou de sujets affligés depuis 
longtemps de cette infirmité, se trouve souvent grêle, 
voilée, rauque, caverneuse, très peu harmonieuse et 
très inférieure à celle de l'entendant parlant. Le maître 
pourra sans doute, a la suite d'exercices bien dirigés, 
patients, prolongés, rendre les mouvements de l'organe 
plus prompts et plus alertes, améliorer et relever un 
peu le son de la voix, mais il n'arriverajamais à triom- 
pher entièrement de tels défauts. Dès lors, si par ces 
causes organiques et d'autres encore, la voix de nos 
sourds-muets rendus parlants doit toujours laisser 
beaucoup à désirer, il faudra bien s'y résigner, puisqu'il 
s'agit de vices dérivant de la nature et qu'il n'est pas en 
notre pouvoir de faire. disparaître. 

Mais si, déplus, la paro.le de nos sourds dèmutisês est 
émise avec effort, scandée, "saccadée ; si les poumons 
manœuvrent mal, à la façon d'un piston qui fournirait 
l'air irrégulièrement ; si nos élèves n'arrivent qu'avec 
peine à unir les syllabes en mpts et les mots en proposi- 
tions, en phrases ; si la parole est indistincte, confuse 
difficile à saisir pour l'auditeur, ce ne sera plus un défaut 
de la nature, mais un défaut de l'art resté impuissant à 
remplir toute' sa charge. De même il faudra s'en prendre 
à l'insuffisance de l'art, si les sourds démutisés man- 
quent de certaines articulations, (sauf les cas d'impossi- 
bilité physique ) et s'il se produit dans leur organe vocal 
des mouvements exagérés et mal réglés. 

On peut donc, comme conclusion, dire que le 'timhre 
de la voix des Sourds-muets, de même que celui de la 
voix de Tentenda'nt, dépend de l'état et de la nature de 



— 111 — 

l'organe vocal, mais que l'exactitude des mouvements, 
la régularité de la respiration, l'émission naturelle du 
son et de la parole dépendent entièrement de l'habileté 
du professeur. Ce critérium nous permettra de déter- 
miner avec précision ce que l'on doit concéder à la 
nature et ce que l'on peut exiger de l'art, avant de com- 
mencer l'enseignement des diverses articulations, 



Des lettres de l'alphabet 



Supposons-nous arrivés au point où le jeune élève 
"sait émettre la voix naturellement, avec facilité et se 
trouve en état de satisfaire aux principales exigences 
delaphonation, tant pour avoir amélioré les conditions 
dans lesquelles s'effectue l'acte de la respiration que 
pour avoir assujetti à sa volonté les organes destinés à 
exercer sur le son une très grande influence modifica- 
trice. C'est alors qu'on pourra commencer l'enseigne- 
ment des diverses articulations qui constituent les 
voyelles, les consonnes et les combinaisons réalisées 
avec ces éléments. Mais, avant de traiter ce sujet, il est 
bon d'indiquer la nature de ces éléments, leur nombre, 
leur classification et l'ordre successif qu'il convient 
d'observer pour les enseigner (1) 



Les voyelles constituant la base de tout le système 
phonétique et la formation des consonnes ne pouvant 
être obtenue sans qu'on ne prenne un point d'appui sur 

(1) Nous croyons devoir supprimer ici quelques considérations qui, se 
rapportant exclusivement à Pai.phabet italien, n'ontquepeud'intérét, 
pour le lecteur français. On voudra bien se rappeler à cette occasion 
que le petit traité du P. Mattioli a été écrit en vue de l'enseignement 
dans les Institutions d'Italie et que, par conséquent, l'on ne doit pas 
y chercher de détails sur le mécanisme des sons et articulalions dont 
la langue italienne ne fait pas usage, par-exemple les voyelles fran- 
çaises u, eu, la consonne j de notre langue, (noie du traducteur). 



— 112 — 

les voyelles, la raison cou me la nécessiié exige qu'en 
enseigne d'abord les voyelles, puis les consonnes (2)' 
La question pourrait s'élever de savoir si les voyelles 
dont l'étude doit venir en premier rang doivent être en- 
seignées seules ou bien unies à quelques consonnes. Il ne 
sera pas mal d'adopter, tout à fait au début, ce dernier 
procédé comme se prêtant à une perception plus facile, 
mais quand on en sera arrivé au point où nous sommes, 
au point de commencer l'étude de l'articulation propre- 
ment dite, il sera bon d'enseigner les voyelles à part, 
sans faire pourtant de ceci une loi étroite et d'y joindre 
ensuite une à une toutes les consonnes. "A. tout prendre, 
h importe peu qu'on adopte un système ou l'autre, 
pourvu que les sonssoientémis avec netteté et précision, 
avec un caractère bien distinct, sans effort, et tout à 
fait naturellement, de manière en un mot à être claire- 
ment discernés par un auditeur. 



(^1 suivre) 



(2) Cette règle, on le sait, ne peut être absolue et beaucoup de 
professeurs d'un trèsgrand mérite eslinieutqu'il y a lieu de commencer 
par des souffles, soit continus comme k, soit explosifs comme p et i, l'en- 
seignement de l'articulation. Beaucoup de maîtres recommanden t en ou- 
tre, etàjuste raison suivant nous, de faire réahseraussitôt que possible 
les combinaisons les plus faciles de voyelles et de consonnes et d'en- 
tremêler, par ordre de difficultés, l'enseignement des voyelles avec 
celui des consonnes. Au reste la conclusion formulée par no'reauteur 
dans les dernières lignes du présent chapitre ouvre une voie à la conci- 
liation des opinions, (note du traducteur). 



113 — 



REVUE DES JOURNAUX ÉTRANGERS 



REVUES ITALIENNES 

De 18T2 à 1833 le journal de Sienne, « Veducaxione dei Sor- 
do;nuti» se chargea de faire connaître au monde les doctrines 
et les travaux de l'école italienne. Cette Revue de Sienne, 
fondée par le regretté père Pendola était comme une tribune 
où les meilleurs m litres de l'Italie venaient tour à tour 
prendre la parole. Mais où sont maintenant les Tarra, les 
Mirchio, les Pellicioni ? La mort a arraché la plume de leurs 
m lins défaillantes. Des rivalités s'élevèrent parmi les repré 
sentants des diverses institutions. — Le journal avait vécu. 
«A quoi bon écrire, me disait l'abbé Tarra, d'illustre mémoire, 
si mes articles doivent provoquer des polémiques, si on ne me 
lit que pour me critiquer. — J'aime mieux faire des livres 
pour mes sourds-muets. — Eux du moins me comprennent, ils 
savent combien je les aime ; ils m'écoutent avec leur cœur. » 

Et voilà comment pendant 7 ans les instituteurs italiens en 
furent réduits à travailler pour les revues étrangères. Le 
besoin d'un organe de publicité se faisait sentir partout, à 
Sienne comme à Milan, à Milan comme à Turin. 

Le printemps de 1890 a fait pousser les nouvelles feuilles : 
Nous avons maintenant trois revues pour une : 

Les années d'abondance succèdent aux années de famine. — 
Abondance de biens ne nuit par ! 

1. Il M?ssaggiere italiano del insegnamento orale per l'edu- 
cazione del sordo-muto. 

(Le messager italien de l'enseignement oral pour l'éducation 
du sourd-muet). 

2. Il Sordo-Muto. Le sourd-muet, revue mensuelle pour 
Yèdueation et le traitement des sourds-muets. 

3. L'educasutne d?i sordo-muti. (l'éducation des sourds- 
muets. 

Le premier de ces journaux a paru au mois de Mai, le second 
au mois de Juin, le troisième au mois de Juillet. Nous commen- 



— 114 — 

corons notre compte rendu par le dernier venn, qui parait 
devoir être le plus important. A tout seigneur, tout honneur! 

L'Éducazione dei sordo-muti. Comme le phénix «l'éducation 
des sourds~muéts» renait de ses cendres. Parmi les rédacteurs, 
on lit avec plaisir les noms depuis longtemps connus de 
Pasquale Fornari, Carlo Perini, Cappelli. Ferreri. Puissent 
les nouveaux-venus se montrer dignes de leurs devanciers, 
puisse le nouveau journal de Sienne ne point faire regretter 
l'ancien. — 

Sous la signature dé Vittorio Banchi nous trouvons une 
préfaee-qui sert à la fois de programme et d'avis au lecteur. 
Nous y voyons qu'un otologiste do talent Vittorio Grazzi a 
promis son concours au journal, et on nous promet « de 
suivre le mouvement littéraire et scientifique qui, en ce qui 
louche notre art, s'effectue hors de l'Italie;, et principalement 
dans la laborieuse Allemagne.» Enfin le journal publiera une 
revue des principales publications de- l'étranger. Cette revue 
des journaux, est à -notre avis une«des parties les plus 
importantes, et il faut bien le dire, les plus négligées 
des publications spéciales à notre enseignement. 

L'éminent professeur P. Fornari, commence une savant*? 
étude sur l'alphabet. M. P. Fornari pense qu'il reste encore 
beaucoup a faire pour améliorer la parole des sourds-mue ts 
.il remonte à l'origine de l'alphabet, il rappelle que les carac- 
tères écrits ne correspondent pas toujours aux sons articulés, 
il insiste sur l'importance des voyelles ; il montre qu'il y en, a 
au moins 7 dans la langue italienne, c'est-à-dire 2 de plus 
qu'or _ _ : i écrit; il proteste, en s'appuyant sur l'autorité do P. 
Bonct, contre la pratique qui consisteàme ttresesdoigtsdans 
la bouche des élèves. Les études si savantes et si originales du 
Professeur Fornari, sont de celles qui valent la-peine d'être 
traduites avec tout leur sel. 

L'article sur « l'otologie- dans les institutions de sourds- 
muets est signé V. Grazzi, déjà nommé. 

M. Périni propose que des instituteurs de sourds-muets 
soient adjoints au jury chargé de délivrer les diplômes d'ins- 
tituteurs. Sa réclamation est trop juste pour qu'il n'y soit pas 
fait droit. — Les considérations sur les écoles maternelles pour 
les sourds-muets présentées par GiusoppeCapperuccis ont àlire 
également, ' 

L'auteur manque d'enthousiasme pour les «asiles infanti- 



— 115 — 

1rs » il refuse de prendre au sérieux les résultats que l'on 
prétend obtenir dans nés asiles, il aimerait mieux voir pro- 
longer la durée des études dans les divers établissements de 
sourds-muets. A l'heure qu'il est, dit-il, si 50 sourds-muets 
briguent une place dans l'école nous avons la douleur d'en 
exclure 40 â tout jamais. 

Au lieu de créer des asiles infantiles pour quelques privi- 
légiés mieux vaudrait donc créer des écoles où tous les sourd s 
muets recevraient l'iustruction à laquelle ils ont droit. 

Gf. Ferreri commence un compte rendu subtantiel du 
congrès des instituteurs de sourds-muets allemands. Nos 
lecteurs sont renseignés là-dessus. Suivent des articles 
bibliographiques consciencieusement faits. 

Il Sordo-Muto. — L© Sourd-Muet s'imprime à Milan. Les 
deux premiers numéros ont déjà paru.— Le directeur est le 
professeur Giovanni Longhi, professeur d'otologie à l'univcr-' 
site de Pavie, spécialiste pour les maladies de l'oreille à l'Hô- 
pital-Majeur de Milan, et directeur de l'InstitntOtotliérapique 
de la même ville. C'est avant tout un journal médical. 

La partie didactique est confiée aux professeurs de' l'Ecole 
de sourds-miiets pauvres fie Milan sous, la- direction de 
L, Molfino. 

La direction générale du journal regarde M. Melchierre 
Rininio, inspecteur et secrétaire de l'Institut Otothéi'apique. 

Le premier numéro contient le compte-rendu de l'Institut 
Olothérapique (Décembre 89). 

D'après la statistique qui nous est présentée, parmi 10? 
enfants des deux sexes, au-dessous de neuf ans, qui ont été 
soignés à l'Institut pour diverses maladies des oreilles, on a 
constaté 3i cas de guérison. une grande amélioration dans 29 
cas — une amélioration sensible dans 10 cas. — 27 sujets seu- 
lement sont restés dans le même état (stationnaires). 

Nous glissons sur les remerciements à la presse, surledis«- 
eours de M. Rinino à la première assemblée des promoteurs de 
l'Institut, et sur les renseignements concernant le- fonction ne. 
mentde cet établissement pour arriver à l'article deM. Molfino 
en l'honneurde l'abbé Tarra. Après avoir évoqué avec émotion^ 
le souvenir de son ancien maître, le professeur milanais rap- 
pelle que Tarra nourrissait quelque défiance â l'égard de l'oto r 
jogie et desotologistes, et explique comment il a été amené 
lui, disciple de Tarra, à prôner l'otohogie à la suite de Ja 



— 116 — 

guônson d'un de ses élèves, Giovanni Fossati, guérison qui 
sera l'objet d'une communication postérieure. Nous souhai- 
tons de tout cœur, mais sans grand espoir, que cette cure 
cesse d'être une exception, et que le pi ofesseur Molfino voie 
réaliser ses espérances au sujet du traitement de la surdi- 
mutité chez ses autres élèves, 

Chacun lira avec intérêt le compte-rendu de l'inauguration 
du monument élevé à Tarra dans son école des Pauvres. Les 
discours de MM. Casanova et de H. Molfino mériteraient d'être 
cités. 

Le second numéro du „ Sourd Muet „ conçu dans le même 
esprit que le premier, contient une partie médicale et une 
partie pédagogique. 

La partie médicale traite des bruits subjectifs de l'oreille 
dans l'otite interne ( Gradenigoj et de la surdité et du surdi- 
mutisme ( G. Longhi ). 

Dans la partie pédagogique nous lisons le commencement 
de deux articles intéressants sur la mèlhod* iorale pure et sur 
les écoles maternelles et les Instituts Otothërapiques. Nous re 
parlerons de ces études lorsqu'elles seront finies. Pour le mo. 
ment contentons-nous d'analyser l'article de M. H. Molfino 
sur la mimique. C'est une réponse à un journaliste italien, 
lequel, après avoir constaté que les élèves des classes inférieures 
parlent mieux que ceux des classes supérieures, demande qu'i. 
soit fait une largeplaceà la mimique rationnelle dans la métho- 
de orale. Le remède est pour le moins original et il n'y avait 
qu'un journaliste pour le trouver. 

M. Molfino rétorque ensuite le fameux article du dictionnaire 
Larousse qui a déjà fait le tour du monde et dont les hérésies 
pédagogigues menacent de devenir légendaires. Parlantdu con 
grès des sourds muets tenu à Paris en 1890, l'auteur demande 
depuis quand on consulte les malades sur les- remèdes qui leur 
conviennent. A ceux qui prétendent que la mimique est natu 
relie aux sourds-muets, il répond : « Oui comme il est naturel 
aux ivrognes de boire du vin, mais il ne tient qu'à eux de se 
corriger. » 

il messaggiere itauano. Le Messager est publié par le P 
Lino Lazzeri, directeur de l'Institution de Turin. Ancien pro.1 
fesseur de Sienne, le Père Lazzeri a été à bonneécole: il a reçu 
les leçons dePendola, et de Marchio ; et il a prouvé maintes fois 
qu'il en avait profité. Le Messager en est déjà à son 3* numéro 



— 117 — 

et on ne saurait lui contester le mérite d'être arrivé bon pre- 
mier. Le Père Lazzeri nous apprend qu'il a fondé à Turin un 
asile infantile pour les sourds-mnets. Cet asile infantile rap- 
pelle par plus d'un côté Vècole maternelle que les sœurs de 
Nevers ont créée à Bordeaux. On trouvera dans les premiers 
numéros du Messager des renseignements intéressants et très 
complets sur ce nouvel établissement. 

Dans son dernier numéro le Père Lazzeri adresse a Tarra un 
souvenir ému à l'occasion de l'inauguration du monument de 
l'École des Pauvres de Milan. 

Dans les numéros 2 et 3 M. V. Bianchi s'occupe des moyens 
d'améliorer la prononciation des sourds-muets, soulignant 
les voyelles pour les faire mieux prononcer, en faisant lire 
en mesure, etc, Encore un article qui mériterait les honneurs 
de la traduction. 

Le Messager reproduit le résumé de la discussion qui a eu lieu 
au Congrès de Cologne sur l'internat et l'externat, discussion 
que nos lecteurs connaissent déjà. 

A signaler également un article signé Y sur les moyens de 
diagnostiquer l'infirmité auditive lisez de reconnaître la sur- 
dité chez les enfants en bas âge. 

Il suffit de jeter un coup d'oeil sur les revues italiennes 
pour seoonvaincre que les otologistes sont rentrés en grâce 
auprès des instituteurs. 

Le vent est au traitement de la surdi-mutité. Puisse-t-il 
soufller longtemps et surtout amener des résultats. Nous sui- 
vrons avec un curieux intérêt les efforts réunis des médecins 
et des instituteurs consacrés au soulagement de la même infor- 
tune. 

Mutas 



Organ der Taubstummen-Anstalten. 

Les numéros 4 et 6 contiennent la suite de l'excellent travail 
de M. Kull (Zurich) " l'école primaire et l'école de sourds- 
muets " et de l'article de M. Kerner : " le nombre et le pre- 
mier enseignement du calcul au point de vue physio-psycho- 



— 118 — 

logique démontré théoriquement et pratiquement par égard 
dux sourds-muets, mentionnédans le numéro 3 de la revue. 

Au numéro 4 se trouve aussi la fin de l'article de M. 
Heidsiek : "A mon cher et vieil ami Tobie. " 

Le numéro 5 donne un article par M. Erhardt (Saint-Galle) 
directeur de l'institution cantonale des sourds-muets, homme 
fort pratique ; son école est une des meilleures dans les pays 
de langue allemande, L'article porte le titre : " Quelques 
propositions sur l'éducation des sourds-muets d'intelligence 
faible, mérite toute notre attention. M, Heinrich (Wiesbaden 
publiedans le même numéro la. première partied 'un travail sur 
le bégaiement, qui contient des conseils fort- utiles. 

Le numéro 6 porte en tête une touchante poésie par M. 
Erbrich (Metz) en souvenir du centenaire de la mort de S. 
Heinicke. -•- Hoffmann (Francfort) traite de l'organisation 
d'une école pour l'enseignement primaire des enfants faible- ' 
ment doués qui est ouverte depuis peu de temps à Francfort 
s-M. C'esl une création toute nouvelle qui mérite d'être prise 
en considération. 

Reuschert (Strasbourg) parle avec une grande connaissance 
de cause des gravures, destinées à l'enseignement par les 
yeux. 

Les premières pages du numéro 7 contiennent le program- 
me du 2" Congrès national des instituteurs bavarois des sourds- 
muets qui aura lieu du 3 au G Août cette année. 

Le dimanche 3 Août, il y aura séance préparatoire. Lundi 
4 Août à 8 heures du matin réception à l'institut des sourds 
muets, exercices pratiques dans les classes, visite à la clinique 
pour l'otoiatrie et à l'institut physiologique de l'université, 
démonstration sur diverses parties de l'oreille par le docteur 
Kirchner, conférence par le docteur Fick sur la formation 
des sons ( phonétique ) suivie de démonstrations. Kirchner 
et Fick sont professeurs à l'université. 

Le Mardi S Août, conférence par le docteur Schœnlein de 
l'institut physiologique sur un sujet qui n'est pas encore dé- 
signé, des conférences par différents, maîtres de sourds-muets 
etc. Mercredi 8 Août, visite à l'établissement des sourds- 
muets de Gerlachsheim (Bade). 

Ont proposé des conférences : I Hahn-Nurnberh sur l'en- 
seignement obligatoiredes sourds-muets. 2 Kling-Frankeiithal 
sur la lecture sur les lèvres. 3 Krois-Wurzburg sur la con- 
centration de l'enseignement. 



— 119 — 

M. Kull (Zurich) et M, I. K<u*ner donnent la suite de leurs 
intimas 5 int> articles, le p.'dmier su." „ l'école prim lire et l'école 
di sourds-muets „ et b s-îconl sur „ le nombre et le premier 
ca33ig;ieonnt d.i cxlcul au point de vuephysio-psychologique 
etc. „Ce sont des travaux remarquables qui méritent toute 
notre attention. 



Blaetter fur Taubstummenbildung 

M, Heinrichs Brùhl publie dans les numéros 8 et 9 la suite 
et la fin de son article sur les travaux manuels, mentionné 
dans la revue de Juin. 

M. Tietjen (Wildeshauscn) traite au numéro 8 l'historique 
de nos organes vocaux c'est une étude qui prouve que M. 
Tieljen a une connaissance littéraire fort étendue, 

Sous le titre : de la pratique pour la pratique M. Reichwein 
montre dans le même numéro comment il enseigne le calcul 
avec les nombres de 1 à 20. M. Kopka traite le même sujet 
dans les numéros 10 et 11. 

M. Tôpler, l'un des rédacteurs des Blaetter, publie en sou- 
venir du centenaire de la mort de Samuel Heinicke une 
esquisse historique dans laquelle il fait ressortir d'une 
manière claire et nette l'importance de Heinicke pour l'école 
des sourds-muets et l'école primaire ; l'article est 1res bien 
écrit Le même éloge mérite M Prussing (Schneidemiïhl) pour son 
article aux numéros 10, 11 et 12 "le nouveau prophète" dans 
lequel il traite du livre de M. Heidsiek, dont il avait déjà été 
question à plusieurs reprises. L'article ne laisse rien à désirer 
quant à la fiancliise«avec laquelle l'auteur traite son sujet. M. 
Prussing montre à M. Heidsiek avec un grand savoir tous l'os 
côtés faibles de son ouvrage. 

Nous trouvons dans les numéros 13, 14 et 15 la suite des 
articles de M. Prussing et Kopka, déjà mentionnés, et puis le 
commencement d'un traité sur la méthode de l'enseignement de 
l'iiistoire sainte par H. Stolte. 

C .Renz— Stuttgart. 



— 120 — 

ALLOCUTION 

ADRESSÉE 

A Monseigneur BÉCEL Evêque de Vannes 

(Suite) 



Sans transition je passe à la seconde phase de notre 
enseignement. 

Cette seconde phase, n'étant qu'une transition, offre 
moins d'intérêt que la première et encore moins 
que la troisième. Je serai donc bref, je me bornerai à 
quelques mots de nature à vous intéresser. 

Dans notre enseignement j'ai rencontré un homme 
remarquable, M. Valade-Gabel, instituteur et écrivain 
qui a joué un rôle pédagogique assez considérable. Il a 
laissé après lui des ouvrages sur notre enseignement 
qui ont une valeur réelle, ils font autorité. 

Un jour je reçus dans ma classe la visite d'un de mes 
amis, habile démutisateur, lui. En sa présence, j'interro- 
geai tous mes élèves un à un. Puis, après les avoir ran- 
gés sur une seule ligne, je leur fis énoncer à tous, et à 
tous ensemble, diverses articulations. Pour prolonger 
le son plus ou moins longtemps je tirais une ligne hori- 
zontale en disant par exemple : A 

TA 

PA_ 



Pour élever la voix je tirais "une ligne verticale 
Pour baisser le ton c'était une ligne | perpendicu- 
laire. 



— -121 — 

Pour saccader les sons je faisais avec la main, de 
petits mouvements brusques | | | III 

ta. ta. ta. fa. fa. fa. 
Ce qui me flatta singulièrement, c'est que mon visi-*- 
teur, homme rompu au métier, me -dit : Je vais 
adopter .quelques uns de vos . procédés ; or, il était 
inventeur d'une méthode ingénieuse qu'on a désigné 
par un mot, grec d'origine, Phbnodactylologïe. 

Il rangeait autour de la tête,- divers signes dàni 
lesquels entraient des lettres de l'alphabet des sourds- 
muets, et môme des groupes de lettres; signes de rappel 
pour les mots. De sorte que les élèves lisaient ces signes 
des mots et aussi les signes labiaux sur les lèvres, signes 
des paroles. 

Arrivés au point de pouvoir lire, sans tout cet écha- 
faudage, ses sourds-muets parvenaient à lire couram- 
ment, les paroles sur le3 lèvres de leurs interlocuteurs ', 
et à parler eux-mêmes très distinctement. 

On s'est moqué de ce mécanisme quelque peu com- 
pliqué. Las mailleures choses trouvent toujours des con 
tradicteurs surtout parmi les sots, dont le nombre est 
nfini nous dit l'Ecriture sainte. 

Heureusement mon F. Bernard de Poitiers était têtu 
comme un breton, comme un homme supérieur qui va 
droit au but. 

Il a réussi à former à la parole un certain nombre de 
sourds-muets. De ce nombre le jeune Oherprenet qui 
maintenant dirige un atelier de statuaire à Limoges. Et 
c'est lui, m'assure-t-on, qui sculpterala statue de marbre 
du F. Bernard et cette statue sera placée avec honneur 
dans l'école que dirige cemodeste savant L'artiste de Limo- 
ges ne manquerapas de réussir.pour peu que la reconnais- 
sanceledirigeadansson travail, ce dont je ne doute pas. Ce 
jeune homme, habile dans son art et qui parle avec le 
premier venu, lit couramment sur 1" s lèvres de ses 
interlocuteurs les paroles qu'on lui adresse et articule 
très distinctement. Je puis le certifier, mainte et mainte 
fois j'ai causé avec lui. 



_ 122 

Le (fève Bernard de Poitiers, et le frère Louis de 
Nantes où il dirigea avec succès l'école des Sourds-muets, 
vont avoir l'un et l'autre leurs statues élevées par la 
reconnaissance. Je me rejouis de grand cœur de cette 
pérennité de bon aloi. Que de gens de nos jours ont été 
gratifiés d'une statue et qui certes sont loin de l'avoir 
aussi bien méritée. 

Honneur aux Frères de Sai-ntrrGabriel, honneur à 
ces modestes savants ! 

Ayant vu ces deux gloires de deux de mes amis, je 
mourrai content et j'irai dormir en paix mon long 
sommeil, qui cessera au premier coup de clairon que 
les anges de la résurrection générale feront retentir 
aux quatre coins du monde. 

Alors debout, j'irai, j'en ai la douce espérance, rejoin- 
dre mes chers confrères de la muetterie et j'aurai le 
bonheur de me retrouver avec eux parmi les sourds- 
muets et les sourdes-muettes que j'ai éduqués et nous 
répéterons ensemble le glorieux Ephpheta, 

Pour être dans le vrai, je dois dire que l'exemple du 
jeune Cherprenet est une merveilleuse exception. Et 
cette exception, nous pouvons le croire et l'espérer 
finira par devenir la règle presque universelle. Grâce à 
la Méthode oralepure. 

(4 suivre) 

Is. Bouchet 



— 123 - 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Institution nationale de Paris, —La distribution des 
prix aux élèves de l'Institution Nationale de Paris aura 
lieu le Samedi 9 Août 1890 à 3 h. de l'après midi sous la 
présidence de M. Jules Simon, sénateur; membre de 
l'Académie française. 



* 
* * 



L'asile infantile de Turin.— L'asile pour petits en- 
fants sourds-muets des deux sexes qui doit s'ouvrir très 
prochainement â Turin, comme annexe à l'Institut Royal 
recevra des internes et des externes âgés de 5 à 9 ans^ 
L'âge de sortie est fixé à 10 ans. 24 élèves sont déjà ins- 
crits. Le but de la fondation est défini comme suit : 

1° Donner aux petits enfants sourds-muets des habi- 
tudes d'ordre et d'obéissance de docilité, de réflexion. 
Les habituer en même temps â s'occuper, au moyen 
d'ouvrages en papier* en bois, etc. à la portée de leur 
âge et les préparer à l'éducation morale, religieuse et 
civique. 

2° Les préparer aux cours réguliers d'étude du langage 
qui devront se faire par la méthode orale. On soutiendra 
exclusivement pour cela aux exercices qui réclament 
nécessairement l'articulation naturelle des syllabes, des 
mots, et les communications par la parole. 

3° Fortifier en tant que de besoin la constitution 
physique. Améliorer la faculté auditive toutes les fois 
qu'on en aura la possibilité. Les moyens ordinaires à 
employer dans ce but seront : un régime sain, des occu- 
pations en rapport avec l'âge des enfants, la propreté, 
la gymnastique, l'exercice ou autre régime hygiénique 
qui sera prescrit par le médecin spécialiste chargé de 
ce soin. 



— 124 — 

Examens de fin d'année. C'est M. l'Inspecteur géné- 
ral Regnard, assisté de M.. Colmet d'Aage. - membrede la 
Commission consultative qui a présidé cette année la 
Commission d'examen des élèves de l'Institution de 
Paris. 

Les examens des maîtres de l'institution pour l'obten- 
tion d'un grade supérieur ont eu lieu du 16 au 22 Juillet 
sous la présidence de M. le Docteur Regnard. 

Ont été déclarés admissibles : 

Pour le grade de professeur-adjoint : MM. Boyer, 
Thollon, Liot, Rolland, Giboulet, Dejean, Binon, Bricq 
Richard et Roger. 

Pour le grade de répétiteur de 1 er classe: MM. Duvignau, 
Valhaire, Robbe, Pouillot, Drouot, Cornevin, Grandvillers 
Glavel. 

Pour le grade de répétiteur de 2 me classe: M. Lesieux. 



Distinctions honorifiques. — Nous sommes heureu x 
d'enregistrer les distinctions snivantes accordées à plu- 
sieurs de nos confrères à l'occasion du 14 Juillet et nous 
envoyons à tous nos plus cordiales félicitations. 

Officiers d'instruction publique. — M. A. Dubranle, 
censeur des études à l'Institution Nationale de Paris 
(une coïncidence heureuse à signaler, le môme jour le 
frère de notre excellent ami M. le commandant Dubranle 
officier d'ordonnance du ministre de la guerre était 
également nommé officier de la Légion d'Honneur) M. 
Alard professeur archiviste à l'Insiltution Nationale 
de Paris, doyen du corps enseignant 

Officiers d'Académie. M 1U Drouilleau. D ee de l'Institu- 
tion des Sourdes-Muettes dé Rillé-Fougères, M 611 " Pau- 
line Larrouy sourde-muette, Directrice de l'institution 
oron Sainte-Marie. 

; i ■ i ■ i i ■ n hm i 

L'imprimeur-Gérant, Eug. BELANGER rue saint-Jacques «5, Paris.. 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muets 

i 
6 m « année. N» 6 Septembre 1890. 



GUIDE POUR L'ENSEIGNEMENT DE LA PAROLE 

AUX SOURDS-MUETS 
par le R.P. Constantin MATTIOLI 

des Ecoles Pies 
Professeur à l'Institut Royal Pendola de Sienne 

traduit de l'italien, aoec l'autorisation de l'auteur, 

par O. Claveau 

{suite){i) 



Des Voyelles 

Le sujet dont nous abordons l'étude estle plus intéres- 
sant de tous coux dont nous ayons à nous occuper dos 
à présent et plus tard. En effet les voyelles forment la 
base de tout le système de la parole. C'est de la bonne 
ou de la mauvaise position prise pour les émettre que 
dépend pour la plus grande partie le caractère bon ou 
mauvais de la prononciation, Aussi nous attacherons- 
nous à traiter ce point avec le plus de clarté possible. 

Notre organe vocal se compose de trois parties prin- 
cipales : d'un corps vibrant, d'un agent moteur, d'un 
tube de renforcement. Toutes les fois qu'au moyen de 
l'agent moteur nous mettons en mouvement le corps 
vibrant, c'est-à-dire les cordes vocales, nous produi- 
sons un son qui passe de la glotte au tube de renforce- 
ment et s'y modifie, suivant les diverses dispositions 
données à ce tube, de façon à produire les divers 
timbres constitutifs des voyelles. 

(1) Voir la Revue Française du moisdeJuin 18 ( J0 et mois suivants. 



— 126 — 
De la Voyelle A 

Le timbre ou son lé plus'propre à servir de po nt de 
départ, de centre phonétique est celui qui constitue la 
voyelle A, car la position la plus simple et la plus com- 
mode que puisse prendre l'organe vocal est tout juste- 
ment celle qui correspond à l'émission de ce son. Il 
suffit d'ouvrir un peu la bouche et de laisser toutes les 
autres parties placées comme elles le sont normalement 
dans l'acte de la respiration naturelle. Durant l'émission 
du son A, de très légères variations se produisent dans 
le tube de renforcement. La base de la langue occupe 
une position moyenne, les piliers du voile du palais se 
rapprochent l'un de l'autre, le voile s'élève un peu. Ces 
positions prises déterminent la formation d'une ouver- 
ture que l'onde sonore traverse, après être sortie de la 
glotte, en prenant le timbre caractéristique de la 
voyelle A. 

Ce point étant bien déterminé, il sera très facile, 
comme nous le verrons, de se rendre compte exacte- 
ment de la formation des quatre autres voyelles. Celles- 
ci se divisent, d'après leur nature, eu deux groupes 
d'une part YO et Y OU, d'autre part 1' i?et 17. Leur for- 
mation dépend de deux mouvements très simples, 
opposés l'un à l'autre. Dans YO et YOU, la langue -"se 
retire en arrière ; dans YÈ et 17, elle se projette en 
avant. Et voici comment. 



Des Voyelles O et OU. 

Si au moment où nous prononçons ou sommes sur le 
point do prononcer la voyelle A, nous portons un peu 
en arrière et par suite relevons la base de la langue, le 
timbre de Y A se change immédiatement en celui de YO- 
Ceci se produit parce que la langue se rapprochant du 
voile du palais resserre l'isthme du gosier et que le son 
se répercute davantage dans le pharynx. 



— 127 — 

Si l'on, porte encore plus en arrière et en haut la baso 
de la langue, l'isthme du gosier se resserre encore 
davantage, la répercussion du son dans le pharynx 
augmente le son émis et prend le caractère qui constitue 
'a voyelle OU. 

Il convient de remarquer aussi que, dans l'émission 
des deux sons et OU, les lèvres se portent en avant 
pendant que la langue est ramenée en arrière et que la 
mâchoire inférieure se rapproche un peu de la supérieure. 

Si le son de VO se rapproche de celui de VA, ce sera 
la marque que la langue ne s'est pas portée assez en 
arrière, que sa base n'est pas aussi élevée qu'il le fVut et 
que la bouche est trop ouverte. Pour corriger ce défaut» 
il suffira de refouler un peu la langue et de diminuer 
l'ouverture de la bouche. Si, au contraire, le son de 10 
se rapprochait de celui de VOU, cela signifierait que la 
langue est ramenée trop en arrière, que sa base est trop 
relevée ou que les lèvres auraient été projetées en avant 
plus qu'il ne convient. 

Si le son de Y OU ne se distingue pas assez de celui de 
l'O, c'est que la base de la langue n'est pas suffisamment 
soulevée, ou que la bouche est trop ouverte, ou que les 
lèvres ne sont pas avancées autant qu'il le faudrait- 
Toutes ces corrections sont aisées à exécuter. 



Des Voyelles È et I. 

En ce qui touche le second groupe de voyelles, nous 
rappellerons ce qui vient d'être dit, à savoir que le mou- 
vement de la langue se réalise en sens inverse de celui 
qui convient à l'émission de VO et do VOU. Le point de 
départ est le même, c'est VA. Pour passer de ce son à 
celui de 17? (ouvert), il no laut qu'avancer un peu la 
langue en abaissant légèrement sa base, En outre, la 
partie moyenne de la langue se soulève vers le palais, 
tandis que son extrémité projetée en avant vient 
toucher légèrement les dents. Ce mouvement diminue la 



— 128 — 

hauteur du pharynx, élargit l'ouverture de l'isthme du 
gosier et la voix, au lieu de se répercuter seulement 
dans le canal pharyngieu, résonne également partout en 
prenant le timbre caractéristique de VÊ. 

L9 passage de YÈ à 17 est des plus simples : Il suffit 
d'avancer encore un peu plus la langue, de la soulever 
davantage vers le palais et de mettre son extrémité en 
contact ferme avec les dents. La diminution progressive 
et marquée de l'espace laissé entre les dents contribue 
pour une forte part à la production des deux sons dont 
il est question, spécialement du son /. 

Si VÊ tend à se confondre avec A, si le son émis se 
place entre ces deux voyelles, c'est la marque que la 
base de la langue s'est portée trop peu en avant ou que 
lo dos de la langue ne s'est pas relevé suffisamment ou 
qu'il reste trop d'espace entre celte face dorsale de. la 
langue et le palais. Pour arriver à reconnaître et à cor- 
riger plus sûrement ce défaut, il convient de remarquer 
que, dans l';l le dessus de la langue a une position hori- 
zontale et reste au niveau des dents, remplissant toute 
la partie inférieure de la -bouche. Au contraire dans VÊ 
la langue prend une forme assez sensiblement arquée et 
se soulève par moitié, au dessus du niveau des dents. 

Si l'on veut passer du son de VÊ (ouvert) à celui de YÉ 

(fermé), il suffira de soulever un peu plus vers le palais 
le dos de la langue, d'en appuyer la pointe avec plus de 
force contre les incisives inférieures et de diminuer 
l'ouverture do la bouche, Il faut aussi observer que, 
dans l'émission de YË (fermé) la langue reste presque 
toute entière au dessus du niveau des dents inférieures. 
Si, lorsqu'on fait prononcer I, lo son se confond avec 
celui de VÊ, cela veut dire que l'espace entre le dos de 
la langue et le palais reste trop grand. Si le son est in- 
décis, accompagné d'un sittlemont plus ou moins aigu, 
c'est la marque que la langue se rapproche trop du 
palais, fermant ainsi le passage à l'air. On corrigera ce 
défaut en faisant augmenter légérenumt lo vide laissé 



— 129 — 

contre la voûte palatine et la langue ou ouvrir un peu 
la bouche dans la mesure convenable. 

Les mouvements de notre organe vocal dont on vient 
de donner la brève indication ont, nous ne saurions 
trop le répéter, une importance capitale et de leur pré- 
cision plus ou moins grande dépend le plus ou le moins 
de clarté et de correction des voyelles et conséquemmeut 
de la prononciation. 

La théorie que je viens d'exposer sur la formation 

des voyelles me paraît bien simple et de nature à être 
comprise par tout le monde; mais on me dira qu'il n'est 
pas aussi facile de l'appliquer à l'enseignement. J'en de- 
meurepleiuementd'accord. lien est ainsi de toutes choses 
la pratique présentant toujours plus de difficultés que 
la théorie. Pourtant l'on arrivera à triompher, au moins 
engrande partie, de ces difficultés, sil'onsemetàrœuvre 
avec beaucoup d'application, avec une volonté ferme et 
constante. L'exercice attentif, en pareille matière, vaut 
certainement beaucoup plus que la théorie, mais celle- 
ci pourra néanmofns fournir de grandes lumières et de 
grands avantagrs, sùggôrer les moyeus et expédients à 
mettre en usage pour réussir dans cette entreprise 
malaisée. 













Exercices 




a 





ou è 


i 





ou 


è i 


a 


ou 


è 


i a 





è 


i 


a o 


on 


i 


a 


o ou 


è 



De la lecture des voyelles sur les lèvres 

Je ne crois ni hors de propos ni sans utilité de recom- 
mander qu'au fur et à mesure que l'élève apprend à 



— 130 — 

prononcer une voyelle, le maître apporte le plus grand 
soin à lui apprendre aussi à lire cette voyelle sur les 
lèvres d'autrui. Comme je me propose de parler ci-après 
dans un chapitre spécial, de ce sujet très important de 
la lecture sur les lèvres, je me bornerai pour le moment 
à dire quelles sont les caractéristiques externes dos 
voyelles. Et ceci, je le fais expressément pour donner 
lieu de remarquer dès maintenant qu'il n'est nul besoin, 
quand on enseigne l'articulation et la lecture sur les lè- 
vres aux sourds-muets, de recourir à l'exagération, sous 
prétexte que l'on ne serait pas compris autrement. 

Sous le rapport des mouvements externes, les voyelles 
se divisent en deux groupes et le point de départ est 
toujours la voyelle A, Lorsqu'on émet ce dernier son, 
'es lèvres prennent une position aisée, s'ouvrant entiè- 
rement mais sans aucune tension et restent dans une 
situation tout à fait naturelle. La bouche peut être plus 
ou moins ouverte. La langue n'est que très peu visible, 
presque point visible dans beaucoup de cas. Les dents 
inférieures se voient presque toujours. 

Quand on prononce 0, les commissures des lèvres se 
trouvent un peu avancées, la lèvre inférieure s'écartant 
un peu des dents par un mouvement en avant de bas 
ou haut; les diamètres des lèvres diminuent par consi- 
quent et les dents ne se voient plus. 

Quand on prononce ensuite OU, les commissures des 
lèvres se trouvent encore plus projetées en avant et s'a- 
baissent beaucoup plus. Les lèvres qui participent toutes 
les deux à ce mouvement prennent une position très 
tendue et détachée et leur milieu s'écarte beaucoup plus 
des dents. Leur diamètre diminue et la distance des mâ- 
choires se modifie un peu. 

Les positions propres à chacune de ces trois voyelles 
sont si bien marquées et distinctes l'une de l'autre que, 
si on les prononce naturellement et sans aucun effort, 
la lecture sur les lèvres en sera très facile. 

La formation de l'is 1 entraîne une position de l'organe 
vocal qui diffère nettement de la position requise pour 



— 131 — 

l'émission de VA au point de vue du mouvement à exé- 
cuter par les lèvres et qui est opposée à celle que re- 
quiert l'émission de l'O etdeVOU. Tandis quepourl\A les 
commissures des lèvres restent dans la position ordinai. 
re do la respiration ou s'abaissent un peu pour se main- 
tenir en avant, elles s'élèvent et se retirent en arrière 
pour la voyelle E, ce qui l'ait que lèvres s'appliquent da- 
vantage sur les dents. Mais c'est la langue qui fait le 
mieux discerner cette voyelle. En se portant en avant, 
elle fait voir son extrémité s'appuyant sur les dents in- 
cisives inférieures et, en se soulevant un peu elle se 
montre un niveau à colui des dents elles-mêmes. 

Quand on prononce/, la partie inférieure de la bouche 
en se portant vers la partie supérieure, rétrécit l'inter- 
valle que les dents laissent entre elles et la langue, en 
se soulevant davantage par ses bords latéraux dans, 
le voisinage do sa pointe, arrive à s'appuyer contre les 
dents canines supérieures,. pendant que la pointe elle- 
même reste toujours appuyée contre les incisives infé- 
rieures. Quoique projetée en avant avec plus de force- 
elle est peu visible et ceci par suite du moindre écarte- 
ment des dents et de^ lèvres. Ces dernières prennent 
alors une forme allongée et se rapprochent l'une de 
l'autre presque également sur tous les points. Pour c'ette 
voyelle aussi, leurs commissures sont rentrantes. 

Quand on fait prononcer VÈ et 1 /, il faut apporter la 
plu3 grande attention à ce que les commençants ne 
prennent la mauvaiso et lâcheuse habitude de contracter 
les lèvres avec ellc-rt, de projeter la langue trop en 
avant et, ce qui est pire encore, do serrer les dents. Ce 
que nous avons dit établit suffisamment que les mouve- 
ments extérieurs correspondant aux diverses voyelles 
sont bien caractérisés et distincts les uns des autres; que, 
par suite, nous pouvons, dès le début, habituer les en- 
fants à lire sur les lèvres les voyelles prononcées d'une 
manière tout à fait naturelle. 



— 132 — 

Des Consonnes 

L'enfant étant arrivé à prononcer clairement et dis- 
tinctement les cinq voyelles et à les lire vivement sur 
les lèvres du maître, nous pourrons dire que nous avons 
accompli une bonne partie de notre tâche, la plus essen- 
tielle et la plus ardue de l'articulation artificielle. Si, pour 
les consonnes, nous avons aussi à lutter contre des diffi- 
cultés nombreuses et graves, il sera plus aisé de les sur- 
monter en s'adressant à un élève déjà formé â l'observa- 
tion habitué à gouverner dans une certaine mesure 
les mouvements de son organe vocal, ce qui n'est pas 
une aide médiocre. 

En outre, l'expérience prouve que quand les enfants 
émettent correctement les voyelles, il est fort rare qu'on 
n'obtienne pas d'eux une prononciation claire, distincte 
intelligible, car les voyelles forment la base de cette 
prononciation, tandis que les consonnes n'en sont que 
de simples modifications. De plus, les consonnes ont 
toujours, en comparaison des voyelles, quelque chose 
de plus matériel, do plus visible, de plus facile à saisir 
notamment pai\ le tact. 

Tandis que, dans la formation des sons voyelles, il 
convient que les parties qui concourent à ce résultat 
restent dans une position ferme pendant la durée de 
l'émission, il faut, au contraire, que. pour articuler les 
consonnes, ces parties entrent et se maintiennent en 
mouvement. D'où il suit que les consonnes ne sont pas 
autre chose que les diverses manières d'intercepter le 
courant d'air venant de la glotte, sur les divers points 
du tube de renforcement et à l'aide des diverses parties 
qui constituent ce tube, soit avant que l'on ne prononce 
un son voyelle, soit au moment ou l'on cesse de l'émet- 
tre. Aussi le professeur d'articulation doit-il porter 
toute son attention sur ce.s diverses manières d'inter- 
cepter le courant d'air, sur les parties qui concourent 
à ce résultat et sur le mode de fonctionnement qu'elles 
prennent pour cela. C'est ainsi qu'on arrivera à décou- 



— 133 — 

vrir la nature spéciale ou caractéristique de chaque 
consonne et les points de contact qu'elles ont entre elles. 
Cette étude faite, il deviendra beaucoup plus facile de 
faire remarquer aux élèves où et comment se produit 
tel ou tel mouvement engendrant telle ou telle consonne 
Le maître abrégera ainsi le chemin, diminuera la peine, 
tant pour lui que pour ses élèves et arrivera à écarter 
beaucoup de difficultés qui se présentent comme insur- 
montables au professeur marchant à l'aventure ou com- 
me on dit à tâtons. 

Quant à l'ordre à suivre dans l'enseignement des con- 
sonnes, je crois qu'il est très avantageux de diviser cel- 
les-ci en groupes d'après le plus grand degré d'affinité 
de commencer par les plus faciles, se faisant de celles- 
ci comme une échelle pour arriver graduellement et 
naturellement aux plus difficiles en ayant toujours soin 
que, ce qui a déjà été appris ouvre la route pour ce qui 
nous reste à apprendre. Je crois qu'il faut aussi laisser 
de côté certaines articulations qui présentent ordinaire- 
ment des difficultés spéciales, celles qui supposent 
(comme les articulations doubles, par exemple PR, FL, 
etc) uneconnaissancepréalable de leurs éléments constitu- 
tifs et attendre que ces éléments soient bien connus des 
enfants, que l'habileté des élèves et leur aptitude soient 
devenues plus grandes, Il faut, bien entendu, excepter 
le cas où, par suite de circonstances spéciales ou for- 
tuites, des enfants posséderaient ces articulations ou 
feraient preuve d'une facilité exceptionnelle aies pronon- 
cer. Lesconsonneslesplusfacilessont les labiales, attendu 
que les mouvements qu'elles requièrent sont tout exté- 
rieurs et se perçoivent sans aucune difficulté, Nous 
commençons donc par là, Notons auparavant que pour 
les apprécier exactement et pour les enseigner avec 
sûreté, il faut les considérer sous un double aspect: sous 
le rapport de leur nature spéciale ou caractéristique et 
sous le rapport des moyens pratiques à adopter pour en 
enseigner la prononciation aux sourds-muets. 



— 134 — 

Des consonnes P, B, M, 

Occupons-nous du premier groupe des labiales consti- 
tuépar le P,\eB, et VM. Pour articuler le P, il faut fermer 
les lèvres, pousser le souffle en avant et s'appliquer a ou- 
vrir les lèvres par un mouvement brusque et instantané' 
Lorsque ces conditions se trouvent remplies, il sort de la 
bouche un jet d'air qui engendre le son ou bruit consti- 
tutif de la consonne eh question. Si, pendant que ce 
phénomène s'accomplit, l'on tient la main devant la bou- 
che, on percevra facilement le choc de l'air qui, après 
avoir été comprimé, sort avec force et vient frapper la 
main. En même temps on peut percevoir par le tact la 
vibration qui se produit dans la gorge. 

Quand au moyen pratique à employer pour faire pro- 
non cerle P, voici, suivant moi, commentondoit procéder 
On fera venir l'enfant devant soi en lui recommandant, 
l'attention. On prononcera plusieurs fois de suite pa...., 

pa....,pa pas trop vîte et d'une façon naturelle. En 

même temps, l'on fera porter l'une des mains de l'enfant 
sur la poitrine ou mieux sur la gorge du maître, afin 
que l'élève puisse se rendre compte des vibrations qui 
s'y produisent et comprendre que l'action'réalisée doit 
s'accompagner d'une émission de son. L'autre main de 
l'élève sera placée devant la bouche du professeur- 
de laçon à faire sentir les explosions du souffle qua 
détermine l'ouverture de la bouche. Après avoir répété 
cet exercice un certain nombre de fois et après s'être 
assuré que l'enfant se rend compte du mouvement cor- 
respondant au double phénomène qui s'accomplit, on 
invitera l'élève à imiter le maître et il ne faudra pas un 
grand nombre d'essais pour qu'il y réussisse. On devra, 
dès ce moment, faire grande attention à ce que Tenfant 
n'y mette pas trop de force, comme il arrive trop sou- 
vent, dans l'émission du souffle et à ce qu'il n'exagère 
pas les mouvements de la bouche et des lèvres. Pour lui 
faire comprendre que les dents inférieures doivent rester 
un peu écartées des supérieures avant et pendant l'ar- 



— 135 — 

ticulation de la consonne P, on pourra lui faire mettre 
e doigt entre les deux, rangées de dents du maître pen- 
dant que celui-ci se livre à la répétition de cette articu- 
ation. On doit faire intervenir un son de voyelle, sans 
quoi la consonne n'aurait aucun son. La voyelle qu'on a 
l'habitude d'employer la première dans ce but est la 
voyelle A, comme étant la plus facile. Lorsque l'enfant 
saura joindre le P à VA et sera en état de répéter natu- 
rellement PA, plusieurs fois de suite, d'une même émis- 
sion de voix, l'on s'ingéniera à ce que, toujours par voie 
d'imitation pure et simple, il en fasse de même avec les 
autres voyelles, supposé qu'il les connaisse déjà, ce qui 
est désirable. S'il-en est quelques unes qu'il ne sache pas 
prononcer, il faut laisser momentanément de côté la com- 
binaison correspondante et se borner à faire joindre la 
consonne aux voyelles connues de l'élève. On insistera 
amplement sur les combinaisons pa, po, pou, pè, pi> mais 
en évitant de fatiguer l'enfant. On les lui fera dire toutes 
et même plusieurs fois de suite s'il en est capable, d'una 
seule émission de voix, d'un mouvement tantôt lent et 
antôtaccéléré,enlui faisant commencer tantôt par l'u ne, 
tantôtpar l'autre, de façon à former d'ores et déjàl'organe 
vocal à se mouvoir avec agilité et avec élasticité, dema- 
nière aussi à habituer l'œil à discerner promptement les 
changements rapides qui se dessinent sur la bouche du 
maître. 



Exercices 

pa po pou pè pi 
po pou pè pi pa 
pou pè pi pa po 
pè pi pa po pou 
pi pa po pou pè 



— 130 — 

Nous ferons lire ce petit tableau dans tous les sens de 
droite à gauche de gauche, à droite, de haut en bas et de 
bas en haut pour habituer les enfants à a^ir avec promp- 
titude, à lire sur les lèvres et à prononcer mécaniquement 
toute espèce de combinaison de sons, en quelque manière 
qu'elle se présente, sans qu'il soit besoin de réflexion. 
Quand les enfants seront en état de lire sans hésitation 
tant sur les lèvres que sur le tableau les combinaisons 
ci-dessus et qu'ils les prononceront promptement et 
facilement, il conviendra de passer aux inverses : ap, 
op, oup, èp, ip, ce qui est d'une exécution fort aisé. 

Il faudra répéter ces exercices avec toutes les consonnes 
au fur et à mesure que les enfants apprendront à les 
articuler. Je ne reviendrai pas sur cette observation 
par ce que, pour changer c'est toujours la même chose 

(A suivre)- 



INSTITUTION DE BOURG (Ain) 



Discours prononcé à la Distribution des prix 
par le Directeur de l'Établissement 

C'est le 1 er janvier 1856, que, sous le patronage de M. 
le Préfet, lecomtedeCoetlogon, l'Institution des sourds- 
muets a été fondée par Mgr. Chalandon, évêque de 
Belley 

Placée d'abord prés de Brou, eHe fut transférée en 
1861, sur le coteau de Bel-Air, remarquable par ses ma- 
gnifiques points de vue et son air très pur. 

Sous l'administration de son premier directeur,! 'abbé 
Félix Bonnet, aujourd'hui capucin à Versailles, puis de 
son adjoint et successeur, la respectable abbé Morier, 
aujourd'hui curé de Ceyzériat, l'Institution pritbie,n vite 
de l'importance. Après eux, un instituteur spécial émi- 



— 137 — 

nent, le regretté abbé Goyaton y Introduisit l'enseigne- 
ment de la parole; innovation hardie qui paraissait alors 
une témérité, pour ne pas dire une utopie. Malheureu- 
sement les forces de l'abbé Goyaton trahirent son cou- 
rage, il succomba glorieusement au milieu de ses tra- 
vaux, laissant à son école les fruits de son zèle et le 
souvenir de ses vertus 

Dapuis, bien des choses ont été renouvelées encore 
et, espérons-le, améliorées dans l'Institution. Eafin, en 
1839, Mgr. Luçon, évêque de Belley, en confia la direc- 
tion à l'Institut des Frères des écoles chrétiennes, avec 
l'agrément de TA-dministration préfectorale. 

Aussitôt installés, les nouveaux maîtres ont fait béné- 
ficier l'Institution des méthodes et des procédés en usa- 
ge dans leur3 établissements similaires de Saint-Etienne 
et de Besançon 

Hàtons-nous de le dire, nous n'avons par eu grand 
p eine à prendre cette nouvelle direction : la bonne vo- 
lonté de nos prédécesseurs, le bon esprit des enfants 
d'abord et la belle disposition de l'établissement, tout 
a contribué à nous faciliter la succession de ce petit 
gouvernement 

Une chose remarquable, c'est l'isolement dans lequel 
les sourds-muets sont restés jusqu'au XVIII e siècle. 

A peine l'histoire des temps passés mentionne-t-elle 
quelques rares personnages qui s'en soient occupés. Le 
premier est un saint archevêque d'York, au VIII e siècle, 
il faut ensuite venir au XVI e siècle, ou quelques grands 
esprits s'occupent de guérir leur mutisme. 

Je ne veux point vous fatiguer de noms et de dates j 
mais je ne puis passer sous silence le célèbre Pierre 
Ponce, religieux espagnol qui apparaît le premier com 
me instituteur des sourds-muets. 

Avec lui, l'éveil est donné, chaquo nation viendra à 
son tour fournir un bienfaiteur. 

L'Espagne, donne encore Paul Bonnet ; l'Angleterre 
le savant Wallis ; la Suisse, le docteur Conrad 
Amman. Je ne nomme pas les autres, afin d'arriver, 



— 138 — 

plus vite à la France d'où partira la révolution pacifiqu e 
dont j'ai à vous entretenir. 

C'est ver3 le milieu du dix-huitième siècle, qu'appa-s 
raissent les trois plus grands bienfaiteurs, et amis des 
sourds-muets : Samuel Heinicke, qui ouvrit à Leipzig la 
première école fondée par un gouvernement. 

Vers la même époque, Un israëlite portugais, Rodrigue" 
Péreire vint en France et y obtint de grands succès danï 
l'éducation privée de quelques, élèves Péreire devint fa- 
meux un instant; malheuresement il n'eut pas de succes- 
seur et sa méthode resta dans le mystère de l'oubli. 

En môme temps parut l'abbé de l'Epôe, le Vincent de 
Paul das sourds-muets. Cet homme admirable, originai- 
re de Versailles fut amené par la charité, à la sublime 
vocation, qui devait l'immortaliser parmi nous. 

La vue de- deux pauvres petites sourdes-muettes res- 
tées seules, depuis la mort de leur premier instituteur 
le Père Vanin, lui fit une telle mipression qu'il résolut 
de les garder à sa charge. 

L'abbé de l'Epée vit peu à peu grandir sa famille adop- 
tive. 

Il se consacra à elle tout entier. Les trente dernières 
années de sa vie se passent au milieu de ses chers enfants 
dont il deveint l'apôtre. 

Il prêche partout l'éducation des sourds-muets sa 
parole persuasive fait écho dans le monde entier, à sa 
voix les écoles surgissent. De tous côtés on vient àParis 
voir ces pauvres déshérités qu'il a trouvé moyen d'ins« 
truire, Princes et rois se donnent rendez-vous dans sa 
modeste école. 

Comme ses contemporains et émules, l'abbé de l'Epée 
aurait voulut léguer à ses chers enfants, le don pré- 
cieux de la parole. — il ne lui fut pas donné de réaliser 
ce vœu. — C'est à ses successeurs d'aujoud'hui^ qu'était 
réservé ce dernier bienfait. 

Mais par quelle voie, nous est arrivé cette heureuse 
transformation consacrée aujourd'hui par l'expérience ? 
Il serait trop long de l'expliquer, car longtemps le lan- 



— 139 — 

gage des signes prédomina; il était jugé seule pratiqua 

En 1878, un premier Congrès international réunit à 
Paris quelques professeurs de diverses contrées. On y 
discuta la méthode orale; de hardis novateurs prouvé 
rent par des expériences qu'elle n'était non pas facile à 
réaliser, mais possible. 

Ce premier pas amena deux ans après, l'importante 
réunion de Milan où plus de deux cents professeurs 
(parmilesquels l'abbé Goyaton, représentaient la France, 
l'Italie, l'AUemage, l'Angleterre, la Russie, l'Autriche, 
l'Espagne et les deux Amériques. 

Las membres de cette impossante assemblée se sépa- 
rèrent après huit jours de sérieuses études : au cri 
de : Vive la parole: 

Quelle parole, Messieurs? La parole des sourds-muets 
C'étaient les sourds-muets qu'il s'agissait de faire parler. 
— Et la résolution prise a été tenue. 

Notre siècle si riche en inventions de tous genres, ne 
se terminera pas sans en voir une t plus merveilleuse 
encore . Les muets parlant. 

Le résultat est beau, mais Dieu seul connaît ce qu'il 
faut de patience, de tact et de persévérance, pour les 
amener às'exprimer convenablement et àliresurles lèvre s 
ou sur la bouche, de leurs interlocuteurs, puisque leur 
ouïe continue à leur retuser tout service. 

Comment parvient-on à dégager la langue de ces 
enfants, à leur faire produire des sons, dire des mots et 
des phrases sans le secours de l'oreille? Je vais essayer 
de vous l'exposer sommairement. 

Nous voici en présence de petits sourds-muets. Après 
les avoir intéressés préalablement, par quelques exerci- 
ces ouanouvements de mains, de pieds, de tête, de regard, 
nous commençons par leur apprendre à respirer, c'est- 
à-dire, pour parler simplement, à prendre de l'air, et à 
le rejeter régulièrement soit par la bouche, sait par le 
nez. Nous employons môme à cet effet la mesure musi- 
cale afinde mieux réglerlesmouvementsd'wspira/tonet 
ci 'expiration. 



— 140 — 

La bonne respiration acquise, on cherche la voix qui, 
chez le sourd-muet, est comme dans un état latent: On 
lui fait sentir par le toucher les vibrations ou ébranle- 
ment qui se manifestent au larynx ou au nez, lors de 
l'émission d'un son. 

Quand l'enfant a reconnu ces effets, non sur lui, mais 
surleprofesseur, ce qui, vous le comprendrez, est pour ce 
lui-ci un rudeexercice,onl'exciteâproduireenluimème 
cesébranlements. Presque aux premiers essais il réussit, 
à moins que ces organes vocaux ne soient gravement 
lésés ce qui est rare. 

On recommence jusqu'à ce que l'élève donne la voix. 

Je vous étonnerai en disant que c'est par le nez 
qu'elle se manifeste le plus tôt et mieux. 

La voix, ou autrement, la vibration des cordes vocales 
étant perçue et reproduite par le sourd-muet c'est assez, 
il ouvre la bouche dans les conditions voulues pou.i 
chaque voyelle, et il donne immédiatement a, o, é, i. 
etc. , car Messieurs, les sons voyelles de la parole 
dépendent de la disposition des organes. 

Le sourd-muet peut donc produire tous les sons sans 
le secours de l'oreille, il lui suffit de placer ses organes 
vocaux dans les conditions favorables à l'émission de la 
voyelle et de la consonne. La tâche du professeur est 
toutelàvis-à-vis de l'élève pourleguèrirde son mutisme; 
mais ce n'est pas la partie la plus difficile, quoiqu'elle 
s emble la plus merveilleuse. 

Notre élève est}démntisé, il parle, il lit. mais san s 
comprendre. Il faut arriver à son intelligence fermée, 
malgré l'implacable surdité qui est là comme une bar- 
rière infranchissable, barrière que la 'science humaine, 
avec tous ses efforts, n'a encore pu détruire absolument. 

Eh bien, Messieurs, ne pouvant aller à cette intelligen- 
ce par la porte des oreilles, nous sommes entrés par les 
fenêtres des yeux. 

En d'autres termes, au lieu de lui faire entendre la pa- 
role, nous la lui faisons voir. 

Voici comment nous obtenons cette seconde merveil- 



— 141 — 

le, bien plus laborieuse que la première. 

A rao3ure que les élèves parviennent â articuler un 
son, nous leur apprenons à le reconnaître sur le visage, 
aux mouvements extérieurs des organes vocaux. 

Comme los son3 différent entre eux,, les mouvements 
des organes différent aussi, et nos élèves sont exercés 
à saisir ces différences. Par ce moyen, quoiqu'ils n'en- 
tendent pas les sons, ils le3 reconnaissent, les voient en 
quelque sorte, et finalement les reproduisent. 

Nous appelons cela lecture sur les lèvres ou audition 
par les yeux. 

Vous croyez peut-être que maintenant tout est fini, 
puisque notre élève est démutisé et sait un peu lire sur 
lèvres ? Oh ! non, il faut l'instruire, lui apprendre le sens 
des sons qu'il voit et qu'il produit, lui apprendre à les 
lire sur un livre et à les écrire, le familiariser avec la 
parole d'autrui et surveiller la sienne. 

Cette surveillance de la parole d'un sourd-muet est 
peut-être ce qu'il y a de plus difficile, de plus fastidieux 
pour le professeur; et cependant c'est la plus importante 
des conditions, pour assurer l'avenir social de nos chers 
enfants. 

Pour favoriser cet enseignement, nous avons à notre 
usage, d'abord la bonne volonté et une grande, je vous 
assure ensuite divers intruments propes à notre établis- 
sementTout à l'heure on vous en donnera l'explication 
en faisant travailler les élèves. 

La parole du sourd-muet, quoiqu'on fasse, ne sera 
jamais si belle, si claire que celle des entendants, (nous 
ne faisons pas de miracle.) Mais malgré ses défauts cette 
parole luisera un don bien précieux qui le rendra à sa 
famille et à la société. 

Tout à l'heure vous, entendrez parler ces chers en- 
fants dontles voix sont très variées: les unes vous paraî- 
tront sourdes et criardes, les autres nasillardes et gut- 
turales, trop fortes ou trop ou faibles. Rien d'étonnant, 
elles sont encore neuves. Avec le temps elles se perfec- 



— 142 — 

tiennent, et la bonne volonté aidant, on les com- 
prendra. 

Quoi qu'il en soit de la parole du sourd-muet et mal- 
gré ses défauts, elle vaudra toujours mieux pour lui quo 
le morne mutisme. 

Dans la famille, dans l'atelier il sera compris et ne 
sera plus regardé comme un être à part. 

Et puis, est-ce. que tous les entendants ont une voix 
mélodieuse ? Est-ce que les nombreux étrangers qui sont 
au milieu de nous parlent tous également bien notre 
langue? Cependant tout ce monde est écouté. 

Oui> un sourd-muet qui parle, même mal, est un mira- 
cle vivant, il faut l'admirer et non le critiquer. 

Quant à nous, comme ceux qui travaillent au soula- 
gement de l'infortune., nous comptons sur la parole du 
divin maître, qui ne laissera rien sans récompense, pas 
même le verre d'eau froide donné en son nom... 

F, . . . Roger 



ALLOCUTION 

ADRESSÉE 

A Monseigneur BÉCEL Evêque de Vannes 

[Fin) 



Me voilà à la troisième et dernière phase de l'ensei- 
gnement donné aux sourds-muets, la plus importante. 
Je suis arrivé au plus intéressant de ma thèse histo- 
rique. Rendre la parole aux muets. 

L'abbé de L'Épèe, ne méconnut pas la possibilité de 
faire parler les sourds-muets, puisqu'il déclare textuel- 
lement que l'unique moyen de rendre les sowds-muets 
à la Société est de leur apprendre à lire des yeux la 
parole qu'ils ne peuvententendree^à s'exprimer de vive 
voix (Institution des sourds et muets 2* édition) et il dit 



— 143 — 

ailleurs, avec regret, qu'il n*eut pas le loisir de se 
livrer à ce travail de démutisation. 

La grande renommée de l'abbé de L'Épée empêcha 
l'attention du public de se porter sur un modeste et 
savant instituteur, son contemporain, qui pratiqua à 
Orléans la méthode orale, cet instituteur est l'abbé 
Deschamps 

Sous l'inspiration de Bébian puis dé Valade Gabel une 
heureuse réforme fut faite en faveur de laparole enseignée 
aux sourds-muets de l'Institution de Paris. Mais ce ne 
fut qu'en 1832, sous l'intelligente direction de M. Ordi- 
naire, que l'on tenta sérieusement d'enseigner aux 
élèves de la grande institution de Paris le langage 
parlé. 

Dix ans plus tard, grâce à la libéralité du docteur Itard 
un cours d'instruction complémentaire fut ouvert, et 
par une condition expresse du donateur, il devait être 
fait au moj'en de l'articulation et de l'écriture, à 
l'exclusion de tout autre système. Ce cours fut confié 
à M. Vaïsse qui devint un des champions de la nouvelle 
méthode, et qui, choisi comme Directeur do l'École de 
Paris en 1860, fit une place plus importante à la parole. 

Vint en 1880 le Congrès de Milan, dont j'ai eu l'heu- 
reuse chance de faire partie. Ce Congrès porta le 
dernier coup aux traditions qui accordaient à la 
mimique et à récriture une place que la parole 
seule a le droit de revendiquer dans notre en- 
seignement actuel. 

L'abbé Tarra zélé propagateur delà méthode orale pure 
en Italie, présida avec une grande distinction ce Congrès 
dont les membres se séparèrent au cri de Vivalaparola\ 
Vive la parole ! après avoir iormulé ce vœu caractéris- 
tique: «Considérant que l'usage simultané delà «parole 
et des signes a l'inconvénient de « nuire à la parole, à 
la lecture sur les lèvres « et à la précision des idées, 
déclare que la « Méthode Orale pure doit être préfé- 
rée. » 

Le Congrès National de Bordeaux en 1882, auquel j'ai 



— 144 — 

assisté, et le Congrès international de Bruxelles en 1883 
ont confirmé les décisions de celui de Milan. 

L'abbé Balestra, avec qui j'ai fait connaissance à 
Milan, et qui est mort dernièrement en Amérique où il 
était allé propager la Méthode Orale pure, a contribué 
puissamment a l'implanter en France. Il avait une foi 
robuste et très légitime en cette méthode, L'extraordi- 
naire énergie qu'il déploya à la répandre inspirait une 
confiance, que, par malheur, sa pratique défectueuse 
tendait à ébranler: cette observation critique, je la tiens 
de plusieurs professeurs qui l'ont vu à l'œuvre. 

L'utilité de notre méthode actuelle a été soutenue 
éloquemment par M. Franck, dans son beau et solide 
Rapport adressé après le Congrès de Milan à M. le 
Ministre de l'intérieur. 

Comme conséquence pratique, j'écrivis de Milan à 
la Chartreuse :« J'espère que nous finirons par avoir 
« autant d'esprit que les italiens, et que nous répéterons 
« en France le3 merveilles dont j'ai été témoin auriculaire 
«en Italie.» 

De retour à la Chartreuse, je donnai mes instructions 
ànos professeurs. Et plus tard des Professeurs de Saint- 
Brieuc, de Fougères, d'Angers etc. vinrent passer quel- 
ques semaines, chez nous pour s'initier à notre nouvelle 
méthode. Plusieurs de ces professeurs ont pu, ont dû de r 
venir plus habiles que nous. 

Ce ne fut pas sans peine que nous avons réussi plus 
ou moins, et il vous serait difficile do soupçonner les 
difficultés que nous avons eues à surmonter. 

La presque totalité des écoles en France pratiquons 
actuellement la méthode orale pure. 

Je m'arrête en répétant la réflexion de M. Morio, 
curé de votre Cathédrale, Monseigneur. Il disait il n'y a 
que quelques jours à nos enfants : 

« Vous parlez, mes enfants, non seulement avec vos 
« maîtresses, mais encore entre vous, avec vos parents 
« et avec les autres personnes, et aussi surtout avec 



— 145 — 

« Dieu comme font tous les chrétiens: vous pouvez prier 
« Dieu verbalement. » 

Mon Dieu, écoutez et exaucez les prières qui sortent 
du cœur et de la bouche de nos enfants. Ainsi soit-il. 

Is. Bouchet 



REVUE DES JOURNAUX ETRANGERS 



Organ der Taubstummen-Anstalten. 

Cette Revue porte à la tête du numéro 8 l'invitation à la 
22 e conférence des instituteurs de sourds-muets badois et 
wurtembergeois qui aura lieu le 16 et 17 Septembre à 
Niirtingen, petite ville du Wurtemberg. 

Voici l'ordre du jour de cette conférence : 

Lundi 15 Septembre: 1° Réception des membres de la confé- 
rence. 2° A 8 heures du soir conférence préparatoire. Mardi 
16: 1° Réunion des membres à l'école normale. 2> Leçonsprati- 
ques données par les intituteurs de l'établissement de sourds 
muets de Nurtingen et critique de ces leçons, qui occupent 
une place importante dans ces conférences. Chaque membre a 
le droit de dire son opinion sur la manière d'enseigner. La 
situation des instituteurs est parfois très-difficile, car ils sont 
exposés à une critique très-sévère, mais ils apprennent à con- 
naître par là les défauts de leur enseignement. 
3° Gymnastique des élèves filles et garçons. 

4° Le soir à 8 heures réunion des membres. 
Mercredi 17. Conférences suivies de discussion. Ces confé- 
rences seront faites par : M. Willareth, directeur à Gerlach- 
heim (Bade) sur la surveillance des élèves dans de grandes 
institutions ; M. l'inspecteur Streich-Bônnigheim (Wurtemberg) 
l'enseignement du dessin dans les écoles de sourds-muets ; 
M. Beck-Gmûnd (Wurtemberg), la gymnastique dans les éco- 
les de sourds-muets; M. Hâfter-Mersbourg (Bade), choix de 
métier pour les sourds-muets, M. Stein-Gerlachshein, quel- 



— 146 — 

ques idées sur les exercices de conversation, et M. Held-Nur- 
tingen (Wurttemberg), l'importance du sentiment linguistique 
chez le sonrd-muet et son développement. 

M. Kull (Zurich) termine dan» ce numéro son long article : 
l'école primaire et l'école de sourds-muets. C'est un travail qui 
fait honneur à son auteur et qui prouve un savoir très-étendu 
s'ir l'enseignement en général. — M. J. Kerner continue son 
intéressant travail sur le nombre. 

Blaetter fur Taubstummenbildung. 

M. Prussing-Schneidemuhl publie dans le numéro 16 la 
suite de son excellent article sur le livre de M. Heidsiek 
(Breslau) " le sourd-muet et son langage ", livre qui a fait 
tant de bruit à son apparition. L'article intitulé " le nouveau 
prophète " et mentionné déjà à plusieurs reprises est le meil- 
leur qui a été publié jusqu'à présent sur ce sujet et qui devrait 
être traduit en français pour démontrer aux ennemis de la 
méthode orale qui ont salué l'apparition de l'ouvrage de M. 
Heidsiek avec tant d'enthousi&me à quel point ce travail est 
illogique. M. Priissing mérite la gratitude de tous ceux qui 
désirent le bonheur de nos pauvres sourds-muets. — Ce nu- 
méro contient également la suite de l'article de M, Stolle 
méthode pour l'enseignement de l'Histoire-sainte 

C. Renz-Stuttgart 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Institution Nationale de Paris. — La distribution 
des prix à l'Institution Nationale de Paris, offrait cette 
année, un attrait tout particulier, elle devait être pré- 
sidée nos lecteurs le savent par M. Jules Simon, rémi- 
nent académicien, membre du Sénat. Aussi llassistance 
était-elle plus nombreuse que de coutume et débordait- 
elle de l'immense préau couvert artistement décoré pour 
la circonstance. 

Nous remarquons sur l'estuado aux côtés de M. Jules 
Simon: M. M. Monod, Directeur de l'Assistance Publique 



— 147 — 

au Ministère de l'Intérieur, Marguerie, Président de la 
Commission Consultative de l'Institution Nationale, le 
Docteur Regnard, Inspecteur Général du Ministère de 
l'Intérieur, de Saint-Sauveur, Chef de Bureau, Jacques 
Diputè de la Seine, Deltour, Inspecteur Général de 
l'Université, Martin, Directeur de y-Institution des Jeunes 
aveugles et Delabarre, receveur de l'Institution natio- 
nale, M. le Maire du cinquième arrondissement de Paris 
Enile Grosselin, chef du service sténographique à 
la Chambre des, Députés Félix Hément, Docteur Ladreit 
lie Licharrière, Médecin en chef de l'Établissement 
Chimpmas Profasseur honoraire: Le Directeur et le 
Censeur entourés du personnel enseignant de l'Insti- 
tution. 

Dans le discours d'usage, M. Poinsot professeur traite 
de la nécessité de fonder une ferme-asile agricole pour 
l'enseignement des sourds-muets d'intelligence faible. 

Des exercices sont ensuite exécutés par le3 élèves de 
I e , 2 e , 3°, 5% 7 e , 8», année. Puis l'éminent académicien |tint 
l'assistance sous le charme de sa parole. Nous reprodui- 
sons cette allocution charmante qui a été prise par la 
sténographie mais ce que nous ne pourons donner 
c'est le geste de l'orateur, sa diction parfaite ses inton- 
nations qui donnaient un charme spécial et tout parti- 
culier à la causerie du spirituel écrivain. 

La lecture du Palmarès parM. le Censeur termina cette 
séance intéressante. 
La rentrée des classes est fixée au Lundi 6 Octobre. 



Institution Nationale de Chambéry. Filles. — Le 
4 Août à 4 heures de l'après-midi a eu lieu dans la mai- 
son du Sacré-Cœur la distribution des Prix des élèves 
filles de l'Inslitution Nationale des sourds-muets de 
Chambéry présidée par M. Baudard Directeur de l'Insti- 
tution. 

Les élèvesont exécuté un jeu géographique. La France 



— 148 — 

a paru la première; après s'être nommée, avoir fait l'é- 
loge de sa situation physique, elle a salué l'Océan 
Atlantique sa limite occidentale. La Méditerranée et la 
Manche se sont présentées successivement de la même 
manière, chacune occupant en scène sa véritable posi- 
tion. La chaîne des Pyrénées d'abord, puis celle des 
Alpes se sont avancées. Le dialogue entre la France e l 
les Alpes a roulé sur la Savoie, surtout sur l'Institution 
Nationale des sourds-muets de Chambéry acclamée par 
la chaîne Alpestre. 

La France ayant fini de saluer ses principales limites 
a vu accourir à elle la Seine. Celle-ci a indiqué sa source 
son embouchure, les départements qu'elle traverse. A 
mesure que la Seine nommait ses affluents de petites 
sourdes-parlantes venaient se placer à droite et à gau- 
che du fleuve ; l'appel achevé fleuve et affluents out pris 
leur course et se sont précipités dans la Manche. 

La Loire, la Garonne et le Rhône ont dialogué à leur 
tour avec la France et exécuté les mêmes évolutions 
que la Seine. Alors la France a remercié ses mers, ses 
monts et ses fleuves de leurs nombreux bienfaits. Tous 
ensemble se sont écriés : Vive la France, vive la Savoie, 

Après la proclamation des prix une jeune sourde- 
muette a remercié M. le Directeur et toute l'Assistance. 

M. le Directeur a répondu qu'il était heureux de pro- 
fiter de cette occasion pour exprimer sa reconnaissance 
et celle de M. le Ministre et des familles. Il a félicité les 
maîtresses dévouées de ces jeunes enfants des résultats 
obtenus. 



L.impiimeur-Gérant. Eug. BELANGER Rue St-jacqus» 125, Pans 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muets 

6 m e année. N« 7 Octobre 1890. 



EPHEMERIDES 
de la Surdi-mutité en France 



OCTOBRE 

1. 1879. A la suite d'une mission accomplie à l'étran- 
ger par M M. Claveau, inspecteur général* 
des établissements de bienfaisance et Th. 
Denis, sous-chef à l'administration centrale, 
le Ministre de l'intérieur décide que la mé- 
thode orale pure, dont le Congrès de Milan 
de 1880devaitproclamer solennellement l'ex- 
cellence, serait exclusivement appliquée 
dans les institutions nationales de foiucls- 
muets. Cette décision reçoit son exécution 
dans l'institution Nation 1 " des sourdes-muettes 
de Bordeaux à partir de l'année scolaire 
1879, date véritable de l'importante réforme 
introduite officiellement dans l'enseignement 
des sourds-muets en France. 

i 1831 . Par son testament en date de ce jour, le L r 
Itard lègue a l'Institution des sourds-muets 
de Paris, 8000 francs de rente perpétuelle, 
pour y fonder une classe d'instruction com- 
plémentaire et six bourses triennales pour 
des élèves qui ont atteint le terme ordinaire 
des études. 

G. 1855. J. J. Valade Gabcl est rcnmé processeur à 
l'Institution des sourds-muets de Paris. 

14. 1831. M.Eugène Boulyj administrateur de l'hos- 
pice de Cambrai, fait entrer à l'institution 
des sourds-muets de Paris le jeune Guille- 
mont dit Benjamin, sourd-muet abandonné 



— 150 — 

dont il avait commencé l'instruction avec 
beaucoup de succès. Benjamin devint un 
professeur particulièrement apprécié de M. 
Claudius Forestier dont il est resté le fidèle 
collaborateur à l'Institution de Lyon. 
16. 1861. Décret confirmant à l'établissement des 
sourds-muets de Chambèry le titre d'insti- 
tution Impériale. 

22. 1827. Fondation sous la direction de l'abbé Borel, 

de la Conférence des professeurs de l'Insti- 
tution des sourds-muets de Paris. 

23. 1826. L'Académie Royale des Scienes adopte les 

conclusions d'un rapport qui lui est présenté 
sur un Mémoire du Docteur Deleau intitulé 
« Notice sur des sourds-muets qui ont re- 
couvré 1'oiiie, et quelques considérations sur 
les moyens d'être utile à ces infortunés.» Le 
rapporteur demandait qu'on appliquât aux 
expériences de M. Deleau une partie des fonds 
du legs Montyon 

25. 17i5. J. R. Péreire qui, se trouvant a la Rochelle 

y avait commencé l'instruction d'un jeune 
sourd-muet nommé Aaron Beaumarin, fait 
constater daus une séance publique les pre- 
miers résultats obtenus par sa méthode. 
(Lettre de M. Dupaty, membre de l'Acadé- 
mie de La Rochelle.) 

26. 1 750. Le duc de Chaulnes confie à J. R. Péreire 

l'éducation de son filleul Sabourenx de 
Fontenay, sourd-muet âgé de 13 ans. 
31. 1779. Premier entretien de J. R. Péreire avec 
Pierre Desloges qui, dans ses «Observations 
d'un sourd-et-muet sur un cours élémentaire 
d'éducation des sourds.et-muets», avait vive- 
ment défendu la méthode de l'Abbé de l'Èpée 
contre l'abbé Deschamps, 

(d suivre) 



- 151 — 

DISCOURS 

PRONONCÉ PAR M. JULES SIMON 

à la Distribution des prix de l'Institution Nationale 

de Paris 

Mesdames et Messieurs, 

A présent que M. Javal vous a présenté ses élèves, il 
vous présente un peu son Président. 

Je viens d'apprendre ici tout ce que je sais sur l'Ecole 
des Soards-Muets et j'ai bien peur, en vous en parlant 
à mon tour, de commettre quelques solécismes : je pense 
que M. Javal me remettra dans la bonne voie si j<i me 
trompe. 

A l'époque où mon attention a été appelée pour la 
première fois sur les sourds-muets, — c'est déjà bien 
lointain et, s'il n'y a pas un demi-siècle, il ne s'en faut 
guère. Votre Directeur était alors M. Delanneau, qui a 
été maire du V e arrondissement et directeur du Collège 
Sainte-Barbe, — à cette époque, dis-je, il n'était pas 
question de faire parler lessourds^-muets: on remplaçait 
la pai'ole par des signes. J'ai assisté une fois à une dis- 
tribution des prix, on fit venir devant nous des élèves 
qui, à l'aide de signes, pouvaient communiquer entre 
eux et avec leurs maîtres. On nous dit à la fin des exer- 
cices, qu'on allait nous faire voir une curiosité: Nous 
avons réussi, à force de peine, à faire prononcer par 
quelques-uns de nos enfants les mots d'une fable, et vous 
allez entendre l'un d'eux réciter Le Corbeau et le Renard. 
Nous entendîmes, en effet, un sourd-muet réciter cette 
fable de Lafontaine, » Je demandai à mon voisin si cet 
enfant savait ce qu'il disait, il me répondit : « Pas du 
tout. C'est un art singulier d'avoir réussi à le faire ainsi 
parler de manière à ce que les autres puissent le com- 



— '152 — 

prendre ; quant à lui, il ne sait pas de quoi il est 
question. » 

Je traitai assez durement cet exercice, parce jen'aim« 
£11 aucune matière ce qu'on appelle les tours de force 
Mais, entre umtour de force et ce que nous venons de 
voir aujourd'hui, il y a un abîme ! LTenfant que l'on 
nous avait présenté ne savait ce qu'il disait, tandis que 
vous venez de nous montrer des sourds-muets qui 
comprennent leurs maîtres et des muets qui nous 
parlent. 

C'est une transformation complète delà méthode et on 
peut affirmer que si l'abbé de l'Epée avait pu assister 
à -ces exercices, lui qui une première fois a sauyé les 
sonrds-muets, il proclamerait bien haut, que ses succes- 
seurs les ont sauvés une seconde fois. 

La méthode que vous employez — c'est ici que j'ai 
peur de me tromper — a beau être un trait de génie, 
elle est d'une telle simplicité qu'on s'étonne qu'on n'ait 
pas commencé par là. Mais pourquoi s'en étonnerait on? 
Jamais on ne commence par ce qui est simple : 
c'est toujours par des complications que l'on 
débute et 'ce n'est "qu'à force de tâtonnements qu'on 
arrive à trouver ce qu'on avait, dès les premiers essais 
sous la main. 

Je me rappelle ce que. m'a raconté un jour mon ami 
M. Schœlcher. Quand il a été obligé de s'installer en 
Angleterre, il ne savait pas l'anglais. Or, un homme 
qui ignore la langue du pays qu'il habite est un peu 
dan? la situation d'un sourd-muet. Que fit-il ? 

Je parie bien que si vous aviez été à sa place, vous 
auriez appelé tout simplement un professeur d'anglais, 
acheté une grammaire et probablement un guide de la 
conversation ; vous vous seriez enfermé trois heures 
par jour avec votre guide, votre grammaire et votre 
professeur et, au bout de six mois, vous auriez pu vous 
exprimer assez couramment pour faire dire à un cocher 
à qui vous auriez donné votre adresse : « Tiens ! voilà 
un Français ! » 



— 153 — 

Ce n'est pa3 ainsi que procéda Schœlcher, 

Il alla demeurer dans une famille anglaise qui habitait 
la campagne et où personne ne parlait français; comme, 
il fallait qu'il comprit ce qu'on lui disait et que les 
autres le comprissent à leur tour, il a lu sur les lèvres 
comma l'ont fait tout-à-1'heure vos enfants, et, à force 
d'essayer , il a trouvé très rapidement le mécanisme de 
la langue et a pu se moquer de ceux qui n'avaient suivi 
que les cours des universités et le3 leçons d'un profes- 
seur, Ceux-là le battaient par la théorie; mais que faire 
de la théorie d'une langue qu'on ne sait ni parler, ni 
comprendre ? La méthode de Schœlcher, Messieurs, 
c'est tout simplement la vôire. 

Vous mettez vos muets au milieu des gens qui parlent 
et vos sourds au milieu des gens qui entendent. Vos 
professeurs ne sont pas les vrais maîtres 4e ces infor- 
tunés, c'est la nature qui leur enseigne à parler et qui 
répare ainsi sa première faute, — avec votre concours 
cependant, — Je ne sais pas si, toute seule, elle s'en 
tirerait bien 

Jusqu'au moment où on a commencé à s'occuper de 
l'éducation des sourds-muets, je ne crois pas qu'il y eût 
sur terre des créatures plus déshérités. 

Si le sourd-muet était pauvre que pouvait faire ce 
malheureux hors d'état d'entendre et de parler? 11 était 
fatalement condamné à la mendicité 

Etait-il riche au contraire? Vous allez me dire qu'il était 
heureux d'être riche. Oui. si vous voulez : il était plus, 
heureux que l'autre, mais il n'en était pas moins condam- 
né à un des plus grands supplices que les plus cruels en- 
nemis de la liberté et de l'humanité aient jamais inven- 
tés, il était condamné à l'inaction perpétuelle. Si vous 
voulez vous représenter cet être qui ne pensait pas. qui 
n'agissait pas, dans l'esprit duquel ne passaient même 
pas des fantô:nes, vous avez devant vous Tidéal de la mi- 
sère humaine. 

11 faut quelquefois penser a celâmes enfants et vous 
maîtres, pensez-y aussi; enfants pour vous féliciter d'à- 



— 151 — 

voir de tels maîtres: maîtres pour . vous féliciter 
de la carrière que vous avez prise. Vous avez 
réellement tiré une seconde fois de l'abîme ces in- 
fortuné?, comme je le disais tout à l'heure, si l'Abbé de 
l'Epée les en a tirés une première fois; c'estàvous qu'ils 
devront de pouvoir entrer complètement dans la com- 
munion humaine. 

Je vois que vous apprenez aux enfants, si j'oubliais 
quelque chose, vous me le pardonnerez, je vois, dis-je, 
que vous leur apprenez à lire, à travailler et à parler. 

La lecture, nécessairement prend une très-grande 
place dans votre enseignement. Comme vous l'avez si 
bien indiqué, il faut distinguer deux choses : le méca- 
nisme de la lecture et la lecture proprement dite. Quand 
un sourd-mnet a appris le mécanisme de la lecture, et 
qu'on met entre ses mains un livre, il n'est pas en pré- 
sence de ce livre, dans la même situation que les autres 
enfants de son âge. 

Sans doute à un enfant de dix ans, je suppose, on lui 
donne unlivreen rapport avec son âge et on se garde bien 
de lui faire lire un traité de philosophie ou une disser- 
tation sur les ennemis de Racine. (Monsieur Jules Simon 
se tourne en souriant vers M,Deltour, inspecteur- gé- 
néral, qui a fait un excellent ouvrage sur les «.Enne- 
mis de Racine)Noi\, vous lui choisissez un sujet qui soit 
à la portée de son intelligence. Mais, Messieurs et vous 
surtout, mesdames, vous savez quel immense travail 
accomplit un enfant dans les premières années de sa 
vie ! Qnand on est arrivé, comme quelques-uns d'entre 
nous à l'extrémité de la vieillesse, on a un grand amas 
de connaissance que l'on a acquises au prix d'un péni- 
ble labeur; mais si on regarde tout cela, en se plaçant 
au point de vue philosophique, on reconnaît que dansla 
période qui va d'un jour à dix ans, on a appris infini- 
ment plus de choses, fait infiniment plus de choses, fait 
infiniment plus de progrès, déployé infiniment plus de 
talent et d'énergie que dans les âges suivants. Interro- 
gez un enfant de dix ans sur ce qu'il sait déjà et vous 



- 155 — 

verrez à quel point cela est considérable comme quan- 
tité et admirable comme énergie et comme bon sens. Et 
qui a fait ce miracle? La mère et la nature. 

Pendantcesdix années, la nature donne à l'enfant unp 
facilité immense et une crédulité extrême sans laquelle 
il resterait toujours un enfant. 

Quand au sourd-muet arrivé à l'âge de dix ans, il ne 
sait rien encore, tout ce travail intellectuel, il ne l'a 
pas fait. La nature lui a fait défaut et par conséquent 
l'éducation maternelle. Si on lui présente un livre, il ne 
ne sait pas ce qu'on lui veut. La plupart des mots repré- 
sentent des idées qui ne sont jamais entrées dans son es- 
prit. Ilfautqu'âcetàge, ilcommencele même travail qu'il 
aurait dû faire depuis sa naissance ; il a donc une lacune 
formidable à combler. Aussi j'admire vraiment qu'au 
bout de trois ou quatre années vous puissiez déjà tirer 
d'eux des explications qui dénotent un ensemble d'idées 
et de connaissanoes dues évidemment à votre précieux 
concours. Avant qu'ils soient capables de comprendre un 
livre avec la même facilité que leurs camarades du 
même, il dtfit s'écouler beaucoup d'années, mais je suis 
convaincu que le moment doit venir où le sourd-muet 
que vous aurez instruit sera en état de comprendre le 
livre et de profiter de la leçon des siècles. Outre la lec- 
ture, vous avez aussi l'enseignement professionnel. Je suis 
très au courant de cette question, parce que j'ai parcou- 
ru les programmes de l'année dernière et de l'année 
précédente. Je serais d'ailleurs très tranquille sur la 
bonne organisation de cet enseignement, en me souve- 
nant que c'est mon vieux camarade Corbon qui y a pré- 
sidé. Je suis bien fâché de ne pas le voir ici, j'aurais été 
três-heureux de féliciter publiquement ce vétéran du 
bien qui, depuis 50 ans que je le connais, s'est occupé 
un peu de politique, — je le reconnais; mais laissons la 
politique de côté — et énormément, et constamment 
d'humanité. 

Vous avez donc établi avec lui un certain nombre 



— 150 — 

cTateliers. J'en ai parcouru la nomenclature et j'y ai 
va d'abord la lithographie. 

Vous savez probablement que la lithographie est en 
ce moment en décadenee, qu'elle est en défaveur, ce 
qui afflige particulièrement deux de mes amis, ,Jean 
Gigoux, l'auteur de La mort du Titien que vous avez 
admirée dans le salon d'honneur de l'Exposition univer- 
selle, et Français, qui vient d'être nommé membre de 
l'Institut. Ils sont venus me dire : « La lithographie, cet 
art si charmant et si français, s'en va, aidez-nous à le 
sauver. » Sur mes instances, l'Administration des Beaux- 
Arts a bien voulu les autoriser a faire dans la salle 
Melpomène une exposition de lithographie qui s'ouvrira 
probablement en janvier prochain. J'espère bien que 
l'Institution des Sourds-Muets y p-endra part. Si je 
connaissais votre professeur de lithographie, je le sup- 
plierais de préparer ses élèves en vue de cette exposi- 
tion qui vous rapportera honneur et profit. 

Je n'ai rien à dire de la Typographie sur laquelle il 
fauirque je pas?e. Je trouve que vos élèves qui oat des 
idées justes sur beaucoup de points, en ont d'erronée? 
en ce qui concerne cet art. Ils ont bien pu dire ce que 
c'est qu'un écrivain, mais quand vous leur avez demandé 
de nommer un grand écrivain, ils ont, permettez-moi 
de le dire, battu la breloque. 

Vous avez fait une place au jardinage. Je vois l'école 
d'horticulture vis-à-vis de nous, elle est admirable, 
Elle ramène ma pensée à mon collègue M. Poinsot, qui 
nous a fait tout à l'heure un si excellent discours. Il 
vous a parlé des arriérés » Pourquoi dit-il, les laisser 
avec les autres ? ils attardent les élèves plus intelli- 
gente, et ils souffrent eux-mêmes en se comparant,» 
M. Poinsot voudrait les élever à pai^t et leur donner des 
occupations plus conformes à l'état de leur esprit, il 
demande pour eux une ferme. En attendant qu'on nous 
la donne: je me contenterais du jardin. Sans doute un 
jardin n'est pas la même chose qu'une ferme: il y a 
entre eux la même différence qu'entre un ourlet et une 



— 157 — 

broderie. L'un est un travail nécessaire, tandis que 
l'autre n'est qu'un ouvrage de luxe, mais que ce soit 
un ourlet ou une broderie, c'est toujours le même outil 
que l'on a au bout des doigts. De même, soyez jardinier- 
fleuriste ou simple garçon de charrue. C'est toujours la 
bêche, la herse ou le râteau, C'est le service de la terre 
ici dans sa richesse, et là dans son élégance. Cette idée 
de séparer les arriérés des autres enfants est heureuse, 
cela voudrait mieux pour leur amour-propre et pour 
leur éducation; tâchons d'obtenir cette sélection entre 
les élèves capables et ceux qui ne le sont qu'à moitié. 

Ce n'est pas seulement pour des arriérés, c'est pour 
tous les hommes que la culture de la terre est quelque 
chose de séduisant et de puissant. Je ne sais si vous avez 
l'habitude quand vous allez à la campagne, de causer 
avec les paysans. A.h ! il y en a qui ne valent pas grand 
chose au point de vue intellectuel; mais si vous rencon- 
trez un vieux paysan très-honnête et très sensé, qui ait 
passé sa vie dans les champs, vous aurez beau être des 
philosophes et des lettrés, il vous donnera des leçons 
que vous n'oublierez plus. 

C'est une bonne école, en effet, que l'école de la, terre: 
c'est l'école du soleil, c'est l'école de Dieu ! 

Aux champs, en présence de la nature, la civilisation 
n'apparaît qu'à sa place, c'est-à-dire comme un modeste 
et simple auxiliaire. Faites-donc une large part au jar- 
dinage dans l'école, et ayez si vous le pouvez, une ferme 
au dehors, pour les arriérés. Qui sait, si après avoir vécu 
avec la bonne nature et dans l'intimité de leurs bêtes, 
ils ne vous donneront pas la joie de constater que leur 
esprit s'est ouvert? Cette école-là, Messieurs, est l'école 
des simples ; ils la comprennent, ils l'aiment et ils en 
profitent. 

Un mot maintenant de la parole, qui est votre prin- 
cipal enseignement. 

Je crois réellement que vos élèves ne sont entrés en 
communion complète avec nous que depuis que vous 
leur avez appris à s'exprimer au moyen de la voix. 



— 158 — 

Il n'est pas toujours possible de trouver quelqu'un qui 
sache la mimique et on ne peut toujours écrire pour 
rendre sa pensée. M. Deltotir, votre professeur de philo- 
sophie, doit vous avoir appris que la mimique et l'écri- 
ture sont des procédés analytiques. Mais nous ne pou- 
vons pas sans cesse analyser; la vie se compose de 
quelques idées et d'infiniment de passions. Vous arri- 
verez bien à exprimer les idées par des signes écrits, 
mais vous ne pourrez jamais rendre la passion par ce 
procédé, c'est dans notre cœur que se trouve le foyer 
delapassion : c'est de là qu'elle sort, spontanée et puis- 
sante, avec grâce ou avec éclat, suivant que la nature 
la pousse. 

Eh bien, depuis que vous faites parler les muets, 
grâce à vos nouvelles méthodes, nous pouvons «répéter 
ce que disait M. Léon Bourgeois, il y a trois ans : Les 
sourds entendent, les muets parlent, le crime de la 
nature qui les a abandonnés au moment de leur nais- 
sauce, est réparé par le cœur et l'intelligence des 
hommes. 

Grâce à vous. Messieurs, nous sommes tous assis à la 
même table. 

Vous savez, mes enfanis, que nous sommes ici pour 
vous distribuer des récompenses ; je suis persuadé que 
si on laissait votre volonté s'exprimer, vous diriez 
comme moi que c'est surtout à vos maîtres qu'elles sont 
dues. 

Mais soit que ces récompenses viennent d'eux pour 
vous, soit qu'elles viennent de vous pour eux, elles sont 
reçues de part et d'autre avec le même plaisir et la 
même reconnaissance. 



— 159 — 

GUIDE POUR L'ENSEIGNEMENT DE LA PAROLE 

AUX SOURDS-MUETS 
par le R.P. Constantin MATTIOLI 

des Ecoles Pies 
Professeur à l'Institut Royal Pendola de Sienne 

traduit de l'italien, avec l 'autorisation de l'auteur, 
par O. Claveau (suite) (1) 



Des consonnes P. B. M. {suite) 

Pour prononcer le B, il faut fermer les lèvres com- 
me pour le P, mais avec moins de force. Ce léger relâ- 
chement laisse pénétrer entre les parois internes des 
lèvres et les dents une petite quantité de l'air qui se 
trouve renfermé dans la bouche venant des poumons. 
Le voile du palais moins tendu permet aussi à une mi- 
nime quantité d'air de passer par le nez. De ces deux 
circonstances résulte l'espèce de murmure qui précède 
et accompagne l'ouverture de la bouche et constitue la 
nature ou caractéristique de la consonne B. Si l'on por- 
te la main devant la bouche, on constate facilement que 
l'intensité de l'explosion est moins forte que dans l'arti- 
culation de la consonne P et, si l'on approche la main 
des lèvres, on perçoit une certaine vibration qui ne se 
produit pas pour la consonne P. 

Quand on enseigne au sourd-muet à prononcer le B, 
on pourra se servir à peu près du même procédé que 
nous avons indiqué pour le P, en prenant cette derniè- 
re consonne pour point de départ et on s'appliquant à 
faire sentir à l'élève la différence qui existe entre les 
deux articulations. C'est au tact et à la vue qu'on aura 
recourt. Approchons de nos lèvres la main de l'enfant 
pendant que nous répéterons alternativement et sans 

(I) Voir laHevue Française du moisdeJuiu I8y0 et mois suivants. 



— 160 — 

nous presser^, ba, pa,ba. L'élève ne tardera pas à 
s'apercevoir que pendant que nous prononçons ba, il se 
produit une vibration légère, mais facilement percepti- 
ble ce qui n'arrive pas pour le P.Nom tâcheron* d'obtet- 
nir qu'il reproduise lui-même le phénomène qu'il aura 
remarqué. L'œil s'aidera du petit mouvement que les 
lèvres exécutent en se portant en avant et de la manière 
moins brusque dont elles s'ouvrent. Là encore, après 
avoir obtenu de l'élève l'articulation ba, nous lui ferons 
joindre successivement le nouvel élément consonne à 
toutes les autres voyellesnaturellement et avec précision 
Nous veillerons à ce qu'il ne contracte point le défaut de 
la voix nasale, ni celui de gonfler les joues comme pour 
sonner de la trompette et nous nous garderons bien d'al- 
ler plus avant tant que l'on n'aura pas obtenu une 
articulation franche et aisée des syllabes composées 
avec le B. 

Pour articuler l'A/" il faut aussi fermer les lèvres mais 
avec moins d'énergie que pour les consonnes P et B 
Aussi quand elles s'ouvrent n'en résulte-t-il aucune es- 
pèce d'explosion. Le manque de tension et d'explosion 
des lèvres qui ne s'écartent point des dents quand on pro- 
nonce ï'm, toutes choses qui proviennent de la légèreté 
d'impulsion de l'air en avant, permettent au souffle de 
sortir par la route des fosses nasales en y produisant ce 
murmure qu'on entend se répercuter dans le pharynx 
avant que le lèvres ne s'ouvrent. Si nous portons la mai» 
aux lèvres, aux narines ou à la gorge, nous percevons 
un léger tremblement, effet de la cause que nous avons 
indiquée. 

On ne trouvera pas de grands obstacles pour passer 
de B à l'A/. Ledétai) le plus caractéristique à faire saisir 
par l'élève est cette espèce de vibration que l'on peut 
apprécier, avons-nous dit, aux narines, sur les lèvres, 
(sur la lèvre inférieure notamment) et à la gorge. Le 
maître fera porter la main de l'élève sur ces points et, 
après un certain nombre d'essais conduits avec soin, on 
arrivera à faire percevoir et apprécier ce phénomène 



— 161 — 

pir l'enfant, à le lui faire imiter. On lui fera remarquer 
aussi le manque d'explosion, la tension très légère des 
lèvres quand elles se ferment ou quand elles s'ouvrent. 
Dès que l'enfant se sera rendu compte de tout ceci e1 
saura articuler avec facilité et naturel ce nouvel élé- 
mant, il faudra l'habituer, suivant la règle générale, à 
le joindre à toutes les autres voyelles en veillant à ce 
qu'il prononce en voix de poitrine toutes les syllabes 
qui résultent de ces combinaisons, à ce que la résonan- 
ce des fosses nasales ne s'exagère pas, inconvénient qui, 
faute d'une attention toute spéciale, pourrait se produi. 
re avec la dernière facilité. Des combinaisons ma, mo 
mou, etc. On passera aux inverses am, om, oum, etc t 
Sans négliger de soumettre l'élève à des exercices 
courts mais très fréquemment répétés, portant sur 
toutes les combinaisons apprises jusqu'ici. C'est le mo- 
yen de rendre l'articulation plus sûre, plus correcte, 
plus ferme et, en même temps, de développer de plus en 
pluslespoumons.de donner plus d'agilité aux parties de 
l'organe vocal, d'affiner constamment l'éducation de l'œil 
appelé à reconnaître sur les lèvres du professeur et àdistin- 
guer les unes des iiutres les diverses combinaisons. 
Quand on se sera bien assuré quelesenfantsprononcent 
ce groupe de combinaisons à voix claire et distincte et 
qi'ils arrivent à les réaliser avec promptitude et sans 
hésitation, en quelque manière et sous quelque forme 
qu'elles se présentent, on pourra sans aucune appré- 
haasion et avec légitimo espoir de réussite, passer à 
l'enseignement d'un autre groupe. 



Des consoanes F et V 

Le groupe le plus aisé à enseigner tout de suite après 
les trois premières labiales p, b, m, me paraît être celui 
que constituent VF et le V. Ces consonnes diffèrent bien 
peu des précédentes. Dans l'articulation des premières, 



— 162 — 

la sortie de l'air s'échappant de le bouche est, comme 
nous l'avons vu, entièrement réglée par les lèvres. Dans 
l'articulation des secondes, elle est réglée tout à la fois 
par les lèvres et par les dents. C'est pourquoi l'on nom- 
me ces consonnes labio-dcntales. 11 n'est pas inutile de 
faire remarquer que l'on désigne VF sous le nom de 
labiale soufflante, le F sous la dénominatiou de murmu- 
rante orale, ces appellations servant à faire mieux res- 
sortir leur nature et la différence qui les distingue. 

On articule VF en appuyant légèrement la lèvre infé- 
rieure contre les dents incisives supérieures, mais en 
disposant ces parties de l'organe vocal de telle sorte 
qu'une petite portion de l'air s*échappant des poumons 
par la bouche s'ouvre un chemin entre la lèvre et les 
dents supérieures sans pouvoir toutefois pénétrer entre 
la lèvre et les dents inférieures. Au moment où la bou- 
che s'ouvre pour déterminer la formation de ce son, 
l'air sort brusquement et, en portant la main devant la 
bouche on en percevra très aisément l'impression. 

On arrive très facilement à enseigner cette consonne. 
Pour obtenir que l'élève nous imite, il suffit d'ordinaire 
de faire observer à quelques reprises sur nous-mêmes 
la position que prennent les lèvres en faisant tenir une 
des mains de l'enfant devant notre bouche, de manière 
à ce qu'il sente le choc de l'air qui sort pendant que 
nous répétons plusieurs fois l'articulation; Aussitôt que 
l'enfant aura saisi le mécanisme très simple qui forme 
cette consonne, nous la lui ferons joindre comme d'ha- 
bitude à toutes les voyelles. 

L'articulation du F se forme à très peu de chose près 
comme celle de VF. Toute la différence qui existe entre 
ces deux consonnes consiste dans la position de la lèvre 
inférieure par rapport aux dents. Tandis que pour VF 
la lèvre tend à se porter en avant, en laissant, comme 
nous l'avons dit, un petit passage à l'air, elle se replie 
en dedans pour le V comme pour fermer toute issue au 
souffle. L'adhérence plus grande contre les den<s fait 
que le courant d'air de la respiration se brise plus for- 



— 163 — 

tement qu'il ne le fait dans l'articulation de 1'^ et produit 
entre les lèvres et les dents un fort bourdonnement que 
l'on perçoit aisément par le tact et qui est précisément 
le caractéristique du V. 

Pour amener l'élève à passer de VF au V, il suffira 
d-e lui faire remarquer la différence dans la dis- 
position à donner aux. lèvres relativement aux dents 
et de lui faire contracter par le moyen du tact le bour- 
donnement, la vibration qui se produit entre la lèvre 
inférieure et les dents aussi bien avant l'articulation 
que pendant l'articulation. On veillera à ce que l'enfant 
s'habitue à fermer entièrement le passage à l'air en ap- 
prochant bien la lèvre inférieure des dents supérieures 
sans pourtant la trop replier comme s'il voulait la mor- 
dre ; car, si la lèvre se trouvait, soit trop relâchée, soit 
portée en dedans d'une manière exagérée, le timbre de 
la consonne s'altérerait peu à peu, arriverait à prendre 
une résonance nasale etdeviendrait tout-à-fait indistinct. 



De la consonne T 

Quand la prononciation des labiales et dès labio-den- 
tales sera bien assurée et réalisée promptement par 
l'élève, on pourra passera l'enseignement d'autres arti- 
culations en se servaut toujours de ce qui a été appris 
comme de trait d'union pour passer à ce qu'on doit ap- 
prendre. Si nous portons maintenant quelque attention 
sur le groupe des linguo-palatales dont l'articulation est 
la plus rapprochée des labiales, à savoir : T, D, N, L, F, 
L, G, nous remarquerons bien vite l'étroite analogie qui 
existe entre les consonnes P et T. Ces consonnes sont tou- 
tes deux des explosives et la différence qui existe entre 
elles consiste en ce que, pour la consonne P, l'explosion 
est déterminée par les lèvres tandis que pour le T, elle 
est produitepar la langue qui se détache brusquement 
du palais. 



— 164 — 

Lorsqu'on arrivera à enseigner cette dernière con- 
sonne, on fera remarquer à l'élève le phénomène que 
nous venons d'indiquer en lui faisant tenir la main de- 
vant la bouche du maître pendant que l'on articule. Il 
faudra aussi lui faire comprendre comment l'air qui, 
pour la consonne P, est arrêté par les lèvres, se trouve 
ici intercepté par la langue qui va s'engager contre le 
palais juste à la ligne d'intersection de la' rangée des 
dents et de la voûte du palais. L'introduction du doigt 
de l'enfant entre l'extrémité inférieure de la langue et 
le palais pendant que le maître articule servira aussi 
pour rendre l'élève adroit à imiter convenablement. On 
pourra encore obtenir le T en faisant mettre la langue 
et l'organe vocal de l'élève dens la position voulue et en 
l'invitant à prononcer PA, sans lui laisser f( rmer les 
lèvres. 



De la consonne D 

On pourra après le T enseigner tout de suite le D con- 
sonne semi explosive qui ne diffère de la précédeate que 
par le mode et le lieu d'explosion, Dans l'articulation du 
T le phénomène se produit comme on l'a fait remarquer 
déjà entre la pointe de la langue et la ligne d'intersec- 
tion de la rangée des dents avec la voûte du palais et 
de plus avec beaucoup d'énergie. Dans l'articulation du 
D au contraire l'explosion se produit entre 1»- dos de 
l'extrémité de la langue et la partie antérieure de la voû. 
te du palais, d'une manière plus légère et moins brus- 
que, elle s'accompague en outre d'un certain bruit ou 
murmure engendré par la répercussion de l'air qui est 
repoussé du palais vers le pharynx. Cette dernière cir- 
constance établit aussi un certain rapport entre le D et 
le B, l'articulation des deux consonnes présentant ce mê- 
me phénomène qui dérive de l'abaissement du voile du 
palais d'où résulte la sortie d'une petite quantité d'air 



— 165 - 

par les fosses nasales dans l'acte qui précède et accom- 
pagne la formation des deux sons. 

Pour enseigner le Z>, il suffit de faire apprécier par 
l'enfant en quoi cette consonne diffère du T et le phéno- 
mène qui la rapproche du B. A cette fin, nous lui ferons 
remarquer, outre les différences ci-dessus exposées 
conmontla langue qui, dan? le T exécute un certain 
mouvement de poussée en avant, ne fait pas ce 
mouvemant pour le D et se détache du palais de haut 
en bas d'une façon douce et très légère. 

Pour la résonance et le murmure de cette articula- 
tion, nous nous aiderons du B et, pour le mouvement, 
nous nous aiderons du T sous le bénéfice des différences 
déjà indiquées. 

De la consonne N 

La lingno-palatale N est dite murmurante-nasale par- 
ce que le murmure qui la précède provient des fosses 
nasales. 

Ce murmure, cette résonauce se fait sentir plus éner- 
giquemant dans l'articulation de l'JV que dans celle do 
toute autre consonne et provient de ce que la partie an- 
térieure de la langue, s'appliquant avec force contre la 
voûte du palais empêche l'air de se propager dans la 
partie antérieure de la bouche, d'en sortir et l'oblige à 
retournsr en arrière pour prendre le chemin des fosses 
nasales. Lo brait qui se produit alors dans cette cavité 
est semblable à celui qu'on a remarqué pour Y M, sauf 
qu'il est plus intense. La position que prend la langue 
est la nêirie que pour le D, à savoir que la face dorsale 
de la langue se rapproche, dans sa partie antérieure et 
non à la pointe de la voûte du palais et empêche entiè- 
rement la sortie de l'air par la bouché. II y a, pour l'ar- 
ticulation de l'JV, obligation absolue d'appuyer contre le 
palais la face dorsale de la langue et non la pointe. Au- 
trement l'on ne réussirait pas à obtenir la résonance 
nasale qui est nécessaire ; ce serait prendre une fausse 



- 166 — 

route; l'articulation s'abaisserait très vite et se perdrait 
même tout à fait. La formation de TjV ne comporte au- 
cune explosion. 

Arrivant à la pratique, il faudra faire comprendre à 
l'enfant qu'il doit placer la langue comme pour le D et 
nous nous servirons pour cela de la vue et du tact. Pour 
la résonance nasale qui est requise nous mettrons à 
profit l'articulation de Y M en recourant au tact pour fai- 
re percevoir cette résonance. On fera remarquer aussi 
le manque absolu d'explosion, la manière dont la langue 
se détache du palais et la position molle que prennent 
les lèvres, Dàsque le maître s'apercevra que l'élève s'est 
rendu compte jusqu'à un certain point delà marche à 
suivre, il devra se proposer comme modèle à l'eufant et 
ne point s'impatienter si celui-ci ne réussit pas du pre- 
mier coup, si l'on est obligé de recommencer souvent 
l'essai. Du moment où l'on verra que l'élève obtient 
quelque petit succès, on l'encouragera et peu à peu on 
l'amènera à prononcer la consonne avec grâce et natu- 
rel. Comme d'habitude, on lui fera joindre cette conson- 
ne à toutes les voyelles, en mettant la voyelle tantôt 
après, tantôt avant. Quand on aura obtenu aiusi les syl- 
labes na, no, non, ne, ni, et an, on, oun, en, in, (1) 
on exercera convenablement l'élève tant à les pronon- 
cer qu'à les lire vivement sur les lèvres d'un interlocu- 
teur. Toutes les fois que le professeur aura obtenu une 
nouvelle articulation ou sera occupé à l'enseigner, on 
n'omettra point de retourner en arrière pour amélio- 
rer ce qui a déjà été appris et pour empêcher que l'é- 
lève ne l'oublie. 

Du C (K qu) et du G (dur; 

Le second groupe des linguo-palatales est formé par 
le C et le G durs. Nous ferons remarquer avant tout 

(1) Il va sans le dire que, dans ces dernières combinaisons, I'n 
venant après la voyelle n'est pas un siçne pratique de nasalisation, 
mais quo ces syllabes devront reproduire le son que l'on trouve dans 
les mots français ane, cabane, AUNE, BONNE, laine, chêne, fine, 
(Note du traducteur) 



— 167 — 

qu'on désigne ces consonnes sous le nom de linguo-pa- 
latales postérieures pour indiquer qu'elles se forment 
dans la partie postérieure de la bouche et précisément 
dans la partie voisine de la base de la langue, Pour l'ar- 
ticulation des consonnes du groupe précédent, c'est 
comme nous l'avons vu, la pointe et la face dorsale de 
la langue dans sa partie antérieure, qui s'appuient con- 
tre le palais. Dans le cas présent au contraire, c'est 
la base de la langue ou la partie qui en est voisine qui 
remplit ce rôle. 

Le C (A) ressemble beaucoup au T au point de vue de 
la poussée en avant donnée à l'air et jusqu'à un certain 
degré au point de vue de la position à laire prendre^ à 
la langue. La partie postérieure de cet organe se rap- 
proche d'abord avec une grande énergie de la voûte du 
palais, puis, au moment de la phonation, sV.n écarte 
brusquement déterminant ainsi une véritable explosion 
comme pour les consonues P et T, avec cette seule dif- 
férence que dans la première (P) ce phénomène est 
déterminé par les lèvres, dans le T par l'extrémité de 
la langue se détachant du palais, tandis que, dans le C 
(K), l'explosion se fait entre le palais et la partie posté- 
rieure de la langue. 

Pour faire comprendre au commençant le mouvement 
propre à l'articulation du K, nous nous servirons du 
tact en portant l'une des mains de l'enfant sous notre 
menton. Il ne tardera pas à s'apercevoir des mouve- 
msnts successifs d'élévation et d'abaissement de la par- 
tie comprise entre le menton et le gosier pendant le 
temps que nous mettons â prononcer cette consonne. 
Nous nous servirons aussi de la vue en invitant l'enfant 
â regarder dans l'intérieur de notre bouche pendant 
que nous exécutons le mouvement, â voir quelle position 
prend la langue afin de parvenir à faire de même à son 
tour. On pourra lui donner aussi une aide très utile en 
lui faisant mettre un doigt entre la langue et le palais 
du professeur. Si l'emploi de ces moyens n'amène pas 
encore le succès, on invitera l'élève à prononcer le T, 



— 168 — 

et. en même temps, avec le doigt ou autrement on abais- 
sera et on refoulera nu peu en arrière la pointe de la 
langue. En usant de cet expédient, on obliendra quatre- 
vingt dix neuf fois sur cent l'articulation demandée. 
Lorsqu'on sera arrivé à ce but, il ne faudra pas manquer 
d'assurer convenablement le résultat acquis avant de 
passer à l'articulation d'autres consonnes. 

Le mécanisme qui convient à la formation du G dur 
est à peu près le même que celui du K, seulement la 
résonance, le mouvement propre au G, ont lieu pour 
cette consonne un peu plus en arriére et avec une éner- 
gie plus grande. Eu outre, la base de la langue, dans le 
mouvement qu'elle exécute pour se détacher' du palais 
en articulant le G, tend à s'élargir au lieu de se porter 
légéremeut en avant comme pour le K. Enfin l'articula- 
tion du G est précédée et accompagnée d'un léger mur- 
mure qui se produit dans la cavité laryngienne au 
point de déterminer une certaine vibration perceptible 
par le tact à l'extérieur. 

Pour faire remarquer à l'élève les petites difïérences 
qui distinguent l'articulation du K 1e celle du G. On 
pourra essayer de divers moyens, si le maître introduit 
dans sa bouche le doigt da l'enfant en le faisant péné- 
trer jusqu'au milieu du palais et s'il commence alors à 
prononcer, alternativement les deux sons, l'élève ne 
tariera pas à s'apercevoir que, dans l'articulation du K 
le point où la face dorsale de la langue se rapproche du 
palais est situé plus en avant que pour l'articulation du 
G et que, ponr cette dernière, l'arc for mé par la base 
de la langue est plus prononcé. Le professeur fera por- 
ter ensuite à sa gorge la main de l'élève et appellera 
l'attention de l'enfant sur la vibration qui se produit 
pour le G et non point pour le K. Si, pendant qu'il se 
prépare à articuler le D, nous lui faisons abaisser la 
langue en la repoussant un peu en arrière soit au 
moyen du doigt, soit au moyen d'une spatule, il y a des 
chances pour qu'on obtienne le G. Le bruit qui se 
produit dans le pharynx à la suite de ces deux mouve- 



- 169 — 

ments est le même dans les deux cas et toute la différen- 
ce résulte des positions diverses que prend le pharynx. 
Lorsqu'à l'aide de ces expédients et d'autres que pour- 
ront suggérer l'observation, l'adresse, la pratique, on 
sera arrivé au point que l'élève commence à comprendre 
et à exécuter les mouvements requis, on l'encouragera 
et on l'amènera tout doucement à articuler d'une ma- 
nière naturelle et claire cette consonne fort difficile. On 
procédera en ceci toujours par voie de simple imitation 
et jamais par voie d'efforts dont l'effet pourrait être fâ- 
cheux. On fera alterner dans les exercices ga, go, gou, 
gué, gui, avec ca, co, cou, que, gui pour habituer l'en- 
fant à apprécier promptement la petite différence qui, 
soit dans l'articulation, soit dans lalecturesur les lèvres 
distingue ces syllabes les unes des autres. 

Lorsque nous serons parvenus à ce degré il conviendra 
de faire une courte pause de revenir en arriére et de 
récapituler ce qui aura été appris précédemment au 
moyen d'exercices courts mais fréquemment répétés et 
variés. C es exercices qu'on pourra faire exécuter d'ensem- 
ble parles élèves delaclasseaurontpour but de fortifier 
et d'améliorer constamment la voix, de favoriser le déve- 
loppement de la respiration de corriger les défauts qui 
auront persisté ou qui seront survenus de rendre les 
élèves de plus en plus assurés et alertes dans la manœu- 
vre de cet iustrumentsi difficile si varié, si compliqué de 
l'organe vocal dans l'appréciation par la vue des mou- 
vements non moins variés et fugitifs que le jeu de cet 
organe fait apparaître à l'extérieur. 

( A suiore) 

Errata. — p.li7. ligne 3 et 4 au lieu de: la répercussion 
du son dans le pharynx augmente le son émis et prend le 
caractère etc . . il faut lire: 

La répercussion du son dans le pharynx augmente et 
le son émis prend le caractère etc. , 

p. 131. ligne 12. au lieu de: Elle se montre un niveau 
à celui des dents elles mêmes, il faut lire : 

Elle se montre prenant un niveau supérieur à celui 
des dents elles mêmes, 



170 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



BELGIQUE 

M. Snyckers. — Petit cours méthodique et intuitif de langue 
française à l'usage des écyles de sourds-muets. Livre dé lec- 
ture D. Petit in-12 91 p. 1890, 

Avec le livre D. M. Snyckers termine son petit cours 
méthodique et intuitif de langue française. En-tête du 
livre un programme pour les classes de 5 e année. Nous 
avons eu occasion de signaler les premiers travaux de 
notre honorable confrère. Celui qui nous occupe est 
divisé en trois parties : Arts et Métiers, Les trois règnes 
delà nature. Sujets divers et historiettes. Sur chaque 
sujet traité se trouvent des applications : Réponses à 
des questions indiquées, conjugaisons de verbes em- 
ployées dans la leçon, phrases à faire sur un sujet 
donné, etc. 

M. Snyckers nous annonce comme devant paraître 
prochainement : Notions élémentaires de grammaire 
française et de style à l'usage des écoles de sourds- 
muets. 



L'âbbé Ed. Rieffel. Petites lectures de piété à l'usage des 
sourds-muets, Premier livre in-12, VI et 143 p. 

Ce petit livre est le premier d'une série que se propo- 
se de publier M. l'abbé Rieffel de Salzinne (Namur) bien 
connu en Francepoursonzèleen faveur des sourds-muets 
Aux préceptes de la Religion notre dévoué confrèrejoijit 



— 171 — 

des historiettes intéressantes et servant d'exemples. 
Le livre est écrit pour les sourds-muets instruits très 
instruits même. Combien s'en trouvera-t-il en état de 
le lire et de comprendre ? 

Ad. B. 



FRANCE 

Docteur Ladreit de Lacharrlére. — Compte-rendn do la 

situation de la Société centrale d'éducation et d'assistance pour les 
sourds-muets en France, ln-8, 12 p, Paris 1890. 

Le compte-rendu de cette société a paru dans la 
Revue Française. Cette société se recommande tout par- 
ticulièrement par le bien qu'elle fait, pour toute deman- 
de de renseignements ou de secours, s'adresser à M, le 
Docteur Ladreit de Lacharrière, Secrétaire-Général, 
1, Rue Bonaparte, à Paris, 



Is. Bouchet — Allocution adressée à Mgr Bécel évêque de 
Vannes le 28 Mai 1890 jour de la l rc communion et de la 
confirmation des sourdes parlantes de la Chartreuse d'Auray 
In-8, 13 p. Paris Eug. Bélanger 1890 

Brochure extraite de la Revue Française 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Statistique des Institutions Françaises. — Dans 
notre numéro d'Avril dernier nous avons publié une 

circulaire demandant a chaque directeur d'école française 
des renseignements nous permettant d'établir une statis 



— 172 — 

tique de nos institutions spéciales II nous est revenu une 
vingtaine de feuilles dé renseignement nous n'avons donc 
pu à notre grand regret publier la sratistique qui depuis 
nous a été demandée plusieurs fois. Nous prions M. M. 
les Directeurs, d'institutions qui no nous ont pas encore 
envoyés ces renseignements de nous les faire parvenir 
au plus tôt. (Ci-inclus une nouvelle feuille) 



Mgr. de Haerne. — Le Conseil communal delà ville 
de Courtrai a pris l'initiative d'une souscription popu- 
laire en vue d'ériger une statue en l'honneur de Mgr. 
de Haerne. 



Nos. artistes: MM. Colas et Cauchois. — Dans son 
discours à l'école de Paris, M. Jules Simon recomman- 
dait aux élèves de l'atelier de lithographie de se prépa- 
à une expositien de cet art qui doit s'ouvrir dans quel- 
ques mois. Il est bon dé l'appeler à cette occasion 
qu'au dernier Salon des Champs-Elysées, deux artistes 
sourds-muets : M. Colas et un de ses élèves M. Cauchois 
se trouvaient parmi les exposants. M. Colas, ancien 
élève de l'Institution de Paris donnait le « Combat de 
coqs » d'après le tableau de M. Remy Cooghe, et M. 
Cauchois le « Vainqueur de la Bastille » de P, Choppin 
Depuis quelques années, nous trouvons^ au Salon an- 
nuel M. Colas dont les œuvres sont particulièrement re- 
marquables et remarqués. Nous sommes persuadés que 
le prochain Jury du Salon rendra justice au talent si 
consciencieux de M. Colas en lui décernant une récom- 
pense bien méritée. 

Ad. B. 

Ljimprirpetir-Gérant. Eug. BELANGER R\ie St-jacque» «25, Pari» 



REVUE FRANÇAISE 
de l'Éducation des Sourds-Muets 

6™« année. N° 8 Novembre 131)0. 



HPHÈMER1DES 

de la Surdi-mutité en France 



NOVEMBRE 



1. 1817 — Une ordonnance Recale donne à la nie 
des Deu.r-É0lises, à Paris, le nom de l À abbé 
de l'Êpée. 

5. 1778 — Autorisation est donnée à l'abbé 

Deschamns, chapelain de l'Eglise d'Orléans 
de faire imprimer un manuscrit intitulé : 
Cours élémentaire d'éducation des sourds 
et muets. L'ouvrage parut en 1779. 

6. 1770 — Second entretien de J, R, Péreire avec 

Pierre Desloges, l'ardent défenseur de 'la 
méthode de l'abbé de L'Epée, 

10. 18 12 — Mort de M. Degérando, ancien adminis- 
trateur de l'Institution des sourds-muets de 
Paris, auteur du Traité sur l'éducation des 
sourds-muets de naissance. M. Degérando 
avait 72 ans. 

'^)K)w»««ltM-J*nMmérp 1 4Xtola : IW^Ç,J*i*eyue. Françuise, 



— 174 - 

15. 1834 — Un Comité formé de professeurs et d'ar- 
tistes sourds-muets décide que l'anniver- 
saire de la naissance "de l'abbé de L'Épée 
sera célébré chaque année par un banquet. 

19. 1814 — M. Guilhe est nommé instituteur en chef 

de l'institution des sourds-muets de Bor- 
deaux en remplacement de M. Saint-Sernin, 
décédé. 

20. 1790 — Un jeune hommeseprésenteâl'Assemblée 

Nationale et indique du geste qu'il veut re- 
mettre une lettre à M. le Présidents On ap- 
prend, dit la Gazette nationale, que c'est 
un élève de l'abbé Sicard. Il remet sa lettre 
au Président et l'Assemblée décide que son 
comité des rapports lui en rendra compte 
à l'ouverture de la prochaine séance, 

21. 1778 — Arrêt du conseil du Roi plaçant sous la 

protection de l'État, l'Institution de l'abbé 
de l'Épée et ordonnant qu'une partie des 
monastères des Célestins supprimés soi 
attribuée à cet établissement. 

22. 1746 — Le P. André prononce à l'Académie d 

Caen, son Discours ou dévination sur lama 
nière dont on peut apprendre à parler au 
muets. Il y mentionne le « savant mue 
d'Amiens », (Etienne de Fay), premier ini 
tituteur du jeune Azy d'Etavigny, qui de 
vint ensuite le premier élève distingué d 
J. R. Péreire 

24. 1712 — Naissance de Pabbè de L'Épée, à Versai 

les, 

24, 1814 — Visite de la Duchesse d'Angoulême à l'in 
tîtution des sourds-muets de Paris. 



— 175 — 

28. 1844 — L'académie Royale des Sciences, Belles- 
Lettres et Arts de Bordeaux, qui avait mis 
au concours cette question : « Rechercher 
l'ensemble des mesures à provoquer pour 
étendre à tous lessourds-muetsde laFrance 
les bienfaits de l'éducation ». décerne le 
prix à M. Remy Valade, attaché à l'Institu- 
tion des sourds-muets de Bordeaux. 



Nous recevons de notre excellent collaborateur M. 
O. Claveau la. lettre suivante que nous nous faisons un 
plaisir d'insérer. 

A M. le Directeur de la Revue Française de Péduca- 
tion des sourds-muets. 

Cher Monsieur 

Dans les éphémérides placés en tète du dernier nu- 
méro de la Revue, vous avez très justement rappelé la 
date véritable à laquelle l'Administration française a 
commencé à introduire dans nos institutions nationales 
la pratique complète de la méthode orale pure. (Octobre 
1879.) Permettez-moi de remplir un devoir de stricte 
justice en rappelant à mon tour la part capitale qui re- 
vient àMidam e la Supérieure de l'Institution nationale 
des sourdes-muettes de Bordeaux et â ses compagnes 
dans l'œuvre première de transformation. Les études 
personnelles de ces dames, la ferme adhésion donnée par 
elles aux conclusions que M.Théophile Denis et moi nous 
avions soumises au Ministre de l'Intérieur ont fourni 
dès le début â l'Administration centrale la plus, solide 
des garanties, de même que les succès aussi rapides 
qu'éclatantes dûs à leurs efforts et déjà signalés par moi 
au Congrès de Milan ont fourni bientôt la plus précieuse 
justification de la réforme entreprise. 

Agréez &, 

O . Claveau 



— 176 — 

GUIDE POUR L'EOTLGNTONTDE LA PAROLE 

AUX 30URDS-MUETS 
par le R.P. Constantin MATTIOLI 

des Ecoles Pies 
Professeur à l'Institut Royal Pendola de Sienne 

traduit de l'italien, aoec V 'autorisation de fauteur, 
par O. Claveau (suite) (1) 



Des consonnes L et R 

Les consonnes L et R forment le dernier groupe des 
1 ingu o-palatales. On les considère comme étant celles dont 
la prononciation correcte et naturelle s'obtient le plus 
difficilomentdessourds-muets, l'Luno fois obtenue pou- 
vant même se gâter avec le cours du temps si le maître 
n'est pas extrêmement attentif et avisé. 

Pour l'articulation de VL la langue prend une position 
très analogue â celle qui convient pour l'articulation de 
TJV.Senlement pour cette dernière les bords latéraux de 
la langue restent .appliqués contre le palais comme la 
pointe elle-même de l'organe, en sorte que le murmure 
produit par l'air poussé en avant se renforce, se propage 
et, ne trouvant aucunoissue, passe par les fosses nasales. 
Pour VL, au contraire, les muscles qui élèvent la lan- 
gue vers le palais se relâchant un peu, les.bords latéraux 
de la partie intérieure s'abaissent de manière â laisser 
deux petites fentes par lesquelles s'échappe l'air pous- 
sé en avant, donnant alors naissance au murmure qui 
caractérise ladite consonne. 

Pour enseigner au petit sourd-muet l'articulation de 
VL, nous pourrons prendre callo do l'JV comme point de 
départ. Si, pendant que l'enfant dit N, nous pouvons 
obtenir, en nous aidant des sens de la vue et du toucher 

(I) Voir IaKevue Française du uioisdeJuin lsy> et mois suivants. 



— 177 — 

que la résonance des fosses nasales cesse et qu'elle 
vienne à se produire dans la bouche par, l'abaissement 
des bords antérieurs latéraux de la langue, nous aurons 
satisfaction. Il ne me semble pas^ vraiment qu'avec, du 
soin et de l'attention, il soit très difficile de faire discer- 
ner à l'élève les changement* d'où résulte. le passage de 
1W a VL. On lui fera remarquer comment, dans l'articu- 
lation de l'L, la langue s'applique contre le palais a^rec 
beaucoup moins d'énergie, qu'elle s'en détache avec un 
mouvement très marqué en avant, que ni avant ni pendant 
l'articulation on ne perçoit do résonance ou vibratipn 
aux narines et que, par contre, la vibration se fait sentir 
beaucoup plus sous le menton et ftja gorge. 11. pourra 
être aussi fort avantageux de faire mettre à l'enfant le pou- 
ce et l'index d'unemain, entre les dentsdumavtre, précisé- 
ment au point où les deux rangèesdedents se réunissent, 
d'émettre alors le souffle et de prononcer la consonne 
ou, ce qui vaudra mieux, de la murmurer d'une manière 
continue avec beaucoup d'énergie:. Ce sera un moyen de 
lui faire sentir la forte vibration d'air qui s'établit et.de 
l'amener à articuler la consonne aussi simplement, aussi 
naturellement qu'il le faut. Pour ne pas s'exposer à ce 
que l'articulation soit dès le com-nençement défectueuse 
ou le devienne plus tard, on veillera à ce que l'enfant 
ne forma pu avec la langue une espéoe d'arc en. ..appu- 
yant la pointe au palais, à ce qu'il ne porte pas la pointe 
de la langue en avant en la faisant glisser sur le palais 
et en la laissant sortir du cercle limité par les dents. 
Lorsqu'on articule l'A, jo dois le rappeler encore une 
fois, ce n'est pas la pointe de la langue qui s'appuie 
eontro le palais, mais bien la face dorsale do son extré- 
mité. Cette extrémité prend une forme arrondie et ne 
s'allonge pas on pointe. Le professeur devra en outre 
apporter le plus grand soin a donner à ses élèves l'ha- 
bitude d'appliquer réellement la langue contre le palais 
avec tout lo degré de tension requis, sur le point conve- 
nable et en la manière voulue. Autrement il arrivera 
que lo mouvement d'articulation se relâchera peu à peu 



— 178 — 

La face dorsale de l'extrémité de la langue ne touchant 
plus le palais, le courant d'air ne sera plus intercepté 
que dans une mesure insuffisante, la résonance néces- 
saire se perdra et le timbre, de la consonne ne s'enten- 
dra plus que languissant, déformé, tout à fait indistinct 
ce qui arrive souvent. 

De même que l'articulation A sert de point de départ 
pour YL, de moine YL sert de base, de point d'appui 
pour l'articulation de YR. Cette dernière appartient 
aussi, comme nous l'avons dit, aux linguo-palatales. Au 
moment où on l'articule, la langue, au lieu de rester 
abaissée, se soulève et va s'appliquer contre le palais, 
prenant par rapport à la voûte palatine la même position 
qu'elle prend pour YL avec cette différence qu'elle se 
retire un peu en arrière et affecte une forme plus re- 
pliée, la pointe étant tournée vers le palais. On doit re- 
marquer dès à présent que le mouvement vibratoire 
exécuté par la langue pour l'articulation de YR ne se 
limite pas à l'extrémité de cet organe, mais se propage 
dans les parties latérales et médianes où il prend un ca- 
ractère d'énergie encore plus grande. 

Ce phénomène dépend entièrement delamanièredont 
la langue se comporte. Celle-ci, au moment de la vibra- 
tion, semeten contactavecla voûte du palaisetintercep- 
te à. très courts intervalles le courant d'air venant des 
poumons. L'air, de son côté, s.e condense pour s'échap- 
per ensuite avec plus de force dans les intervalles de 
temps où la langue on mouvemeent s'écarte, du palais, 
en telle sorte que le consonne R se trouve formée par la 
succession d'un très grand nombre de petites explosions 
très rapprochées les unes des autres. 

Après s'être rendu compte exactement de tout ce 
mécanisme et du rôle essentiel qu'y joue l'impulsion 
donnée au courant d'air de la respiration, le professeur 
fera venir l'élève devant lui, placera la langue et les au- 
tres parties de l'organe vocal dans la position voulue et 
cherchera à obtenir de l'enfant la plus grande attention- 
]l lui fera mettre la main devant sa bouche (la bouche 



— 179 - 

du professeur) et commencera à articuler l'R. L'élève ne 
tardera pas à remarquer le fort courant d'air tremblo- 
tant qui, venant de haut en bas, frappe sa main. Après 
quoi, le maître se fera presque fermer la bouche par la 
main do son élève et recommencera à articuler 17? très 
fortement, à temps pas trop brefs. L'enfant percevra bien 
vite le tremblement énergique qui se fait sentir à cette 
place. On lui fera ensuite porter la main à la gorge de 
son professeur pour lui faire constater la vibration très 
marquée qui se manifeste aussi sur ce point, principa- 
lement au dessous des amygdales. Enfin, avant de l'enga- 
ger à reproduire à sou tour l'articulation, on tâchera de 
l'amener à se rendre bien compte de fout ceci, en outre 
de ce qui concerne la disposition de la langue. Il faudra 
aussi lui faire bien observer le mode brusque d'impul- 
sion donnée au courant d'air de la respiration. 

Tous ces détails ayant été bien compris, il ne sera pas 
malaisé, quand on passera à l'essai et qu'on aura fait un 
certain nombre de tentatives, d'obtenir un heureux suc- 
cès. Au lieu de qualifier de difficile l'articulation de 17?, 
conformément au dire habituel et à la croyance com- 
mune, il serait peut être plus exact de l'appelersinguliè- 
ro, parce que beaucoup d'individus detoute catégorie ar- 
rivent à l'émettre correcte , belle et sonore dès les pre- 
mières tentatives. D'autres, en petit nombre il est vrai, 
n'y parviennent qu'avec une peine énorme et avec la 
plus grande difficulté. Il y a des personnes qui disent 
que le seul moyen de l'enseigner au sourd-muet est d'at- 
tendre que celui-ci la prononce fortuitement. Quoi qu'il en 
soit, il est de fait que souvent les sourds-muets articulent 
l'.R d'une façon toute naturelle et sans y penser et que 
lorsque nous nous appliquons à enseigner cette con- 
sonne par principes nous ne réussissons qu!à force de 
tentatives. L7? a ceci d'avantageux que la prononciation 
de cette consonne, une fois obtenue, ne s'oublie plus. 

Quand on l'obtient par des moyens simples et naturels 
et sans qu'il soit besoin de recourir à des expédients in- 
directs, elle est d'ordinaire la plus sonore, laplus vibran- 



— 180 — 

ta dé foutOs les consonnes et sert merveilleusement à 
renforcer le sou de la voix. Quelquefois, comme uous l'a- 
vons dit, il so trouve des sourds-muets absolument ré- 
fractaires à cette articulation ot alors le maître vaincu 
par l'impatience cherche à arriver par un moyen quel- 
conque. Cette marche n'est pas logique et la plupart du 
temps nuit plus qu'elle ne sort, car ou l'on n'en obtient 
rien ou, si l'on obtient quelquechose, c'est un son faux et 
qui porte toujours par la suite un prtyudice grave à la 
prononciation. -Eu pareil cas, lo mieux est de surseoir. 

Je no veux point dire pour cela qu'on ne puisse recou- 
rir à certainsexpédients quitout au contraire seront sou- 
vent nécessairoset même indispensables, mais il faut que 
ces expédients ne soient pas dénature à faire sortir du 
bon chemin età compromettre laréussite. Il est des pro- 
fesseurs quifontprononcerl'/tjointeau T; trrr. . .en con- 
tinuant à faire èmottre le souffle juspu à ce qu'il ne re- 
te que Vit toute seule. Csci pjut réussir parfois, mais il 
peut aussi arriver que le T reste comme attaché à VR ce 
ce qui nese corrigera qu'avec difficulté. 11 vaudra mieux 
chercher â obtenir cette articulation en la faisant join- 
dre à des labiales, par exemple :frrr vrrr .... 

prrr ..... et mieux encore : boum boum .... 

puis broum broum et ainsi de suite. Mais 

l'expédient le plus sûr consiste à inviter l'élève à souf- 
fler avec une énergie modérée et ensuite à lui fai re sou- 
lever la langue et ouvrirjjun peu les lèvres sans inter- 
rompre le courant d'air. Par ce moyen nous arriverons 
après quelques essais à ce que la langue entre en mou- 
vement et à ce qu'il se produise un R sourd, ce qui est 
le point le plus difficile. Pour avoir, ensuite une articu- 
lation belle et bien formée il suffira de rendre la vibra- 
tion sonore, ce à quoi l'on parviendra aisément en com- 
mandant à l'enfant d'émettre de la voix. 



- 181 — 
D8S Consonnes S et Z (1) 

Loâ consonnes S et Z forment le dernier groupe dos 
liuguo-palatales. On appelle aussi VS linguo-palalale 
sifflante, p*ar ce qu'elle est engendrée par le choc de 
l'air expiré contre les dents tant inférieures que supé- 
rieures. Pour VS, la langue se dispose de façon â lor- 
mor une espèce de petit canal ou conduit et se rappro- 
chant du palais, le touchant même par ses bords laté- 
raux, elle porte le courant d'air tout resserré et rassem- 
blé sur les dents où le choc a lieu et forme cette sorte de 
sifflement qui caractérise la consonne en question. 

L'S ayant quelque affinité avec VF, tout en se distin- 
guant de cette dernière consonne par la position de la 
langue et des lèvres, c'est de VF que nous partirons 
pour l'eusôigner. Pour articuler VS, il faut placer la- 
langue comme si on voulait prononcer la voyelle È. Les 
lèvres, au lieu de se porter en avant, s'arrondissent, se 
retirent un peu en arrière, s'écartent un peu l'une de 
l'autre et laissent voir les dents incisives tant inférieu- 
res que supérieures. Après avoir fait comprendre à 
l'élève cette position à donner à la langue et aux lèvres, 
on lui fera aussi remarquer, ce qui est fort aisé, le cou- 
rant d'air qui se produit dans l'articulation de VS. Le 
professeur n'aura qu'à porter devant' sa bouche la 
main de l'enfant et à articuler alternativement VF et 
VS. La vue servira pour la disposition de la langue et la 
position des lèvres. Si l'on rencontre quelques difficul- 
tés dans cette voie, le professeur devra se mettre en 
position de prononcer 1 È (ouvert) et prononcera effecti- 
vement cette voyelle en même temps que son élève, 

(1) La lettre z désigne dans le texte du F. Mattioli l'articulation 
double de la langue italienne qui s'exprimerait en français par les 
combinaisons de lettres is ou dz suivant les cas. Cette articulation 
double n'a pas d'intérêt pour renseignement de la prononciation Iran- 
çaise et nous croyons devoir supprimer les détails qui !a concernent. 
Nous maintiendrons toutefois dans son intégrité le titre du présent 
chapitre, attendu que l'articulation de noire z s'y trjuve enseignée 
tous la dénomination d's bjuceou bourdonnants 



De là il passera kl' S en faisant percevoir à l'enfant par 
le moyen du tact le courant d'air qui se développe. On 
invitera ensuite l'élève à imiter le maître et il ne s'écou- 
lera pas longtemps avant que l'on n'arrive au but, 
Moins on mettra d'efforts, tout en s'appliquuut le plus 
possible aux détails de l'exécution, plus la prononcia- 
tion seraJacile et naturelle. 

Le maître devra s'attacher à ce que l'élève ne prenne 
pas l'habitude de serrer les dents ou de projeter le 
menton en avant. 

Pour enseigner le Z (S douce ou bourdonnante, dans 
le mot rose par exemple) après avoir obtenu l'S dure 
(l'S du mot Soleil par exemple) il suffira de faire remar- 
quer à l'èléve comment la langue se retire un peu en 
arrière, comment les dents se restèrent un peu plus et 
comment il se manifeste sous le menton et au gosier un 
fort bourdonnement, 



Observations sur les consonnes 

Avant de passer outre, il me paraît à propos de faire 
remarquer que. pour enseigner la prononciation des 
consonnes, le maître n'est pas obligé de suivre précisé- 
ment l'ordre et la marche que j'ai employés dans mon 
exposition. En théorie et lorsqu'on écrit, l'on ne peut 
faire autrement que de considérer les choses sous un 
point de vue conventionnel, tandis que lorsqu'on arrive 
â la pratique, on trouve que telle chose, nonne pour quel- 
ques uns, ne convient pas pour d'autres. Les dispositions 
les aptitudes, l'intelligence sont si diverses chez les 
sourds-muets qu'il y a lieu d'employer vis à vis' de cer- 
tains d'entre eux la marche opposée à celle qu'on aura 
suivie pour d'autres. Telle chose aisée avec celui-ci se 
trouve être très difficile avec celui-là. Aussi est-il impos- 
sible de s'y prendre de la même manière avec tous. Dans 



- 183 — 

l'enseignement de l'articulation au sourd-muet, l'on ne 
peut dire à pr iori: ceci est aisé, cela est difficile; on 
doit enseigner ceci d'abord et cela ensuite. L'R et YL. 
par exemple, sont regardées comme les articulations les 
plus difficiles et le sont en effet pour quelques enfants, 
mais il n'est pas rare de voir que d'autres élèves y réus- 
sissent du paemier coup et sans efforts. Parfois, pendant 
que nous enseignons une articulation, l'enfant en pro- 
nonce une à laquelle nous ne songions nullement. En 
pareil cas, il serait insensé de no pas mettre à 
profit cette occasion favorable, de ne pas .s'emparer 
et s'assurer de ce qui se présente. Souvent il arriva que 
l'on aie à instruire des sourds-muets qui, pendant un 
temps plus ou moins long, ont joui des avantages de la 
parole et qui ont conservé quelques sons. Il est tout 
indiqué que, vis à vis de ceux-là, on doit commencer 
l'enseignement par les articulations qu'ils possèdent 
encore et s'en servir comme d'un acheminement 
pour passer aux autres, sans s'arrêter à examiner si 
telle ou telle consonne doit être enseignée avant ou 
après. Il faut dire la même chose de ce que nous avons 
à faire vis à vis des enfants qui ont conservé un certain 
degré d'audition et qui, à l'aide de ce moyen, arrivent à 
percevoir quelques articulations. Il n'est par rare de 
voir qu'après s'être mis à enseigner une articulation, 
l'on n'arrive à rien malgré bien du temps passé et bien 
de la peine. Il convient alors de surseoir, de laisser de 
côté l'articulation dont il s'agit, ne fût-ce que pour ne 
pas fatiguer et décourager l'élève, d'enseigner quelque 
autre articulation et de revenir plus tard en temps op- 
portun sur ce qui serait demeuré inachevé. 

Pour cette raison et pour bien d'autres encore que 
l'on pourrait donner, ce serait, on le voit, une très grave 
erreur que de vouloir enseigner les consonnes en sui- 
vant pour tous les élèves le même ordre, le même sys- 
tème. Ce que nous devons faire, c'est de prendre tou- 
jours pour point de départ ce qui est relativement le 
plus facile pour les enfants que nous avons à instruire 



— 184 - 

successivement (1). Toute articulation peut former le 
point de départ ou centre de phonation pour l'enseigne- 
ment des autres. On peut adopter pour les consonnes 
un groupement différent de colui auquel nous nous som- 
me* attachés. En effet, pour peu qu'on y réfléchisse, on 
voit que le P, le T, et le K, sont tous les trois des 
consonnes explosives qui, tout en se formant sur trois 
points différents de l'organe vocal, ont entre elles une 
relation très étroite ; qu'on peut de la première passer 
à la deuxième, de celle-ci à la troisième et inversement 
et que l'une quelconque d'entre elles sert à rendre les 
les autres plus faciles . 

On peut dire la même chose du B, du D, du Gdur. Ces 
consonnes, elles aussi, bien que formées en trois posi- 
tions diverses diverses, ont un élément commun qui les 
assimile les uns aux autres. C'estrélément sonoreoumur 
mure qui, pour toutes les trois, se produit dans le 
pharynx. 

De même Y M et YN, bien que la première de ces con- 
sonnes soit une labiale et l'autre une linguo-palatale, 
ont entre elles une très étroite relation à cause de leur 
caractère de nasal ité. Il pourrait y avoir lieu de réser- 
ver pour la fin l'enseignement de ces consonnes pour 
lis enfants qui ont une tendance marquée à parler du 
nez. 

Pareillement il y a des points d'affinité entre le F et 
le Z (S bourdonnante), entre l\Eetl\S dure, entre 17 et 
l'JVdonton peut former des groupes séparés. 

( A suivre ) 

Errata. — p. 159 2' ligne en remontant, au lieu de 
recourt lisez: recours p. 163, ligne 8, au lieu de contra- 
cter lisez : constater 

(1> Notre auteur ne purleëvidemment ici qu'en thèse générale et n'a 
point en vue les cours collectifs à organiser dans les institutions de 
sourds-muets. Il faut bien adopter pour ces cours, sans préjudice des 
soins individuels que peut réclamer chaque enfant, un ordre commun 
d'enseignement calculé d'après ce qui parait convenir le mieux à la 
plupart des élèves (x-vtbdu traducteur). 



— 185 — 

Ibid 7* ligne en remontant, au lieu de L Usez : K 

p. 166. ligne l re , au lieu de l'articulation 3'abaisscrait 
lisez : s'altérerait 

Ibid (note)azt lieu de dans ces dernières combinaisons, 
l' N . . . . n'est pas un signe pratique de nasalisatiion 
lisez: dans la transcription de ces dernières combinaisons 
YN .... n*est pas un signe orthographique de nasalisa- 
tion. 

p. 1C7 ligne 16, au lieu de la phonation, lisez : l'arti- 
culation 

p. 169 ligne 2, au lieu de le pharynx, lisez :1a langue. 



NÉCROLOGIE 



Monsieur Ludovic Goguillot 

L'Institution Nationale de Paris, vient d'être éprou- 
vée de nouveau et de faire une perte des plus sensibles 
en la personne de M.Lud. Goguillot.officier d'Académie 
un des professeurs les plus distingués du corps ensei- 
gnant. 

Entré à l'Institution Nationale en 1879, M. Goguillot 
était nommé agrégé en 1883 après avoir soutenu avec 
succès une thèse ayant pour sujél: De la période prépa- 
ratoire à l'enseignement des éléments de l'articulation 
et de la lecture sur les lèores dans l'instruction de s 
sourds- muets par la méthode orale pure. 

Nommé professeur en 1885 il faisait partie de la phalan- 
ge déjeunes maîtres chargés d'appliquer à l'Institution 
île Paris la méthode orale pure qu'un récent arrêté mi- 
nistériel venait d'y introduire. 



— 180 — 

Séduit par les avantages de cetle méthode pour- nos 
malheureux élèves, il s'y'consacra de tout cœur; sa plu- 
me était toujours prête à la défendre ou à la propager 
Il fut un des fondateurs de la Revue internationale et 
nous avons de lui les ouvrages suivants: 

La Révolution et les Sourds-Muets, Paris 1888. 

Syllabaire à l'usage des Ecoles de Sourds-Muets. 
(P. Camailfiac) précédé d 'une préface par L. Goguillot, 
Paris 1889. 

Comment on fait parler les sourds-muets, Paris 1880. 

Conférence sur l'enseignement de la parole aux 
sourds-muets. Paris, 1880. 

De là surdité chez l'enfant et l'adulte au point de nue 
médical pédagogique légal et tutélaire. 
(En collaboration avec M M AcD" Coiiétoux et Thomas) 

Nous ne savons quel avenir Dieu réserve à ceux qui 
aujourd'hui servent la cause de la parole chez les sourds- 
muets. Nous ne pouvons cependant nous empêcher 
de constater avec peine que le chemin que nous 
suivons est parsemé de combattants. Comme une 
aveugle la mort frappe, elle frappe toujours. Qui peut être 
certain de remplir jusqu'au bout le devoir qu'il s'était 
tracé? 

C'est parmi les jeunes qu'elle frappeaujourd'hui M, Go- 
guillot n'avait que 33 ans. Le coup n'en est que plus ru- 
de, mais n'affaiblira pas le courage de ceux qui mettent 
toute leur ambition à faire le bonheur d'une classe d'in- 
fortunés, 

Ad. Bélanger 



M. le D r Calmettes. — Nous avons également a 
enregistrer la mort de M. le !)• Calmettes nommé depuis 



— 187 — 

peu médecin adjoint de l'Institution Nationale de 
Paris. Par ses travaux et sa compétence spécialeM.le 
D Calmettes avait acquis une réputation méritée et sa 
perte est vivement ressentie par le monde médical 
et l'Institution de Paris qui avait pu apprécier sa science 
et son dévouement 

Ad. B. 



LES QUARTIERS PAUVRES DE PARIS. 



Nous extrayons du Journal des Débats les lignes sui- 
vantes d'un article publié sur les Quartiers pauvres de 
P aris. 

« Une mère vit avec son fils dans une petite chambre 
du rez-de-chaussée donnant sur une cour. Elle peut 
bien avoir soixante ans et lui en a quarante. Mais il est 
à soigner plus qu'un enfant : ayant eu une affection de 
la vue autrefois, il s'était adressé à un occuliste mala- 
droit qui, en l'opérant sans soin, lui avait crevé les 
deux yeux ; devenu aveugle, il continuait à iaire de la 
musique (il était organiste de son église de faubourg) 
mais l'extrême fatigue de ses nerfs auditifs amena une 
paralysie; il devint sourd, puis muet, complètement 
muet. Le voilà donc sur la terre, ne voyant plus, n'en- 
tendant plus, ne parlant plus, simple- masse de chair 
sensible au seul frôlement immédiat de corps hostiles. 
Il a l'air beauconp plus vieux que son âge ; sa large 
barbe la proéminence de son front avec le creux de ses 
orbites mortes le font ressembler à un buste de pierre 
de Socrate. Gomme rieirne lui arrive du monde extérieur 
il ne sait pas s'il habite une ville ou la rase campagne*. 
Qu'est-ce qui pourrait l'en avertir ? - Le bruit des pas- 
sauts et le roulement des voitures ? - 11 ne les entend 



— 188 — 

pas. - La hauteur des maisons et l'étroit esse du ciel 
au-dessus de sa tête?- Il ne le voit pas. La seule infor- 
mation que ses sens puissent lui fournir est le degré de 
fraîcheur de l'air qui fouette ou caresse son visage, Il se 
promène du matin au soir dans la cour affreuse; - à quoi 
bon une promenade plus belle ? • Il fume sa pipe en son- 
geant . Il rentre à l'heure de manger s'asseoit et mange 
sans uu mot puis se lève et ressort dans la cour pour 
s'y promener jusqu'au moment de manger encore ou de 
dormir. Ses mains qui tâtonnent et palpent toujours sont 
très délicates; jamais ilne casse rien,parexemple il tres- 
saille et frémit au léger contact. Quand on le fait aller 
ou venir comme il ne comprend pas pourquoi c'est, il 
s'alarme sa tête travaille intérieurement il passe en re- 
vue toutes les circonstances qui peuvent avoir été cau- 
se de ce changement. J'ai pensé quelquefois qu'un arbie 
aveugle et sourd devait avoir les mêmes angoisses obs- 
cures en sentant ses racines arrachées de terre. D'ail- 
leurs la mère de ce malheureux et lui se comprennent, 
je ne sais comment par des touchers finement gradués 
des paumes de leurs mains. Le toucher reste en effet , il 
faut s'en servir. Lorsque le père était mort pour faire 
comprendre au fils cette idée abstraite de mort il avait 
fallu paraît-il que sa mère prit sa main et la posât sur le, 
front glacé du cadavre. Alors lamorts'étant faite tansi- 
ble le malheureux eut uu geste d'intelligence et d'effroi 
il comprit. Mais ce qui rend ses communications avec le 
dehors plus difficiles encore c'est que sa mère intermé- 
diaire nécessaire entre lui et le monde est elle-même 
absolument sourde, on est obligé de tout lui écrire sur 
une ardoise, C'est une petite falote à la voix tout à fait 
cassée comme un souflet d'orgue troué qui n'émettrait 
plusque des soupirs aphones. Elle estassisetout le jour 
à ourler des torchons à quatre sousladouzainecequifait 
desjournées de huit sous (2 douzaines) en ne perdant pas 
une minute, Elle est très débile, mais «Je n'ai pas de ma- 
ladie dit elle.on ne peut pas me guérir. « Le médecin du 
bureau (je dirai un jour ce que je sais de ces médecins 



— 189 — 

de l'assistance publique) m'a dit qu'il n'y avait rien a 
faire que j'étais seulement épuisée que j'ttiis finie . » 
et elle répète d'un air tranquille et de sa petite voix cas- 
sée tout en tirant l'aiguillé : « . . . , Que. j'étais finie . , » 
Eh bien ? des personnes obligeantes ont placé récem- 
ment la mère et, le fils dans une sorte d'hospice rustique 
où la fraîcheur de l'air sur les joues de l'aveugle l'aver- 
tit qu'il est en plein bois, Il a trouvé là des enfants avec 
lesquels il s ; amuse. Comme il est très dévot, il a la joie 
d'avoir une église à proximité. Et sa mère écrit «il fau- 
dra maintenant que vous vous occupiez des gens plus mal- 
heureux que nou-s dans notre connaissance. Mon garçon 
s'habitue bien tous les matins il rsul grave à Dieude 
son bonheur.» Et c'est la vérité j'ai su en effet que main- 
tenant cet aveugle sourd-muet est aussi disposé que 
M. Renan a «remercier la cause de tout bien de la char- 
mante promenade qu'il lui a été donné d'accomplir à 
travers la réalité» . 



REVUE DES JOURNAUX ETRANGERS 



Organ der Taubstummen Anstalten. 

Cette revun donne au numéro 91ps 12 thèses d"la conféren- 
ce de M. IMd, Niirtingen sur l 'importance du sentiment, lin. 
guistique chez lo sourd-muet et son développement. 

M. Wagner, Niirtingen publie aux numéros et 10 un arti- 
cle sous le titre;-" la méthode du premier enseignement 
biblique dans la classe moyenne, et M. Kerner donne la suit" 
de sou traité sur le nombre et le premier enseignement du 
calcul. 

M, W. Erhardt, Homberg traite sous le titre: de la lecture 
sur les lèvres un sujet fort intéressant. 

Sous la rubrique " informations " se trouve une descrip- 
tion assez détaillée du 50"'* anniversaire de l'institution des 



- 19Ô - 

sourds-muets catholiques à Bensheim (Hesse). Plus de 300 
sourds-muets étaient réunis à cette fête qui a parfaitement 
bien réussi grâce au gouvernement et aux habitants de la 
ville. Lo directeur île l'institution, M. Hemmes, homme fort 
capable et ayant rjndu de très grands services à cet établis- 
sement et qui est depuis 30 ans professeur et Directeur, a 
reçu la croix de chevalier 2'"" classe do l'Ordre de Philippp. 
Lo journal de Mayence trouve que M. Hemmes n'a pas <5té 
récompensé selon sas mérites. 

C. Renz publie au n° 9 un compte-rrndu des ftnurs 
françaises et internationales de l'enseignement des sourds- 
muets, 

Le numéro -l'Ô porte en tête un arlicle très-important do 
Dnego en souvenir du célèbre pédagogue Diesterweg. Le 29 
Octobre de cette année il y avait 100 ans que Diesterweg, 
naquit à Siegenen (Prusse) il esl mort le 7 Juillet 1866. Il a de 
très-grauds mérites ooncernant l'école primaire en Allemagne 

Blaetter fur Taubstummenbildung 

Los numéros 17, 18 et 19 publient la suite et la fin de l'ex- 
cellent article de M. Prussing-Schneidmuhl : " Le nouveau 
Prophète. C'est une critique admirable sous tous les rapports 
loin de toute attaque personnelle, qui prouve à M. Heidsiek à 
q-iel point il a fait faussa route avec son livre: " le sourd 
muet et son langage ", Ce livre n'aurait pas pu trouver un 
meilleur critiqué que M. Prussing. 

Les n*> 17, 18, 19, 2) et 21 donnant la suite et la fin del'ar 
ticle de M. Stolte sur la méthode de l'enseignement de l'his- 
toire sainte, articiequi mérite toute l'attention du lecteur. 

Le n» 20 contient aussi un article par M. Krause-Wriezen 
sur le célèbre Diesterueg Dans les numéros 12, 16, 19, des 
Blaetter fur Taubstummenbildung et dans les numéros 7. 9 
et 10 de l'organ se trouve une polémique très viveentreM.Wal- 
ther et moi M, Walther me fuit le reproche d'avoir pris par- 
ti pour l'Organ contre les Blaetter dans la Revue française 
Leslecteurs de cette Revue jugeront eux ménfes si le reproche 
de M. Walther est justifié. Je crois avoir parlé du contenu 
des Blaetter sur lo même ton que celui de l'Organ 

Renz, Stuttgart 



— .191 



Quarterly Rewiew (Octobre 1890 

Sir R. Elliot dans un article intitulé « Standards of instruc- 
tion » s'efforce de démontrer l'utilité d'établirdes programmes 
d'instruction bien définis ot de les adopter universellement. 
Alors que maintenant nous ne voyons partout que des diver- 
gences, un critérium de comparaison nous serait offert. 

En se basant sur ce principe, Sir R. Elliot établit dans les 
programmes qu'il préconise, 8 grandes divisions qui corres- 
pondent approximativement à nos 8 années d'enseignement. 

Pour l'histoire par exemple il commence par « La famille 
Royale » et les événements qui se sont produits dans les 50 
dernières années ; puis viendra l'étude des Romains, des 
Saxons et des Normands, et enfin l'histoire générale de l'An- 
gleterre. Sir Elliot attache une importance considérable à la 
lecture ainsi qu'à l'enseignement des principes religieux. 

L'Abstraction n'est enseignée que dans la dernière division 
du programme. 

La Quarterly Review coi tinue à publier des notes historiques 
sur les Institutions d'Angleterre. 

Nous y trouvons aujourd'hui la fin d'un long article sur 
l'Institution de Doncaster. 

La question des sourds-muets est d'ailleurs à l'ordre du 
jour en Angleterre : 

Lu Bill soumis à la chambre des Lords par le marquis de 
Lothian et concernant les aveugles et les sourds-muets d'Ecosse 
a reçu la sanction Royale et est devenu loi. 

Le Bill du Gouvernement pour améliorer l'éducation des 
aveugles et des sourds-muets et Angleterre et dans le pays de 
Galles a été présenté à la chambre des Lords par le Lord Prési- 
dent, Vicomte Crambrook. 

Ce bill proclame Pobligaiion de l'enseignement, les dépen- 
ses étant couvertes par l'aide supplémentaire de l'Etat. 

La durée do l'enseignement est prolongée et la question re- 
ligieuse a été l'objet d'un règlement particulier. 

Sir Thomas Arnold traite une question intéressante au plus 
haut point : De la perte de l'ouïe et des moyens d'y remédier. 

Supposons, dit-il, qu'nn enfant perde l'ouïe vers l'âge de S 
à G ans et qu'à cette époque il parle comme un enfant d'intel- 
ligence moyenne. Si aucun préservatif n'est employé l'enfant 



— 192 — 

oubliera f'atalememt d'abord quelques-uns des sons de la lan- 
gue ; bientôt même cet oubli deviendra complet et l'enfant ne 
pourra plus être compris île ses parents. 

La mémoire des mots et des phrases l'a quitté parccqu'il 
n'a entendu aucune répétition de ces mots et de ces phrases et 
que l'alphabet idéal n'est plus son guide. 

La faculté de penser par le langage des fous est de beaucoup 
la plus efllcac*, car h son est si subtil et si dépourvu de forme 
comme la lumière du soleil qu'il semble plutôt être la pensée 
elle-même que sa représentation. 

Il importe donc que. l'enfant conserve la p;irolo qu'il a ac- 
quise, les parents devraient bien se pénétrer de celte vérité. 
M. Arnold recommando de surveiller particulièrement les 
exercices journaliers tendant & maintenir une articulation 
correcte et à développer la mémoire. 

Il arrive parfois que lors de la disparition de l'ouïe, l'enfant 
sait déjà écrire et lire. 

L'écriture serait alors, pour notre vénérable confrère d'un 
certain secours, car les lettres en tant (pie signes des son?, 
sont si secrètement associées a ces sons dans la pensée, que 
voir c^s lellres c'est penser aux sons qu'elles représentent. 

La lecture fera aussi persister le souvenir de l'alphabet 
mental. 

Mais, il y a, dit-il un moyen plus efficace pour préserver la 
parole d'un enfant sourd, c'est la lecture sur les lèvres. 

Chaque son du langage a son signe facial particulier: et 
notre but doit être non seulement ie faire reconnaître fut 
les lèvres ces sons parles lentement et séparément mais sur 
tout de les faire reconnatre. quand ils sont combinés entre 
eux dans des phrases quelconques. 

La facilité avec laquelle, dés le début, l'enfant lit quelques 
courtes phrases prouve que 1 œil de l'enfant a saisi les sons 
es plus marqués et que sa mémoire a fourni les sons i nter- 
imédiaires dans leur association avec les premiers. 

L'enfant instruit par ces procédés pensera comme, s'il en- 
ten lait les sons. 

L" but principal à atteindre serait donc d'après le R. Arnold 



— 193 — 

de fortifier et de comfïrm.cr la mémoire de la.parole, de .sorte 
que le son serait la forme permanente de la pensée et de 
l'expression. 

R. Duvignau 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



BELGIQUE 

Un Centenaire. In-8 77 p. Bruxelles G. Mayolez 
C'est de Belgique que nous vient aujourd'hui un 
nouvel hommage rendu à la mémoire du fondateur de 
l'enseignement des sourds-muets, 

Si la salutaire influencé du vénérable abbé de l'Epée 
s'estfaitsentir dans laplupart des pays du moude entier la 
reconnaissance n'en est pas moins universelle et le temps 
qui efface tout ne fait qu'accroitre la gloire du fon- 
dateur de l'école de Paris. 

Les méthodes se sont modifiées, se sont transformées 
je ne sais si le bon abbé, venant nous rendre visite a 
son tour, pourrait s'y reconnaître un peu, Mais à coup 
sur, sa modestie serait légèrement froissée en consta- 
tant la place qu'il occupe dans nos institutions et dans 
le cœ ur de ses successeurs et de leurs élèves. 

Noti'3 excellent confrère <4 ami M. Grégoire, profes- 
seur à l'Institut de Berchem Ste-Agathe vient d'en 
donner une nouvelle preuve en publiant une belle et 
bonne brochure à l'occasion du Centenaire de la mort 
du maître vénéré. 

Nous ne ct'oyons mieux faire que d'en donner le 
sommaire ; Comment l'abbé de l'Epée trouva sa voie 
ses recherches, son système, l'éducation du sourd- 
muet avant de l'Epée, l'œuvre de l'abbé de l'Epée, 



— 194 — 

l'éducation de la voix chez le sourd-muet, de l'Epée 
professeur et publiciste, l'infatigable abbé, portée 
de son œuvre, l'école de Paris, un Centenaire 

Cinq gravures ornent le livre : Portrait de l'abbé 
de l'Epée, Statue élevée à l'Institution de Paris. Monu- 
ment de St-Roch, Médailles et Médaillon du célèbre 
instituteur. Comme M. Grégoire nous souhaitons que 
le souvenir du grand bienfaiteur des sourds-muets 
avvive le zélé de tous. Nous ne pouvons que féliciter 
notre excellent confrère d'avoir rappelé une fois de 
plus au souvenir de chacun ce modèle d'abnégation et 
de charité 

Ad.B 



INFOBMATIONS & AVIS DIVEBS 



Ligue pour l'union amicale des sourds-muets de 
France. — Nous recevons de cette association la circu- 
laire suivante : 



Paris le i er Novembre 1890 

Monsieur et cher Confrère, 

Le 178™' Anniversaire de la naissance de l'Abbé de 
l'Epée sera célébré le Dimanche 23 Novembre, à 6 heures 
et demie du soir, en un Banquet qui se tiendra au res- 
taurant Tavernier aine, 43 et 45, rue de Valois (Palais- 
Royal), sous la présidence de M. Henri-Victor Colas, de 
Clamccy. 



— iOo — 

M. Henri Gaillard y lira et y développera une pétition 
demandant au Conseil municipal de Paris de faire une 
innovation qui rendra un immense service, le plus utile 
de tous, au Monde sourd-muet. 

Nous pensons que tous ceux qui, sans distinction de 
groupe, nous ont aidé à rendre éclatante la manifesta- 
tion en l'honneur du Centenaire de la mort de notre 
libérateur (23 Décembre 1889) viendront en accomplis 
saut un devoir de reconnaissance filiale, nous prouver 
qu'ils sont avec nous contre lé stationnement dans la 
routine, avec nous aussi pour la marche en avant vers 
le progrès. 

« suivent les signatures » 

Adresser les adéssions à M. Gaillard, secrétaire géné- 
Tal de la ligue, 4, rue des Pyramides ou au Commisaire 
principal : M. Froissard, 22. rue des Boulangers. 

Le prix de la cotisation est fixé à 5 fr. 75, 4 fr. 50 
pour les dames ; les membres de la ligue sont priés de 
se présenter avec leurs insignes. 

Nota, —Une visite au Tombeau de l'Abbé de l'Épée, 
aura lieu le matin, vers 9 heures, à l'Église Saint-Roch 
où une Conférence sera faite à l'ai le de la Mimique, par 
l'abbé Goislot. 

Pour les sourds-muets de la Banlieue : rendez-vous au 
café de la Rotonde, 33, rue Croix-des- Petits-Champs, à 
partir de 2 heures de l'après-midi. 



L'Association Amicale des Sourds-Muets (Ancienne 
société Universelle) Fondée en 1838 nous fait parvenir 
la circulaire suivante : 



— 196 — 

Paris lali Njvoti'ji-j 1890 

Monsieur 

Nous avons l'honneur de vous informer que le Banquet 
pour célébrer le 178 e anniversaire de l'Abbé de l'Épée 
aura lieu le 23 courant à (3 heures du soir dans les salons 
- du Restaurant Notta, Boulevard Poissonnière, 2 11 sera 
présidé par M. Louis Eymard, un objet d'art sera offert 
à M r Chambellan notre président en souvenir 
du zèle et du dévouement qu'il nous a témoigné. 

Cette solennité la cinquante sixième depuis la fonda- 
tion de ,1a première société des sourds-muets sera pré- 
cédé d'une messe en action de grâce dite à 9 heures à 
église S'Roch où se trouve le tombeau de l'Abbéde l'Épée . 
Persuadés que vous vous joindrez ànous pour hono- 
rer la mémoire de ce bienfaiteur de l'humanité dont la 
France est justement fiere nous vous prions, Monsieur 
d'agréer l'assurance de nos meilleures sentiments. 

Le comité d'organisation. — Henri Cauchois boule- 
vard St : Michel 147, René Desperriers, avenue Wagram- 
108, Hennequin fils rue Guersaut, 20, Ferdinand Gabriel 
rue des Feuillantines, II. 

N. B. Le prix de la souscription est de G fr. 75. Adres- 
ser les adhésions à l'un des commissaires, avant le 23 
courant , 

Pour les sourds-muets de la Banlieue, rendez-vous à 
partir de 2 heures à la Brasserie Mûller au 1" éta^e 37 
boulevard Bonne Nouvelle. 



Nomination d'un médecin adjoint à l'Institution 
Nationale de Paris. — Un arrêté de M. le Ministre de 
l'Intérieur vient de nommer premier médecin adjoint à 
l'Institution Nationale de Paris M. le Docteur Ménière 
en remplacement de M. le D- Calmettes décédé M. le h r 
Mènière est le fils de M. le D r Ménière ancien médecin 
en chef de l'institution de Paris 

L imprimeur-gérant E Bélanger 225, rue St-Jacques 



REVUE FRANÇAISE 
de l'Éducation des Sourds-Muets 

€'"• année. N° 9 Décembre 1890. 



EPHÊMÉRIDES 

de la Surdi-mutité en France 



1. 1861 — Traité passé entre l'Institution des sourds- 
muets de Chambéry et lu Congrégation du 
Sacré-Cœur pour le maintien des jeunes 
sourdes-muettes de l'établissement du Sacré- 
Cœur de Chambéry. 

3. 1884 — Numéro spécimen du journal: La défense 
des sourds-muets, remplacé, en 1887, par 
le Courrier français des sourds-muets. 

A. 1808 — L'impératrice de Russie Théodorowna 
adresse une lettre à l'abbé Sicard, dans la- 
quelle elle fait appel aux conseils et aux 
lumières du célèbre instituteur pour la 
Direction de l'institution de sourds-muets 
qu'elle a fondée dans sa campagne de Pan- 
lovik. 

5. 1817 — Arrêté mini>tériel (Duchâtel) fixant le 

rang des fonctionnaires et employés de 
l'Institution royale des sourds-muets de 
Paris. 

6. 1761 — J. R. Péreire est admis a présenter à la 

reine Marie Leczinska deux de ses élèves, 
le jeune Solier et la petite Marois. 
9. 1822 — L'Académie des Sciences approuve un 
rapport favorable présenté par un de ses 
membres sur un Mémoire intitulé : « L'art 
de sonder la trompe d'Eustache simplifié, 



— i98 — 

avec l'exposé du développement de l'ouïe et 
de la parole chez une jeune sourde-muette 
par le docteur Deleau. 

11. I8i8 — L'Assemblée nationale renvoie au Minis- 
tre de la Justice une pétition de Ferdinand 
Berthier, demandant des modifications à la 
législation , civile et criminelle en faveur 
des sourds-muets. 

14. 1799 — Première représentation au Théâtre- 
français, de L'Abbé de L'Epée comédie his- 
torique en cinq actes par Bouilly, 

14. 1842 — Les sourds-muets présents à un banquet 
commémoratif de la naissance de l'abbé de 
l'Epée adressent au Ministre de l'Intérieur 
une pétition par laquelle ils lui demandent 
l'acquisition par l'Etat d'un tableau de 
Frédéric Peyson, représentant les Derniers 
moments de CAbbé deVÉpée. 

17. 1819 — Visite de la duchesse de Berry à l'institu- 
tion des sourds-muets de Paris. 

23. 1789 — Mort de l'abbé de l'Epée. 

26. 1764 — Saboureux de Fontenay, élève très distin- 
gué de J. R, Péreire, écrit à M Ue ***, qui lui 
avait demandé « Comment il avait pu ap- 
prendre à lire, à écrire, à parler, à s'expli- 
quer. » La lettre de Saboureux de Fontenay 
est, suivant l'expression de Degérando une 
sorte de monument pour l'histoire de l'art 
d'instruh'e les sourds-muets. 

30. 1845 — L'Académie royale de Lyon, qui avait mis 

au concours l'éloge de Degérando, décerne 
un prix à M 11 * Octavie Morel, dame profes- 
seur à. l'Institution des sourds-muets de 
Paris. 

31. 1800 — Le docteur Itard est nommé médecin de 

l'Institution des sourds-muets de Paris, dont 
il devient un des plus généreux bienfaiteurs 



— 1W — 

GUIDE POUR L'ENSEIGNEMENT DE LA PAROLE 

AUX SOURDS-MUETS 

par le R.P. Constantin MATTIOLI 

des Ecoles Pies 
Professeur à l'Institut Royal Pendola de Sienne 

traduit de l'italien, avec l'autorisation de L'auteur, 
par O. Claveau (suite) (1) 

De l'L mouillée et de l'N mouillée (2) 

Pour faire articuler l'L mouillée par le sourd-muet on 
prendra pour point de départ le son LI qui lui est bien 
connu et, pour le convertir en L mouillée {çli dans l'or- 
thographe italienne), on fera remarquer à l'êléve l'espè- 
ce de gargouillement que détermine la prononciation de 
cette consonne et qui tient à ce que la langue se rappro- 
chant davantage du palais, l'air expiré rencontre une 
résistance plus grande pour s'échapper au dehors. D'or- 
dinaire on réussira à faire reproduire ce phénomène 
lorsqu'ayant porté la main de l'enfant entre le menton 
et la gorge du professeur, on lui aura fait percevoir la 

(l)Voir la Revue Française du moisde Juin 1890 et mais mivanu. 

(2) Ce chapitre intitulé dans le texte original : Combinaisons 
SPÉCIALES débute par des détails que nous n'avonspasà reproduire ici sur 
les articulations tch et dj figurées dans l'orthographe italienne par c 
et g derant e eti et qui neie rencontrent pas dans la prononciation de 
notre langue. Nous pensons devoir nous abstenir également de repro- 
duire l'exposition du procédé adopté par l'auteur pour l'enseignémen 
de l'articulation ch (orthographe française) qu'il fait dériver de l'en- 
seignement du tch, procédé qu'il ne sauraitêtre question d'appliquer 
dans nos institutions françaises. ^Note du traducteur) 



— 200 — 

vibration spéciale qu'un toi son engendre sur ce point 
0;i ne manquera pas de lui faire observer comment, en 
pareil cas, la langue s'appuie contre la voûte palatine 
par son extrémité et par sa partie médiane. On pourra 
aus^i employer avec fruit le procédé qui consiste à faire 
prononcer les mots bâillon tailleur ëtc . , comme s'ils 
étaient écrits bâillon tailleur etc. .,en observant les rè 
gles que nous donnons ci-après pour la prononciation 
des consonnes redoublées. 

L'articulation <?iV demande également sinon une étude 
spéciale au moins une industrie particulière pour que le 
sourd-muet puisse être amené à la prononcer correcte- 
ment et clairement. L'expérience montre qu'en partant 
du son nia on arrive bien vite et avec beaucoup de faci- 
lité à faire prononcer la syllable gna et" autres congénè- 
res. En d'autres termes on peut considérer les mots cam- 
pagnard, signal comme étantécrits campaniard^ïnial^) 
Quand on est arrivé au but par cette voie, il ne faut pas 
manquer d'y venir par voie directe en faisant en sorte 
que la langue presse partout son bord antérieur contre 
les dents supérieures et arrête par ses bords latéraux l'é- 
coulement de l'air sur les côtés, que de plus elle s'ap- 

(1) Nous avons sollicité et sollicitons de l'auteur la permission de 
faire nos réserves personnelles au sujet de l'expédient qui 
consiste à Taire dériver l'articulation de Tl et de I'n mouillées des 
syllabes u et ni prononcées avec rapidité. Les défectuosités de ce pro- 
cédésontpeut-êlra un peu amoindries d^ns la prononciation des mois 
italiens lorsque la voyelle que précède ou suit I'l et I'n mouillée 
porte l'accent tonique. On peut prétendre que l'effort nécessaire pour 
marquer l'accent et en même temps que l'on redouble la consonne 
que l'affaiblissement d'une syllabe finale atténuentjusqu'à un certian 
point l'imperfection de l'articulation; Mais cette circonstance atténuan- 
te ne se présente jamais en français. Nous estimons que dans nos 
institutions tout au moins, il n'y a pas d'autre procédé à employer 
que le procédé qui existe et qui réussit bien, sous peine de donner aux 
élèves une prononciation traînante et des plus désagréable. Nous ne 
croyons même pas qu'on spit jamais en droit de laiiser prendre aux 
enfants, ue fût-ce que pour commencer, une habitude vicieuse, sauf 
à chercher plus ou moins vite par la suite à déraciner cette habitude. 

'Note du Traducteur) 



— 201 — 

puie contre la voûte du palais par la face dorsale de sa 
partie extérieure. Dans ce cas la langue ne se meut pas 
seulement de haut en bas mais se porte d'arrière en avant 
comme en se traînant contre le palais. 

Le maitre fera remarquer tout cela sur sa personne 
en mettant en jeu le sens delà vue et du toucher de son 
élève 



Des diphtongues 

À la suite de tous les exercices- quej'ai indiqués et qui 
forment pour ainsi dire la base du cours d'articulation, 
il me paraît important d'arrêter un peu les élèves sur 
les assemblages de voyelles qui constituent les diphton- 
gues. Cet exercice permettra aussi de préparer l'enfant à 
apprécier la panse plus ou moins forte que fait la voix 
tantôt sur une voyelle et tantôt sur une autre suivant que 
ces voyelles doivent se prononcer longues ou brèves. 
Pour arriver à ce but le maître fera poser sur le dos de 
sa langue le doigt de son élève et commencera à pronon 
cer deux voyelles ( ou, a par exemple) tantôt en les joi- 
gnant l'une à l'autre, tantôt en les détachant. 

L'eufanl ne tardera pas à s'apercevoir que, dans le 
premier cas, les mouvements se succèdent plus rapide- 
ment et que l'activité de l'organe est plus forte dans 
l'émission de la seconde voyelle que dans celle de la 
première; que, dans le second cas, au contraire, c'est- 
à-dire quand les voyelles sont détachées l'une de l'autre 
c'est tout l'opposé qui arrive. Ce mouvement bien sim- 
ple de l'organe vocal ayant été compris, le professeur 
exercera l'élève à le répéter d'une seule émission de 
souffle autant de fois qu'il sera possible de le faire sans 
trop de fatigue. Le maître pourra s'il est nécessaire, 
écrire les exercices sur le tableau et, pour les rendre 



— 202 — 

encore plus faciles, marquer d'un accent la voyelle sur 
laquelle doit »e porter l'effort de la voix. 

la seconde voyelle plus 
marquée, la première 
brève, 



ou a 


ou a 


ou a 


ou a 


ou è 


ou è 


ou è 


ou è 


ou i 


ou i 


ou i 


on i 



puis 



ou a 


ou a 


ou 


ou a 


ou è 


ou è 


ou è 


ou è 


ou i 


ou i 


ou i 


ou i 



la première voyelle plus 
marquée. 



On fera faire beaucoup d'exercices analogues, variés 
à volonté pour délier le plus possible, rendre faciles, 
dociles et prompts les mouvements du mécanisme de 
l'organe vocal. 

Des combinaisons de deux voyelles on 'passera aux 
combinaisons de trois voyelles en ayant soin de choisir 
celles qui se rencontrent le plus souvent et l'on habi- 
tuera l'élève à faire porter la voix tantôt sur la dernière 
voyelle, tautôt sur la deuxième, tantôt sur la première 
Exemples : 

m'a ai& ai& 

aia aia aia...,. 

&ia aia &la,.... 

aio aio aio.,... 

aio aio aio 

aio aio aio 

aie aie aie 

aie aie aie 

aie aie aie..,.. 

Il ne fandra pas s'étonner si l'on introduit dans le 
cour de ces exercices des combinaisons de voyelles qui 



— 203 — 

se. rencontrent rarement dans un même mot. Il arrive 
souvent qu'elles se présentent dans la rencontre de deux 
mots successifs dont le premier est terminé par une 
voyelle, tandis que l'autre commence par une voyelle 
et qui, par leur liaison dans le discours, sont prononcés 
comme s'ils ne faisaient qu'un seul mot. 



Da la rencontre de plusieurs voyelles semblables. 

On pourra fairo exécuter a la suite des exercices qui 
viennent d'être indiqués, d'autres exercices dont l'im- 
portance n'est pas moins grande et que l'on a à tout 
instant l'occasion d'appliquer. Il arrive fréquemment 
en italien (beaucoup plus rarement, il est vrai, en 
français ) d'avoir à prononcer dans le discours, en les 
joignant ensemble, deux mots dont le second commence 
par la voyelle qui termine le premier, par ex : II t'amena 
à Paris, le trou ouvert &. Dans ces cas et d'autres 
semblables, il est facile de remarquer, pour peu d'atten- 
tion qu'ony mette, que lesentendants-parlants emploient 
pour redoubler la voyelle un moyen des plus simples 
qui consista â ouvrir un peu plus la bouche à la seconde 
fois. Et, s'ils recourent à cet expédient, c'est pour n'avoir 
pas â s'arrêter après avoir prononcé une première fois 
la voyelle et reprendre leur soufle pour en arriver à la 
Seconde émission de voix , se qui ce produirait si les 
parties restaient dans la même position. Il faut faire cela 
encore pour qu'il ne se produise pas un à-coup, une inter- 
ruption de voix et pour former cette liaison harmonieuse 
en vertu de laquelle les deux sons s'unissent et se fon- 
dent presque en un seul. Donnons cet exemple à imiter 
à nos petits sourds-muets si nous voulons que leur parole 
devienne le plus possible semblable à celle des enten- 



— Î04 — 

dants, et habituons-les à exécuter le mouvement tout à 
fait mécanique dont il s'agit en leur proposant des 
exercices comme ceux-ci 

aa', ah..., 

ao, ao.,.,. 

ou ou, ou ou.. 

èè èè 

ïi, ïi..,.. 

On fera de ces exercices autant que l'on jugera néces. 
saire d'en faire pour habituer l'organe de l'élève à la 
gymnastique qu'ils requièrent, en cherchant à oblenir 
que l'enfant prolonge le plus possible l'émission de la 
voix sans s'interrompre. Puis on joindra une consonne 
à la voyelle, par exemple : 



papa, pipa, papa, 
bobo, bobo, bobo, 
toutou, toutou, toutou 
même, même, même 
nini, nini, nini 

Et tous autres exercices qu'il conviendra au maître 
d'instituer, 



Du redoublement des consonnes 

La langue italienne lait un très fréquent usage de 
mots qui présentent un redoublement d'une ou 
plusieurs consonnes, redoublement qu'il est nécessaire 



- 205 — 

de faire sentir d'une façon distincte en parlant (1). Du 
moment où le jeune sourd-muet saura pronoucer an 
(comme en français Anne ) et ~na il n'en coûtera pas 
beaucoup pour lui faire dire.4nrca.Pourqu'ilnetombepas 
dans le défaut de dire parexemple en italien ara (autel) 
au lieu de arra (gage) ou en français il eut au lieu de 
il lut, le maître doit, dés le début, lui faire comprendre 
comment on articule la première consonne en portant 
la langue ou les lèvres dans la position exigée par cette 
consonne pour déterminer le son voyelle qui la précède 
et que la seconde consonne est formée par le mouvement 
des mêmes organes accommodés ou disposés pour l'émis- 
sion du son qui suit. D'où il résulte conséquemment que 
le redoublementd'une consonne quelconque s'obtient en 
faisant en sorte que la langue ou les lèvres ou ces deux 
organes â la fois se maintiennent un instant de plus 
dans la position qu'ils prennent pour l'articulation de la 
consonne simple . Tout cela n'est pas bien difficile à taire 
saisir à l'élève, parce qu'il n'y a là rien de nouveau, 
parce qu'il ne s'agit que d'harmoniser entre eux des 
mouvements et des sons connus. Ici encore il suffira de 
faire appel aux sens de la vue et du toucher pour faire 
remarquer la position à prendre par la langue et par 
les lèvres, aussi bien que pour faire apprécier la pause, 
l'appui plus grands que réclame le redoublement du son. 
Les exercices à exécuter pourront être du genre des 
suivants : 



(1) La prononciation française ne fait sentir le redoublement det con- 
sonnes dans le corp'? de* mots que dans des cas tout à fait exception- 
nels (Allocution, illusion, imminent, immoler, annihiler, annoter, hor- 
reur, terreur), mais il n'est pas rare de trouver des consonnes re 
doublées dans la liaison des mots (Exemples: il l'a dit,il l'eùtfait, cou* 
rir rapidement, avec calme), bien qu'on doive chercher dans l'intérêt 
de l'euphonie à éviter autant que possible ces rencontres d'articula- 
ti one sembla bis. 

Note du traducteur 



— 206 - 

alla, alto, allé alli.... 
olla, ollo, ollé, olli 



atta, 


atto 


atté, 


atti — 




appa, 


appo, 


appè 


appi.. . 




ossa, 


osso, 


ossé, 


ossi. . . . 





Puis ensuite 

colla, collo, collé, colli, 

dalla, dallo, dallé, dalli, 

gatta, gatto, gatté, gatti, 

ratta, ratto. ratté, ratti, 

En dehors de ce qui concerne le redoublement d'une 
même consonne, nous aurons aussi à porter notre atten 
tion sur lamanière de réunir deux consonnes différentes 
qui, se trouvant dans le même mot, ne font point partie de 
la même syllabe. Dans les mots vofte-fa.ce, corde par 
exemple et beaucoup d'autres les consonnes l de volte e 
r de corde doivent se prononcer avec l'ouverture de 
bouche nécessaire pour vo et pour co a,t il faut, avant de 
déplacer la langue commencer l'articulation de la syllabe 
qui vient après, à savoir te, de. Si la langue se déplaçait 
ne fût-ce qu'un peu l'on entendrait vole-te core-de 

Il faudra faire prononcer ensuite par les élèves un 
grand nombre de combinatsons -variées en ayant soin de 
fonder toujoars ces exercices sur ce qui a été enseigné 
par exemple : 

tatoua tatouo tatoué tatoui 

tattoua tattouo tattouè tattoui 

papoua papouo papoue papoul 

pappoua pappouo pappouè pappoui 

laloua lalouo lalouê laloui 

l alloua lallouo lallouê lollout 

capoua capouo capouè capoui 

cappoua cappouo cappoué cappoui. 



— 207 — 

Dès que le maître verra ses élèves familiarisés avec 
la prononciation franche et prompte de combinaisons de. 
ce genre, il pourra, après avoir jeté un rapide coup- 
d'œil sur ce qui a été fait et s'être assuré que tout mar- 
che régulièrement, passer à l'enseignement des com- 
binaisons qu'il reste à faire connaître. 



Des syllabes composées ou complexes 

Nous ne nous sommes occupés jusqu'ici que des sons 
voyelles et des syllabes simples. Il est temps d'aborder 
l'articulation des syllabes composées pour terminer 
l'étude des combinaisons qui concourent à la formation 
des mots. On appelle syllabes composées celles dans les 
quelles la voyelle se trouve précédée de deux ou trois 
consonnes. Eu égard au mode et au nombre dans lequel 
elles s'assemblent ou s'unissent, on les divise en deux 
grandes catégories bien distinctes. La première catégo- 
rie comprend toutes les articulations où la voyelle est 
précédée de deux consonnes et la seconde articulation 
où la voyelle est précédée de trois consonnes. 

Les principaux groupes de consonnes que l'on ren 
contre dans la première de ces catégories sont . 
Bl, br, cl, cr, dr, fl, fr, gl, gr, pi, pr, tr, se, (sft), sp, su 
Sb, sd, sf, $g, si, sm, sn, s?\ s«.(l) 

Les nombreuses combinaisons qu'on peut réaliser en 
joignant chacune des voyelles à ces divers groupes de 
consonnes s'articulent d'après la môme loi et il suffira de 
formuler pour cela un petit nombres de règles générales 

Pour réussir à prononcer les combinaisons dont i* 
s'agit, il faut faire en sorte que le passage de la pre- 
mière à la- seconde s'exécute par degrés, sans à-coup 

(1) Les articulations qui figurent dans cette ligne ne seprésenten' 
pas dans la langue française comme tormaut une senle et m4me syl, 
labearec une voyelle qui suit 

Note du traducteur 



— 208. — 

ni interruption de . mouvement et avec une certaine 
promptitude et que le son voyelle qui doit leur servir 
d'appui ne se fasse sentir qu'après la seeonde consonne f 
A cet effet, il faut, en prononçant la première des deux 
consonnnes, employer moins d'énergie qu'on n'en met- 
trait si l'on devait l'articuler toute seule et, en outre» 
veillera ce que pendant l'articulation de cette consonne 
la langue ou les lèvres viennent prendre la position re- 
quise pour la seconde consonne sans qu'il se fasse aucune 
modification dans le degré d'ouverture des rangées de 
dents. Si l'une ou t'autre de ces combinaisons n'était 
par remplir, la syllabe ou l'articulation en arriverait, 
pour ainsi dire à se démembrer et un son voyelle s'inter- 
calerait entre les deux consonnes. Si par exemple, en 
prononçant Ma, dra, cla, on mettait à articuler les con- 
sonnes b, d, c, la même énergie que pour les 
suivantes, ou si l'on ne donnait pas à temps à la langue 
la position voulue pour l'£ ou pour YR, c'est à dire pour 
la seconde consonne, on entendrait au lieu de Ma, dra 
cla, b>ila, dara, cala. 

Pour parvenir à faire sentir et apprécier par l'élèv 6 
le mouvement délicat et très simple à l'aide duquel s'exé 
ente le passage d'une consonne à une autre en la manière 
requise le maître pourra, comme d'habitude, mettre à 
contribution les sens de la vue et du toucher et, s'il sai 
bien s'en servir, il ne rencontrera que très peu de diffi- 
cultés. On fera venir l'enfant devant soi au moment où 
l'on voudra se disposer â émettre l'une des articulations 
ci-dessus et commençant par les plus faciles, on mon- 
trera à l'enfant la position que va prendre la bouche, en 
lui faisant en même temps porter une main sur la partie 
de l'organe vocal où se font le mieux sentir les. conson- 
nes à prononcer. On articulera d'abord d'une manière 
très marquée et facile apercevoir et, dès que l'on verra 
que l'enfant s'est rendu compte dans une certaine 
mesure de la nouvelle façon d'agir, on l'engagera à la 
reproduire, résultat qui sera certainement atteint après 
quelques tentatives. Au fur et à mesure que l'élève ac- 



-, 209 — 

querra de l'assurance et de la facilité, le. maître l'exer- 
cera beaucoup à prononcer et à lire sur les lèvres toutes 
les combinaisons que l'on peut former arec les groupes 
de consonne ci-dessus indiqués, en suivant à peu pfès 
l'ordre que voici : 

bla, 6/0, blow, ble, bli, 

bra, bro, brou, brê, bri, 

cla, clo, clou, clé, cli, 

cra, cro, crou, cré, cri, 

dra, dro, drou, ' Are, dri, 

fia, flo, flou flé fli 

fra. fro, frou, fré, fri 



Il faut prendre soin de" faire prononcer à l'élève le 
plus grand nombre possible de syllabes d!une même 
émission de souffle, sans pourtant lui imposer un trop 
grand effort et sans trop le fatiguer. On cherche- 
ra en même temps à lui faire apporter dans l'éxecution 
une certaine agilité pour développer et mettre davan- 
tage en action les poumons, pour délier et rendre de 
plus en plus prompts les mouvements de l'organe 

La seconde série des syllabes composéescelle des syl. 
labes formées avec une voyelle précédée de trois con- 
sonnes est constituée par les groupes ou assemblages 
suivants, qui d'ailleurs ne se rencontrent que très rare- 
ment ou même jamais pour la plupart dans la pronon- 
ciation du français, comme faisant partie de la même 
syllabe. 
Sbl, sbr, sel, scr, sdr, sfl, sfr, sgl, sgr. spl. spr, str. 

Il est facile de voir que ces nouveaux groupes ne sont 
qu'une partie des précédents auxquels s'adjoint une S. 
Aussi,pour arriver aies bien prononcer, pourrons-nous 
bornerl'effortde notre attention à étudier le mode d'ar- 
ticulation de Vs et la manière dont on doit unir conson- 
ne aux suivantes.La première condition à réaliser et que 
la langue ait pris sa véritable position et reste un 
peu en arriére pour laisser un espace suffisant à la for- 



— 218 — 

maflôn déi' autres consonnes, spécialement s'il s'agit^ 
tfedèhtâlels; il faut que l'extrémité de la langue sQit.oour- 
tfée' enbas et qu'en prononçant VS on ne laisse point 
s'arrêter le sifflement de cette consonne jusqu'à ce que 
la langue et ies lèvres aient pris la position voulue pour 
ia consonne suivante. Ainsi, pour enseigner à l'enfant 
la syllabe stra on lui fera mettre la langue dans la po- 
sition voulue pour prononcer l'5,on l'invitera à articu- 
ler légèrement cette consonne et avant que le sifflement 
ne soit arrêté on*fera en sorte que l'élève porte la lan- 
gue au point et dans la position que requiert l'articula- 
tion du t puis celle de 1' r à la suite de laquelle se trou- 
ve la voyelle a voyelle sur laquelle ces trois mouvements 
vont s'appuyer pour engendrer une seule articulation ou 
Son commun.il est évident que ces passages doiventêtre 
rapides et, pour ainsi dire instantanés, afin qu'il ne se 
produise pas entre eux d'interruption et qu'ils soient 
en même temps doux et naturels. 



Fin de la première partie 



( A suivre ) 



SI 



STATISTIQUE 
Des Institutions Françaises de sourds-muets 

Notre dernier avis, au sujet de la statistique, des 
institutions françaises, nous a bien amené le renvoi de 
quelques nouvelles feuilles de statistique, ce qui ne nous 
permet pas cependant de dresser une liste complète^ de 
nos institutions. 

N'ayant pas de renseignements sur toutes nos écoles 
et ceux que nous avons reçus ne nous donnant par des 
chiffres à la même époque nous n'avons pas cru pouvoir 
donner une statistique • exacte. Nous venons prier â 
nouveau chacun des directeurs de nos institutions de 
vouloir bien remplir la feuille qu'ils trouveront ci-inclus 
dans ce numéro. 

Nous leur serions reconnaissants de nous donner la 
situation de leur école au ï eT Décembre 1890 et de vou- 
loir bien nous renvoyer cette feuillele plus tôt possible. 

Il voudront bien remplir le tableau suivant : 



'institution de __. 

Directeur^ _ „ . 

professeurs — , élèves — classes 

Méthode - 

-Boursiers ; Durée de la Bourse. 



— 212 — 
Exemple : 

Institution de Clermont-Ferrand (Puy de Dôme) 
Directeur : Frère Jovlnien des frères de St-Gdbriel 
4 professeurs — 4 classes — 30 élèves 
Méthode orale pure 

17 Boursiers. Durée des bourses : Puy de Dôme 6 ans, 
Corrèze 8 ans 



UNE FÊTE DE SOURDS-MUETS 



Nous lisons dans un journal de Montpellier : 

«Dès le samedi 29 et dans la matinée de dimanche 30 no- 
vembre arrivaient à Montpellier les sourds-muets des 
départementsdel'Aude.duGard, deVaucluse,de la Lozè- 
re, des Bouches-du-Rhône. qui venaient se joindre à ceux 
de l'Hérault pour célébrer le 178' anniversaire de la 
naissance de leur maître et vénéré bienfaiteur l'abbé 
de l'Epée. 

Les arrivants étaient conduits dans une salle du café 
du Peyrou, cercle des Sourds-Muets, ou les présenta- 
tions eurent lieu. 

A midi, messe à la cathédrale, puis visite au musée où 
les Sourds-muets ont recherché avec empressement les 
peintures de Frédéric Pej>son de Montpellier, un de 
leurs frères en mutisme, qui s'est fait une grande répu- 
tation comme artiste peintre. 

Ils se sont arrêtés, surtout devant le tableau repi'ésen- 
tant les derniers moments de l'Abbé de l'Épée, du à ce 
peintre célèbre. 



— 213 — 

Dans la cpur intérieure du musée, un photographe a 
fait poser les Sourds-muets devant son objectif et les a 
photographiés en groupe. 

Après avoir admiré les monuments de la ville, les 
Sourds-Muets se sont réunis à six heures et demie du 
soir à l'hôtel où les attendait le banquet traditionnel. 

M. Gigounier-Nachor, qui avait été élu président à 
l'unanimité, a pris place à la table d'honneur, ainsi que 
M. 1). Bras nommé président d'honneur, ayant à leur 
côté le doyen des Sourds-Muets de Montpellier et de la 
région, M. Antoine Pages, âgé de quatre-vingts ans. Les 
deux vices-présidents: MM. Pongy et Auran, de Nimes 
avec le commissaire, M. Hours, étaient également à la 
table d'honneur. 

Le Président a ouvert la série des toasts en mimant un 
discours dans lequel il souhaite la bienvenue à ses con- 
frères les sourds-muets et les remercie de l'avoir nom- 
mé président de la fête, honneur auquel il est très sen- 
sible. 

Il a parlé de l'abbé de l'Epée et du célèbre tableau de 
Peyson représentant les derniers moments de leur bien- 
faiteur tableau qui se trouve à Pariset dont le musée de 
Montpellier possède l'esquisse original 

Après le président M. Pongy de Nimes a par des sigues 
rendu hommage àl'abbé de l'Épêe etaraconté son histoh'e 
il a parlé des différentes écoles des sourds-muets d'Eu- 
rope et d'Amérique et a terminé en disant que le nom 
de l'abbé de l'Epée ne s'oublira jamais. 

M. Auran de Nimes dit par geste que avant l'abbé de 
l'Epée les sourds-muets étaient exclus de la société. Un 
père de famille qui avait un enfant atteint de cette infir- 
mité le déshéritait au profit d'un autre parent. Les 
sourds-muets n'avaient pas le droitde prendre le titre de 
citoyen. Il a terminé son discours en disant: Honneur à 
l'abbé de l'Epée. 

Tous lessourds-muets.se ,sont.leyés,et„pnt répondu: Vi- 
ve l'abbé de l'Epée notre libérateur. 



— 2i4 — 

Après le banquet, dans une salle du café du Peyron 
M, Auran Pongy Hours et Rabbia ont récité par signesdes 
fables, des histoires. Ils se sont parfaitemeut fait com- 
prendre même parles mas sieursetles dames invités à 
cettepartiede la tête. 

M. Giriat, de Cette, qui a étudié toutes leslois concer- 
nant les sourds-muots a fait savoir par signes très expres- 
sifs que, esclaves avant la Révolution la Révolution les 
a rendus citoyens et les a fait entrer dans la société. 

Tous les orateurs ont danseurs discours remercié et 
félicité l'organisateur de la fête, ainsi que M. Bras qui 
l'avait aidé dans cette difficile tâche, 

Tous les sourds-muets snt voté des remercïments aux 
généreux bienfaiteurs et bienfaitrices pui avaient bien 
voulu contribuer par leurs dons à l'éclat de cette fête 
et ils se sont séparés en se disant: au revoir â l'année 
prochaine nous reveiendrons plus nombreux. » 

Nous pouvons ajouter que c'est au zèle intelligent et 
au dévouement de M. Ginouvier que cette fête à dû sa re- 
marquable organisation M. Ginouvier est un artiste pein- 
tre qui s'iuspire des nobles sentiments de son célèbre 
compatriote Frédéric Pej son et qui est en quelque sorte 
l'âme des sourds-muets du Midi il n'a pas été seulement 
proclamé président de la fête dont on vient de lire le 
récit par ses frères reconnaissants nous avons appris 
qu'à la fin du banquet M. Bras président de l'Académie 
poétique du Midi lui a annoncé au nom de cette acadé. 
mie sa nomination en qualité de membre d'Honneur et 
lui a remis aux applaudissements de toute l'assistance 
les insignes et le diplôme Qu'il en reçoive les félicitations 
de ses frères de Paris. 

Th.D 



— 115 — 

CONGRÈS INTERNATIONAL 

DES SOURDS MUETS DE 1889 



— Nous avons promis à nos lecteurs lie leur donner un 
compte-rendu du Congrès international des sourds- 
muets qui s'est tenu l'année dernière â Paris, nous ve- 
nons de recevoir le volume et nous nous empres- 
sons de tenir parole. 

La mode est aux Congrès, nous en avons vu de toutes 
sortes, et depuis longtemps déjà, les professeurs de 
sourds-muets ont eu les-leurs; Congrès internationaux 
Congrès nationaux, Conférences, etc. , ils semblent se 
se reposer un peu, aujourd'hui, et nous ne voyons guère 
& l'horizon que celui qui doit se tenir eu France en 1893 , 
une période de 8 années le séparant du dernier. 

Les sourds-muets ont voulu, eux aussi, avoir le leur, . 
international pour leur début, hâtons-nous de dire, 
qu'il a fort bien réussi et que les organisateurs n'ont . 
eu qu'à se flatter de leur idée. 

N'était-ce pas d'ailleurs une idée originale que de 
réunir à Paris au moment ou s'ouvrait une exposition 
universelle et 100 ans après la mort du fondateur de 
notre enseignement, des sourds.-muets veuant des dif- 
férentes parties du monde affirmer leur reconnaissance 
pour celui qui les avait sauvés et témoigner des résultats 
obtenus après un siècle d'efforts par les successeurs du 
Majtre vénéré. 

Nous avons donné ici la circulaire adressée par 
l'Association amicale dss sonrds-muets qui avait pris 
linitiative de cette Assemblée. (1) 

(1) Voir Revue française 5 e année 



— 216 — 

Près de 200 personnes prenaient part au Congrès qui 
s'ouvrait à Paris, Mairie du VI m * Arrondissement le 10 
Juillet 1889 à 8 h. ]/2 du soir. 

M. Hugot, sénateur voulut bien accepter la présiden- 
ce d'honneur, et le président effectif fut M. Dusuzeau 
ancien professeur à l'Institution Nationale de Paris. 

Nous avons déjà donné ici les deux discours d'ouver- 
ture de M. Chambellan et de M. le Sénateur Hugot. (2) 

La première question qui devait être traitée avait 
pour titre : Le sourd-muet dans la société sa situation 
morale et matérielle dans les diverses parties du monde 
Les orateurs qui traitent cette question s'attachent tous 
â démontrer la nécessité du langage des signes pour 
le sourd-mnet, ce serait aux entendants parlants à ap- 
prendre le langage des signes. M. Benj. Dubois fait re- 
marquer qu'on est sorti de la question pour s'occuper 
de la méthode à suivre; si nous en croyons le compte- 
r3ndu, nous pensons qu'elle n'a même pas été effleurée 
Deuxième question : Le sourd-muetau travail, profes- 
sions exercées. Après avoir constaté la nécessité d'un 
easeignement professionnel qui mette le sourd-muet en 
état de gagner sa vie, on a fait remarquer les difficul- 
tés qu'il rencontre dans les ateliers par suite de son in- 
firmité, on énumère les principales professions qu'il 
peut exercer, professions manuelles et artistiques, M. 
Chambellan constate l'éloignement du sourd-muet de 
toute le„ administrations de l'Etat. On demande pour finir 
la fondation d'écoles professionnelles pour les sourds- 
muets. 

Vient ensuite une question fort intéressante : Le 
sourd-muet en famille. — Mariages. — Enfants. Nos 
confrères se rappellent le mémoire de Graham Bell, à 
propos de la formation d'une race humaine privée de 
l'ouïe et de la parole, ils n'ont pas oublié que cet auteur 



(1) Voir Bévue française 5 e année 



— 2-17 — 

voulaifdéfendre par une loi en Amérique les mariages 
entre sourds-muets, Il était fort curieux de voir des 
sourds-muets traiter eux-mêmes cette question, sept 
orateurs ont pris part â la discussion, ce sujet a été 
traitée d'une façon très élevée par notre ancien collè- 
gue M. Dusuzeau. Certainement les mariages entre 
sourds.muets peuvent produire des enfants sourds' 
mais d'après M. Fox, un américain, les statistiques sur 
lesquelles s'appuient le professeur Graham Bell ne 
prouveraient pas la vérité de ses suppositions; le cas 
d'enfants sourds ne serait aussi qu'une exception et 
n~n une loi. Les orateurs le prouvent par des fait6. 
Tous d'ailleurs montrent les inconvénients réels des 
mariages mixtes et si les ménages de sourds ne sont 
pas toujours heureux, il y a. à leur avis dans ces unious 
de plus grandes chances de bonheur. 

Remarquons cependant d'après les statistiques officiel- 
les (voir l'étude si intéressante de M. Corniè sur l'Ins- 
titution Nationale de Bordeaux ) que les sourdes-muet- 
tes se marient fort peu et qu'alors ? 

Les sourds-muets ont constaté avec plaisir en traitant 
la question suivante: Le sourd-muet et les lois de son 
pays, que grâce à l'Abbé de l'Épée et à ses successeurs, 
il était devenu dans tous les pays l'égal de chaque 
citoyen devant la loi. On a bien protesté un peu contre 
l'nsage des interprètes; mais les deux orateurs qui trai- 
taient cette question ne doivent pas oublier qu'il existe 
des sourds-muets peu intelligents, peu instruits et que 
la justice a le devoir de s'entourerde toutes les lumières 
possible afin de rendre aussi à ces malheureux la loi 
égale pour tous. 

Nous ne parlerans pas de la dernière question traitée: 
Les Bienfaiteurs des sourds-muets, la liste en serait trop 
longue. 

Comme conclusion, le Congrès a adopté les déclarations 
suivantes : 



— 218 — 

Considérant que du fait de l'instruction qu'ils ont reçue, 
les sourds-muets ici présents ont l'esprit suffisamment 
éclairépour avoir le droit imprescriptible de donner leur 
avis dans les choses qui les concernent; 

Considérant que tout système qu'on à essayé de subs- 
tituer à celui de l'abbé de l'Epée a produit des résultats 
inférieurs; 

Le Congrès proclame l'infaillibilité de la méthode de 
l'abbè de l'Epée qui, sans exclure l'emploi de la parole 
admet que la langue mimique est l'instrument le plus 
propre à développer l'intelligence du sourd-muet, 

Le Congrès pense qu'il y a lieu de classer les élèves en 
deux catégories : 1° ceux qui sont devenu complètement 
sourds-muets par acoident ou qui ont conservé un reste 
d'audition ; 2° las sourds-muèts de naissance. 

L'enseignemeut de la parole sera donné suivant les 
aptitudes individuelles, mais en aucun cas le langage 
des signes ne sera mis à l'écart 

En outre, le Congrès émet le vœu : 

1° Que des écoles professionnel soient créées pour les 
sourds-muets, ou qu'ils achèvent leur apprentissage hors 
des institutions: qu'aucunapprenti n'en sorte sans connaî- 
tre suffisamment son état pour soutenir la concurrence: 
(faire autrement ce serait les vouer à la misère) 

2° Que les pouvoirs publics, dont la sollicitude doit s'e 
tendra également à tous les citoyens, confient aux 
sourds-muets les emplois qu'ils sont capables de remplir 
dansles institutions ou dans les admiaistrntions,et cela au 
nom de la justice égale pour tous , Comme les 
autres hommet, les sourds-muets ont droit à l'existence. 

Le congrès est convaincu que lesmariages entre sourds- 
muets présentent plus de chances de bonheur que les ma- 
riages mixtes, c'est-à-dire que lesmariages entre sourds- 
muets et parlantes ou entre parlants et sourdes-muettes 

Si de ces unions naissent quelquefois des enfants sourds 



— 219 — 

muets, on ne peut affirmer que telle en est la véritable 
cause, d'autant pi us qu'il esL impossible de dire pourquoi 
lés mêmes accidents surviennent dans lei mariages 
entre parlants 

Le Congrès clôt ses séances aux cris de Vive la France 
Vive l'abbé de l'Epée? vive l'émancipation des sourds- 
Muets. 

Nous ne savons si l'avenir nous ï*éserve de sitôt un 
deuxième Congrès de sourds-muets, nous sommes loin 
de contester à nos frères sourds le droit de s'occuper de 
leur avenir, de leurs intérêts, et de leur bonheur, 

Nous pensons cependant qu'ils s'écartaient de leur 
route en cherchans à donner leur avis sur la meilleure 
méthode à suivre en vue de l'instruction de leurs frères 
Il s'agissait d'unCongi'ès de sourds instruits parla métho- 
de des signes,si dans la suite nous avions un Congrès de 
sourds instruits par la méthode orale pure,peut-être arri- 
verions nous âdes conclusions différentes. D'ailleurs les 
uns pas plus que les autres n'ont le droit d'entraver le 
progrès, je ne sache pas que l'abbé de l'Épée ait été 
inventé par un sourd et si dans l'avenir ou trouvait un 
moyen de rendre l'ouïe aux sourds, ceux-ci auraient-ils 
le droit de refuser ? 

Pour nous, dans cette réunion, nous n'avons voulu 
voir que les accents de la reconnaissance s'élevant 
vers celui qui a rendu' le sourd-muet à lui-même. Est- 
il rien de plus touchant que de voir ces hommes de na- 
tionalités si différentes, s'unissant pour redire à la face du 
monde que l'abbé de l'Épée a été leur sauveur, que la 
reconnaisance de ses enfants sera éternelle et que sa 
mémoire vivra à jamais dans leur cœur. 

Ad, Bélanger 



— 220 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Le Dictionnaire Larousse dans une nouvelle édition 
(1890)la82', donne entête du volume, page 11, l'alphabet 
des sourds-muets et page 10 celui des aveugles. Il est re. 
grettable que cette innovation arrive précisément au 
moment ou cet alphabet devient inutile par suite de l'ap- 
plication de la méthode orale pure dans nos institu- 
tions françaises. 

Signalons parmi les 500 portraits qui ornent la deuxiè- 
me partie du dictionnaire celui de l'âbbé de l'Épée. (Avis 
aux collectionneurs). 



Nous prions ceux de nos lecteurs dont l'abonnement 
se termine au mois de Décembre de vouloir bien le 
renouveler au plus tôt. 

Le mode le plus simple est l'envoi d'un mandat poste. 

Abonnement pour la France i an prix 9 fr. 
— — l'Etranger 1 an — 10 fr. 



En vente au bureau de là Revue, chez M. Eug. 
BÉLANGER imprimeur Gérant, la collection de la 
Revue française. 

Cette collection comprend : 

Première année . Prix 4 fr. 

Deuxième — — 9 fr. 

Troisième — — 9 fr. 

Quatrième — — 9 fr. 

Cinquième — — 9 fr. 

L "imprimeur-gérant E. Bélanger 225, rue St-Jacques 



REVUE FRANÇAISE r 

de. l'Éducation des Sourds-Muets 

6 m « annéei N°'K) Janvier 1891. 



HPÊLEMÉÉÏBES 

de «la' Surdi-mutité en France 



JANVIER 



1. 1874: — Création du Rulletin de la Société cen- 
trale d'éducation et d'assistance pour les 
sourds-muets en France. Cette Revue tri- 
mestrielle a paru pendant trois années. 

5, 1795. — Loi de la Convention qui maintient et 
conserve les deux institutions de sourds- 
muets de Paris et de Bordeaux. Ceite loi 
annule un décret du '28 juin 1794 par lequel 
la Convention avait décidé, sur le l'apport 
de Roger-Ducos, qu'il serait établi six éco- 
les de sourds-muets sur divers points de la 
République. Elle met également à néant le 
rapport et le projet de décret, présentés 
parMaignet, sur l'organisation de ces six 
établissements etsur celle d'une école cen- 
trale pourl'instructinndes professeurs. 

6, 1S4.7. — M. Wilhorgne soumet aux professeurs 

de l'Institution des sourds\muets de Paris 
un nouveau système d'écriture manuelle, 
qu'il nomme Dactylographie et qui, suivant 
lui, aurait remplacé avantageusement la 
Dactylogie. 

7. 1750. — J. R. Péreire est admis à présenter au 

roi Louis XV, son élève d'Azy d'Etavigny. 



— 222 — 

12. 1845. — Mort de l'abbé Jamet, ancien recteur de 

l'Académie de Caen, supérieur général de 
la Congrégation du Bon-Sauveur, fondateur 
et directeur de l'institution des sourds- 
muets de Caen. 

13. 1751. — J. R. Péreire présente à l'Académie 

loyale des Sciences, son élève Saboureux 
de ^Fontenay, dont l'éducation avait été 
ébauchée, dès 1746, par un entrepreneur 
de bâtiments à Ganges, nommé Lucas. 

14. 1800. — L'abbé Sicard, bénéficiant du rappel 

d'un certain nombre de personnages pros- 
crits par nu arrêté du Directoire du 5 sep- 
tembre 17D7, annonce à Bouilly, auteur 
dramatique, qu'il vient de sortir de sa 
retraite du faubourg Saint-Marceau, pour 
reprendre ses fonctions à l'institution des 
, sourds-muets. La grâce de Sicard était due, 
en grande partie, à l'impression que Bona- 
parte avait emportée d'une représentation 
de l'abbé de VÉpée, de Jiouilly. 

18. 1874:. — Monseigneur Freppel, évêque d'Angers, 
prononce, dans l'église Sainte-Clotilde, un 
discours en faveur de la Société centrale 
d'éducation et d'assistance pour les sourds- 
muets. 

20. 1751. Diderot envoie à l'impression le manus- 
crit de sa « Lettre sur les sourds-muets à ■ 
l'usage de ceux qui entendent et qui parlent. 

22. 1761. — Ernaud, rival de J. R. Péreire, présente 
à l'Académie des Sciences, un mémoire sur 
les sourds-muets et sur l'application de sa 
méthode pour les iustruiro. Il avait pré- 
senté à cette Compagnie, en 1757, son élève 
le jeune Franck, neveu du chevalier d'Arcy. 
A la fin de 1762, Péreire remit àl'Académie 
une réponse au mémoire d'Ernaud, 



— 223 — 

25. 1800. — L'abbé Sicard, qui venait de rentrera 
l'Institution des sourds-muets, donne sa 
première séance et revoit ses élèves dont il 
avait été éloigné depuis-2S mois. 

27. 1721, — Buffon,Forrein et Mairan présentent à 
l'Académie des Sciences un rapport sur les 
progrés qu'ils ont été appelés à constater 
chez le sourd-muet Saboureux de Fontenay, 
élève dej. R. Pèreire. Les mêmes rappor- 
teurs avaient été chargés, en juillet 1749, 
d'examiner un autre élève, le jeune d'Azy 
d'Ètavigny. 

30. 1844. — Arrîtde la Cour de Cassation déclarant 

valable une* donation entre-vifs faite par un 
sourd-muet illettré, dont les' intentions ont 
été clairement manifestées à l'aide du lan- 
gage des gestes. 

31. 1875. — Représentation, au théâtre de la Porte 

Saint-Martin, avee Conférence de M, Ad. 
Franck, de l'Abbé de l'Epée, drame histori- 
que par.Bouilly. 

(A suivre) 



-r*224 — 

GUIDEE POUR rENSMGiWTOT'DEVLr PAttTOl 

AUX SOURDS-MUETS 
par le R.P. Constantin MATTIOLI 

des Ecoles Pies 
Professeur à l'Institut Royal Pendola* de Sienne 

traduit de V.italien, aoec l'autorisation •■• de Cauteur, 
par O. Claveau ($utte) 



SECONDE PARTIE (1) 

De la réunion des syllabes en mots et des mots en 
propositions* phrases et porioa.es. 

De même que nous avons eu à enseigner un à un au 
petit sourd-muet les sons élémentaires de la parole, 
ainsi est-il nécessaire de l'habituer par industrie et peu 
àpeu à lier ensemble ces éléments pour former les mots 
et par suite les propositions et les phrases. Si l'on négli- 
geait cet exercice dans renseignement, on s'exposerait 
à subir de graves et amers mécomptes et à perdre le 
meilleur fruit de ses peines. Plus d'une fois je me suis 
entendu dire et répéter, même par les personnes les plus 
considérables sous tous les rapports, que la voix de bien 
des sourds-mnets perd graduellementde son intensité et 
de son naturel à mesure que l'on passe des syllabes aux 
mots, des mots aux propositions et qu'elle dégénéra 
bien plus encore quand on arrive à la formation des 
périodes. Comme ce phénomène ne se produit pas chez 
les entendants, on ne devrait pas, ce semble, le rencon- 
trer davantage chez les sourds-muets, puisque les orga- 
nes de ceux-ci ne sont pas faits autrement. 

Et, comme il n'y a pas d'effet sans cause, il y a une 

(1) Le pra:nier chipitre de cette seconde partie est consacré dans 
le texte original à l'accent tonique et ne saurait avoir qu'an iutérèt 
secondaire pour les maîtres français. On a cru devoir l'omettre ici pour 
cette raison. (Note du Traducteur) 



— S25 — 

«asuse à cela.-' taie cause: que nous àVôtis le devoir de 
rechercherons à' pas et par-tous les moyens posSrfrTes . 
H est des personnes qui veulent la trouver 1 dans la mue d e 
la voix ; mais cette raison ne saurait nous satisfaire, car 
si telb était l'origine du défaut dont il s'agit, ce défaut ne 
devrait pas se révéler dans" le passage des syllabes aux. 
mots, mais seulem3nt à l'époque -de la puberté et non 
pas à mesure qu'on avance* dans le cours d'enseigne- 
ment. Je soupçonne que le malheur provient en grande 
partie de ce qu'on n'a pas suffisamment insisté, comme il 
arrive bien souvent, sur l'étude de la liaison des mots. 
En réfléchissant bien, nous voyons que ce n'est pas la 
même chose de prononce; 1 d'abord ba, puis teau ou de 
prononcer bateuu d'un seul jet. Il en est de même de la 
liaison des mots entre eux ; dire : Pierre — se — rend — 
à — l'école n'est pas la même chose que de dire Pierre 
sereni à l'école, que de prononcer la phrase d'une 
haleine ou d'un seul coup, au lieu de s'y reprendre à 
quatre fois. 

Pour prononcer un mot de deux, trois, quatre sylla- 
bes d'une seule émission de souffle, il faut au sourd- 
muet une force de respiration deux, trois, quatre fois 
plus grande (1). Il en faut dire autant lorsqu'il s'agit 
pour lui de prononcer plusieurs mots. Les dire l'un après 
l'autre sans s'arrêter ni reprendre haleine lui sera plus 
difficile que de les prononcer un à un. Si l'élève ayant à 
prononcer le mot commandement, par exemple, a la 
liberté d'articuler syllabe à syllabe, il pourra prendre 
haleine, c'est-à-dire inspirer quatre fois, s'il ld veut, tan- 
dis qu'il faut prononcer le mot tout entier d'une haleine 
pour lier et pour fondre ensemble les quatre sons. Si le 

'1} L'auteur pirle évidemment ici, comme la suite le lira voir, du 
sourd d.ïu'JTISB mais qui est encore loin du terme de son cours d'éludés 
u dont l'instruction est restée incomplète et qui n'a pas été suffi- 
samment exercé à lier les syllabes et les mots. Tout le souffle de 
chaque expiration se dépense sur un petit nombre de syllabes. De là 
une déperdition de forces tout à fait désastreuse pour la personne 
qui parle en même temps qu'une fatigue réelle pour l'auditeur, 

' (Note fltf Traducteur 



— 226 — 

sourd-muet doit 'énoncer les mots suivants : Le pre- 
mier des commandements,- il trouvera heaucoup» 
plus aisé de se reposer cinq, six, huit fois au lieu d'une. 
Cependant, pour que l'on puisse dire que ces, mots 
ont été prononcés d'une manière humaine, convenable, 
il faut qu'ils soient dits d'une seule émission de voix, de 
souffle. Cest ce que le sourd-muet ne fera jamais s'il n'y 
a pas été préparé graduellement et habitué au moyen 
d'exercices bien choisis. Aussi tous les professeurs de 
sourds-muets et spécialement ceux qui sont chargés 
d'enseigner l'articulation doivent-ils faire grande atten- 
tion à ce que leurs élèves, quand ils ont à prononcer des 
mots et des phrases, ouvrent .bien leurs poumons à l'air 
et cela de la manière la plus naturelle, la plus conforme 
à ce qui se passe pour chacun de nous. Il ne faut jamais 
permettre que les sourds-muets emploient en parlant 
cette façonhachée, sautillante, procédant par a-coupsqui 
produitsur l'audition une impression si désagréable et si 
pénible. 11 faut dès le début habituer les élèves àpronon- 
cerles mots et les phrases àvoix égale, simple et naturelle 
et, si on lus achemine vers ce but par degrés, au furet 
à mesure qu'ils avancent dans l'étude de la parole arti- 
ficielle aussi bien que dans le cours de l'instruction 
générale, toujours à l'aide d'exercices bien appropriés, 
jamais en les lorçant, on ne rencontrera pas de difficul- 
tés. Le succès s'obtiendra même aisément, les élèves 
s'habituant àse servir convenablement de leurs poumons, 
à débiter avec règle et mesure la quantité d'air néces- 
saire pour la production de chaque son, â ne pas la 
dépenser toute entière sur les premières syllabes. Au- 
trement, ils seront exposés à rester court quand il s'agira 
de continuer, obligés qu'ils seront de reprendre haleine, 
d'où résulte ce parler pénible, ingrat, qui, les besoins et 
les difficultés s'accroissant, finit par devenir inintelli- 
gible. 

La gymnastique des poumons, l'extension ou la durée 
de l'expiration sont, nous ne saurions trop le répéter, 
la chose la plus essentielle pour la prononciation et, ai 



— 227 — 

la prononciation est incomplète ou viciée, nous ne 
pourrons conce/oir- l'espérance de conduire l'éducation 
à bonne fin. A mesure rpie l'instruction avance, que le 
langage se développe, les besoins augmentent, les difu'- 
cultés auss.i et les embarras, et si la prononciation ne 
repose pas sur des bases bien établies, se prêtant à un 
développement large et naturel, la parole des jeunes 
gens, au lieu de prendre de la force, du moelleux et de 
la souplesse, dépérira de plus eu plus, selon l'observa- 
tion qui en a été faite, comme nous l'avons dit, par 
beaucoup de personnes. On n'insistera donc jamais assez 
sur la nécessité do la gymnastique pulmonaire, sur la liai- 
son graduelle et naturelle des sons, spécialement dans 
le cours préparatoire ou cours d'articulation. Si, dans 
cette période, nous ne pouvons faire prononcer de lon- 
gues propositions ou de longues phrases, nous supplée- 
rons à cet exercice en faisant répéter plusieurs fois, 
tout dune haleine, un seul et même mot. Dans l'instruc- 
tion du sourd-muet tout est effet de l'art et, de même 
que c'est par artifice que, nous lui enseignons à faire le 
premier pas, à savoir l'articulation de la syllabe, nous 
devons par le mémo moyen lui enseignera faire le 
second pas, le troisième, le quatrième, nous aidant de 
l'art pour acheminer constamment l'élève vers l'imita- 
tion de la nature, avec la persévérance et la patience 
qui sont les seuls et nécessaires éléments à mettre en 
jeu pour obtenir de bons fruits. 



A quel moment l'on doit commencer 
l'enseignement dn langage. 

Supposons nos petits sourds-muets arrivés au point 
de savoir bien prononcer toutes les combinaisons sim- 
ples ou composées ; supposons que leurs poumons 
fonctionnent régulièrement et fournissent aux besoins 
d'une-respiration large et prolongée; que les élèves 
soientenétat de lî?r ensemble toutes sortes de syllabes 
et de mots et de les lire sur les lèvres. On est bien en 



— 228 — 

droi^ce me semble, de demander quand il y aura lieu 
de commencer l'enseignement du langage, enseigne- 
ment qui est .précisément le but que nous nous propo- 
sons d'atteindre , eu donnant, au sourd-muet la parole 
articulée. Cette question qui, à première vue, semble 
n'en être pas une et peut paraitre superflue à quel- 
ques uns, présente, si nous y réfléchissons bien, la plus 
grande importance et de la solution qu'on y donne 
dépend souvent le bon ou le mauvais succès de nos 
travaux. Afin, de pouvoir en mieux juger, cherchons à 
nous rendre compte brièvement des résultats qui décou- 
lent des diverses soJutions possibles. 

Il y a de3 professeurs qui. du moment où le sourd- 
muet est arrivé à ébaucher deux articulations dont la 
réunion présente le sens d'une chose quelconque, font 
faire la liaison de ces éléments à l'enfant, lui montrent 
l'objet correspondant au mot et commencent tout de 
suite l'enseignement du langage; qui continuent à suivre 
cette marche à mesure que l'élève parvient à prononcer 
do nouveaux sons, en s'attachant plus à lui faire ap- 
prendre des noms qu'à lui enseigner les éléments essen- 
tiels et indispensables pour la formation de ces noms. 
Us semblent croire qu'ils donnent à juger de la capacité 
et de l'habileté de leurs élèves plutôt d'après le nombre 
des mots que ces enfants sont mis en état de prononcer 
Dieu sait comme, que d'après la correction, la fermeté, 
la précision, le naturel des positions de l'organe vocal. 
Par ce système, ils arrivent en peu de temps — au 
moins, c'est ce qu'ils disent et prétendent — à parcourir 
toutle chemin difficile, ardu de l'articulation et à«met- 
tre dans la tète de leurs élèves la moitié du vocabulaire. 
Comme si le malheur d'être sourds, au lieu de rendre les 
pauvres petits, qu'ils instruisent, inférieurs aux autres 
onfants, leur donnait, tout au contraire, une grande 
supériorité ! Mais tout cela n'est qu'une vaine illusion, 
une erreur tout à fait fatale. Le rêve ne tardera pas à 
s'évanouir et en même temps que le rêve on voit dispa- 
raître les fruits recueillis avec si peu de peine. Les 



mouvements de l'organe vocal qni n'ont pas eu le temps 
de se délier convenablement et de bien se fixer dans 
las positions voulues ne tardent pas à se déranger, s'exé- 
cutent mal et au hazard ; les sons se confondent et se 
perdent et le malheureux édifice, bâti sur le sable, aux 
assises mal cimentées, se disloque entièrement, tombe 
eu ruines. Le succès est compromis pour toujours. Tou- 
tefois, à dire vrai, il n'y a qu'un petit nombre de tels 
maîtres et ceux-ci ne se rencontrent que parmi les gens 
tout à fait inexpérimentés. 

Il en est d'autres qui enseignent à articuler avec vn 
certaindegrê de naturel et de précision, mais qui sont 
poussés, eux aussi, par l'envie l'ôlle de hâter l'enseigne- 
ment du langage; qui. pour avoir la satisfaction d'en- 
tendre leurs élèves prononcer des noms et quelques 
propositions simples, ne consacrent pas tous les soins et 
tout le temps nécessaire», à bien fixer et assurer en eux 
les mouvements mécaniques et le développement nor- 
mal de la respiration. C'est là -encore une mélhode 
défectueuse et qui tombe en discrédit. On doit être 
dorénavant bien persuadé que, pour retirer do bons, 
réels et stables résultats de renseignement de la langue 
articulée aux sourds-muets, il faut faire précéder ce, 
enseignement d'exercices relativement prolongés et 
bien compris d'articulation mécanique pure et simple, 
exercices nécessaires pour développer- la respiration, 
pour donner aux organes employés au service délicat de 
la parole, élasticité, agilité et sûreté. 

L'expérience a démontré que le meilleur système 
consiste à e:iî3ig!V3r d'abord toutes les articulât ionst 
sans se laisser entraîner par le désir immodéré d'avan- 
cer, mais en prenant soin, au contraire, de s'arrêter 
incessamment sur ce qu'on a déjà fait pour mieux pré- 
ciser et affermir les positions acquises, pour donner la 
fixité et la force de l'habitude aux mouvements mécani- 
ques de la phonation, à l'aide d'exercices continuels et 
prolongés, sans s'occuper aucunement de l'enseigne- 
ment de la langue. Je ne veux pas dire pourtant qu'on 



— 230 — 

ne puisse faire prononcer aux commençants, durant le 
premier cours d'articulation, des mots entiers' et même 
de petites phrases: Cet exercice pourra au contraire 
servir beaucoup pour la liaison des sons et pour donner 
du moelleux à la voix, mais ceci à la condition qu'on le 
fasse seulement à titre d'exercice purement mécani- 
ueq d'articulation et qu'on ne s'occupe nullement du 
sens des mots. (1) . D'ordinaire l'enseignement de la 
langue pendant la première année de classe prépara- 
toire est nuisible, à cause du danger qu'il entraîne d'é- 
parpiller l'attention du maître et de l'élève et de faire 
négliger la partie essentielle, c'est-à-dire l'articulation, 
chose qui peut arriver malgré nous et à notre insu. 
Tout le monde conviendra que la tentation ne saurait 
être plus forte ni plus propre à nous séduire: d'une 
part, la curiosité naturelle aux jeunes enfants qui, 
après avoir appris quelques noms, deviennent très 
désireux d'en apprendre de ncuveaux,piennent en aver- 
sion la simple et aride articulation qui ne leur offre 
aucun attrait et se mettent à tourmenter le pr ofesseur 
pour savoir comment s'appelle ceci et comment s'appelle 
cela; d'un autre côté, le professeur flatté dans son 
amour propre quand il voit ses élèves répéter avec faci- 
lité des noms et de petites phrases se laissera facile- 
ment entraîner par leur insistance. Il se mettra à ensei- 
gner la langue et, comme conséquence, pour avoir vou- 
lu cueillir les fruits avant la maturité, il laissera la 
plante s'étioler, se dessécher, en négligeant l'exercice 
nécessaire de la formation complète des éléments de la 
parole. Certes, c'est une chose dure et bien ennuyeuse 
que d'avoir, pendant des mois et des mois, à travailler 
sur des sons détachés, monotones, souvent avec de 



(1) N'est-ce pas ici le lieu de se rappeler le tempérament si sage 
qu'un autre maître éminent, l'abbè Jules ïarra, formulait en ces 
termes ; Donner le sens d'un certain nombre de mots bien choisis a 
titre de récompense de l'articulation correcte et bien assurée obtenue 
pour ces mot» » (Note du Traducteur! 



— 231 — 

grandes difficultés, mais on ne laissera pas que d'être 
soutenu par la pensée des grands avantages que notre 
travail habile et patient procurera à nos chers petits 
muets si, en tenant cette conduite, nous parvenons à 
fonder sur des bases très solides et sûres l'édifice que 
nous nous proposas d'élever. Du reste c'est une néces_ 
site. 11 faut la subir. Si nous voulons que les sourds, 
muets parlent, il ne s'agit pas de regarder aux sacrifices 
mais de donner l'enseignement comme il doit être donné. 

Tous ceux qui ont quelque peu la pratique de l'ensei- 
gnement delà langue donné au sourd-muet par la mé- 
thode orale savent combien il est pénible et difficile de 
marcher,et môme de marcher très mal, avec des enfants 
mal campés sur les principes, ou qui n'ont pas toutes les 
articulations, ou qui ne savent pas lire sur les lévrés. Il 
y a là de quoi épouvanter les plus courageux et il vous 
vient une sueur froide rien que d'y penser. A chaque pas 
l'on est contraint de s'arrêter, soit pour rectifier une 
position fausse, soit pour enseigner une articulation nou- 
velle et indispensable, soit par ce qu'on ne peift réussir 
à se faire comprendre. En pareil cas et presque fatale- 
ment le pauvre professeur en arrive, au bout du compte, 
à se déclarer vaincu, recourt à quelque autre moyen pour 
faire quelque chose et en finir. L'enseignement dépérit. 
Les pauvres sourds-muets prennent en aversion la 
parole aussi bien que celui qui l'enseigne et, au terme 
de leurs études, s'en vont muets commeils étaient venus. 

Mais comme la scène change quand nous nous met- 
tons â enseigner la langue à des élèvos bien préparés, 
chez lesquels l'articulation est claire et distincte, dont 
la respiration est bien développée et naturelle et qui 
sont bien acheminés dans la voie de la lecture snr les 
lèvres ? Il n'est rien qui donne plus de satisfaction et 
qui, en même temps, coûte moins de sacrifices et de 
fatigues. En un jour, on fait plus avec ces enfants qu'on 
ne pourrait faire avec d'autres pendant une semaine et 
même un mois. Les élèves deviennentvifs, gais, contents, 
L33 heures de classe s'écoulent avec rapidité et le béné- 



— 23â — 

flce qu'on réalise, si je puis me servir de celte expres- 
sion, devient surprenant, pour ne pas dire absolument 
merveilleux. 

(Â suivre) 

ERRATA : P. 200, 8 e ligne de la note. Au lieu de pour 
marquer l'accent et en mèmetemps... lire pourmarquer 
l'accent en même temps que l'on redouble la consonne 
et.,. 

P. 200. 13 e li^rne de la note. Au lieu de le procédé qui 
existe lire le procédé direct qui existe... 

P. ^03, ligue 11. A u lieu (te combinaisons lire condi- 
tions. Le membre de phrase auquel appartient le mot 
sera par conséquent; Si l'une ou l'autre de ces condi- 
tions n'était pas remplie. 



STATISTIQUE 

D33 Institutions Françaises de sourds-muats 

Nous commençons dans ce numéro la publication de 
la statistique de nos écoles françaises. Nous remercions 
MM. les Directeurs qui nous renvoyé avec empresse- 
ment leur feuille de renseignement. 

Nous prions à nouveau ceux auquels nous envoyons 
aujourd'hui pour la 3 me fois une feuille de vouloir bien 
nous la renvoyer au plus tôt. Nous désirons terminer 
cette statisque dans le prochaiu numéro et il y a intérêt 
pour tous à ce qu'elle soit aussi complète que possible. 

* ns titution d'Angoulème 

Directeur: M. Elien Lagrange, 
2 professeurs. — 20 élèves. — 2 classes 
Méthode orale pure. 
14 boursiers ; Durée de la bourse : 8 ans. 

L'Institution d'Angoulème est reconnue d'utilité publique par 
décret ministériel du 13 Novembre 1874 



— 233 — 

Institution du Bon-Sauveur (Albi) 
Directrice; Madame Massut supérieure du Bon- 

Sauveur 
11 professeurs — 66 élèves — 10 classes (36 garçons, 

30 filles 
Méthode orale pure 
Faible subvention départementale 

Le Boa Sauveur s'est chargé de prendre totu les sourds-muets du 
Tara et les garde au delà même d'une période de 9 ans 

Institution de la Providence d'Annonay, (Ardèche). 
Directrice : Sœur Marie Archange. 
3 professeurs — 19 élèves — 3 classes. 
Méthode orale pure. 

11 n'y a ni bourses ni boursiers l'institution est entiè- 
rement gratuite. 

Institution de Bourg. 
Directeur : Frère Roger, de? Ecoles chrétiennes 
3 professeurs — 24 élèves — 3 classes. 
Méthode Orale pure. 

12 boursiers; Durée de la Bourse, Ain, S ans. Çote- 
d'Or, 6 ans. 



InstitutionNationale des sourdes-muettes de Bordeaux 
Directeur : M. Cavé-Esgaris. 
34 professeurs — 223 élèves — 23 classes. 
Méthode orale pure. 
201 Boursières. Dures de la bourse : 8 ans. 

Institution de Besançon-Saint-Claude (Douts). 
Directeur : Frère Komule-M. des Ecoles chrétiennes. 
7 professeurs — 4,0 è'èvos — 3 classes. 
Méthode orale pure. 
25 boursiers ; Durée de la bourse : 8 ans. 



— 234 — 

Institution de Notre-Dame du Calvaire, Bourg-la- 
Reine (Seine). 

Dirigée par les Religieuses de Notre-Dame du Cal- 
vaire. 

6 professeurs. — 36 élèves. — 4 classes. 

Méthode orale pure. 

1 Boursier; Durée delà Bourse: 8 ans. 



institution de Besançon à Pélousey. (Doubs). 
Directrice : Sœur Céleste de la Croix. 
5 professeurs — 50 élèves — 5 classes. 
Méthode orale pure. 

39 boursiers ; Durée de la bourse : 5 ans. Haute- 
Saône; 7 ans, Jura.; 8 ans, Doubs. 

Institution de la Chartreuse d'Auray (Morbihan) 
Directeur l'abbé Bouchet 
7 professeurs, — 80 élèves — 7 classes 
Méthode orale pure 

Bouriers; Durée de la Bourse Morbihan 10 ans; 
Loire-Inférieure 8 ans ; Vendée 6 ans. 

Institution de Chaumont (Pny-de-Chaumont) 
Directeur F. Macaire, Institut des frères du Sacré- 
Cœur 

3 professeurs — 14 élèves — 3 classes 
Méthode orale pure. 

14 Boursiers; Durée de la Bourse 6 ans. 

Institution de Charaulières, Clermont-Ferrand. 
Directeur : Frère Jovinien, des Frères de St-Gabriel 

4 professeurs — 30 élèves — 4 classes. 
Méthode orale pure. 

17 boursiers ; Durée de la Bourse, Puy-de-Dôme .' 
6 ans Corréze ; 8 ans. 



— 235 — 

Institution de Currières, par Saint Laurent du Pont 
(Isère) . 
Directeur : Bertho Odilon. frère Paul des Frères de 

Saint-Gabriel. 
6 professeurs — 50 élèves — 5 classes. 
Méthode orale pure. 
Institution gratuite entretenue par les RR. Pères 

Chartreux. 
Les cours sont de 7 ans. 

Institution Nationale de Chambéry. 
Directeur : F. M. Baudard. 
71 élèves-garçons — 28 élèves-filles. 
Les garçons sont répartis en 7 classes (2 sections de 
1" année et les filles en 3 classes. 
Méthode orale pure. 
Durée de la Bourse : 7 ans à partir du l rc octobre 1890 

Institution d'Elbeuf (Seine-Inférieure). 

Directeur : Louis Capon. 

3 professeurs — 16 élèves — 3 classes. 

Méthode orale pure (depuis 1871, date de la fondation 
de l'Ecole). 

10 boursiers : Durée de la Bourse : Seine-Inférieure. 
8 ans. 



(A suivre) 



— 236 



DU SECTIONNEMENT RATIONNEL 

des élèves dans les éco'es de Sourds-Muets 



Si, en thèse générale, il est démontré que tous les 
sourds-muets peuvent bénéficier des bienfaits de l'ins- 
truclion, il s'en faut que ce soit au même degré; ce qui 
explique surabondamment les différences qui existent 
dans leurs moyens respectifs d'assimilation. 

Quelques-uns, en effet, sont intelligents au sens absolu 
du mot; d'autres le sont beaucoup moins, toutenconser- 
vantune certaine clarté d'esprit, lesderniers enfin qu'on 
a appelés las arriérés n'arrivent jamais qu'à des résul- 
tats relatifs, quels que soient les moj eus employés dans 
leur instruction. 

On pourrait, d'ailleurs, rapprocher ces trois catégo- 
ries do sourds-muets, de nos élèves des Lycées qui com- 
prennent de même une élite appelée à aborder un jour 
les écoles Normale et Polytechnique, une moyenne se 
tenant dans une honnête médiocrité, et enfin l'inévita- 
ble queue composée de ce qu'on a si aimablemeni nom- 
mé les cancres. 

Cette constatation établie, il importe de -reconnaître 
que l'unité d'enseignement et l'homogénéité d'une classe 
sont des conditions indispensables pour la réalisation 
de progrès constants. 

Nous avons pu remarquer, au cours de nos observa- 
tions, combien est pénible la tache d'un professeur 
chargé d'uno classe contenant des éléments essentielle- 
ment divers. 

Et il n'est pas impossible que nous assistions un jour à 
ce spectacle singulier d'un professeur ayant deux ou 



— 237 — 

trois sections distinctes dan? sa classe et faisant à 
chacune d'elles un cours spécial. 

On voit immédiatement les conséquences fâcheuses 
de cet état de choses: une perte de temps considérable 
et l'activité individuelle insuffisamment surveillée. 

Il est de toute nécessité que nous puissions nous 
adresser à tous nos élèves en même temps, et qu'à 
partir de la 2 me année, l'enseignement individuel ait 
presque complètement disparu. Nous pourrons ainsi 
donner à la parole la place d'honneur qui lui convient 
et laisser à l'écriture un rôle effacé. 

Pour atteindre ce but, il est nécessaire de former des 
classes aussi homogènes que possible, il importe 
qu'après une période d'observation qui, selon nous, 
doit durer de 2 à 3 ans, on réunisse non point des intel- 
ligences égales tce qui n'est pas possible) mais toutes 
celles qui auront entre elles un certain nombre de 
points communs. 

Nous aurons ainsi formé une première section incom- 
parable dont tous les élèves saisiront immédiatement 
les explications données et dont l'instruction sortira du 
terre à terre habituel pour atteindre un niveau plus 
élevé. 

Nous estimons qu'un professeur expérimenté, â la 
tète de cette classe, pourrait développer rapidement 
l'enseignement de la langue; et, tout en donnant une 
importance capitale aux formules usuelles, arriver en 
5° année à une connaissance très satisfaisante du français 
Il pourrait alors aborder les connaissances générales, 
agrandir considérablement l'horizon de ses élèves et 
compléter leur instruction par des lectures choisies qui 
seraient, à.n'en point douter, parfaitement comprises. 

11 est même présumable que le professeur pourrait 
dépasser les limites de nos programmes actuels en s'é- 
tendant d'une façon plus complète sur les questions 
d'une importance capitale et en abordant certaines 
questions d'ordre secondaire mais capables d'orner 
l'esprit de nos élèves de connaissances utiles, 



— 238 — 

Dan3 une 2 me section nous grouperions les élèves d'in- 
telligence moyenne, et nous pourrions avec eux, tout 
en suivant pas à pas les programmes d'enseignement, 
arriver à des résultats appréciables. Nous mons natu- 
rellement moins vite qu'avee les élèves de la V section 
nous procéderions, d'ailleurs comme on le fait actuel- 
lement dans toutes nos classes, puisque le professeur 
est obligé de se tenir dans une juste moyenne pour être 
compris. Avec les élèves de cette section, le professeur 
pourrait aborder l'enseignement de toutes les questions 
que comportent nos programmes. 

Nous passons à la 3 a section, à la section des arriérés, 
Ici l'enseignement deviendra plus pénible et l'écritnre 
pourra nous être d'une certaine utilité. 

Nous aurons à surveiller particulièrement les exerci- 
ces journaliers tendant au maintien d'une articulation 
correcte. Nous procéderons avec beaucoup de prudence 
et de lenteur dans l'enseignement de la langue et nous 
ferons des récapitulations fréquentes. 

Nous arriverons ainsi à dégager le cerveau de ces 
élèves des fantômes qui le hantent et à faire briller un 
peu de lumière et de vérité dans leur esprit. 

Pour nous résumer, nous estimons que l'enseignement 
a fort à gagner â lasélection que nous préconisons; dan s 
chaque section^ en effet, l'émulation existera chez tous 
les élèves puisque chacun d'eux pourra un jour espérer 
conquérir le premier rangée qui est toujours une satis- 
faction quoiqu'on en dise. 

Le professeur pourra lui-même mieux saisir son 
rôle et donner exactement à ses élèves la culture intel- 
lectuelle qui leur convient. 

Il va de soi que la sélection que nous proposons nu 
peut trouver son application que dans les grandi? établis 
sements oùchaque année les rentrées d'élèves atteignent 
un chiffre suffisant. 

Dans les institutions où la population scolaire est 
moins nombreuse, on agira pour le mieux en t»nant 



- 239 — 

compte dans la mesure du possible des considérations 
précédentes. 

Pour terminer cet exposé sommaire d'une idée qui 
nous a semblé bonne et pratique, nous devons indiquer 
un argument qu'on nous a opposé : On nous a dit : 

« A qui donnerez vous les arriérés? — Il n'est guère 
intéressant de diriger une classe composée de pareils 
éléments. — Nous répondrons à cela que quelle que soit 
la classe qui nous soit confiée, il. y aura autant de dé- 
vouement à exercer et autant d'honneur à récolter pour 
les uns et pour les autres et que d'ailleurs les préféren- 
ces personnelles disparaissent devant la grandeur de la 
tâche que nous avons entreprise, 

S. Duvignau 



REVUE DES JOUNAUX ETRANGERS 



Organ der Taubstummen Anstalten 

Aux numéros 11 et 12 se trouve le Compte-rendu du 
Congrès bavarois qui a eu lieu les 3, 4, 5 et 6 Août 1830, à 
Wurzbourg et dont j'ai déjà communiqué le programme dans 
le numéro 5 de la Revue. Il y avait 55 membres présents 
principalement des instituteurs bavarois. 

Le premier jour a été consacré aux exercices pratiques corn 
me c'est l'habitude à ces congrès nationaux. 

M. Wolf, directeur de l'institution était chargé de traiter 
avec les enfants de sa classe, qui fréquentent l'école depuis 1 
an et demie, de leur entouiuge eu égard au développement 
des sons. 

M. Schuster, le nestor des professeurs de sourds-muets do 
Wurzbourg, a fait avec «es élèves une description du chien. 

M. Breu fut chargé de faire faire une comparaison entre la 
ache et le veau 



— 240 — 

M. Kroiss avait la tâche d'expliquer à ses élèves l'histoire 
sainte : " La visite des anges chez Abraham. " 

Chaque exercice pratique a été suivi d'une discussion in- 
téressante, 

M. le D. Schœnlein de l'institut physiologique de l'universilé 
de Wurzbourg a fait une intéressante conférence sur " les 
fonctions des nerfs auditifs et faciaux, et sur l'enseignement 
de la langue par la lecture sur les lèvres " conférence qui 
fut trës-applaudie par l'auditoire. 

M. Halin parla de l'enseignement obligatoire des sourds- 
muets ; son exposa mérite toute l'attention. Il est très à dé- 
sirer que cet enseignement, qui est déjà obligatoire dans 
quelques états, le soit bientôt dans toute l'Allemagne. 

M. Kerner donne au n° 11 la fm de son intéressant article : 
" Le nombre et le premier enseignement de calcul au point 
de vue plrysio-psyehologique '' Il est à espérer que l'articl e 
paraîtra bientôt, en brochure séparée. 

C. Renz publie une note sur les ouvrages de Panduro et de 
Bonet et Consacre quelques mot à feu Goguillot. 



Blaetter fur Taubstummenbildung 

L°s numéros 21, 22 et 23, contiennent un article qui offre 
un intérêt généralpour les maîtres de sourds-muets il est 
intitulé: Le rhy'tme dans la prononciation de nos élèves " 
L'article est, selon mon avis, bien écrit à tous les points de 
vue. 

Non moins intéressant est l'article deRiemann : Sur l'ensei- 
gnement des choses réelles ". M. Walther y ajoute quelques 
indications fort utiles concernant un guide sur cet enseigne- 
ment. 

Au numéro 23 se trouve la nouvelle loi sur l'éducation dés 
sourds-muets en Prusse. 

M. Sîhott parle dans un article du cœur (Gemut) et de soiv 
éducation chez l'enfant sourd-muet 

M. Knauf traite avec des élèves d'une classe supérieure sous 
le titre: " de la pratique " une fable ; " Le roitelet et l'ours " 
J'avoue que la manière dont il traite son sujet me plait bcau- 
oup : les exprsssions, les phrases sont oolles des ^entendants 



— 241 - 

et non pas ce langage qu'on désigne volontiers par l'expres- 
sion " un langage de sourds-muets " qu'on entend dans la 
plupart des institutions. M. Knauf, partant du principe, que 
le sourd-muet doit être préparé pour la vie, se sert par con- 
séquent du langage des entendants — un langage nature 
simple et clair. — 

C. Renz-Stuttgart 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



FRANCE 

Méthode pour enseigner pir la parole la langue maternelle 
aux sourds-muets, par Charles Perini, professeur à l'Institution 
des sourds-muets pauvres delà province de Milan. — Traduite de 
l'italien par une Religieuse « également versée dans la connaissance 
de l'italien et du français » — Partie du Maître. — Currière, Im- 
primerie de l'école des sourds-muets, 1890. 

Nous avons signalé au moment de son apparition la 
Méthode orale italienne publiée par M. C. Perini, c'est 
une traduction de cet ouvrage qui nous est annoncée 
aujourd'hui. 

En attendant que nous ayons reçu le volume pour le 
présenter à nos lecteurs, nous ne croyons mieux faire 
que de leur donner la préface de l'ouvrage écrite par 
notre é.minent collaborateur, M. 0, Claveau. 

PKÉFACE 

M. Charles Perini, professeur à l'Institution des 
sourds-muets pauvres de la province de Milan, a fait 
paraître en 1883 la « Méthode pour enseigner aux 
sourds-muets la langue maternelle, » dont on offre 
aujourd'hui la traduction au public français. On ne sau- 
rait, je pense, recommander plus sûrement ce livre 
qu'en disant de l'auteur qu'il a été. durant de longues 
années, associé d'une manière intime aux travaux de 



— 242 — 

M. l'abbé Tarra, formé avec des soins particuliers par cet 
homme éminent à la théorie et à la pratique de son art 
et qu'il a dignement répondu â ces soins. Je ne dimi- 
nuerai même " en rien les mérites personnels de 
M. Perini en réclamant pour son ouvrage ce titre d'hon- 
neur de refléter fidèlement les traditions du maître si 
malheureusement et si prématurément enlevé par la 
mort depuis l'impression du livre de son élève. Ces 
traditions doivent nous être doublement chères, car 
l'abbé Tarra a maintes fois déclaré que l'ouï rage clas- 
sique de notre illustre compatriote J,-J. Valade-Gabel 
était, par le fond de la méthode, le meilleur guide quo 
l'on piit suivre. — Hommage que nous devons retenir 
pieusement, venant d'une autorité si compétente et si 
haute. 

Mais, tout en suivant le plan général trace par l'an- 
cien directeur de l'Institution nationale de Bordeaux, 
chaque maitre trouve encore un champ assez vaste 
pour développer, avec son originalité propre, les pro- 
cédés qui font pénétrer dans les jeunes intelligences 
les idées et leurs formes linguistiques. 

Une religieuse vouée à la même carrière d'enseigne- 
ment, d'une expérience consommée, également versée 
dans la connaissance de l'Italien, et du français, s'est 
chargée de traduire le livre de M. Perini. La tâche était 
plus ardue qu'on ne le croirait peut-être au premier 
abord et appelait tout au moins dps précautions très 
délicates. En effet, malgré l'analogie habituelledesdeux 
langues, bien des différences syntaxiques viennent 
troubler le parallélisme de locutions puisées à une 
même source et, dans plus d'un cas, des nuances de 
sens qui ne sont pas sans importance séparent des mots 
qui présenteraient aux yeux d'un observateur superfi- 
ciel un aspect presque identique. 

A part les modifications de détail qui s'imposaient â 
ce titre, à part l'abandon qu'on a dû faire d'une termi- 
nologie grammaticale qui eut déconcerté nos habitudes 
et dont les élèves n'ont aucunement à se préoccuper, la 



— 243 — 

traduction a suivi avec une exactitude complète le 
texte italien. 

Les RR, PP. de la Grande-Chartreuse ont bien voulu 
se charger de devenir, avec l'agrément de l'auteur, les 
éditeurs désintéressés de la Méthode de Perini tra- 
duite en notre langue, donnant ainsi une preuve 
nouvelle de leur inépuisable dévouement à toutes les 
œuvres généreuses. 

L'éducation des sourds-muets devait avoir d'ailleurs 
un attrait particulier pour une communauté qui entre- 
tient à ses frais la belle institution de Currière, près 
Saint-Laurent-du-Pont, où cinquante jeunes sourds- 
muets reçoivent dans des conditions de gratuité absolue 
l'instruction donnée par des instituteurs d'élite. 

Ce serait une véritable ingratitude que d'omettre ici 
le nom de M. l'abbé Hiboux, aumônier de l'Institution 
de Currière, qui a bien voulu prendre sous son patro- 
nage la publication du volume que nous présentons au 
lecteur et en surveiller l'impression. 

O. Claveau 

Inspecteur général honoraire 

des établissements dî bienfaisance 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 

UN ARBRE DE NOËL 

L'institution de la rue de Longchamps, que Madame 
Auguste Houdin, continue a diriger avec un succès 
digne des excellents souvenirs laissés par le regretté 
fondateur de cet établissement, offrait, le 25 décembre, 
safcte traditionnelle à ses élèves et à leurs familles. Le 
programme comprenait nu dialogue et une comédie en 
deux actes, daus lesquels se sont fait entendre une dou- 
zaine d'élèves dont les jeunes filles de tout âge formaient 
la majorité. Ces exercices ont permis de constater que 
Madame Houdin et ses habiles collaboratrices savent 
tirer, tout le parti possible des ressources vocales que 
la nature a distribuées avec plus ou moins de générosité 
aux enfants qui leur sont confiés. 



— 244 — 

Les élèves les plus âgés, et qui paraissent à la veille 
de faire leur entrée dans la société ont été particulière- 
ment remarquables par la pureté de leur diction. Nous 
n'avons pas besoin d'insister sur les douces émotions 
que ces résultats éveillaient dans les cœurs des parents. 
Leur joie redoubla,, lorsqu'ils entendirent éclater des 
exclamations admiratives de leurs chers petits devant 
l'apparition, d'un arbre de Noël étincelant et luxueuse : 
ment paré. 

Mais, je l'avoue, la plus délicieuse impression qu'il 
me fut donné d'emporter de cette réunion m'est venue 
d'un autre spectacle : dans un coin de salon, de grandes 
demoiselles, élégantes et rieuses, tenaient une conver- 
sation animée que couvrait à peine le bruit de la fête. 
Que de choses amusantes l'on se disait et avec quel en- 
train remuaient les petites-langues! Je ne me lassais 
pas d'écouter. Qu'on me pardonne cette indiscrétion : 
ce n'était pas le sujet de la causerie qui m'intéressait, 
j'étais surtout ravi de constater une fois de plus que la 
méthode orale pure adu bon; car mes gentilles bavar- 
des avaient été des sourdes-muettes, élèves de la veille, 
heureuses de revoir leurs amies de la grande classe. 

Nécrologie. — M. Tournier. — L'Institution nauonale 
de Paris si éprouvée pendant l'année 1890, après avoir 
perdu, son zélé professeur de jardinage, M. Rivière, 
son médecin adjoint, M. le docteur Calmettes et un de 
nos meilleurs Collègues M. Goguillot, vient encore de 
faire une perte sensible en la personne de M. Tournier, 
professeur adjoint, décédé à Aubervilliers, le 14 décem- 
bre 1890, après une longue maladie à l'âge de 31 ans. 

M. Emile Lacroix. — Nous apprenons également la 
mort de M. E. Lacroix, ancien élève de l'Institution de 
Paris., Très instruit, très distingué, M. Lacroix faisait 
honneur a l'Institution qui l'avait instruit et était devenu 
nn dessinateur st un graveur de beaucoup de talent. 
M. Lacroix est mort le 23 décembre 1890, à l'âge de 32 
ans. Sa perte est vivement ressentie par l'Association 
amicale des sourds-muets dont il fut le Secrétaire 
général. . 

L'imprimeur-Géi»nt Eug. BÉLANGER, «15, ru. St-J»cquei Paris 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muets 
6 m ° année. N° 11 Février 1891. 



HPHEMERIDES 

de la Surdi-mutité en France 



FÉVRIER 

1. 1828. — M. Piroux, qui était venu étudier la 

méthode à l'Institution de Paris, fonde 
une école de sourds-muets à Nancy. 

2. 1818. — Le'Docteur Blanchet est attaché à l'Ins- 

titution des sourds-muets de Paris, en 
qualité de chirurgien spécialement chargé 
du traitement de la surdi-mutité. 

3. 1831. — Madame Veuve Vignette lègue des im- 

meubles à l'Institution des sourds-muets 
de Paris, sous la condition que, à perpé- 
tuité, huit enfants sourds-muets, pauvres, 
seront admis gratuitement dans cette ins- 
titution. 

5. 1888. — Mort de M. Pourcade. ancien instituteur 

de sourds-muets, qui donna des leçons 
d'articulation, en 1862 dans l'Institution 
de Paris, en 1805 dans l'institution de 
Bordeaux. 

6. 1783 — Décision des membres de l'Académie de 

Zurich, que l'abbé de l'Épée avait pris 
pour arbitres à la suite de sa controverse 
avec l'instituteur Heinicke. 

10. 1810. — Visite du duc de Glocesteràl'institution 
des sourds-muets de Paris. 

13. 1794. — L'Institution dos sourds-muets de Paris 
est autorisée, par une délibération de la 
Convention, à s'établir dans les bâtiments 
du séminaire de Saint-Magloire. 



— 246 — 

16. 1792. — Règlements pour l'établissement des 
sourds-muets et des aveugles-nés, approu- 
vés par les administrateurs du Directoire 
du département de Paris 

19. 1862, — Le Docteur Blanchet, chirurgien de 

l'institution des sourds-muets de Paris, est 
chargé du service médical de cet établis- 
sement, en remplacement du docteur 
Ménière, décédé. 

20. 1786. — Il est ouvert, à Bordeaux, une institu- 

tion de sourds-muets, patronnée par Mgr. 
de Cicé, archevêque, et dirigée par l'abbé 
Sicai*d, aidé, pour l'enseignement, par 
l'instituteur Saint-Sernin qui, en raison de 
ses sacrifices et de son admirable dévoue- 
ment devrait être considéré comme le vé- 
ritable fondateur de l'école de Bordeaux • 

21. 1761. — Clairaut et Bezout, désignés par l'Aca- 

démie des Sciences, présentent â cette 
Compagnie un rapport élogieux sur le 
mémoire envoyé par Ernaud le 22 Jan- 
vier précédent. 

23. 1790. — L'abbé Fauchet prononce l'oraison fu- 

nèbre de l'abbè de l'Epëe dans l'église de 
Saint-Etienne du Mont. 

24. 1839,. — Mort de Bêbian, ancien censeur des 

études à l'institution des sourds-muets de 
Paris, instituteur de grand mérite et ha- 
bile réformateur de la méthode mimique. 

25. 1805. — Visite du pape Pie VU à l'institution 

des sourds-muets de Paris» 
27. 1S4 i — L'Académie des Sciences Belles- Lettres et 
Arts de Lyon met au concours l'éloge de 
M. Degérando (Marie-Joseph), né à Lyon 
le 29 Février 1772. 



247 — 



GUIDE POUR L'ENSEIGNEMENT DE LA PAROLE 

AUX SOURDS-MUETS 

par le R.P. Constantin MATTIOLI 

des Ecoles Pies 

Professeur à l'Institut Royal Pendola de Sienne 

traduit de l'Italien, aoec l'autorisation de l'auteur, 
par O'. Claveau {suite) 



De la lecture sur les lèvres 

Du moment où les jeunes sourds-muets sauront pro- 
noncer clairement et lire avec promptitude sur les lè- 
vres, ils se trouverout presque daus les conditions où 
sont placés les enfants doués de tous leurs sens, avec 
cette différence que ceux-ci entendent la parole, tandis 
que les sourds-muets ne font que la voir — différence 
toujours trè3 grande bien qu'étant la moindre que 
l'on puisse obtenir. Jusqu'ici nous ne noiis sommes 
occupés que de l'articulation ; il est temps que nous en 
arrivions à traiter de la lecture sur les lèvres qui n'a 
pas une moindre importance. 

Pour apprendre aux sourds-muets à lire sur les lè- 
vres, il faut les habituer dès le commencement à fixer 
leur attention sur les mouvements des lèvres, de la bou- 
che, de la langue et des autres parties de l'organe 
vocal qui concourent à la formation des sons, comme 
aussi sur les contractions du visage et sur les expres- 
sions de physionomie, afin de saisir les syllabes les mots 
et la signification que leur donne l'interlocuteur. C'est 



— 248 — 

là une chose qu'on ne doit point se flatter d'obtenir en 
u n jour et qui réclame, comme l'articulation, de la 
constance et de la peine. Mais, bien qu'à première vue ( 
un tel résultat paraisse tenir, pour ainsi dire, de l'im- 
possibilité et du mystère, il est constant qne tous les 
sonrds-muets bien dirigés arrivent, et sans grands 
efforts, à lire couramment sur les lèvres. Il n'est pas 
rare même d'en trouver qui parviennent à soutenir 
toute une conversation avec quelque personne que ce 
sOit et presque aussi couramment que s'ils étaient doués 
du sens de Toute. 

Tout le système de la lecture sur les lèvres repose sur 
ce fait que chaque son détermine un mouvement spécial 
d'nne on deplusisurs parties de l'organe vocal. Deux ou 
plusieurs mouvements égaux ne donneraient jamais 
qu'un même son. Il convient donc avant tout do faire 
l'éducation de l'œil des élèves, de leur apprendre à 
reconnaître et à distinguer Tes tj r pes ou caractères fon- 
damentaux sur lesquels devra s'appuj^er tout l'édifice 
que nous construisons peu à peu. Il est vrai que quelques 
uns de cas types se montrent au premier aspect avec 
un tel caractère de rapidité, de ressemblance ou si peu 
perceptibles qu'il semble impossible de les faire saisir et 
distinguer; mais en réalité, on les trouve par la suite 
sensibles, clairs, distincts, comme nous le ferons voir. 
Il faut aller trô 3 doucamsnt au début et faire en sorte 
que les enfants se m3ttent bien en mémoire et arrivent 
à discerner les uns des autres les mouvements caracté- 
ristiques des sons qu'on est occupé à leur enseigner 
successivement. 

Les exercices de lecture sur les lèvres doivent com- 
mencer tput en même temps que les exercices d'articu- 
lation et marcher du même pas que ceux-ci. Aussitôt 
que le petit sourd-muet est parvenu à articuler une 
syllabe, une parole, il doit apprendre à la lire sur les 
lèvres de son professeur ou de ses camarades. Dès ce 
moment, le maître doit se rappeler que tout ainsi qu'il 
est nécessaire aux parlants d'articuler distinctement 



— 249 — 

pour qu'il n'y ait pas de confusion, do mémo la manière 
dont il emploiera vis-à-vis do ses élèves la parole vi- 
vante doit être claire, égale, simple et naturelle. Il doit 
réfléchir que les mouvements de la bouche sont pour les 
yeuxde ses petits sourds-muets ce que les son? se trou- 
vent être pour l'oreille de l'entendant. Si donc il met 
dans son articulation quoi que ce soit d'artificiel, de 
forcé, d'exagéré, de conventionnel, il enseignera aux 
pauvres enfants un type faussé, qu'ils ne rencontreront 
surles lèvres d'aucune autre personne. Aussi ifiniront- 
11s par s'embrouiller, par s'égarer ot par ne savoir lire 
aucun mot que sur les lèvres de leur professeur. Les 
mouvements de leur bouche et même de tout leur or- 
gane vocal seront empreints d'exagération , s'il y a 
exagération dans ceux que lemaitre offre à leur imita- 
tion. Il n'en résultera pas seulement cette mauvaise 
grâce dont le spectacle est si pénible, mais l'articulation 
de l'élève en souffrira, devant fatalement être émise 
d'une manière forcée. 

Onpeut admettre qu'au début, pour (aire saisir une 
certaine articulation ou la différence légère qui existe 
entre deux ou plusieurs sons, il convienne d'employer 
une position un peu plus marquée que la position natu- 
relle. Ooci n'aura' pas d'inconvénient pourvu que, tout 
aussitôt que la chose aura été saisie on rentre complè- 
tement dans la vérité en prononçant naturellement le 
son dont il s'agit. A force d'exercice, on habituera 
l'œil d.e l'élève â distinguer et à lire rapidement ce son 
sur les lèvres. 11 importe beaucoup, pour cet objet, que 
le professeur étudie spécialement la nature, les traits 
de ressemblance et d'affinité des mouvements qui ten- 
dent le plus fréquemment â se confondre les uns avec 
les autres ; qu'il établisse entre eux une classifi- 
cation d'après le caractère qui leur donne le plus d'ana- 
logie et dont ses élèves ont lo plus de peine à distinguer 
les nuances dans la pratique. Après avoir fait ce classe- 
ment, il faut étudier sur soi-même ou sur les autres 
quelle est là caractéristique externe spéciale pour 



— 250 — 

chacun de ces mouvoment-». Puis, sur soi-même 
aussi, on fora reconnaître â la vue parles élèves les dif- 
férences qui existent, si petites qu'elles soient. Au 
commencement, pour que l'enfant puisse mieux appré- 
cier ces différences, et par raison de nécessité, on pro- 
noncera, comme nous venons de le dire, d'une façon un 
peu marquée ; puis on fera petit à petit retour à la 
prononciation naturelle de laquelle il ne faudra plus 
s'écarter. Quand on aura obtenu que quelques articula- 
tions difficiles soient lues avec sûreté du premier coup 
d'œil, on les émettra alternativement deux à deux ou 
trois à trois, en prononçant en premier lieu tantôt 
l'une, tantôt l'autre. On réussira par ce moyen à dresser 
l'œil des élèves à une gymnastique très avantageuse et 
qui, dans la suite, leur sera d'une immense utilité. Il 
faut faire beaucoup de ces exercices, mais toujours de 
très courte durée pour ne pas ennuyer les petits élèves, 
pour ne pas fatiguer l'œil et pour ne pas laisser l'atten- 
tion se perdre. Appliquons-nous maintenant à réunir 
en groupes les articulations qui nous semblent avoir 
le plus d'affinité entre elles et qui d'ordinaire sont le 
plus sujettes à être confondues. Signalons du mieux 
qu'il nous sera possible leur nature et leurs diflérences. 
J'estime que nous pouvons faire un premier groupe 
avec les consonnes P, B,M. Leur affinité est très étroite, 
laplus grande peut-être qu'on puisse rencontrer parmi 
toutes les autres articulations. Pour réaliser l'une ou 
l'autre d'entre elles, on ferme les lèvres de la même 
façon et il n'y a de différence que dans le degré de la 
pression, très forte pour la consonne P, un peu moindre 
pour le B, lente on relâchée pour VM. Ce qui se passe 
pour la' fermeture des lèvres se passe également pour 
leur ouverture et daus le même sens au moment où l'on 
articule. Quand on prononce la consonne p, les lèvres 
s'ouvrent instantanément, brusquement, la lèvre infé- 
rieure se portant en avant. Quand c'est le B qu'on pro- 
nonce, les lèvres s'ouvrent également avec force, mais 
d'une façon bien moins vibrante ; les deux lèvres s'al- 



— 251 — 

longent uu peu en avant et il se produit en même temps 
à leurs commissures une légère secousse dans les jouos- 
Quand on articule VM. les lèvres s'ouvrent aussi instan- 
tanément, mais sans aucun mouvemeut brusque, la lèvre 
inférieure se détachant, au contraire, légèrement de la 
supérieure sans allongement ni tremblement d'aucune 
sorte. La différence entre ces divers mouvements est 
faible saus doute, mais facile néanmoins à apprécier 
par un œil bien exercé et sous l'empire de la nécessité. 

Et quand même l'enfant n'arriverait pas à saisir cer- 
tains petits mouvements, il n'en résulterait pas que 
nous dussions nous tenir immédiatement pour vaincus et 
recourir à l'écriture sur le tableau ou, ce qui serait 
bien pis, à la mimique, ou encore faire intervenir l'exa- 
gération et la convention dans la manière d'articuler. 

Nous pouvons faire un second groupe avec le Tet le 
D. Quoique la différence entre ces consonnes ne soit pas 
bien grande, elle me parait plus facile à saisir que 
celles qui distinguent entre elles les consonnes du 
groupe précédent. Pour lé T et le D, il y a parité dans 
l'ouverture des lèvres et dans la dispostiion donnée à la 
langue à l'instant qui précède l'articulation. Dans un 
cas comme dans l'autre, la langue s'appuie contre l'ex- 
trémité antérieure du palais, précisément sur la ligue 
où l'arcade dentaire délimite le palais. Toute la diffé- 
rence consiste dans la manière dont la langue se meut 
au moment de l'articulation. Quand on prononce \e t, 
la langue se serre avec force contre les dents canines et, 
se portant en avant, se détache brusquement du palais, 
s'abaisse en laissant au-dessus d'elle nu petit vide très 
visible et, en même temps, il se produit dans l'ouverture 
des lèvres un léger élargissement du diamètre. Si c'est le 
D qu'on prononce, la langue se porte bien aussi contre 
les incisives supérieures, misis avec beaucoup moins de 
force et non pas si en avant que pour le t. Elle se déta. 
che du palais avec un mouvement léger de haut en bas 
sans laisser aucun vide au dessus d'elle et sans élargis- 
sement notable de la bouche elle-même. 



— 252 — 

Nous placerons dans le troisième gronpe le Ket le G 
dw. Ces consonnes ont aussi entre elles une étroite 
affinité et les mouvements qu'elles déterminent dans la 
partie externe de l'organe vocal, les seuls appréciables 
â la vue, se confondraient facilement les uns avec les 
autres, si l'œil n'est pas exercé au suprême degré et 
très attentif. Voyons pourtant, s'il n'y a pas moyen de 
faire nne différence et, pour cela, dirigeons nos obser- 
vations sur deux points de l'organe vocal : la gorge et 
la langue. Quand à la gorge, on s'aperçoit aisément 
qu'au-dessous du menton, à la partie qui se trouve le 
plus en avant, il se produit, tant pour le K que pour le 
G. deux mouvements, l'un de bas cnhautdéterminantun 
petit creux et l'autre de haut en bas accempagné d'un 
gonflement très prononcé. Ce gonflement est plus brus- 
que et de moindre étendue lorsqu'on articule le K. La 
même chose se remarque à la gorge proprement dite, 
mais, lorsqu'on articule le G , on observe au bas de la 
pomme d'Adam un certain tremblement qui ne se pro* 
duit pas pour le A'. Toutefois, il n'est pas toujours donné 
de pouvoir observer cette partie de l'organe vocal- 
Aussi faut-il reporter toute notre attention sur la dispor- 
sition delà langue. A la vérité, il semble à première 
vue que les choses se passent exactement de la même 
façon pour l'une et pour l'autre articulation. Mais un 
examen attentif fait reconnaître entre elles une réelle 
différence : quand on prononce le A', la langue se tien 
très en avant et, se soulève uu peu en formant un arc 
très accentué. Si l'on prononce le G, au contraire, elle 
se retire plus en arrière ; la partie de la langue qui se 
trouve le plus en avant s'abaisse. La raison en est que 
cette partie ne concourt pas à former l'arc que dessine 
la partie postérieure de la langue. De plus, les mouve- 
ments propres au K sont beaucoup plus brusques que les 
mouvements propres au G. 

L'L, l'iVet VU ont entre elles une étroite ressemblance, 
ces consonnes étant toutes les trois des linguo-palatales 
et les mouvements d'articulation, très analogues, s'ef- 



— 253 — 

fectuant presque entièrement â l'intérieur de la bouche 
A raison de ces deux circonstances, ce sont ordinaire- 
ment les consonnes dont on a le tort d'exagérer le plus 
l'articulation, VL particulièrement et néanmoins les 
mouvements sont encore assez visibles et assez distincts 
pour qu'on puisse les apprécier en eux-mêmes et se 
rendre compte de leurs différences, même lorsqu'on 
prononce ces consonnes de la façon la plus naturelle du 
monde. Si nous commençons par VL, la plus visible des 
trois, si aisée à reconnaître et pourtant si malmenée 
d'habitude, nous voyons que, dans cette articulation, la 
bouche reste très ouverte, que la langue s'élève, se porte 
en avant et s'appuie en s'arrondissant contre la voûte du 
palais; qu'au moment de l'articulation, elle se détache 
et retombe légèrement dans la partie inférieure de la 
bouche. Au cours de ces mouvements, le dessous de la 
langue est visihle et l'on n'y observe rien de brusque. 
Dans VN, la bouche s'ouvre beaucoup moins, consé- 
quence de l'articulation qui se fait plus en arrière ; la 
langue exécutant le même mouvement général que 
pour VL, ne s'allonge pas et ne se porte aucunement en 
avant. Au lieu d'appuyer sa pointe au palais, c'est la 
partie antérieure de la face dorsale qu'elle applique 
contre la voûte palatine. Le dessous de la langue n'est 
presque point visible. Les mouvements requis pour pro- 
noncer cette consonne sont, plus que tous les autres, 
effectués à l'intérieur de la bouche et cachés à la vue. 
Le trait le plus caractéristique qui la distingue de VL 
est le mouvement de la mâchoire inférieure. Dans l'ar- 
ticnlation de VL, la mâchoire inférieure ne se dérange 
pas ; pour VN, elle se meut de bas en haut jusqu'à 
paraître rencontrer la mâchoire supérieure de laquelle 
elle s'éloigne ensuile d'un mouvement rapide à l'instant 
de l'articulation. Ainsi donc cette consonne, la plus dif- 
ficile à lire sur les lèvres et qu'on pourrait appeler la 
consonne ténébreuse, présente des traits qui permet- 
tent de la reconnaître et de la discerner d'avec ses con. 



— 254 — 

génères, sans qu'il soit nécessaire de recourir à l'exa- 
gération ou à quelque chose de conventionnel. 

Le mouvement que la langue doit exécuter pour l'ar- 
ticulation de VR a une certaine analogie avec celui que 
requiert 'a prononciation de VL et de l'A, mais il s'en 
distingue nettement par sou caractère brusque et vi- 
brant. De plus la gorga et la lèvre inférieure prennent 
une part visible à l'articulation. On voit la gorge rentrer 
sur elle-même, la lèvre inférieure s'abaisser et prendre 
en se contractant une attitude de tension, d'où résulte 
un petit peu d'élargissement dans le diamètre de la 
bouche. 

VF et le V ne sont pas difficiles à lire sur les lèvres 
et il est aisé de constater la diflérence qui existe entre 
ces deux articulations, toutes deux labiales soufflantes 
et qui s'articulent à peu près de la même façon. Quand 
on prononce VF, les lèvres s'allongent, comme on sait, 
en avant; leur ouverture se resserre et prend une 
forme arrondie. Si c'est le V qu'on prononce, la lèvre 
supérieure reste presque immobile et. l'inférieure se 
porte en avant presque comme pour VF. Elle se meut de bas 
en haut, se replie légèrement en son milieu vers les 
dents supérieures et, se contractant un peu, fait pren- 
dre à l'ouverture des lèvres une forme allongée. 

II reste encore VS et le Z (1) dont les mouvements 
extérieurs ont aussi bien de la ressemblance. Quand on 
prononce VS, les deux rangées de dents sont presque en 
contact l'une avec l'autre, les lèvres, légèrement et na- 
turellement ouvertes. Au moment de l'articulation, la 

(1) L'auteur met ici en opposition avec l's non pas notre z français, 
mais l'articulation italienne qu'il faudrait rendre avec notre orthogra- 
phe tantôt par TS ettantôt par dz suivant les cas etdont les caractéris- 
tiques n'ont p.isd'intirét pour lesélèvss de nos institutions. Pour cette 
raison et de peur d'amaneruneconfusion, nous croyons devoir suppri- 
mer les détails qui concernent l'articulation double dont il s'agit. I 1 
faudra se reporter ponrle z français à ce qui a été dit sommairement- 
page 182 ci-dessus, su sujet de l's douce ou b jurdjnnante des italiens. 

(N >te du Traducteur). 



mâchoire inférieure s'abaisse, sans Laisser vojr dajng son 
mouvement rien de subit ni de brusque. 

De tout ce que nous sommes parvenus à remarquer 
il me paraît résulter clairement que la lecture sur les 
lèvres, tout comme l'articulation, est possible pour le» 
sourds-muets à la condition d'être bien dirigée, cultivée 
diligemment et pourvu qu'on ait soin de ne pas la défi- 
gurer ou la corrompre par des mouvements exagérés de 
l'organe vocal, Comme nous l'avons vu, les types des 
son-5 fondamentaux sont, les uns plus; les autres moins, 
reconnaissables et discernables .les uns des autres. Et 
lors môme que quelques, uns d'entre eux nous semble- 
raient ou seraient réellement très difficiles à lire sur les 
lèvres, on nedevraitpas s'en alarmer ni s'en épouvanter- 
Il faut réfléchir et savoir que les sourds-muets, à mesu, 
re qu'ils avancent dans la connaissance de la làilgue, 
liseutsur les lèvres, plutôt que les éléments des mots 
les mots eux-mêmes et la phrase et que lé bon sens leur 
fera reconstituer, commo l'expérience le prouve, les 
articulations qui auront été prononcées devant eux. 

A suiore 



STATISTIQUE 

Des Institutions Françaises de sourds-muets 



Nousdonnons aujourd'hui, la suite de la Statistique des 
Institutions françaises de sourds-muets commencée dans 
notre dernier numéro. Quelques feuilles né nous sont 
pas encore parvenues; aussi demandons-nous à ceux de 
MM. les Directeurs qui n'ont pas encore trouvé de 
renseignements publiés sur leur école dans les deux 
derniers numéros, de les faire parvenir au plus vite 
ils nous sont absolument nécessaire pour donner les 
résultats généraux de cette statistisque. - 

Ad. B. 



— 256 — 

Institution dé la Pfovideheë à Alençôn. 
Directeur Sœurs de la Providence. 
7 professeurs ; 40 élèves, 21 filles 16 garçons 7 divisions 
Méthode orale pure 

32 Boursiers et demi boursiers ; Durée de* la bourse 
6 à. 7 ans . 



Institution d'Arras. 
Directrice Madame Marie Duviviers 
12 professeurs — 100 élèves — 12 classes 
Méthode orale pure, 

32 boursiers et demi boursiers ; Durée de la bourse 
8 ans. 

Institution d'Avignon 
Directeur l'abbé Grimaud 
3 professeurs — 30 élèves — 3 classes 
Méthode orale pure. 

12,boursiers ; Durée de la bourse 7 ans Sourds-muets, 
bègues, enfants anormaux. 

Institution des sourdes-muettes du Bon-Sauveur de 
Caen ( Calvados ). 

Directrice: Madame la Supérieure du Bon-Sauveur 
5 professeurs — 30 élèves — 5 classes 
Méthode orale pure> 

3 boursières ; Durée de la bourse (n'est pas fixée). 

Institution des sourdes-muettes de Saint-Joseph du Bon- 
Pasteur (Olermont-Ferrand). 
Directrice : Sœur Augustine . 

4 professeurs — 36 élèves — 4 classes, 
Méthode orale pure. 

20 Boursières; Durée de la Bourse, 6 anp. 



— 257 — 

Institution de Gap (Hautes^-Alpes) 
Directrice Soeur Marie Saint-Fîdète religieuse de la 

Providence, 
3 professeurs — 30 élèves — 3 classes 
Méthode orale pure. 
22 boursiers ; Durée de la bourse 8 ans, 8 garçons, 82 

filles. 



Institution de Notre-Dame de Laon (Aisne) 
Directeur Chanoine Bourse 

7 professeurs — 52 élèves — 6 classés 
Méthode orale pure 

Durée de la bourse 7 ans Aisne et Oise 6 ans Marne 
Seine et Marne, Somme 

Institution des sourdes-muettes et des jeunes aveugles 
de Notre-Dame de Larnay, près .Poitiers (Vienne)^ 
Fondée en i833). 
Directrice : Soeur Saint-Hilaire, fille de la Sagesse. 

8 professeurs — 8 classes — 64 élèves. 
Méthode orale pure. 

46 boursières: durée de la bourse, 7 ans. 



Institution de Laval 
Directrice Soeur Augustine Louis 
7 professeurs —47 élèves — 2 classes S. M. et S e, ."M e 
Méthode orale pure 
45 boursiers ; Durée de la bourse 8 ans. 

» t m 

Institution des sourdes-muettes de Lille (Nord). 
Directrice : Sœur Saint-Pierre, fille de la Sagesse. 
6 professeurs — 53 élèves — 6 classes. 
Méthode orale pure, 
49 boursières ; durée de la bourse, 7 ans. 



- 2Î.8 — 

Institution des sourds-muets de Ronchin-Lille. ( Nord ) 
Directeur '. Rrère Médéric. des frères de St-Gabriel 
8 professeurs — 80 élèves -r- 8 classes. 
Méthode orale pure. 
Durée de la bourse ; 7 ans. 

Institution de Villeurbanne, Lyon. 
Directeur : M. Hugentobler. 
6 professeurs — 6 classes — 64 élèves (48 garçons et 

16 filles). 
Méthode orale pure. 
47 boursier*: durée de la bourse, 8 années. 

Obs. Une. division spéciale pour les jeunes aveugles 
est créée à l'Institution sur la demande de l'Administra- 
tion. 



Institution de Lyon, Vaise, Montée deBalmont. 
Directeur: M. Claudius Forestier. 
6 professeurs — 6 classes — 34 élèves. 
Méthode de M. Bébian. 
bourses de 7 â 8 années. 



Institution de Marseille, Colline Puget. 
Directeur '. l'abbé Léopold Dassy. 
8 professeurs — 6 classes — 55 élèves. 
Méthode orale pure. 
50 boursiers: durée de la bourse, 8 ans. 



Institution des sourds muets de l'Est, près Nancy. 
Directeur: Société auonyme. (L*iustructionest donnée 

sous la direction des Sœurs de Saint-Charles). 
15 professeurs — 113 élèves internes — 11 classes. 
Méthode orale pure. 
101 boursiers ; durée de la bourse, 7 ans 



— 259 — 

Institution de Nantes (Loire-Inférieure). 
Directeur : Frère Privât des Frères de Saint-Gabriel. 
7 professeurs — 61 élèves — 7 classes: 
Méthode orale pure. 

58 boursiers ; durée de la bourse, Loire-Inférieure, 
7 ans, Vendée, 6 ans, Morbihan. 7 ans. 



Institution de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir). 
Directeur :M. le Chanoine Percebois. 
6 professeurs — 30 élèves — 6 classes. 
Méthode orale pure. 
20 boursiers : Durée de la bourse 8 ans 
L'établissement comprend garçons et filles 

Institution des sourds-muets d'Oloron 
Directrice : Mademoiselle Pauline Larrouy. 
1 professeur — 20 élèves — 3 classes 
Méthode orale pour les élèves qui ont de l'aptitude 

pour la parole 
8 boursiers ; Durée de la bourse 9 ans tant pour les 
garçons que pour les filles 



Institution des sourdes-muettes d'Orléans 
Directrice : Sœur. St-Andrée 
4 professeurs — 48 élèves — 4 classes 
Méthode orale pure 
29 boursières ; Durée de' la bourse 8 ans 



Institution des sourds-muets d'Orléans 
Directeur: Boulestreau (Joachim) Fi-ére de Saint- 
Gabriel. 

4 professeurs et 1 maître d'études — 4 classes — 
40 élèves (garçons) 

Méthode orale pure. 

28 boursiers. Loiret et Nièvre. 8 années. Loir-et- 
Cher, 7 années. 



— 260 — 

Institution de Poitiers. 
Directeur : Frère Benoît . 
7 professeurs — 65 élèves— 7 classes. 
Méthode orale pure. 
Durée de la bourse, 7 ans. 



Institution des sourds-muets du Puy. 

Directeur : Frère Marie-Pierre des Frères du Sacré- 
Cœur. 

3 professeurs — 25 élèves — 3 classes. 

Durée de la bourse, 8 années pour les boursiers de ia 
Haute-Loire, 6 années pour la Lozère, l'Ardèche et 
le Cantal . 

Section asile-ouvroir, 30 élèves: 

Ateliers de tailleurs, cordonniers, menuisiers, agri- 
culture, horticulture, floriculture. 



Institution des sourdes-muettes du Puy (Haute-Loire). 
Directrice : Sœur Marie-Noélie, religieuse de la Pré- 
sentation de Marie. 

2 professeurs — 34 élèves — 2 classes. 

Méthode orale pure et méthode mimique pour les 

anciennes. 
11 boursiers ; Durée de la bourse, 5 ans . 

3 bourses — 4 1/2 bourses — 4 3/ 1 — soit 11 boursières 



Institution de Rillé-Fougères (Ille-et-Vilaine) 
Directrice : Sœur Marie-Angèle, officier d'académie. 
8 professeurs, 52 élèves, 5 classes. 
Méthode orale pure. 
36 boursiers ; Durée de la Bourse: 7 ans. 



— 261 — 

Institution Départementale de Rodez (Aveyron). 
Directeur : M. l'Abbé Fabregou. 

6 professeurs, 6 classes, 38 élèves garçons et filles. 
Méthode orale pure. 

26 boursiers. Durée de la bourse : 6 ans. Les autres 
élèves sont demi-boursiers. 

Institution de Rouen, Rampe St-Gervais, 104. 
Directrice : Mlle Lefebvre. 

7 professeurs, 6 classes, 60 élèves. 
Méthode orale pure. 

58 boursiers de la Seine-Inférieure. Durée de la 
bourse, 8 années. 

Institution de Saint-Brieuc. 
Directeur: M. l'abbé Bertho. 
10 professeurs — 10 classes — 90 élèves (56 garçons, 

34 filles). 
Méthode orale pure. 
83 boursiers, Durée de la bourse, 7 années. 

Institution de Saint-Etienne. 

Directeur: Frère Plaudien des Ecoles chrétiennes. 
7 professeurs — 5-élèves --5 classes. 
Méthode orale pure. 

30 ou fractions de boursiers ; durée de la bourse, 6 e 
8 ans. 

Institntion de St-Hippolyte-du-Fort (Gard) pour les 

sourds-muets protestants de France. 

Directeur : H. Verdeilhan. 

6 professeurs — 56 élèves — 2 classes , une de gar- 
çons et une de filles (l'institution est mixte). 

Méthode orale pure. 

6 boursiers à bourse entière, durée de la bourse, 
8 ans. quelques autres élèves jouissent de fractions 
de bourse. 



— 262 — 

Institution de Saint-Laurent en Royans (Drôme). 
Directeur: S. Saint-Jean des Franciscaines de Calais. 
4 professeurs — 65 élèves — 4 classes. 
Méthode mixte. 
23 boursiers; durée de la bourse, 6 ans. 



Institution de Tarbes (Hautes-Pyrénées). 
Supérieure : Sœur Marie Célina. 
6 professeurs — 21 élèves — 4 classes. 
Méthode orale pure. 
14 boursiers ; dur.ée de la bourse, 8 années. 



Institution des sourds-muets de Toulouse. 

Directeur : Frère Jacques, des frères de Saint-Gabriel. 
7 professeurs — 7 classes — 69 élèves (garçons). 
Méthode orale pure. 
59 boursiers; durée de la bourse, 7 ans. 



Institution des sourdes-muettes de Toulouse. 
Directrice : Sœur Marie Antoine, fille de la sagesse. 
4 professeurs — 38 élèves — 4 classes. 
Méthode orale pure. 
31 boursières ; durée de la bourse. 7 ans. 



Institution dessourdes-muettes de Veyre (Puy-de-Dôme 
Directrice: Sœur du Saint-Cœur de Marie, franciscaine 
4 professeurs — 43 élèves — 4 classes. 
Méthode orale pure. 

13 boursières : durée de la bourse, G ans, Puy-de- 
Dôme et Allier. 

{A suivre) 



— 2C3 — 



REVUE DES JOURNAUX- ÉTRANGERS 



Organ der Taubstummen Anstalten 

Avecle premier numéro de l'année 1891, cette revue, fondée 
par le docteur Matthias, est entrée dans sa 37 lne ann«'e d'exis- 
tence. Depuis 1881 elle est rédigée par M. Vatter, rédacteur en 
chef, Berndt-Bei'lin,' Hirzel-Gmiind. Les articles que l'Organ a 
publié pendant l'année qui vient de s'écouler prouvent que 
la rédaction a été à la hauteur de sa tâche et s'efforce de pro- 
gresser autant que ses moyens le lui permettent. Sur l'initia- 
tive de M. Finckh à Schleswig, Renz-Stuttgart publie dans 
un supplément de 1' " Organ " sous le titre: "Collectaneen" 
des articles d'une grande valeur par Hèinicke, Eschke, Reicli, 
Sensé, Graser, Jaeger,. Hill, Kruse,Schôttle, Rôssler, Vatter; 
ont paru jusqu'à présent plusieurs articles de Hill. 

Le premier numéro de cette année contient un article par 
Stein-Gerlachsheim, intitulé: " Quelques idées sur la culture 
de la langue de conversation hors de la classe " Oet article est 
une conférence faite à Niïrtingen en Septembre l'année pas- 
sée lors du Congrès national ; elle l'ut très applaudie par les 
membres du Congrès. 

Le même numéro contient la fin du " protocole" du 2 ,ne Con- 
grès bavarois à Wurzbourg. 

Blaëtter fur Taubstummenbildung 

Cette revue rédigée par vValther et Toepler est entrée dans 
sa 4 mo année d'existence. 

Au 1" numéro Wallher-Berlin publie sous le titre : " Coup 
d'oeil rétrospectif" un article sur les efforts que le gouverne- 
ment de Prusse fait pour améliorer l'enseignement des sourds- 
muets dans ses états. L'article est très-bien -écrit et contient 
des idées et des faits qui méritent toute l'attention du lecteur. 

M, Stolte traîto aux numéros 1 et 2 de la méthode de l'ensei- 



— 264 — 

gnement des sourds-muets et cherche à mettre en lumière 
ce qu'il faudrait faire pour obtenir des résultats plus satisfai- 
sants par la méthode d'articulation. M; Stolte prouve par cet 
article qu'il est un homme pratique connaissant très-bien les 
besoins de nos élèves, 

Mùller-Homberg répond àla question .• " Qu'est-ce que la 
vie exige de l'enseignement des sourds-muets?" Comme ce 
numéro ne contient que la première partie de l'article, j'y 
reviendrai. 

C. Rene-Stuttgart 



Quarterly Review (Janvier. 1891) 

Le numéro de la Quarterly Rewiew qui vient de nous par- 
venir mentionne la mort de Sir William Aldam, président du 
comité de l'Institution de Doncaster. 

Cet homme éminent auquel Sir J. Howard consacre un ar- 
ticle fort élogieux s'était intéressé à l'enseignement des 
sourds-muets vers la fin de sa vie; par testament, il a légué 
à l'Institution de Doncaster la somme de 200 livres sterling. 

La Revue anglaise, continuant ses études historiques, s'oc- 
cupe aujourd'hui de "Institution de Belfast nous reviendrons 
sur cet article lorsqu'il sera terminer. Elle nous annonce la 
fondation d'une école pour le Nord et l'Est du Lancashire. 

Jusqu'à l'heure, en effet, les enfants sourds de cette contrée 
étaient instruits dans les écoles de Manchester, de Liverpool, 
de Boston, et dans des villes plus éloignée? encore. 

Grâce à la générosité de Miss Cross, de Myerscough, qui a 
donné 1000 livres puis 3000 autres livres, on a pu construire 
à Preston une école réunissant toutes les conditions voulues 
de confortable et d'hygiène. 

Nous devons regretter que la méthode or<*le pure ne soit 
pas en honneur dans cette jeune Institution, 

Ses fondateurs, après avoir réédité les critiques suranées 
contre l'emploi exclusif de la parole déclarent adopter non 
pas le « système combiné » mais uyi «système combiné» que 
lbiir est spécial. Nous ne voyons pas bien l'importance de 
cette subtilité et nous avons le droit d'espérer que bientôt la 
lumière éclatera aux yeux de nos confrères de Prestou et 



— 265 — 

qu'ils abandonneront définitivement une méthode qni se 
condamne d'elle-même. 

La Quarterly Rewiew annonce que la traduction Anglaise 
du livre de Bouet, œuvre de MM. Dixon et Farrar vient de 
paraître. On peut se procure* cet ouvrage en s'adressant à 
M. Farrar. Son prix est de 4 fi*, 33 franc do port. 

Le même numéro cpnsacre quelques mots à notre regretté 

collègue L. Goguillot. Elle ajoute qu'un vent de malheur 

semble souffler sur les pionniers de la méthode orale pure 

chez les voisins du Royaume Uni. Dans l'espace de 2 ans, en 

effet. l'Italie a perdu Balestra et Tarra; la Erance, Fourcade 

Goguillot. 

R. Duvignau 



BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 



FRANCE 

Institution de St-Hippolyte du Fort (Gard) pour les sourds 
muets protestants de France. Vingtième rapport 1887-88. In-8 
108 p., Le Vigan 1888, 

Ouvert aux sourds-muets protestants de France des 
deux sexes, cette institution reçoit les enfants de 7 à 
12 ans, le prix de la pension est de 500 francs par an, la 
durée des études de 8 années. Nos lecteurs le savent, 
c'est depuis longtemps la méthode orale qui est en 
honneur dans cette école ; pendant les deux dernières 
années, les élèves y font l'apprentissage- d'un métier., 
Le directeur actuel, M. Verdeilhan par son activité a su 
faire prospérer son établissement, qui comptait en 
1888, 56 élèves. Les dépenses de l'exercice 87-88 s'éle- 
vaient à la somme de 31 176 fr. 45. Le rapport que nous 
venons de recevoir mentionne une longue suite de dons 
•recueillis parmi la communauté protestante française, 
ils s'élevaient à la somme de23,233 fr< pour cet exercice. 



— 260 — 

Société d'assistance et de patronage pour les sourds-muets 
et les aveugles du département du Rhône et des départements 
voisins. 7 8 Compte-rendu. Exercice 1889-99. Lyffli Lavaissière, 1891 
In-8, 24 p. 

Nous avons eu déjà occasion de signaler plusieurs 
fois, i'œuvre si intéressante de notre zélé confrère, 
M. J. Hugentobler. Désormais, l'action bienfaisante de 
la Société s'étendra sur les aveugle^ de la région lyon- 
naise, une section spéciale pour l'instruction de ces 
malheureux est ouverte dans l'institution de Villeur- 
banne. 210 membres font partie de cette Société, les 
recettes ont été de 1,966 fr. et les dépenses de 2,275 fr. 
Le fonds de réserve de la Société est de 6,757 fr. D'un 
autre côté, les ressources officielles de l'institution, 
— subvention du Ministre de l'Intérieur (2,000 fr.), du 
Conseil Général du Rhône, du Conseil Municipal de Lyon 
et bourses de toute nature — s'élèvent à la somme de 
27,330 fr. 

Le compte-rrendu de la Distribution des Prix de 
l'école de Lyon termine la brochure ; nous y trouvons 
un discours très intéressant de M. Oohendy, professeur 
a l'école de Droit, sur la marche de l'Institution lyon- 
naise. Le savant professeur nous signale un projet que 
le ministère élabore, « il s'agirait de créer en province, 
dans les villes.ou le besoin s'en ferait sentir, des institu- 
tions régionales ou inter-départementales de Sourds- 
muets; et il est certain, ajoute-t-il, que si ce projet 
aboutit, l'Institution Hugentobler sera une des. pre- 
mières à en bénificier. 

Les exercices faits par les élèves ont montré à nou- 
veau toute l'expérience et le talent du Directeur de 
l'école de Lyon. 



ALLEMAGNE 

Reuschert, Taubstummen-Lehrer-Kalender fur 1891 Laugeji- 
salza Beyei - , U Soehne (prix 2 francs), Almanachpourles Maîtres Ue s 
Souris-Muets. 

11 y a cinq ans M, Reuschert, directeur de l'institu- 
tion des Sourds-Muets protestants de Strasbourg, a eu 



— 567 — 

l'heureuse idée de publier un almanach pour les institu- 
teurs de Sourds-Muets. L'auteur, homme pratique et 
statisticien par excellence, a su donner à cet almanach 
une valeur fortpratique ; c"est grâce à cela que son ca- 
lendrier est parvenu à sa cinquième année, et j'espère 
qu'il trouvers parmi tous ceux, qui s'intéressent à l'en- 
seignement de nos pauvres sourds-muets, toujours beau- 
coup d'amis ; M. Reuschert cherchant d'année en 
année à perfectionner son almanach, qui est destiné au 
corps enseiguanc des institutions de sourds-mùets où 
l'enseignement se fait en langue allemande : l'Allema- 
gne, l'Autriche, le Luxembourg, les provinces Baltiques 
russes et la Suisse. Nos confrères français y trouveront 
'une statistique très intéressante sur toutes les Institu- 
tions des pays cités plus hant : l'année de fondation, le 
nombre des élèves, les noms du directeur et des maîtres 
leurs appointements, etc, la liste des ouvrages parus 
depuis le 1 er octobre 1889 jusqu'à la fin de septembre 
1890. celle de toutes les revues publiées sur l'enseigne- 
ment des sourds-muets, soit pour les maitres, soit pour les 
élèves, dans tous les pays. L'almanach contient aussi un 
article fort intéressant sous ce titre: Des lois concer- 
nant l'enseignement obligatoire des Sourds-Muets. 

Renz-Stuttgart. 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 

Institution de Tarbes 

L'Institution de sourdes-muettes fondée â Ponsan- 
Soubiran (Gers ) par M. le Marquis et Madame la Mar- 
quise de Moleville vient d'être transférée à Tarbes. 
Grâce à la libéralité de deux dames bienfaisantes et au 
zèle éclairé du R. P. Forgue, aumônier de l'œuvre, un 
établissement répondant à tous les besoins de l'enseigne 



— ^68 — 

ment a été récemment aménagé et l'inauguration en a 
été faite le 13 Novembre dernier. Mgr Billière, évoque 
deTarbes, avait bien voulu se rendre â cette occasion 
dansla nouvelle institutionpourenbénirsolennellement 
les bâtiments. Une série d'exercices scolaires exécutés 
après la cérémonie religieuse, en présence de S.G. et des 
personnes qui l'accompagnaient, a mis en évidence les 
remarquables résultats obtenus par les maîtresses habi- 
les et dévouées qui sont chargées de l'instruction des 
sourdes-muettes et qui appartiennent à la Communauté 
de Saint-Joseph de Tarbes. 

Un nouveau Journal. — Nous venons de recevoir le 
premier numéro et nous sommes heureux de souhaiter 
la bienvenue à une nouvelle publication dont les direc- 
teurs sont : MM. Albert Gutzmann, premier profess-eur 
à l'institution municipale des sourds-muets de Berlin 
et Hermann Gutzmann, médecin à Berlin. Elle a pour 
titre : Revue mensuelle nièdico pédagogique de Vart de 
remédier à tous les vices de la parole. 



NÉCROLOGIE 

M. A. Dubranle, Censeur des Études à l'Institution na- 
tionale de Paris, vient d'avoir la douleur de perdre sa 
sœur, Mademoiselle Dubranle. Nous nous associons 
bien vivement au deuil qui vient de frapper notre excel- 
lent collègue et ami et nous le prions d'agréer l'ex- 
pression de notre bien vive sympathie. 

Nous apprenons la mort de M. Louis-Joseph Capon , 
père de M. L. Capon. le sympathique directeur de 
l'Institution d'Elbeuf. Nous envoyons à notre dévoué 
confrère, l'expression de nos plus sincères compliments 
de condoléance. 

L'imprimeur-Gérant Eug. BELANGER aij Rue Saint-Jacques Paris 



REVUE FRANÇAISE 
de l'Éducation des Sourds-Muets 

6">« année.' N» '12 Mars 1891. 



BPHEMERIDES 

de la Surdi-mutité <en France 



MARS 

1. 1818. —r M. Garay de .Montglave est nommé 
Directeur de l'Institution de Paris, en 
remplacement de M. deLanneau.admisàla 
retraite. 

5. 1848. — L'arrêté du 1 er Mars, nommant M. 
Garay 'de 'Montglave Directeur de l'institu- 
tion des sourds-muets de iParis, est rap- 
porté, et M. de Lanneau est rétabli dans 
ses anciennes fonctions. 

8. 1784 — Le garde des Sceaux approuve l'impres- 
sion du manuscrit de l'abbé de l'Epée, 
intitulé: La Véritable manière d'instruire 
les sourds-muets, confirmé par une lon- 
gue expérience. 

13. 1848 — Mademoiselle Baudry du Hamel demande 
avec l'appui du docteur Blànchet, une pla- 
ce de maîtresse de piano a. l'intitution des 
sourds-muets de Paris, la commission 
consultative jugea qu'il n'y avait pas lieu 
de donner suite à cette demande. 

15. 1777. — J. R. Pêreire est présenté au roi de 

Suède, Gustave III, ainsi que trois de ses 
élèves : De la Voulte, Mesdemoiselles Le 
Rat et Marois. 

16. 1870 — La Société centrale d'éducation et d'as- 

sistance pour les sourds-muets en France 
et reconnue d'utilité publique. 



— 270 — 

17. 18i6 — La Chambre des Pairs renvoie au Minis- 

tre de la Justice une pétition de Ferdinand 
Berthier, demandant certaines modifica- 
tions à la législation civile et criminelle à 
l'égard des sourds-muets. 

18. 1793. — Saint-Sernin dont l'Ecole, à Bordeaux, 

était menacé de fermeture, se présente à 
la barre delà Convention avec deux de ses 
élèves; ceux-ci sont interrogés devant 
l'Assemblée, qui place l'Institution de 
Bordeaux sous la protection de la France. 

19. 1861. — Décision ministérielle portant reconsti- 

tution sur place des bâtiments de l'Institu- 
tion des sonrdes-muettes de Bordeaux. 

23. 1736. — Nominationde Charles Michel de l'Épèe 
à la Cure de Feuges (Aube), 

25. 1785. — Arrêt du Conseil du Roi portant que 
rétablissement des sourds-muets sc.ra in- 
cessamment placé dans les bâtiments des 
Célestins et qu'une somme de 3.400 livres 
sei'a employée à l'entretien des élèves 
pauvres, 

28. 1 738. — Nomination de Michel de PÊpèe au ca- 
nonicat de Pougy. 

31. 1741. — Naissance à Saint-Jean de Marsacq 
(Landes), de Saint-Sernin, fondateur avec 
l'abbé Sicard, de l'Institution de Bordeaux. 

{A suivre) 



— 271 — 

GUIDE POUR L'ENSEIGNEMENT DE LA PAROLE 

AUX SOURDS-MUETS 

par le R.P. Constantin MATTIOLI 

des Ecoles Pies 

Professeur à l'Institut Royal Pendola de Sienne 

traduit de l'italien, avec l'autorisation de l'auteur, 
par O. Claveau (suite et fin) 



De l'écriture et de la lecture 

Le maître peut faire marcher l'enseignement de l'é- 
criture et de la lecture parallèlement à l'enseignement 
de l'articulation et de la lecture sur les lèvres. Je dis 
peut parce qu'au commencement il n'est pas absolument 
nécessaire d'employer l'écriture. Il y a même des profes- 
seurs au gré desquels il vaudrait mieux retarder cela 
j'.nqu'à ce que le sourd-muet ait appris à prononcercor- 
rectement et à lire promptement sur les lèvres toute, 
espèce de mots. Gesystème, à leur dire, aurait de grands 
avantages pour la lecture sur les lèvres, pour la pronon- 
ciation et pour donner plus de spontanéité â la parole 
vivante. Je ne puis ni ne veux entrer ici dans la discus- 
sion de cette question ni rechercher quel est celui des 
deux systèmes qui doit donner les meilleurs résultats. 
Je me bornerai à faire observer que le dernier des deux 
procédés présenterait peut-être quelques avantages au 
point de vue de la lecture sur les lèvres mais que pour 
le reste il n'en offrirait que peu ou point; j'excepte le cas 
où il ne s'agirait pas de différer jusquà une époque où 



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l'enseignement de la langue serait déjà bien avancé 
attendu que dans le cours des premières années, les 
sourds-muets, qu'ils sachent ou non écrire, ne peuvent 
employer que dans une bien faible mesure ies mots de 
la langue, n'ayantpas encore eu le temps de les appren- 
dre. 

Ainsi donc, tout aussitôt que le petit sourd-muet saura 
prononcer un son et le lire sur les lèvres de son maître, 
on lui enseignera aussi à l'écrire et aie lire quand il est 
écrit; maison prendra garde que l'écriture ne doit venir 
qu'à la suite delà prononciation et de la leeture sur les 
lèvres. Lorsque l'écriture est employée dans une sage 
mesure et sans qu'on la laisse jamais se substituer à la 
lecture sur les le vr es, non seulement elle. ne peut pas 
nuire, mais elle présente de très grands avantages sous 
tous les rapports dès le début de l'enseignement oral. 
Assurément, il faut savoir s'en servir et n'en point abu- 
ser. De même quand on arrive aux, assemblages de sons 
les plus faciles, les mieux visibles, et que le sourd-muet 
sait les prononcer et les lire sur les lèvres, la repré- 
sentation en'signes graphiques lui enseigne à les recon- 
naître avec une plus grande précision. Et bien loin, que 
là- nouvelle forme d'équivalence qui lui est proposée 
fatigue son esprit, il y trouve un repos et sa mémoire y 
trouve une force pour retenir plus facilement 1 ces 
assemblages de sons. 11 y a des professeurs qui craignent 
que ce nouveau signe n'engendre un dualisme d'images- 
dans l'esprit de l'enfant et- qu'ajant par la suite à se 
rappeler ces mots quels qu'ils soient pour les pronon- 
cer, il n'arrive à se servir de l'élément graphique au 
lieu de l'élément parlé ou sonore. Cette question ne 
manque pas d'importance. Il n'est pas très commode de 
la résoudre ou d'en apprécier toutes les conséquences, 
Le peu que j'ai cru pouvoir observer à cet égard me 
semblerait' démontrer que le sourd-muet démutisé. 
cherchant àrertrouver lé mot dont il veut se servir, ai 
recours, oomme le fait l'entendant, à l'image de l'objet; 
â la représentation du fait avant de faire appel â l'élé- 



— 273 — 

ment graphique, ou sonore ou -parlé. Et sous ce rapport 
je ci'ois quo les deux systèmes se valent. 

A mesure que renseignement avance etque les exeiv- 
cices phonétiques prennent un plus grand développe- 
ment, l'aide qu'on peut tirer de l'écriture acquiert une 
importance de plus en plus grande. I\ n'est pas d'un 
médiocre secours de pouvoir mettre sous les yeux des 
élèves, comme en autant de petits bilans de savoir 
acquis ou de tableaux synoptiques toutes les combinai- 
sous qui ont entre elles des rapports étroits. Par ce 
moyen l'esprit encore faible des enfants se trouve avoir 
le temps d'y réfléchir, de les considérer et de les* recon- 
naître. Et quand ensuite on prisse de l'enseignement' 
pur et simple de l'articulation à celui de la langue, 
l'utilité, pour ne pas dire la nécessité, de l'écriture se 
fait sentir de plus en plus. 

Sans l'aide de l'écriture, je crois que nous aurions 
beaucoup plus de peine à prendre et cela pour arriver 
àdes résultats beaucoup moindres, non pas seulement 
au point de vue du développement des idées, mais en- 
core au point de vue de l'enseignement et même de l'u- 
sage de laparole. A lavérité, les petits entendants appren- 
nent à parler couramment avant de savoir lire et écrire 
mais ceux-ci se trouvent dans des conditions excep- 
tionnellement favorables par comparaison avec les 
sourds-muets. Pour l'entendant, toute personne qui 
l'approche devient un professeur et lui apprend la lan- 
gue. Il n'est pas de mot, d'expression, de phrase, qu'il 
n'entende répétersaus cesse par mille bouches différentes 
et, à son insu, il finit par avoir bientôt tout cela impri- 
mé dans l'esprit et par savoir s'en servir â propos. Les 
petits sourds-muets sont bien, eux aussi et comme les 
entendants, témoins des faits et des scènes qui se dérou- 
lent sous leurs yeux mais pour eux tout se passe dans le 
silence et ne laisse dans la mémoire que des images 
muettes sans aucune forme déterminée. Quand ils en vien- 
nent à étudier laparole, ils ne peuventcompter que sur 
es rares moments que le maître leur consacre directe*- 



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ment pendant les heures de classe rapidement écoulées, 
puis, durant tout le cours do la longue journée, ils se 
retrouvent dans la solitude et dans l'abandon. Dans ces 
tristes conditions, qu;> pourront faire les petitssourds- 
muels pour ne pas oublier le peu qu'on leur enseigne en 
ch\s.se, s'il leur faut se fier entièrement à leur mémoire 
débile et faillible' Ils n'oublient que trop facilement 
et souvent à un degré décourageant, lois mémo qu'ils 
ont le secours de l'écriture, mais, si ce secours venait à 
leur manquer, la situation serait mille fois plus fâcheuse 
encore: 

Sous le rapport pratique, l'enseignement de l'écriture 
( aux sourds-muets n'offre aucune difficulté et lorsqu'on 
m à faire à des enfants suffisamment intelligents, pas 
trop jeunes, ils arrivent au bout d'un an de cours à 
écrire sous la dictée assez couramment toutes les sylla- 
bes et tous les mots qu'ils savent prononcer et dont ils 
connaissent le sens (1). 

Quant à la lecture proprement dite, il me semble que 
tout le monde trouvera naturel et avantageux de lui 
faire suivre la même marche d'en développer l'enseigne- 
ment parallèlement à celui de l'articulation et de 
l'écriture et de faire avancer la lecture du même pas 
que celle--:». Le petit sourd-muet ne pourra jamais lire 
pas même une voyelle, au moins à haute voix si tout 
d'abord il n'a appris à la prononcer ; mais aussitôt 
qu'il sera arrivé à émettre un son, une syllabe, un mot 
et qu'il saura les lire sur les lèvres du maître, il pourra 
apprendre aussi à les lire, soit en caractères écrits, soit 
en imprim-és, ce dont il retirera grand profit. 

Pour enseigner à lire au petit sourd-muet, nous ne 
pouvons adopter le système qu'on emploie avec les 
entendants. A ceux-ci, l'on enseigne d'abord les lettres 

(t) L'auteur, écrivant pour ses compvtriotes italiens, ne pouvait 
avoir àse préoccuperde mettre en ligne Je compte les difficultés or- 
thographiques dont sa langu? miternelle est si heureusement affran - 
chiece qui explique notamment pour d'autres langues le travail de 
transcription à demander aux élèves. (Notb du Traducteur). 



— 275 — 

puis les syllabes et, en dernier lieu, nous leur faisons 
lire les mots. Vis à vis du sourd-muet, au contraire, il 
faut, avant d'enseigner à lire les syllabes et les mots, 
apprendre à l'élève â les prononcer. Nous n'avons à 
nous occuper que tout, en dernier lieu du nom des let- 
tres, quand l'enfant saura déjà lire et nons pourrons 
même nous passer de ce'a. D'où il suit qu'au début et 
t int que l'élève n'est pas arrivé à prononcer tous les élé- 
ments essentiels de la parole, il ne serait que peu ou point 
utile de lui donner à feuilleter un livre ou un sylla- 
baire. L'unique syllabaire qu'il soit possible et avantageux 
d'employer pour le petit sourd-muet durant le cours 
préparatoire ou cours d'articulation est celui qui se 
forme sous ses yeux, jour par jour et dans l'ordre pro- 
gressif que suit l'enseignement de l'articulation, delà 
lecture par conséquent et ce sera une très bonne chose 
que de faire réuuir et conserver par l'élève sur un car- 
net à ce destiné toutes les combinaisons qui contri- 
buent graduellement â former le syllabaire. Il est très 
utile et, pour ainsi dire nécessaire d'avoir dans la 
classe les syllabaires ou tableaux par ce qu'ils servent 
beaucoup à exercer les enfants tant individuellement 
que collectivement à la lecture des formes qui arrivent 
par degrés à leur connaissance. On développera peu à 
p3u ces exercices qui seront limités, pour commencer» 
à un petit nombre de combinaisons. Leur ensemble 
finira par former un tout complet à l'usage de tous les 
élèves quand ceux-ci seront parvenus a la connaissance 
de toutes les combinaisons tant simples que composées 
qui entrent dans la construction des mots. 

Quand on sera arrivé à ce point, il conviendra de 
mettre eutre les mains des élèves un petit manuel ou 
livre de lecture au moyen duquel, en partant des pre- 
miers éléments, on s'élèvera, par transitions faciles, 
graduées, des syllabes aux mots, des mots aux proposi- 
tions etdes propositions aux phrases. Il faudraqu'on aille 
progressivement du facile au moins facile et non pas seu- 
lement sous le rapport de la correction, de la pronon- 



— 276 — 

eiation, mais bien aussi-sousle rapport du sens à saisir 
En efïet, si l'on excepte les exercices de phonation pure 
et simple, ce seraifcune chose détestable que de mettre 
sous les yeux des élèves des expressions dont ils ne 
connaissent pas ou dont il ne serait pas aisé de leur 
donner la signification. Les exercices gradués des PP. 
Ferreri et Morbidi, mes très chers et excellents collè- 
gues, sont on ne peut mieux adaptés à ce but. En se 
laissant guider par eux, le maître pourra sans beaucoup 
de peine amener les élèves à lire d'une façon naturelle 
et à apprendre en même temps aisément et avec un em 
pressement relatif toutes les formes du langage, même 
les plus difficiles. Mais je ne dois pas insister sur ce 
sujet, car ce serait sortir du cadre de l'articulation dans 
lequel je me suis proposé de me renfermer rigoureu- 
sement. 

Quant à l'éducation de l'œil, à la sûreté que doit 
acquérir cet organe pour lire les mots écrits ou impri- 
més, le sourd-muet y arrive et très facilement, mais on 
ne saurait en dire autant des pauses (des inflexions et 
modulations à faire prendre à la voix, ce qui n'est pas 
une petite difficulté. L'impossibilité de saisir par l'ouïe 
les corrections du maître et par suite la nécessité de 
lever à chaque instant les yeux de dessus le livre décon- 
certent beaucoup l'élève et il est bien difficile que le 
petit sourd-muet réussisse à donner à la leeture ce ton 
dégagé, franc, varié qui la rend claire, agréable, intel- 
ligible pour tout le monde. Joignez à cela un autre 
obstacle, et très grave, venant du mode de respirer défec- 
lueux que l'on rencontre ordinairement chez les sourds- 
muets et qui les oblige à s'arrêter à chaque iustant, à 
diviser non pas seulement les parties du discours qui 
sont étroitement unies par le sens et ont entre elles un 
rapport obligé, mais à hacher les mots eux-mêmes 
C'est ainsi que la lecture du sourd-muet prend ce ton 
décousu, monotone, manquant de l'accent nécessaire, 
des temps d'arrêt voulus et devient inintelligible. Pour 
obvier â ces inconvénients graves, il faut s'en préoccu- 



— 277 — 

per dès les premiers pas et, aussitôt que l'élève sait pro- 
noncer une ou plusieurs voyelles, une ou plusieurs 
syllabes, les lui faire lire sur le tableau avec le ton do 
voix convenable, On doit en dire autant des mots, des 
propositions, des phrases et des périodes en enseignant 
à l'élève à faire les pauses quand il faut et en ne lui per- 
mettant jamais de s'arrêter à contre-temps. 

Il est facile de comprendre d'après ce qui précède 
quel peut-être, tant pour la bonne prononciation que 
pour la lecture le danger d'autoriser le sourd-muet 
suivant une coutume tèe^d'une grave erreur, à appren- 
dre par cœur ou à lire à haute voix autrement que sous 
la surveillance immédfate d'un professeur.' 

Fin 



FAUT-IL SECTIONNER ? 



Dans un article publié ici même, sous la signature de 
M. Duvignau 4a Revue Française de Janvier a entrete- 
nu ses lecteurs du Sectionnement rationnel des élèves 
dans les écoles de sourds-muets. Aborder des connais- 
sances générales, agrandir considérablement le cercle 
des connaissances des élèves, compléter leur instruction 
par des lectures habilement choisies, aborder l'ensei- 
gnement de toutes les questions que comportent nos 
programmes ; tels sont succinctement résumés les 
avantages qu'il nous fait habilement entrevoir comme 
la conséquence de ce sectionnement. (1) A. l'appui de la 
thèse soutenue, M. Duvignau nous a donné les Lycées 

(l) Voir l'article de M, Duvignau n° de Janvier 1891, pages 236, 
237, 238 



— 278 — 

comme exemple et il a exposé ceci : « Ces écoles com- 
prennent une élite appelée à aborder un jour les écoles 
normales et polytechnique, une moyenne se tenant dans 
une honnête médiocrité et enfin l'inévitable queue com- 
posée de ce qu'on a si aimablement nommée les can- 
cres. » et aussitôt d'établir un rapprochement entre ces 
intelligences et celles dont nous avons à diriger révolu- 
tion et le développement. Cette comparaison présentée, 
M. Duvignau tire pour conclusion la nécessité d'un sec- 
tionnement. Et c'est, sur cette conséquence, qui me parait 
n'être pas des plus rigoureuses, des plus justes, mais 
tant soit peu exagérée, que je voudrais appeler la bien- 
veillante attention des lecteurs de cette Revue. 

Monsieur Duvignau au commeucement de son article, 
établit un exact rapprochement entre nos élèves et ceux 
des Lycées, mais quelles raisons l'empêchent de le 
pousser jusqu'au bout? Il nous laisse dans l'ignorance 
des raisons qui le déterminent â garder ce silence 
voulu. Penser que dans les lycées on affecte des classes 
spéciales à chaque degré d'intelligence serait là une 
grave erreur, En effet, nul n'ignore que le professeur 
travaille, durant sa classe, pour la moyenne des élèves, 
quant ,à ceux connus sous le nom de cannes, ils se 
traînent à la queue — pour ainsi parler — comme ils 
peuvent et si nous consultions quelques-professeurs de 
Rhétorique il 3^ a dix à parier contre un que leur réponse 
serait celle-ci : « Tels et tels élèves sont en rhétorique, 
mais en vérité, ils sont incapables de faire une version 
do sixième, cependant nous les gardons quand même. » 

Peut-être que ces sélections se font dans un enseigne- 
ment plus voisin, plus frère du nôtre : Je veux parler de 
Y Enseignement primaire. Voyons, quel est â Paris le 
quartier, l'arrondissement même ayant une ècole.com- 
munale possédant une classe spéciale d'arriérés, élèves 
de la troisième catégorie. Là, comme au lycée la sélec- 
tion préconisée n'existe pas. Et puis une réforme qui 
n'es! applicable qu'à deux établissements sur soixante- 
dix, existant eu France, est-elle réellement une 



— 279 — 

réforme? Non sans doute, pour qu'elle soit une réforme 
véritablement sérieuse, il faudrait qu'elle fut applicable 
partout tendant ainsi â l'amélioration de l'Institution, 
autrement elle n'est qu'un méchant bouleversement. 
Cette observation est également juste pour les méthodes 
Prenez le nombre d'arriérés qu'elles forment, si vouw 
voulez juger de la meilleure, et celle qui en aura le 
moins à son actif sera la méthode qui doit être appli- 
quée parce qu'elle tend le plus à la perfection. C'est 
cette universalité qui est la pierre de touche â l'aide de 
laquelle nous déclarons vraie ou fausse, bonne ou mau- 
vaise telle ou telle réforme introduite dans nos établis- 
sements spéciaux. 

Le nombre ^arriérés, dans nos Institutions de 
sourds-muets, composées à Paris et à Bordeaux de huit 
ou neuf élèves par classe, est tout au plus de deux ou 
trois) et sur ces trois élèves un au moins peut profiter 
en partie de ce que font les premiers élèves, car chacun 
sait que ceux-ci enfants intelligents nous sont souvent 
d'un réel secours à l'effet d'inculquer aux derniers, la 
science qui regimbe à notre volonté, à nos efforts. 

A Chambéry, la plupart de nos classes sont composées 
de douze ou treize élèves, la section de deuxième année 
pour 1891-1892 sera de quinze; certes, il y aura bien 
sur cette quantité d'enfants ti*ois ou quatre arriérés, 
mais nous ne voyons pas qu'il soit nécessaire de sec- 
tionner. Nonobstant cela, tout le monde connaît les 
résultats obtenus aux derniers examens du Certificat 
d'études primaires par cet établissement, et ces succès 
parlent éloquemment contre la nécessité du sectionne- 
ment. 

Le maître d^it garder les élèves qu'il commence et ne 
les laisser à un autre qu'au moment où ils possèdent leur 
langue maternelle. Rien n'est plus dangereux, n'est plus 
compromettant pourries résultats, que de réunir 
ainsi deux sections en une seule car le professeur 
doit se mettre au courant de ce que savent les nou- 
veaux-venus, peut être sont-ils supérieurs aux siens? 



— 280 — 

Il l'ignore, alors il essaie, tâtonne, recommence jus- 
qu'au moment où grâce à ses observations, il s'est par- 
faitement rendu compte de l'éducation intellectuelle, 
des élèves confiés ; et la méthode du second maître sera 
t-elle assez semblable à celle du premier pour ne pas 
arrêter les progrès des jeunes sourds? Autant de choses 
qui concourent à faire des arriérés de quelques muets 
qui, en restant avec leurs anciens maîtres, eussent pu 
acquérir une instruction moyenne. Non, ne sélection- 
nons pas, suivons ceux dont nous avons commencé l'é- 
ducation jusqu'au jour où nous pourrons leur enseigner 
la langue grammaticale, époque où la tâche du maître 
de l'art d'instruire des sourds-muets, se transforme en 
celle d'instruire des sourds-parlants et de plus nous 
serons conséquents avec nous-mêmes puisque nous 
nous conformerons à la réglementation acceptée dan s 
les écoles d'entendants proposées comme modèle. 

Mais par impossible admettons que les souhaits de 
M. Duvignau se réalisent à qui devra-t-on confier cette 
dernière section d'arriérés*. C'est, il nous semble 
répondre un peu vite que de s'écrier: « Quelle que soit 
la classe qui vous soit confiée, il y aura autant de 
dévouement à exercer et autant d'honneur à récolter 
pour les uns et pour les autres, et que d'ailleurs les pré- 
férences personnelles disparaissent devant la grandeur 
de la tâche que nous avons entreprise. » Ainsi que le 
fait M. Duvignau. Certes, dous ne doutons pas du zèle 
ardent et passionné des maîtres de notre art, mais les 
forces humaines n'ont-elles pas de limites? La charité 
profonde ne se ferme-t-elle pas quelquefois au malheu- 
reux qui tend la main? Sera-ce à un jeune maître? Eh, 
prenez garde ? que faites-vous de la noble et louable 
ambition de ce dernier d'avoir une classe brillante, de 
remporter des succès; est-ce qu'il ne se découragera pas 
devant ces difficultés à vaincre, ces obstacles à surmon- 
ter, et souvent le découragement s'emparant de lui ne 
lui fera-t-il point jeter un regard louche et envieux sur 
la classe de l'heureux professeur qui siégera à côté de 



— 281 — 

lui, triomphant facilement de futiles et vaines difficultés 
Oui, nous le savons, lejdévouèment des maîtres, qui 
vont bientôt quitter la carrière si brillamment parcou- 
rue, leur fera briguer en nombre cet honneur de con- 
sacrer leur expérience et leurs talents à cette classe 
d'arriérés, triste résultat de la sélection. Mais, hélas ! 
nos maitres dans la plupart de nos écoles, sont encore 
bien jeunes pour délaisser le succès brillant, encoura- 
geant et tomber sitôt dans l'obscurité et dans l'oubli 
car après tout il faut bien nous souvenir que pour être 
maîtres de sourds-muets, nous n'en sommes pas moins 
hommes. 

G. Bertoux 
Professeur à l'Institution nationale 
des Sourds-muets de Chambéry 



INFORMATIONS & AVIS DIVERS 



Ligue pour l'union amicale dès Sourds-muets, fon- 
dée en 1! 



Nous avons reçu de cette Société la Circulaire sui- 
vante : 

Monsieur et cher frère 

Dans sa réunion du 19 octobre, la Ligue décida, sur 
la proposition de M. Cochefer, et à la suite d'un débat 
entre M. Graff, président, et MM. Victor Thierry et 
Munich, de nommer une commision d'enquête chargée 
de vérifier les comptes relatifs au centenaire de la mort 
de de l'Epée, 



— 282 - 

Cette Commission, nommée par M, Graff, était compo- 
sée de MM. Victor Thierry, Agnus, Munich, Frossard, 
Gaillard et Varenne. 

Elle écrivit une lettre au Président pour lui deman- 
der d'apporter les pièces justificatives. Au lieu de cela, 
M, Graff ne lui fit parvenir, par l'entremise de M. Gail- 
lard, que le relevé des sommes reçues lors du Cente- 
naire et quelques factures. 

La Commission aurait préféré des papiers plus sé- 
rieux. Elle les déclara sans valeur. 

Elle prit acte du refus de M. Graff de comparaître 
devant elle, et décida, par 4 voix contre 2, de convoquer 
une réunion de la Ligue pour lui soumettre le différend 
pendant entre elle et son Président. 

M . Graff, prié par lettre recommandée de s',y présen- 
ter, renvoya la lettre sans l'ouvrir. Il ne vint pas. 

L'assemblée, sur la proposition «de MM. Gaillard et 
V. Thierry, nomma M. Federphil président intérimaire. 
Elle révoqua M. Graff pour les motifs suivants : 

« 1° Retard dans la publication du compte rendu et 
des comptes du Centenaire . 

« 2° Refus de livrer en même temps toutes les pièces 
nécessaires ; 

« Refus d'expliquer ses raisons à la Ligue et d'abor- 
der une discussion publique, qui, peut-être eut tournée 
à son avantage. 

M. Gaillard, secrétaire-général de la Ligue, avec 
l'autorisation de M. Federphil, convoqua une réunion 
de la Ligue, le dimanche 1 er février dernier. 

Dans l'intervalle, on apprit que les partisans de 
M, Graff tenaient une réunion boulevard Voltaire. 

Vingt membres de la Ligue, ayant à leur tète 
MM. Gaillard, V. Thierry, J. Chazal, Munich. Bailly etc. 
s'y présentèrent a tin de s'expliquer et de protester con- 
tre la réunion, avant de se rendre â la leur. 

M. Graff donna l'ordre. à trois gardiens de la paix de 
les expulser brutalement. 



— 283 - 

M. Graff craignait donc la liberté do parole dans sa 
réunion. 

Avec l'aide de quelques amis et l'appui de la police, il 
s'est luit nommer Président de la Ligue CONTIiE l'U- 
nion amicale des sourds-muets. 

Mais les vrais ligueurs, ceux, qui ont de tout temps 
voulu l'union, étaient en majorité, boulevard de Sébas- 
topol. 

Ils ont composé le.bureau de la Ligue de la façon sui- 
vante : Président : M, Gaillard; vice-présidents: MM. V. 
Thierry et Cambuzat; secrétaires; MM. Legros. et 
Weber; trésorier'. M. Munich ; receveur; M. Schlick; 
contrôleurs; MM. Teerlinck, Blot, Lembert, Berthet. 

Nous vous convoquons à une nouvelle réunion pour 
le dimanche 15 mars, à 8 heures 1/2 du soir, au Café 
Saint-Aignan, boulevard de Sébastopol, 68. 

Ordre du jour : 1° Lecture du procès-verbal • 2 e Révi- 
sion des statuts ; 3° de l'organisation de l'union ; 4° Cen- 
tenaire des lois de 1791. Salut et fraternité. Le Prési- 
dent, II. Gaillard ; les secrétaires, Legros, Weber. 

N.-B. — Par décision du bureau, les réunions auront 
lieu le troisième dimanche.de chaque mois,à 8 h. 1/2 du 
soir, au Café Saint-Aignan. 






Un Sourd-muet devant le Tribunal correctionnel 
de Dinan. Un malheureux sourd-muet, âgé de 24 ans, 
Jean-Louis Lombart, sculpteur en bâtiments, natif de 
Rennes, se présentalemardi27 Fvrieré chezM. Hervy. dé- 
bitant, rue Haute-Voie, il s'y fit servir des saucisses, quatre 
bols de cidre, trois verres de cognac, une absinthe; puis 
après avoir.absorbé le tout il déclara ne pouvoir payer, no 
possédant un sou vaillant. Il fut arrêté par la police. 

Le pauvre artiste donne par écrit des explications au 
tribunal. 



— 284 — 

— J'arrivais de Montfort à pied, dit-il: depuis le lundi 
midi jusqu'au mardi soir je n'avais rien mangé. J'allais 
pour me faire embaucher chez M. Guyomard, à Saint- 
Servan, et je comptais rembourser plus tard le prix de 
mon repas. 

Le délit de filouterie est établi, Lombard est condam- 
né à 24 heures de prison. 



* 
* * 



Société centrale d'Education et d'Assistance pour 
les sourds-muets en France. Le Conseil supérieur de 
la Société s'est réuni le 18 Février dernier sous la pré- 
sidence de M. Grosselin. M. le Trésorier donne le compte- 
rendu financier de l'exercice 1890, les recettes ont été 
de 6427 fr. 80 y compris les intérêts des fonds placés ; 
(2697 f. 80) et les diverses subventions. Les dépenses pour 
lemême exercice se sont élevées àla somme de 7249f.80 
dont 5211 fr. 40 consacrés à l'instruction de jeunes 
sourdes-muettes. Le zélé Secrétaire général de la socié- 
té^, le Docteur Ladreit de Lacharrière annonce l'entrée 
en possession prochaine du legs Berthier : 1000 francs 
moins les frais. 

Cette année la Société centrale organise une loterie 
de 5000 billets à 1 franc, chaque série de 10 billets don- 
ne droit à un lot et participe en outre au tirage des 5 
gros lots. Nous recommandons tout spécialement cette 
loterie à nos lecteurs qui pourront se procurer des 
billets en s'adressant à M. le D r Ladreit de Lacharrière 
Secrétaire général de l'œuvre, 1 rue Bonaparte, Paris 
où à M. Ad. Bélanger membre du Conseil de la Société 
10, rue Méchain, Paris. 



— 285 — 

Nôsrologie. — M. Claudius Forestier, Le 13 Février 
dernier est mort à Lyon dans sa 81 e année, M. Claudius 
Forestier, Directeur de l'institution de Lyon Chevalier de 
St-Sylvestre et du St-Sépulcre, officier d'Académie. Nous 
publierons dans notre prochain numéro une notice sur 
cet homme de bien dont la vie toute entière fut consacrée 
à l'instruction de ses frères d'infortune. Nous envoyons 
à tous ses collaborateurs l'expression de notre bien 
vive sympathie, à l'occasion du deuil qui les frappe 
aujourd'hui, 

M. Corbon. Nous avons également le regret d'enre- 
gistrer la mort de M- Corbon, Sénateur, Président du 
Conseil de perfectionnement de l'enseignement profes- 
sionnel de l'institution Nationale de Paris, décédé le 27 
Février dernier à l'âge 81 ans. M. Corbon présidait il y 
a 4 ans en 1887 la distribution des Prix de l'école de 
Paris et donnait à tous, avec sa compétence habituelle! 
d'excellents conseils au sujet de l'enseignement profes- 
sionnel. 



AVIS 

Avec ce numéro se termine la Q me année de la Revue 
Française de l'éducation des sourds-muets. Nous prions 
nos lecteurs de vouloir bien nous faire parvenir le 
montant de leur abonnement pour le 7 m0 année. 

Envoyer un mandat poste à M. Ad. Bélanger Direc- 
teur de la Revue, 10, rue Méchain, Paris ; ou à M. Eug. 
Bélanger Imprimeur-Gérant, 225, rue Saint-Jacques. 

Pour la France un an 9 fr. 

Pour l'Etranger un an 10 fr. 



— 286 — 
LIVRES DE LECTURE POUR NOS ÉLÈVES 



Nous pensons être utile a nos confrères en leur 
signalant chaque mois quelques livres qui pourront : 
soit être mis entre les mains de nos élèves, soie Tendre 
quelque service dans notre enseignement. Ils arriveront 
ainsi à former une petite collection qui les aidera à 
donner à nos jeunes sourds-muets le goût de la lecture 
tout en leur inculquant des notions utiles et des connais- 
sances indis ensables. 



F, Reusse et J. Scalbert — Le Petit Paul. Exercices d'invention 
et d'observation illustrés d'un grand nombre de gravures et de des- 
sins d'objets usuels. Pans. Ch. Delagrave. Prix 1 fr, 20 

Cent pages de texte, 100 nages de gravures, d'excellents 
dessins faits par un artiste distingué/ M. Scalbert, un peintre 
de beaucoup de talent Pour le texte, un livre à mettre entre 
les mains de nos élèves, vers la fin de leurs études, mais pour 
les gravures pouvant être placé dans les classes de 2 e etde 3 e 
année. Les professeurs y trouveront des sujets de leçons de 
toute nature A4- B 

* 

E, Dupuis. — Premières leçons de choses usuelles, premières lec- 
tures courantes pourles enfants de sept à neuf ans. Ouvrage orné de 
115 fig. 142 p. Paris, Ch, Delagrave, 15, rueSoufflot. Prix, fr. 80 

Un excellent petit livre, pouvant être mis entre les mains 
de nos élèves vers la 5 e ou la 6 e année d'étude. Chaque lecture 
est suivie d'un questionnaire approprié à la leçon Ad, B 

* 

E.Toussaint — Petit livre de lectures graduées à l'usage des 
écoles maternelles et des classes enfantines, illustré de nombreuses 
gravures, 108 pages. Paris, Ch. Delagrave, Prix O fr, 70 

> Le meilleur éloge que nous puissions faire de ce petit livre 
cest de dire qu'il pourra être donné à des élevés de 3 e et 4 e 
année,»qu'il sera à leur portée, qu'ils le comprendront. C'est 
dire que le style employé est simple, clair, les phrases 
courtes; un petit inconvénient à notre avis, c'est la séparation 
des mots en syllabes au début de l'ouvrage; mais il disparait 
vers le milieu. Nous ne saurions trop le recommander â nos 
confrères, c'est une rareté. Ad. B 

A suivre 



TABLE ANALYTIQUE 

de la 

REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des sourds-muets 



SIXIEME ANNEE 



Table Alphabétique des noms d'auteurs 



Bélanger (Ad). A nos lecteurs. 

— Statistique des institutions fran- 

çaises de sourds-muets. 20, 171,211, 232. 

— Le Frère Louis. 42 

— L'abbé de l'Epée au théâtre. 44 

— L'abbé Louis-Toussaint Dassy. 59 

— Les sourds-muets et le Gode civil. 96 

— Bibliographie Belge 170, 193 

— Bibliographie française. 171, 241 

— Lud. Groguillot. 185 

— Congrès international de sourds- 

muets de 1889. 215 

— Livre de lecture pour nos élèves 286 
Bertoux (G.) Faut-il sectionner 287 
Bouchet ^Is.). Allocution adressée à Monseigneur 

Bécel. évéque de Vannés. 77, 120, 142 
Claveau (O). La question des externats dé sourds- 
muets en Allemagne. 5, 36, 61, 88. 

— Bibliographie italienne. 24 

— Bibliographie belge. 47 

— Traduction du guide pour l'ensei- 

gnement de la parole par le R. P. 
Constantin Mattioli. 

53, 80, 101, 125, 159, 176, 199, 224 

— Lettre au Directeur de la Revue. 175 

— Préface de la traduction de la mé- 

— thode italienne de M. Perini . 241 



— 288 — 

Denis (Théophile). Frédéric Peyson, peintre 

sourd-muet. 14, 29 

— Une fête de sourds-muets. 214 
Duvignau (R.J. Revue des journaux étrangers 

Quarterly Review. 191 

— Du sectionnement rationnel des élè- 

ves dans les écoles de sourds-muets 236 

Grimaud ,(L'abbè). L'institution d'Avignon. 25 

Grouchy (Vioomta de). Un document sur les 

sourds-muets au 17 e siècle. 21 

Ladreit de Lacharrière (D r ). Compte-rendu delà 
situation de la société centrale 
d'éducation et d'assistance pour 
les sourds-muets en France. 1889 66 

Mutus. Revue des journaux étrangers. Revues 

italiennes. 113 

R. P. Constantin Mattioli. Guide pour l'ensei- 
gnement de la parole aux sourds- 
muets. 53, 80, 101, 125, 159, 176, 199, 224 

Renz (C). Bibliographie allemande. 22, 94 

Revue des journaux étrangers. 
Organ der Taubstummen. 

72, 117, 145, 189, 239 
Blaetter fur Taubstummenbildung 

73,119,146, 190,240 

Roger (F). Discours prononcé à la distribution 

des prix de l'Institution de Bourg 136 

Simon (Jules). Discours prononcé à la distribu- 
tion des prix de l'Institution natio- 
nale de Paris. 151 



TABLE DES MATIERES 



de la 



SIXIEME ANNEE 



Les Beaux- Arts et les sourds-muets 

Frédéric Peyson, peintre sourd-muet, (Th. Denis) 14, 29 

Nos artistes : MM. Colas at Cauchois 172 

Bibliographie Internationale 

FRANCE 

D r Ladreit de Lacharrière. Compte-rendu de la situa- 
tion de la Société centrale d'éducation et d'assis- 
tance pour les sourds-muets en France 171 

Is. Bouchet, Allocution adressée à Monseigneur B^cel 

évêque de Vannes. 171 

Chambellan. Compte-rendu du Congrès international des 

sourds-muets de 1889 21b 

Méthode pour enseigner par la parole la langue mater- 
nelle aux sourds-muets. (Perini). 2il 

Institution de Saint-Hippolyte du Fort (Gard) 20 e rapport 

annuel. 265 

Société d'assistance et de patronage pour les sourds- 
muets et les aveugles du département du Rhône, 
etc 268 

ALLEMAGNE 

Reuschert. Taubstummen - Lehrer- Kalender fur 1890. 22 

Hill. Ses livres à l'usage des sourds-muels, 23 

Hoffmann. Introduction à la phonétique, etc. 91 

Reuschert. Taubstummen - Lehier - Kalender fur 1891 265 



— 290 — 

BELGIQUE 

Hogerhsijde. Petit livre de calcul pour les écoles de 

sourds-muets. 47 

Van Bastelaer. De l'état légal du sourd-muet dans la 

société moderne. 96 

M. S^rcKEas. Petit cours m^thodiqu^ et intuilif de 
langue française à l'uaage des écoles de sourds- 
muets. 170 

L'abbé Ed Rieffel, Petite lecture de pîèté à l'usage des 

écoles de sourds-muets 170 

E. Grégoire. Un centenaire. 193 

ITALIE 

R. P. Constantin Mattioi-i. Guide pour l'enseignement 

de la parole aux sourds-muets. 24 

Biographies 

Frédéric Peyson (7%. Denis) 14, 29 

Le Frère Louis (Ad. Bélanger) 42 

L'abbé Lt)uis Toussaint Dassy. S9 

Lud Goguillot 185 

Chronique des Institutions Françaises 

Institution d'Avignon 2o 

Institution de, Nantes 27 

Institution de Bourg 49, 136 

Institution Nationale de Chambèry 100. Ii7 

Institution Nationale de Paris 123. 124, 146. 131, 196 

Institution de Tarbes 267 

Chronique de l'Etranger 

r nstitution de Gênes (Italie) 28 

L'asile Infantile de Turin 123 



— 291 — 

Congrès 

Extrait du Compto-rendu officiel des séances du Congrès 

de Cologne 7,36,61,88 

Le Congrès international des sourds-muets de 18P9 215 

Distinctions honorifiques 

M. A. Dubranle 124 

M. Alard 121 

Mademoiselle Drouilleau 124 

Mademoiselle Pauline Larrouy 121 

Histoire de l'enseignement 

Un document sur Jes sourds-muets au 17 e siècle 21 
Allocution adressée à Monseigneur Bécel 77, 120, 142 
Ephémérides de la surdi-mutité en France 
Octobre 149 
Novembre 173 
Décembre 197 
Janvier 221 
Février 24^ 
Mars 269 
Discours prononcé à la distribution des prix de l'Insti- 
tution de Bourg 136 

R9vue das Journaux 

Organ der Taubstummen Anstalten 72, 117, 145, 189, 239, 263 
Blaëtter fur Taubstumm»nbildung 73, 119, 146, 190, 240, 203 
Il Messaggiere italiano del insegnamente orale etc. 113 

Il sordo-muto 113 

1/èducazione dni sordo-muti 113 

Quarterly Review 191, 234 

Revue mensuelle médico-pédagogique de l'art de 

remédier à tous les vices de la parole 2G8 

Méthode 

La rjuestion di! exWnils d? sourds-muets en Allemagne 

(0. Claveau) 5,36,61,83 

L'enseignement du Calcul 47 



— 292 — 

Correction des vices de prononciation dans les institu- 
tions de sourds-muets 49 

Guide pour l'enseignement de la parole aux sourds- 
muets par le R. P, Constantin Mattioli, traduction 
de 0. Claveau 33, 80, iôl, 125. 159 176, 199, 224, 247, 271. 

Du[sectionnement rationnel des élèves dans_Ies institutions 

de sourds-muets 216 

Fautril sectionner 277 

Livres de lectures pour nos élèves 286 

Nécrologie 

Monseigneur de Haerne 27, 172 

Monsieur Eernand Claveau 51 

Monsieur Paul Rivière 52, 75 

Madame Veuve Léon Boyer 75 

Monsieur Ludovic Goguillot 185 

Monsieur le Docteur Calmettes 186 

Monsieur Tournier 244 

Monsieur Em. Lacroix 244 

Mademoiselle Dubranle 268 

Monsieur L. J. Capon 268 

Monsieur Claudius Eorestier 285 

Monsieur Corbon 285 

Sociétés de Bienfaisance 

Société centrale d'éducation et d'assistance pour les 

sourds-muets en France. Compte-rendu del'annèe 1889 66 
Société pour l'instruction et la protection des sourds-muets 74 
Ligue pour l'union amicale des sourds-muets 194, 281 

Association amicale des sourds-muets 195 

Statistique 

Statistique des institutions françaises 20, 171, 211, 232, 235 

Variétés 

L'Abbé de l'Epée au Théâtre 26, 44 

Les sourds-muets et le Code civil 96 

Les quartiers pauvres de Paris 187 

Une fête de sourds-muets 212 

Le dictionnaire Larousse 220 

Un arbre de Noël 243 



REVUE FRANÇAISE 



1(4 au \ ( 



DE L EDUCATION 
des 



SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 

de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

1. BÉLAI&ER 

Professeur, Bibliothécaire à l'Iristitution Nationale des Sourds-Muets de Paris 
Membre de la Société des Etudes historiques 



Septième année. — N° 1 — Avril 1891 



SOMMAIRE. — Ephèmérides de la surdi-mutité en France. Avril 
— Une lettre de l'abbè Ch. Michel de l'Epèe — Le Frère 
Bernard et la plionodaci.vloiogie Ad- B. — Bibliographie Générale 
des ouvrages pai'jts en France ou en langue française sur l'enseigne- 
ment des sourds-muets, premier snpplèment. Ad, Bélanger. — 
Bibliographie Internationale. Kmnce Ad. B. — Informations et avis 
divers : l'Institut, des sourds-muets de Uruyèfe, X. — Livres de 
Lecture pour nos élèves Ad. B. 





PARIS 

Imprimerie Eug BÉLANGER 22S, r. St-Jacques 

1891 




Abonnements ( pour la France un an 9 fr, 

pour l'Etranger un an 10 fr. 



REVUE FRANÇAISE 
DE L'ÉDUCATION 

SOURDS-MUETS 



REVUE FRANÇAISE 



DE LEDUCATION 
des 



SOURDS-MUETS 

BIBLIOGRAPHIE INTERNATIONALE 
de cet enseignement et des sciences qui s'y rattachent 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

A. BÉLAMER 

Officier d'Académie 
Professeur, Bibliothécaire à l'Institution Nationale des Sourds-Muets de Paris 
Membre de la Société 'des Etudes historiques 



SEPTIÈME ANNÉE 




PARIS 
Imprimerie Eug. BÉLANGER 225, r. St-Jaeques 

1891-1892 

Publication honorée d'une souscription du Ministère de l'Intérieur 



REVUE FRANÇAISE 

de l'Éducation des Sourds-Muets 
7""> année. N» 1 Avril 1891. 



EPHEMERIDES 

de la Surdi-mutité en France(l) 



AVRIL 

1. 1790 — L'abbé Sicard succède à l'abbé de l'Epée 
à l'institution des sourds-muets de Paris. 

4. 1790 — Le aourd-muet Massieu, qui d'abord 

instruit par Saint-Sernin à l'Institution de 
Bordeaux, devint le disciple favori de 
l'abbé Sicard, est nommé premier répéti- 
ieur à l'Institution de Paris. 

5. 1738 — Promotion de Ch. Michel de l'Épèe à la 

prêtrise. 

7. 1847 — Mort de M. Désiré Ordinaire, ancien 
recteur de l'Académie de Strasbourg, 
Directeur de l'institution des sourds-muots 
de Paris de 1831 à 1838. 

9. 1815' — La Chambre des Députés renvoie au 

Ministre de la Justice une pétition de P. 
Berthier. demandant des modific?tions à 
la législation civile et criminelle, dans 
l'intérêt des sourds-muets. 

10. 18&2 — Pose de la première pierre du bâtimsnt 

reconstruit de l'institution des sourds- 
muets de Bordeaux et achevé en 1870. 

1) Voir la Revue Française depuis le mois d'Octobre 1890 



_ 6 — 

11. 1715 — Naissance à Berlanga (Espagne), de 
Jacob Rodrigue Péreire, célèbre institu- 
teur de sourds-muets. 

17. 181 7 — Laurent Clerc, sourd-muet, élève de 
l'abbé Sicard et professeur à Institution 
des sourds-muets de Paris, ouvre à Hart- 
ford la première école de sourds-muets 
établie en Amérique; il la dirigea avec 
succès pendant plus de 10 ans. 

1,8. 1845 — La pétition adressée à la Chambre des 
Pairs par F. Berthier, demandant des mo- 
difications à la législation civile et crimi- 
nelle en laveur des sourds-muets, est 
écartée par l'ordre du jour. 

20. 1791 — Arrêté du Directoire du Département de 
Paris attribuant à l'intitution des sourds- 
muets l'ancien monastère des Célestins. 

24. 1774 — Naissance de Jean Marc Itard, qui 
devint le médecin et l'un des grands bien- 
faiteurs de l'institution de Paris. 

27. 1840 — M. Amédée Durand, neveu du statuaire 
sourd-muet Deseine, remet au Conseil 
d'administration de l'institution royale dos 
sourds-muets de Paris un buste de l'abbe 
de l'Épêe, exécuté par son oncle et qu'il a 
offert à l'institution. 

30. 1819 — Bébian est nomme Censeur des études à 
l'institution des sourds-muets de Paris. 



{A suivre) 



UNE LETTRE 

DE L'ABBÉ CH. MICHEL DE L'ÊPÈE 



Dans une étude que nous avons publié en 1886 sur 
l'abbé de l'Epée, nous écrivions les lignes suivantes au 
sujet de la publication anonyme de l'ouvrage du célè- 
bre abbé : Institution des sourds et muets par la voie 
des signes méthodiques. 

« Peu s'en fallut d'ailleurs que cette méthode ne vit pas 
le jour. Dans une lettre au D* Saillant, il annonce que 
l'impression de sa méthode n'aura pas lieu si M. le 
Censeur veut' (au commencement ) supprimer une 
phrase qu'il n'y a mise qu'avec réflexion, « Il est bien le 
maître de la passer ou de la supprimer, c'est son droit ; 
mais je suis pareillement le maître de faire paraître ou 
de supprimer mon ouvrage. » Quelle était cette phrase? 
Qui a cédé ? Il sera peut-être difficile de le savoir ; j'ap- 
prendrai d'ailleurs un jour que c'est le bon abbé, que 
je n'en-serais nullement surpris. (1) 

La lettre que nous venons de retrouver et que nous 
publions aujourd'hui jette un jour nouveau sur cette 
question (2) 



(1) Etude Bibliographique et Iconographique sur l'Abbé de 
l'Épée. p. 12 

(2) Cette lettre vient d'être acquise par les archives de l'Ins- 
titution Nationale de Paris très riches en documents de toute 
nature sur l'histoire de notre enseignement spécial 



A Monsieur 

Monsieur Saillant Docteur Régent 
de la faculté de Médecine de Paris. Rue 
de Bièvre, près la Place Maubert, 

A Paris 



Monsieur 

Ma dernière à Monsieur Nyon'(l) étoit partie, lorsque 
j'ai reçu l'honneur de la vôtre. J'ai écritparlemême ordi- 
naire à Monsieur le Censeur (2) et presque dans les même s 
termes. Vous vôtrez dans cette lettre qu'il ne. m'est pas 
possible d'adopter le changement qu'il acru devoir faire, 
mais j (3 lui propose un moïen de conciliation : 9'«1 l'adop- 
te, tout est dit : s'il s'en tient à sa phrase, je ne m'y ren- 
drai pas pour toute chose au monde. 

Je crois, Monsieur, qu'il est très possible qu'il y ait 
maintenant plus de sourds et muets qu'il n'y en avoit 
dans les temps qui nous ont précédés, et que ce»soit une 
suite des jugemens de Dieu, dont je vous ai parlé dans 
ma dernière. Cependant, je n'oserois assurer la pre- 
mière de ces deux propositions (quant au fait) et bien 
moins encore la dernière. Je me suis donc contenté, 
quanta la première, d'annoncer la possibilité du fait, et 
je n'ai pas dit un seul mot de la dernière. J'ai même 

(1) Nyon l'aîné, libraire éditeur des ouvrages de l'Abbé de 
l'Epée. (Rue Saint-Jean de Beauvais, vis à vis le Collège 
de France (Paris. ) 

(2) De Horne. 



— 9 — 

proposé des vraisemblances contre le fait que je crois 
possible, c'est tout ce que je pouvois faire de j)lus doux. 

Le changement que je propose à M. le Censeur ne 
fera point disparoître la possibilité que j'ai en vue d'an- 
noncer, et le terme de châtiment qui lui déplaît se 
trouvera supprimé. J'attends sa réponse, et si elle est 
favorable, il ne me restera plus qu'à le remercier des 
termes trop oUigeans pour moi, qu'il a mis dans son 
approbation. 

Vous ne me dites point, Monsieur, si ce sont Mes- 
sieurs les libraires qui se chargent eux-mêmes de la 
correction des premières épreuves, et si vous voulez 
bien le faire, en cas que cela ne les regarde point. Sous 
deux ou trois jours nous serons plus sçavans sur l'im- 
pression ou la suppre.ssien de l'ouvrage, c'est ce qui 
me tait vous prier de vouloir bien vous expliquer sur 
cet article . 

J'ai appris avec bien de la satisfaction que ce serait 
M. Morin (3), à qui l'impression seroit confiée. 11 m'a- 
voit paru vraiment mortifié de ce qu'on s'adressoit à un 
autre. 

Aussitôt que j'aurai des nouvelles du censeur, 
j'en ferai part à Monsieur Nyon. s'il en avoit avant moi, 
il me feraîrplaisir de me les envoier. 

J'ai l'honneur d'être Monsieur, avec bien de l'estime 
et de la considération. 

Ce 31 Août Votre très humble 

et très obéissant serviteur 



De l'Epée 



(3) B. Morin, Imprimeur, rue Saint-Jacques, à la Vérité fut 
en effet l'imprimeur du premier ouvrage de l'abbé de l'Epée. 



- 10 - 

ïl s'agit dans cette lettre, nous l'avons déjàilit du pre- 
miero-uvrage de l'abbé de l'Épée dont le libraire Nyon fut 
l'éditeur et qui fut imprimé chez Morin. 11 nous est 
également très facile de fixer la date exacte de la lettre 
de l'illustre instituteur qui ne porte que cette mention : 
Ce 31 Août. En effet, l'abbé de l'Epèe date son ouvrage 
de Juillet 1775 ( v. page VIII et 228). L'approbation -du 
Censeur est du 25 Août 1775, l'impression du livre de 
1776. Il y a donc lieu'de supposer que la lettre du bon abbé 
est du 31 Août 1775. 

Les phrases qui servaient de matière à discussion 
entre notre instituteur et le Censeur royal se trouvent 
à la page 2 de l'onvrage dans le chapitre premier inti- 
tulé: Pourquoi ooit-on aujourd'hui plus de Sourds et 
Muets qu'il n'en avait parus jusqu'à présent ? 

Voici d'ailleurs le texte même du livre sur lequel et 
Censeur et auteur se sont mis d'accord : 

«Depuis trente ans ou environ, vient-il au monde plus 
« d'enfans sourds & muets, qu'il n'ennaissoit auparavant? 
« La ville de Paris en renferme un grand nombre. On 
«nous en annonce de toutes parts dans les Provinces, ■& 
«nous apprenons qu'il s'en trouve aussi beaucoup dans les 
«Royaumes qui nous environnent. Sans vouloir pénétrer 
«les décrets de la Providence, ni décider si c'est un châ- 
«timent de la justice divine, qui nous étoitparticulière- 
« ment réservé ; je crois que cette infirmité s'esttoujours 
« trouvée dans une proportion à peu près égale à tous 
« nos maux : s'il paroît néanmoins plus de Sourds & 
« Muets que dans les temps qui nous ont précédés ; c'est 
« que jusqu'à nosjoursontenoitéloignés de la société les 
« enfans qui naissoieut privés des facultés d'entendre & 
«de parler, parce que leur instruction avoit toujours été 
«regardée comme très-difficile, et en quelque sorte im- 
« possible. » 

11 est difficile de s'expliquer à la distance qui nous 
sépare la susceptibité du Censeur et relisant l'appro - 
bation, insérée à la fin de l'ouvrage, je me demande 
vraiment s'il s'était donné la peine de le lire en entier. 



— 11 — 

« Cet ouvrage, dit-il, qui contient le projet d'une lan- 
« gue universelle, par l'entremise des signes naturels 
« assujettis à une méthode, déjà couronnée des plus 
« grands succès, est l'exposition raisonnêe des moyens 
« pour faire parler les Sourds et Muets de naissance. 

Peut-être jugeait-il de la méthode par les résultats 

obtenus et connaissait-il mieux les élèves du célèbre 

instituteur que la méthode dont-il .avait eu à faire 

l'examen. 

Ad. B 



LE FRÈRE BERNARD ET LÀ PHONODACTYLOLOGIE 



L'abbé A. Blain. — Un petit mot de souvenir à la mémoire 
et à l'œuvre du Frère Bernard, premier directeur de l'institution 
de Poitiers et auteur de l'ingénieuse méthode de phonodactylolo#ie. 
Iu-8. 10 pages, Poitiers, imp. Oudin & C ie , 1890, 

Ces quelques mots ont été prouoncés à l'occasion de 
l'inauguration d'un buste du F.Bernard à l'Institution 
de Poitiers, buste sculpté par un de ses anciens et bril- 
lant élève, M. Cherprenet sourd-muet de naissance, et 
ofïert par les anciens élèves de l'école. 

Le Frère Bernard, successivement professeur, direc- 
teur de l'institution de Poitiers et de celle de 
Toulouse ( 1850-1884 ) fut un des précurseurs de la mé- 
thode orale. Auteur d'un système ingénieux qu'il appli- 
quait dès 1832 et dont il publia les principes gènéraux(l), 
il fut une des gloires de l'institut de Saint-Gabriel, nous 
avons pu dans une visite que nous faisions à son institu- 

(1) Consulter: Bibliographie Uenérale de tous les ouvrages publiés 
en France ou en langue française sur l'enseignement des sourde 
muets Paris 1889 ( p. 11 ) 



— 12 — 

tion quelques mois avant sa mort, apprécier toute l'ama- 
bilité, toute la modestie et en môme temps toute la 
science de notre regretté confrère. 

C'est l'apologie de la Phonodactylologie que nous 
fait aujourd'hui le savant aumônier de l'institution de 
Poitiers, il va nous dire lui-même ce que c'était: 

« Ce mot suppose étymologiquement le rôle de la 
parole associée au langage de la main -.phono-dactylo- 
logie, langage par les lèvres et langage par les doigts. 

«Dans la pensée du Cher Frère, la phonodactylologie 
était un système mettant en jeu la parole articulée et 
quelques signes manuels pour donner une traduction 
vocale et ala fois orthographique de tous les mots de 
la langue française. 

« L'enfant instruit par cette méthode était démutisè 
comme il l'est actuellement; il possédait le son et la 
parole ; — de plus, il lisait sur les lèvres du professeur 
les éléments-voyelles, à savoir : les treize sons a, e, é.è, 
i, o, u ou, 01, an, in, on, un, pendant que les éléments- 
consonnes, simples comme b, t, f, m, ou composés 
comme fl, dr, str, étaient figurés par les doigts de la main 
pouvant occuper douze positions diverses autour du vi- 
sage ;... près du visage, remarquez-le bien, afin de pou- 
voir lire d'un même coup d'œil sur les doigts la conson- 
ne, et simultanément sur les lèvres les consonnes et les 
voyelles, c'est-à-dire les syllabes complètes. Les doigts 
avaient pour mission d'aider la perception des éléments 
que le sourd-muet distrait confond facilement dans la 
lecture de la parole articulée. 

«C'est ainsi que le Frère Bernard avait espéré résoudre 
le problème si complexe de l'enseignement des sourds- 
muets.» 

M. l'abbé Blaln redoute pour le professeur, la fatigue 
excessive de l'enseignement de l'articulation et se de- 
mande en terminant si laphonodactylologiene pourrait 
pas aider le maître en atténuant la latigue, en sauvegar- 
dant sa santé et en lui permettant d'obtenir un ensei- 
gnement plus rapide. Ad. B. 



— 13 — 

BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE 

des ouvrages parus en France ou en langue Française 

SUR l'enseignement des 

SOURDS-MUETS 



PREMIER SUPPLEMENT 



Nous avons commencé en 1888 la publication de la 
Bibliographie générale des ouvrages publiés en France 
ou en langifé française sur l'enseignement des sourds- 
muets, travail que nous terminions en 1889. Nous don- 
nons aujourd'hui le premier supplément ayant pour but 
de tenir cet ouvrage au courant des publications nou- 
velles et de réparer les omissions qui se sont produites 
dans le premier volume. 

En annonçaut notre publication, les American Annals 
of Vie Deaf nous signalaient 9 ouvrages possédés parla 
Bibliothèque du Collège de Washington nous remer- 
cions bien sincèrement notre excellent confrère et nous 
serons toujours reconnaissant à ceux qui voudront 
bien nous signaler quelque ouvrage ayant été oublié. 

Le premier supplément contient donc la liste des 
ouvrages parus depuis 1889, et ceux que nous avons 
retrouvés depuis l'impression du premier volume. Afin 
de faciliter les recherches, nous avons rappelé ici les 
noms propres d'auteur cités dans le tome I, avec renvoi 
à la page de l'ouvrage, le même ordre général à été 
suivi d'ailleurs. 

Pour les travaux parus dans ces dernières années 
nous avons indiqué l'adresse du libraire chez lequel nos 
confrères peuvent se procurer l'ouvrages'ilsle désirent. 



— 14 — 

Nous prions à nouveau nos lecteurs de vouloir bien 
nous signaler les omissions et les erreurs qui pourraient 
se glisser dans notre travail. 

Un exemplaire du tirage à part sera adressé â tous 
les abonnés de la Revue Française. 

Ad. B. 



Académie Royale des Inscriptions et Belles-lettres. 

Funérailles de M. le baron Degérando. Discours de M. 
le Comte Beugnot prononcé aux funérailles de M. le 
Baron De Gérando le 14 Novembre 1842. Discours de 
M. Passy. Discours de M. Cousin. Discours de M. 
Bernat-Saint-Prix, in-4 18 pages Firmin Didot Frères, 
Paris. Discours de M. d'Artois in-4, 4 pages Paris. 
Firmin Didot frères. 

Adam de Boisgontier (M me ) Tome 1, p. 5 

Alard (Jean). Tome I, p. 5. . 

Aléa (J-M. D'). Tome I, p. 5 

Alhoy. Tome I, p. 6 

Alings (D, A. W.) Tome I, p. 6 

Aile. Tome I, p. 6 

Allibert (Eug,) Tome I, p. 6 

Amelot, Tome 1, p. 6 

Amman ( D r J-C ) Tome I, p. 6 

André et Raymond, Cours de langue française àl'usage 

des écoles de sourds-muets. 2 mt Année, in-8, 198 p. 

Paris. Librairie G. Carré. 58, rue Saint-André-des-Arts 

1888. 

Consulter également : Tome I, p. 6 
André (P) Tome I, p. 6 
Angers (Inst.) Tome I, p. 6 
Anot de Maizières, Tome I, p. 7 
Anvers ( Inst, cT ) Tome I p, 7 
Association amicale des sourds-muets Tome I, p. 7 
Astros (Mgr d') Tome I, p. 7 
Aubert (F) Tome I, p. 7 
Barbier, tome I, p, 7 et 8 
Bart (Victor), tome I, p. 8 



— 15 — 

Bayle Mouillard. tome 1, p. 8 
Bazot. tome I, p. 8 
Beaumasset. ( Ch. de ) tome I, p. 8 
Beaumont. ( Elie de ) tome I, p. 8 
Beaussire (Em.) tome I, p. 8 
Beauvais de Préau, toma I, p. 8 
Bébian (A) tome I, p. 8 et 9 

Bélanger (Ad.) Bibliographie générale de tous les ouvra- 
ges parus en France ou en langue française sur l'ensei- 
gnement des sourds-muets. In-8, IIIet88p. Paris, Imp. 
Eug. Bélanger, 225 rue Saint-Jacques, 1889. 

Bélanger (Ad.) Rvsvue Française de l'éducation des 
sourds-muets (V. Revue Française) 
Consulter également : tome I, p. 9 et 10 

Bélanger ( L'abbé Alf. ) tome I, p. 10 
Belprey tome 1, p. 10 
Benjamin tome 1, p. 10 
Benoit tome 1, p. 10 

'Bsrchem Sainte-Agathe ( Inst. de) tome 1 p, 11. 
Berjaud. (D r ) tome 1, p. 11 
Bernard (frère) tome p. 11 

Berthier (Ferdinand.) Les sourds-muets. (Paris-Guide) 
par les principaux écrivains et artistes de la France 
2 me partie, la vie, p. 1988 à 1976. in-12, Paris. Librairie 
internationale. 1867. 
Consulter t-galcment : tome 1, p. 11 et 12. 

Besançon ( Inst. d:) tom.3 1, p. 12 

Bigot de Préaméneu tome 1. p. 12 

Blain (L'abbè A. ) Promenade d'un touriste au pays de 
la science, 2 me éd. in-8, 56 p. Poitiers, imp. Oudin, 
1887, (p. 29 à 41, au pays des sourds-muets). 

Blain (L'abbè A.) Un mot de souvenir à la mémoire et 
à l'œuvre du frère Bernard premier directeur de l'ins- 
titution des sourds-muets, de Poitiers et auteur de 
l'ingénieuse méthode de phonodaetylologie. In-8, 10 
p. Paris. Imp. Oudin/ 1891, 
Consulter encore : tome l,"p. 13 



— 16 — 

Blanchet ( D r A. ) tome 1, p. 13 

Bonnafont, Du degré de responsabilité légale des sourds- 
muets. Iu-8. 12 p. Paris 1887. 
Consulter encore : tome 1, p. 13 

Bordiaux (Inst. de) tome 1, p. 14, lb, 16 

Borie. tome 1. p. 16 

Boseli ( C. A. ) tome 1, p. 16 

Bouchet (R, P. Is,) Allocution adressée à Mgr. Becel, 
évêque de Vannes le 15 Juin 1888 pour la confirmation 
et la première communion des sourdes-parlantes de 
l'Institution de la Chartreuse d'Auray. In-8, 13 p. 
Currière, imp. de l'école de sourds-muets, 1888. 

Bouchet (R. P. Is.) Allocution adressée à Mgr Becel, 
évêque de Vannes le 28 Mai 1890, jour de la première 
communion et de la confirmation desjsourdes parlan- 
tes de l'école de la Chartreuse d'Auray. ln-8, 13 p. 
Paris, Imp. Eug. Bélanger. 225, rue St-Jacques, 1890. 
Consulter également : tome 1, p. 16 

Bouilly ( J. N. ) L'abbè de l'Epée. Comédie historique 
en cinq actes, représentée pour la première fois, à 
Paris, au théâtre français le 14 Décembre 1789.- In-4, 
19 p. une gravure Calmann Lévy. 3 rue Auber, Paris 
1890. 

Edition faite lors de la reprise de cette pièce au théâtre 
national de l'Odéon, Avril 1890. 
Consulter également : tome. 1 , p. 16 et 17 

Bourse ( Ch e ) tome 1, p. 17. 

Bouvier. De la surdi-mutité discours prononcés à l'a- 
cadémie impériale de médecine. in-t8, 130 p. Paris, 
W. Remguet & C u 1854. 
Consulter également: tome 1, p. 17 

Breteuil (Baron de ) tome 1, p. 17 

Breton (J. B. J.) tome 1, p. 17 

Brouland ( Joséphine ) tome 1 , p . 17 

Bruges ( Inst, de ) tome 1, p. 17 

Brugmans (J. ( G.) Méthode d'articulation, etc. Y. 

Charbonnier 
Bruhier d'Ablaincourt, tome 1, p. 17 
Bucquet ( Paul )tome 1, p. 17 



— 17 — 

Buffon. tome 1, p. 17 

Bulletin de l'Académie de Médecine tome 1, p. 18 

Camiilhxo (F) Syllabaire à l'usage des écoles de sourds- 
muets. Précédé d'une préface par L. GoguUlot. In-8. 
70 p. Paris, G. Carré, 58, rue St-André des Arts. 1889 

Cambrai (S. Em. Mgr le Cardinal archevêque de), Dis- 
cours prononcé dans l'Eglise paroissiale Saint-Etienne 
à Lille, le jeudi 3 Mai 1849, en faveur de l'institution 
des sourds-muets et jeunes aveugles de Fives. In-8 
20 p. -Lille L. Lefort, 1849 

Camp. (Maxime du) tome 1, p. 18 
Capelle ( A.) tome 1, p, 18 
Carette (L.) tome 1, p. 18 

Carton (l'abbè C.) Lettre à Mgr. Dupanloup sur l'emplo- 
d'un langage grammatical et syntaxique de signes 
dans l'enseignement des sourds-muets, In-8, 35 p.i 
Bruges, Vandecasteele-Werbrouck, 1863. 
Consultter encore: tome 1 p. 18 et 19 

Castellan (L'abbè). L'abbé Louis Toussaint Dassy, fonda 
teur de l'institut des jeunes aveugles de Marseille 
Directeur de l'institut des sourds-muets etc. ln-8, 8 
p. Marseille, Imp. Marseillaise, 1888. 

Cauchy. Rapport sur les méthodes qui ont -servi au 
développement des facultés intellectuelles d'un jeune 
soûrd-muet, et sur les moyens par lesquels il est par- 
venu, non seulement à un degré d'instruction élevé 
mais encore à une connaissance très étendue des 
sciences physiques et mathématiques... Institut de 
France. Académie des sciences. In-4, 5 p. 1813. 

Centenaire de 1789 (Le) Une fête républicaine silencieuse 
30 Juin 18S9, Petit In-8, 23 p. Paris, Imp. B. Mayon. 
1889. 

Chaillet. tome 1, p. 19 

Chambellan (V. G.) Congrès international des sourds- 
muets de 1839. Compte-rendu, In-8, 95 p. Paris. 1890. 
Consulter également : tome 1. p. 19 et 20 



— 18 - 

Charbonnier (N.) et J. G. Brugmans. Méthode d'articu. 
lation, de lecture et de langue à l'usage des sourds- 
muets. Première année d'études. Petit in-8, 86 pages. 
Bruxelles. P. Weissenbruch, 45, rue du Ponçon 1889. 
Consulter également: lom'î 1, p. 20 

Chambiry (Inst. Nationale de) tome 1, p. 20 

Charles (R. P.) tome 1, p. 20 

Chazottes (L'abbé) lome 1, p. 20 

Charvin aine tome 1, p. 20 

Clamaron. tome 1, p. 21 

Claveau (0.) tome 1, p. 21 et 22 

Clerc, tome I, p. 22 

Coldefy. (Victor) tome I, p. 22. 

Colombat (E.) tome 1. p. 22 

Comte (H.) tome 1, p. 22 

Concert conférence au théâtre des nations à Paiis le 29 
Juin 1879. Enseignement des sourds-muets par la pa- 
role. Genève. Taponnier et Studer, 1879. 

Condillac Principes généraux de grammaire pour toutes 
langues. Nouvelle édition, les an. VI p. 12 à 15. 
Consulter tome 1. p, 23 

Congrès, Congrès international des sourds-muets de 
1889. Compte-rendu par V. G, Gàambellan, In-8, 95 
pages, Paris, 1890. 
Voir encore, tome 1, p. 23, 24 et 25 

Convert(H) Catéchisme dogmatique et moral ou eaposé 
de la doctrine chrétienne à l'usage des enfants sourds- 
muets ln-12, 182 p. 2 m8 édition. Bourg. 1885 

Cornié (Adrien) Etude sur l'institution nationale des 
sourdes-muettes de Bordeaux 1786-1889. In-8, 110 p, 
une vue de l'Inst. Nationale des sourdes-muettes. Imp. 
R. Coussau et F. Coustalat. 1889. 

Coste d'Arnobattome 1, p. 23 

Coudray.(Du) Anecdoctes intéressantes et historiques 
de l'illustre voyageur, pendant son séjour à Paris. S""" 
édition page 43 à 45. Visite de Joseph II à l'abbé de 
l'Epée, Paris, Librairie Ruault, 1777. 



- 19 - 

Couêtoux (D r ) De la surdité chez l'enfant et chez l'adulte 
etc. (voir L. Goguillot). 

Cousin (H) tome 1. p. 26 

Currière (Inst de) tome 1, p. 25 

Cuvier tome I, p. 23 

Cyrille (frèrej tome 1, p. 26 

D, D. F. de Saint-Gabriel, tome 1, p. 23 

Dactylologie à l'usage de ceux qui désirent parler avec 
les mains et entendre par les yeux. In-8, 16 p. Paris 
1851 (petite reproduction de la statue d* Versailles). 

Daras (L'abbé) tome p. 23~ 
Darwin (Ch.) tome 1, p, 26 

Degérando . De la Bienfaisance publique. Iu-8, 4 vol. 
Paris Jules Renouard ètC re , 1839. tome 2', des sourds- 
muets, p. 511 à 525. 
Voir encore : tome 1, p. 27 

Delaplacs (L'abbé) tome 1, p. 27 

Deleau D r J"*. Examen chirurgical des sourds-muets du 
département d'Eure el Loir et remarques sur l'ouïe et 
de la parole chez une jeune fille de 1 1 an?. Rapport 
à M. le Préfet et à MM. les membres du Conseil géné- 
ral de ce département. In-8, 1! p, Paris 1813 
Consulter encore : tome 1, p. 27 et 28 

Deleau (D r ) Recherches sur le traitement et sur l'édu- 
cation auriculaire et orale des sourds-muets ; compte- 
rendu à l'Académie des sciences. 34 p. 1837. 

Denis (Théophile,) Frédéric Peyson. Peintre sourd- 
muet. In-8. Paris Imp. Eug, Bélanger 285 rue Saint- 
Jacpues. 1890. 
Consulter encore : tome 1. p. 28 

Deschamps (L'abbé) tome 1, p. 28 
Desloges (Pierre) tome 1, p. 29 
Diderot tome , p. 9 



— 20 — 

Documents-officiels — Lois — Ordonnances, décrets sur 
l'enseignement des sourds-muets en France. 

1888' 23 Juillet Ai'rêté {déterminant les conditions et 
programmes des concours et examens pour le recru- 
temetn et l'avancement du peasonnel enseignant des 
institutions nationales des sourds-muets, 
Voir encore: tome 1, p. 29 

Dublar (L-J) tome 1, p. 36 

Dubois (B) tome 1, p. 35. 

Dubranle (A) tome 1, p. 36 

Dabic L'arithmétiqu